Burundi: Assassinat de Zedi Feruzi: à qui profite le crime?

Le président du parti UPD Zigamibanga est tombé hier soir sous les balles de tueurs non encore identifiés, dans le quartier de Ngagara. La nouvelle est accueillie avec consternation et stupeur dans l’opinion nationale et internationale. Zedi Feruzi dirigeait un petit parti qui a été créé officieusement par l’ancien homme fort du CNDD-FDD. Mais quand Hussein Radjabu est tombé en disgrâce avant d’être écroué, le parti UPD s’est scindé en deux ailes. Celle de Zedi Feruzi fut reconnu par le ministre de l’Intérieur tandis que celle de Chauvineau Mugwengezo restée fidèle à Hussein Radjabu intégra la coalition ADC IKIBIRI. A l’approche des élections, les deux ailes s’étaient réconciliées. Et quelques jours tard, Hussein Radjabu s’evadait de la prison et annonçait son combat sans merci contre Nkurunziza. Comme Radjabu le voulait, Zedi Feruzi soutint le mouvement contre un nouveau mandat de Nkurunziza. Il a été aperçu à Ngagara en train d’encourager les manifestants aux premières heures avant de se faire discret. Il gardait de bons rapports avec le CNDD-FDD.

Selon des sources proches du siège du parti UPD à Bujumbura, ces derniers temps, Zedi Feruzi discutait avec ses collaborateurs de la décision de s’engager plutôt sans le processus électoral. Il trouvait que les manifestations étaient trop violentes et sans issue. Il se raconte que même pour la journée d’hier, il avait convenu avec la plupart de ses collaborateurs de se lancer dans les campagnes électorales. Ce qui aurait irrité son rival de toujours: Chauvineau Mugwengezo! Celui ci s’opposait à ce genre de concession. Il se raconte que devant la détermination de Zedi Feruzi à sortir de la tendance radicale qui rappelle celle de l’ADC, Chauvineau Mugwengezo en aurait averti le parrain: Hussein Radjabu. Son sort fut scellé! Ce qui fait croire à une montée en puissance des groupes favorables à Radjabu que certaines sources signalent au Rwanda! Ce n’est qu’une piste. Il manque des détails.

Zedi Feruzi aurait donc payé sa modération en politique. Même si quelques minutes après l’annonce de l’assassinat, l’opposition et la société civile ont accusé le gouvernement d’être derrière ce crime, la vérité est loin d’être connue. Mais il convient de noter que l’opposition et la société civile prennent déjà cet assassinat pour motif de suspension de leur participation au dialogue qui était en cours avec le gouvernement sous la médiation de la MENUB. Le secrétaire général de l’ONU venait de saluer le pas franchi dans la clarification des doléances des protagonistes. Si les négociations ricochaient sur la question du mandat, un compromis se dessinait à l’horizon. Comme d’ailleurs le secrétaire général de l’EAC venait de le déclarer, les Burundais devaient tout faire pour éviter un vide institutionnel. Richard Sezibera se prononçait en faveur de la tenue des élections au terme d’un séjour de deux jours à Bujumbura. Une partie de sa délégation séjourne encore au Burundi pour tenter de proposer une voie de sortie. Un sommet de l’Union Africaine va se tenir dans deux semaines en Afrique du Sud. Sauf que chaque jour de crise, ce sont des morts au Burundi et dans des camps de réfugiés.

La mort de Zedi Feruzi semble donc arranger l’opposition et la société civile comme manoeuvres dilatoires pour poursuivre la pression sur Nkurunziza. Déjà il faut noter que le crime est exploité pour dire que le gouvernement veut terroriser l’opposition. Plutôt que de réclamer une enquête indépendante voire internationale, l’opposition a un coupable tout trouvé: le gouvernement. Elle s’appuie sur le témoignage d’un passant qui a affirmé que les assassins portaient des tenues de la garde présidentielle. Un rescapé de l’attentat qui dit se cacher pour sa sécurité a également imputé le crime à la garde présidentielle. Comme si dans ce pays où il y a prolifération d’armes à feu au sein des civils, il était difficile de se procurer les tenues de la garde présidentielle pour lui faire porter le chapeau! Nous pouvons signaler des contradictions dans les témoignages des gens qui affirment avoir vu les agresseurs: les uns disent qu’ils étaient dans une petite voiture modèle T.I et d’autres parlent d’une double cabine modèle Toyota Hilux!

La présidence de la république du Burundi a sorti un communiqué pour condamner le crime ignoble. Elle a souhaité que des enquêtes rapides soient menées pour faire la lumière. Le parti CNDD-FDD a vivement condamné l’assassinat de Zedi Feruzi. Charles Nditije de la coalition Amizero y’Abarundi a condamné le crime tout en affirmant que le gouvernement devait répondre de cet acte. Chauvineau Mugwengezo a condamné l’assassinat. Au niveau de l’opinion internationale,  la nouvelle fait la une des médias et les spéculations vont bon train sur les réseaux sociaux.

Un observateur de la politique burundaise a estimé que le climat devenait délétère. Il note que depuis quatre semaines, le Burundi défraie la chronique comme un pays au bord du gouffre. Plus de cent mille burundais ont fui le pays. Ceux qui sont au Rwanda sont bien traités tandis que ceux qui se sont réfugiés en Tanzanie, à majorité de paysans hutus, meurent en grand nombre à cause de choléra. Le phénomène des assassinats et des grenades lancées aveuglément sur de paisibles citoyens risque d’exacerber les tensions. Ce terrorisme vise apparemment à décourager la reprise des activités par certaines personnes fatiguées de vivre cloîtrées chez elles et dans le dénouement. Ce qui pourrait créer le soulèvement contre les manifestants et des affrontements violents propices au carnage. On note que d’autres assassinats ne seraient point à exclure. Du moins c’est ce qui est annoncé par certains médias rwandais qui s’intéressent très particulièrement aux tensions burundaises. Il faut espérer que le dialogue reprenne vite et que les services de sécurité et de renseignements se montrent plus vigilants et à la hauteur des menaces à la paix. Il en va de la survie du processus électoral et de la nation tout court.

Burundi24

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