Actualité – LeRwandais http://www.therwandan.com/fr Therwandan Journal Wed, 24 Apr 2019 21:23:46 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.1.1 http://www.therwandan.com/fr/wp-content/uploads/sites/2/2016/10/therwandan1-e1476990118446.png Actualité – LeRwandais http://www.therwandan.com/fr 32 32 Classement RSF 2019 La liberté de la presse à l’heure des grands changements en Afrique subsaharienne http://www.therwandan.com/fr/classement-rsf-2019-la-liberte-de-la-presse-a-lheure-des-grands-changements-en-afrique-subsaharienne/ http://www.therwandan.com/fr/classement-rsf-2019-la-liberte-de-la-presse-a-lheure-des-grands-changements-en-afrique-subsaharienne/#respond Tue, 23 Apr 2019 20:18:39 +0000 http://www.therwandan.com/fr/?p=6990 L’Afrique subsaharienne n’échappe pas à la nouvelle dégradation mondiale de la liberté de la presse. La haine des journalistes, les attaques contre les reporters d’investigation, la censure, notamment sur internet et les réseaux sociaux, les pressions économiques et judiciaires contribuent à affaiblir la production d’une information libre, indépendante et de qualité sur un continent où la liberté de la presse a connu d’importantes évolutions en 2018. Les situations restent très contrastées entre la Namibie (23e), qui regagne sa première place en Afrique, le Burkina Faso (36e) ou le Sénégal (49e), qui bénéficient de paysages médiatiques parmi les plus pluralistes, et les trous noirs de l’information que sont l’Erythrée(178e) et Djibouti (173e), où aucun média indépendant n’est autorisé à travailler. Comme en 2017, 22 pays sur 48 sont classés en rouge (situation difficile) ou en noir (situation très grave) en Afrique subsaharienne. 
Fortes progressions, inquiétantes dégradations
 L’Ethiopie (110e), abonnée aux abîmes du Classement, effectue un bond spectaculaire de 40 places à la faveur d’un changement de régime. Libération de journalistes et de blogueurs, fin de l’interdictionde plusieurs centaines de sites et de médias, réformes en cours du cadre légal particulièrement répressif contre les journalistes… Les mesures en faveur de la liberté de la presse prises par le nouveau Premier ministre Abiy Ahmed ont été aussi rapides que prometteuses. Pour la première fois depuis plus de 10 ans, aucun journaliste ne se trouvait en prison dans le pays à la fin de l’année 2018. La Gambie (92e) gagne 30 places et confirme l’excellente dynamique engagée depuis le départ du dictateur Yahya Jammeh. De nouveaux médias ont été créés, des journalistes sont revenus d’exil et la diffamation a été reconnue anticonstitutionnelle. 

L’Angola (109e), qui a elle aussi connu un changement de régime en 2017, affiche une progression plus mesurée. Le droit d’informer a été reconnu par la justice lors de l’acquittement de deux journalistes poursuivis par un ancien procureur général, mais le coût prohibitif des licences d’exploitation et l’absence de volonté politique d’ouvrir le secteur de l’audiovisuel à de nouveau opérateurs nuit au pluralisme médiatique et empêche le pays de progresser plus rapidement au Classement. Malheureusement, les changements de régime ne sont pas toujours synonymes de progrès. Au Zimbabwe (127e, -1), où le successeur de Robert Mugabe, Emmerson Mnangagwa, a été élu président, l’appareil sécuritaire conserve de mauvaises habitudes, et plusieurs agressions parfois très violentes contre des journalistes ont été enregistrées par RSF. 

En Tanzanie (118e, -25), le changement de président en 2015 s’est accompagné d’attaques sans précédent contre la presse, et le pays a poursuivi son inquiétante dégringolade en 2018. John Magufuli, surnommé “le Bulldozer”, est en train de rejoindre le camp des prédateurs de la liberté de la presse. Les journalistes y sont attaqués en toute impunité, et aucune enquête sérieuse n’est menée par les autorités pour retrouver Azory Gwanda, un journaliste disparu depuis novembre 2017. Un an plus tard, deux défenseurs de la liberté de la presse qui enquêtaient sur sa disparition ont été arrêtés et contraints de quitter le pays. 

La Mauritanie (94e, -22) poursuit elle aussi sa chute vertigineuse au Classement, faute d’avoir remis en liberté le blogueur défendu par RSF Mohamed Cheikh Ould Mohamed Mkaïtir. Initialement condamné à la peine de mort pour apostasie en 2014, sa peine avait été commuée à deux ans de prison en novembre 2017. Libérable depuis un an et demi, il est maintenu en détention au secret par les autorités, officiellement pour des raisons de sécurité. A l’origine de ses déboires, un article dénonçant l’instrumentalisation de la religion pour justifier l’esclavage, pratique illégale mais toujours à l’œuvre dans le pays. Un sujet particulièrement tabou, qui a valu pour la deuxième année consécutive à un photoreporter étranger qui s’y intéressait d’être expulsé de Mauritanie en 2018.

Comme en 2017, la Somalie (164e)  reste le pays africain le plus meurtrier pour les journalistes. Trois professionnels de l’information y ont été tués, victimes des terroristes shebab et des forces de sécurité. Le pays partage cette année ce triste palmarès avec la République centrafricaine (145e), qui perd 33 places au Classement après le triple assassinat de journalistes d’investigation russes venus enquêter sur la présence de mercenaires dans ce pays.

Le journalisme d’investigation traqué

L’enquête journalistique reste une pratique à haut risque en Afrique subsaharienne. Loin des affres de la guerre civile qui ravage la Centrafrique et auxquels les journalistes sont particulièrement exposés, le Ghana (27e), premier pays africain de l’édition 2018, a perdu son leadership régional pour ne pas avoir protégé un groupe de reporters d’investigation qui faisaient l’objet de menaces, notamment de la part d’un député de la majorité, après la diffusion d’une enquête sur la corruption dans le football ghanéen. L’un des membres de l’équipe a été abattu en pleine rue par des inconnus en janvier 2019. 

En République démocratique du Congo (154e), pays du continent dans lequel RSF a enregistré le plus d’exactions en 2018, un réalisateur et un caméraman ont dû fuir leur domicile pour échapper à leurs assaillants après avoir diffusé un documentaire sur les expropriations menées sur un terrain revendiqué par l’ex-président Joseph Kabila. Son successeur, Félix Tshisekedi, élu début 2019, devra faire de la protection des journalistes et de la réforme du cadre légal qui punit les délits de presse de peines de prison une priorité s’il souhaite que les médias deviennent un “véritable quatrième pouvoir” du pays, comme il l’a promis lors de son discours d’investiture.

La dépénalisation des délits de presse a été consacrée au Libéria (93e, -4), mais les autorités visent régulièrement Front Page Africa, le journal d’enquête de référence du pays, dont la rédaction a été arrêtée en avril et le fondateur menacé de prison par un ministre à la fin de l’année, après la révélation de plusieurs affaires de corruption impliquant le gouvernement. Au Nigeria (120e), un journaliste du grand quotidien Premium Times a été interrogé pendant plusieurs jours par la police qui cherchait à obtenir ses sources. Au Mozambique (103e -4), le gouverneur d’une province du nord-est du pays, touchée par une insurrection islamiste, a annoncé aux journalistes qu’ils n’étaient plus autorisés à couvrir les attaques et les violences qui agitent la région – une injonction immédiatement mise à exécution. Un célèbre journaliste d’investigation a été arrêté en décembre avant d’être relâché, et celui d’un média local est toujours en détention depuis le début de l’année. 

Chape de plomb sur les élections

Journalistes arrêtés, réseaux sociaux perturbés, internet coupé : les tentatives pour cadenasser l’information ont été nombreuses au cours des dernières élections africaines. Au Cameroun (131e,-2), où Amadou Vamoulké, l’ancien patron de la CRTV, la radiotélévision publique camerounaise, est arbitrairement détenu depuis plus de deux ans et demi, la reconduction de Paul Biya pour un septième mandat s’est accompagné de multiples intimidations, agressions et arrestations de journalistes, souvent associés à des opposants. En RDC, l’accréditation de la correspondante de RFI, média international de référence très écouté dans le pays, lui a été retirée, la radio s’est vue privée d’antenne et les Congolais n’ont plus eu accès à internet en marge du scrutin présidentiel. 

Les suspensions de médias, notamment internationaux, restent une arme largement utilisée pour empêcher la diffusion d’informations critiques et le débat d’idées. Deux radios étrangères, la BBC et VOA restaient interdites au Burundi (159e) début 2019 après avoir été initialement suspendues six mois en amont du référendum constitutionnel. Et une radio locale a été illégalement fermée par le gouverneur de Bamako pendant l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle au Mali (112e).  

Au Soudan (175e), des manifestations inédites par leur ampleur depuis plus de 30 ans sont organisées depuis fin 2018 pour demander le départ d’Omar el-Béchir et la tenue de nouvelles élections. RSF y a recensé près d’une centaine d’arrestations de journalistes et des dizaines de confiscations de médias. Les services de sécurité et de renseignement n’hésitent pas à saisir les éditions des journaux déjà imprimées pour les asphyxier financièrement. 

Nouvelles pressions économiques

Violences, arrestations, suspensions : le traditionnel triptyque utilisé pour museler la presse est désormais souvent complété par un panel de pressions économiques de plus en plus étoffées. La Tanzanie a adopté une loi imposant une moyenne de 900 dollars par an pour enregistrer un blog ou un site d’information. Une somme exorbitantequi n’a d’autre objectif que de limiter au maximum la diffusion d’informations en ligne. Chez le voisin ougandais (125e), le président Yoweri Museveni, qui a régulièrement insulté les journalistes en 2018, a fait adopter une taxe journalière sur les réseaux sociaux, la première du genre sur le continent. Sous couvert de lutte contre les “commérages”, la mesure renchérit l’accès, le partage et la production d’information pour les journalistes et les blogueurs qui utilisent largement ces outils. Un projet de taxe similaire a été annoncé en Zambie (119e, -6). Un temps envisagé au Bénin (96e), les autorités y ont finalement renoncé. Les pressions les plus fortes sont venus du Mozambique, où à un an des élections générales, les autorités ont décidé d’instaurer de nouveaux frais d’accréditation prohibitifs, qui porteraient à plusieurs milliers de dollars l’autorisation de venir effectuer un reportage ou de s’installer comme correspondant dans le pays. Si cette mesure, qui fait encore l’objet de discussions, est appliquée, le Mozambique détiendra le record du reportage le plus cher d’Afrique.
— 
REPORTERS SANS FRONTIÈRES/ REPORTERS WITHOUT BORDERS
Arnaud Froger
Responsable du bureau Afrique / Head of the Africa desk
+33 1 44 83 84 76
CS 90247 75083 Paris Cedex 02

]]>
http://www.therwandan.com/fr/classement-rsf-2019-la-liberte-de-la-presse-a-lheure-des-grands-changements-en-afrique-subsaharienne/feed/ 0
RWANDA : la DGSE et le FPR: naïveté ou compromission? http://www.therwandan.com/fr/rwanda-la-dgse-et-le-fpr-naivete-ou-compromission/ http://www.therwandan.com/fr/rwanda-la-dgse-et-le-fpr-naivete-ou-compromission/#respond Mon, 01 Apr 2019 18:52:33 +0000 http://www.therwandan.com/fr/?p=6908
  • PAR MICHEL ROBARDEY
  • Analyse du témoignage de l’ancien directeur de la DGSE devant la mission parlementaire française d’Information sur le Rwanda, à Paris le 8 juillet 1998).

    Une campagne médiatique savamment et puissamment orchestrée se développe en France depuis plusieurs semaines et s’intensifie à l’approche du XXV° anniversaire du génocide rwandais. Se multiplient articles de presse, colloques très entre soi où nulle opinion contraire n’est admise, déclarations tonitruantes et pétitions diverses sur fond d’anathèmes et d’incantations dépourvues de toute assise factuelle. Cela s’appuie souvent sur des extraits de documents établis par la DGSE auxquels, comme c’est généralement le cas dans ce dossier, on fait dire à peu près ce que l’on veut.

     Cette exploitation des écrits de la DGSE lors de cette campagne de presse m’a amené à m’interroger sur les sources de la DGSE dans des billets précédemment postés sur mon blog Mediapart, intitulés respectivement « Quand la DGSE ne voulait rien voir »[1] et La Guerre des archives ou la guéguerre des services » [2].

     Mais , toujours soucieux de revenir aux sources, j’ai tenté de retrouver le compte-rendu du témoignage apporté le 8 juillet 1998 par l’ancien directeur de la DGSE devant les parlementaires chargés de conduire une Mission d’Information sur le Rwanda. Mais ce témoignage ayant été donné à huis clos, aucun compte-rendu n’en a été offert à la lecture du public dans le rapport final de la commission[3].

     Or, très curieusement, on trouve ce compte-rendu in extenso sur un site ouvert par un groupuscule manifestement attaché, pour ne pas dire acharné, à découvrir – ou à construire ex-nihilo – une quelconque culpabilité – pour ne pas dire n’importe quelle culpabilité – de la France au Rwanda :  http://www.francegenocidetutsi.org/

     Le compte rendu du témoignage de Claude Silberzahn apparait en cliquant sur le lien suivant >>>>

    Je vous conseille sa lecture qui est édifiante. Pour celui qui a vécu au Rwanda l’essentiel de la période considérée, cette lecture est tout simplement ahurissante.

    Mais avant d’aborder le fond du document une PREMIERE QUESTION  s’impose : Comment se fait-il qu’on trouve sur un site privé le compte rendu d’une audition effectuée à huis-clos alors qu’il ne figure pas dans le rapport officiel publié sur le site de l’Assemblée Nationale ? Qui a laissé fuiter ce rapport et dans quelles intentions ? Est-ce un compte rendu authentique? Nous ne saurions considérer que, offrant au public un document confidentiel qui apporte la preuve du contraire de ce qu’ils veulent démontrer habituellement, les gérants du site aient pris le risque de bidonner cette affaire. Ce document doit donc être considéré comme authentique !

    A la lecture de ce texte, ayant été présent à Kigali de septembre 90 à septembre 93 , j’apprends que  la DGSE « n’avait eu aucun homme ni aucune infrastructure au Rwanda » au cours de cette période. J’apprends aussi que, dépourvue d’informations venant du Rwanda, la DGSE s’adressait aux services belges, considérant « avec confiance les informations provenant des services belges et se fondant, très naturellement[4], sur de telles sources pour rédiger en partie ses bulletins d’information».

    A ce stade, les bras m’en tombent déjà et ce, pour deux raisons :

    • Il est inexact de dire que la DGSE n’avait pas d’homme ni infrastructure au Rwanda :   je croisais les personnels de ce service en allant au bureau chaque matin et ce , tout au long de l’année 1993 et probablement pendant une bonne partie de l’année 1992 ;
    • La Belgique ayant affiché dès octobre 1990, une posture assez différente de celle de la France, il eut pu paraître assez imprudent de se fier aveuglément aux renseignements que fournissaient ses services.

    Poursuivant le lecture, je découvre que, un peu en contradiction avec ce qui précède, Claude SILBERZAHN indique que la DGSE avait conduit des  « missions d’intervalle » par l’envoi d’hommes au Rwanda, ce qui lui avait permis de faire son métier , avec du renseignement venu, non plus de Belgique mais d’Ouganda, cette fois ! Or, l’Ouganda et le FPR étant pour le moins liés, voire alliés : tout le monde avait vu en octobre 1990 que le FPR avait attaqué le Rwanda à Kagitumba en uniformes et avec les armes de l’armée ougandaise. Je ne me suis pas caché d’avoir découvert qu’un des camions qui avaient amené en février 1993 les troupes du FPR à l’attaque de Ruhengeri était un véhicule appartenant à la Police Militaire Ougandaise. Ce camion portait encore ses plaques d’immatriculation ougandaise et j’ai trouvé, dans la boite à gants, l’ordre de mission signé par le Lieutenant-colonel ougandais, commandant la Police Militaire Ougandaise précisant que le jour de l’attaque de Ruhengeri par le FPR, 8 février 1993, le véhicule était « In special duty ».

    Que la DGSE aille puiser en Ouganda, avec la prudence qui s’imposait, des renseignements sur le FPR, on le comprendrait assez bien, mais qu’elle y ait recueilli sans discernement des éléments concernant aussi la partie gouvernementale rwandaise, semble beaucoup plus risqué. On ne s’étonne pas , dans ces conditions que la DGSE, puisant ses sources à Kampala, ait préconisé dès 1991 le retrait des militaires français du Rwanda dont la présence gênait d’une part, la prise de pouvoir en force à Kigali par le FPR, et d’autre part, la poursuite des objectifs fixés par le président ougandais MUSEVENI qui était de se débarrasser de ses encombrants compagnons rwandais en les renvoyant chez eux[5].

    En clair, le contenu des bulletins d’information rédigés par la DGSE sur la base d’informations recueillies en Ouganda – et non recoupées – ne portaient que la voix du FPR ! On ne s’étonne plus dès lors de la suite de ce témoignage révélant que la DGSE « n’avait pressenti ni l’assassinat du président ni les massacres qui ont suivi. Il a toutefois précisé que les contacts entretenus au sein du FPR n’avaient pas non plus prévu ces événements ».  

    Plus loin, Claude Silberzahn se déclare, contre toute évidence, certain de la fiabilité des informations fournies par le FPR, estimant que « si le FPR avait été au courant de la programmation de massacres au Rwanda, la DGSE l’aurait su car, les massacres visant la population tutsi, le FPR l’aurait inévitablement alerté » annonce fièrement, et très naïvement[1] celui qui fut pendant des années le patron du principal service de renseignement français. Il ne lui est pas venu à l’idée, ne serait-ce qu’un instant que, Kagame, soucieux de prendre par la force un pouvoir sans partage ne risquait pas d’alarmer une communauté internationale qui se serait théoriquement sentie contrainte à intervenir si elle avait perçu un quelconque risque de génocide.

     Aujourd’hui, mais c’était déjà le cas en 1998, le FPR et ses alliés tendent à prétendre que ces massacres avaient été planifiés de longue date et que la guerre déclenchée en octobre 1990 était une guerre de libération. C’est exactement le contraire de ce qu’il disait à la DGSE du temps de Silberzahn. Mais ce sont ces compte-rendu et ces mêmes rapports rédigés par la DGSE alors qu’elle était intoxiquée, voire même infiltrée, par la FPR[2]ainsi que l’a révélé Claude Silberzahn, que reprennent aujourd’hui ceux qui tentent de démontrer les soi-disant erreurs de la France

     Bien que le président Paul QUILES et certains parlementaires[3] se soient montrés lors de cette audition quelque peu sceptiques sur la fiabilité des renseignements fournis par le FPR à la DGSE, et bien que beaucoup des assurances données par le dit FPR à la dite DGSE avaient été déjà démenties entre 1993 et 1998, Claude SILBERZAHN a persisté dans sa confiance en les renseignements fournis par le FPR comme par l’Ouganda. Je laisse à tout un chacun le soin de qualifier un tel aveuglement, volontaire ou involontaire.

    Quoi qu’il en soit, il est certain que la DGSE aurait été bien avisée de prendre avec davantage de précautions les soi-disant « renseignements » que lui fournissaient le FPR et l’Ouganda. Et certains aujourd’hui devraient, eux aussi, prendre avec davantage de prudence les écrits que la DGSE a rédigés sous la dictée du FPR. En effet, une conclusion s’impose : la DGSE n’ayant accordé aucune importance à ce conflit pourtant majeur pour toute l’Afrique des Grands Lacs, le seul renseignement fiable recueilli de 1990 à 1994 sur le Rwanda a été celui qui était fourni par la Direction du Renseignement Militaire (D.R.M.), bien qu’elle soit alors encore en gestation. Ce sont d’ailleurs les militaires français de la Mission d’Assistance Militaire près de la république rwandaise qui ont alerté sur les massacres de masse qu’entrainerait les offensives conduites par le FPR depuis l’Ouganda. Ils ont été les premiers, mais aussi les seuls, à le faire ….jusqu’à ce que, la victoire du FPR étant acquise à la fin du mois de juin 1994, certaines puissances se réveillent après plus de deux mois de génocide.

    [1] On reste bouche bée en lisant dans ce même rapport, en 1998, après les massacres de masse commis par le FPR et la liquidation de tous les hutu modéres qui avaient cru en l’amitiè du FPR : que Claude  SILBERZAHN avance avec un certain aplomb que  « l’idéologie affichée par le FPR étant une idéologie visant à l’instauration de la démocratie et souhaitant une cohabitation pacifique. Il a rappelé que « le FPR en exil avait toujours prétendu qu’à son retour au pouvoir son principal objectif serait de fraterniser avec le reste de la population rwandaise ». 

    [2] On ne s’étonnera pas non plus que Claude Silberzahn, principalement « renseigné » par le FPR,  n’ait jamais vu les anglo-saxons dans la zone de 1990 à 1993, contrairement à Louise ARBOUR et Carla del PONTE qui, au cours des années suivantes, les ont vus lorsqu’ils leur ont imposé l’impunité totale pour le FPR et pour Kagame :  

    [3] On notera dans cette audition l’interrogation un tant soit peu ironique du député J. Myart sur la fiabilité de la « bourse d’échange » avec les pays « amis », aux intérêts concurrents de ceux de la France….

     [4]   C’est nous qui soulignons !

    [5] On se souvient en effet que le retrait des troupes françaises du Rwanda a été une condition sine que non pour que le FPR signe les accords de paix du 4 août 1993. Le FPR s’est ensuite opposé à toute présnece française au sein de la MINUAR puis au déclenchement de  ’opération Turquoise

    [6] On reste bouche bée en lisant dans ce même rapport, en 1998, après les massacres de masse commis par le FPR et la liquidation de tous les hutu modérés qui avaient cru en l’amitié du FPR : que Claude  SILBERZAHN avance avec un certain aplomb que  « l’idéologie affichée par le FPR étant une idéologie visant à l’instauration de la démocratie et souhaitant une cohabitation pacifique. Il a rappelé que « le FPR en exil avait toujours prétendu qu’à son retour au pouvoir son principal objectif serait de fraterniser avec le reste de la population rwandaise ». 

    [7] On ne s’étonnera pas non plus que Claude Silberzahn, principalement « renseigné » par le FPR,  n’ait jamais vu les anglo-saxons dans la zone de 1990 à 1993, contrairement à Louise ARBOUR et Carla del PONTE qui, au cours des années suivantes, les ont vus lorsqu’ils leur ont imposé l’impunité totale pour le FPR et pour Kagame :  

    [8] On notera dans cette audition l’interrogation un tant soit peu ironique du député J. Myart sur la fiabilité de la « bourse d’échange » avec les pays « amis », aux intérêts concurrents de ceux de la France….

    ]]>
    http://www.therwandan.com/fr/rwanda-la-dgse-et-le-fpr-naivete-ou-compromission/feed/ 0
    Kigali:Interview Exclusive avec Le Président Félix Tshisekedi http://www.therwandan.com/fr/kigaliinterview-exclusive-avec-le-president-felix-tshisekedi/ http://www.therwandan.com/fr/kigaliinterview-exclusive-avec-le-president-felix-tshisekedi/#respond Wed, 27 Mar 2019 19:28:57 +0000 http://www.therwandan.com/fr/?p=6886
    ]]>
    http://www.therwandan.com/fr/kigaliinterview-exclusive-avec-le-president-felix-tshisekedi/feed/ 0
    *Sur les épaules de mes ancêtres* http://www.therwandan.com/fr/sur-les-epaules-de-mes-ancetres/ http://www.therwandan.com/fr/sur-les-epaules-de-mes-ancetres/#respond Fri, 22 Mar 2019 18:19:14 +0000 http://www.therwandan.com/fr/?p=6875 Imaginez que vous apparteniez à une minorité raciale de l’Asie du Sud-Est, un peuple amené d’Afrique de l’Est il y a de cela plusieurs siècles déjà. Imaginez que les vôtres étaient jadis acceptés et intégrés mais qu’au fil des ans, ils aient été progressivement marginalisés et complètement exclus de toutes fonctions publiques. Imaginez que vous décidez de dédier votre vie à faire la différence, à faire redonner à votre communauté cette dignité leur déniée depuis trop longtemps. Serez-vous entendue?

    Aujourd’hui je suis inspiré par Tanzeela Umme Habiba Qambrani née en 1979 dans le district de Badin au Pakistan. Badin se trouve dans le Sind, la troisième plus grande province du Pakistan, située dans la partie sud-est du pays.
    Tanzeela appartient à la communauté des Sidis, également connus sous le nom de Sheedis, une minorité raciale d’ascendance africaine vivant en Inde et au Pakistan. Bien que l’origine exacte des Sidis ait été oubliée au fil des ans, ils seraient des descendants de marchands, de marins et de soldats de l’Afrique de l’Est.

    Beaucoup ont été amenés en Asie comme esclaves dès le 1er siècle par des esclavagistes arabes et ottomans, puis par la suite, par des esclavagistes Portugais, Hollandais, Français et Britanniques. Les historiens estiment qu’environ 4 millions d’Africains ont été emmenés d’Afrique orientale en Asie du Sud-Est pendant le commerce des esclaves trans-océan Indien.

    Au cours de l’empire moghol, fondé au XVIe siècle, les Sidis ont occupé des postes de haut niveau tels que des soldats ou des gardes. L’un des Sidis les plus célèbres est Malik Ambar, un esclave éthiopien amené en Inde enfant et qui devint général et même premier ministre du Gujarat Indien.

    Les choses tournèrent mal pour les Sidis sous la colonisation britannique, où ils furent activement discriminés par le colon. Cette discrimination a continué après la création du Pakistan en 1947. Depuis, les Sidis ont complètement été ignorés des cercles politiques pakistanais.

    Aujourd’hui, seule une petite communauté de près de 50 000 personnes est identifiée comme Sidis au Pakistan. Elle est essentiellement concentrée dans le Sind. La communauté Sidi fait souvent l’objet de moqueries à cause de son apparence physique et fait face à la discrimination raciale dans tous les domaines de la vie, tant en Inde qu’au Pakistan.

    Les Sidis ont récemment fait des efforts pour renouer des liens avec d’autres Sidis du sous-continent de l’Asie du Sud-Est, mais ils ont pratiquement perdu tout lien direct avec l’Afrique de leurs ancêtres. Les Sidis ont également oublié depuis longtemps leurs langues d’origine. Cependant, leur musique et leurs chansons sont indéniablement africaines, un mélange de swahili et de langues locales.

    Tanzeela trace ses origines en Tanzanie. Ses arrière-grands-parents ont été amenés au Pakistan il y a un siècle et sa famille a retrouvé ses liens avec l’Afrique grâce aux efforts de ses parents. Une de ses sœurs a même épousé un Tanzanien et a suivi son mari dans son pays de naissance. Une autre de ses sœurs est mariée à un Ghanéen.

    « Quand ma sœur a épousé un Ghanéen, des jeunes de la région et des invités ghanéens ont organisé un spectacle traditionnel dans notre quartier. Ils ont dansé les pas typiques de Sidi au rythme des tambour de Mogo, qu’on dit originaire du Ghana, mais que nous avons traditionnellement joués chez nous depuis les temps. On ne pouvait faire aucune distinction entre les danseurs Sidis et les Africains ! « 

    Ses parents avaient tous deux fait des études poussées. Son père, Abdul Bari, était avocat, et sa mère une directrice d’école. Parallèlement à leurs fonctions respectives, ses parents ont œuvré toute leur vie pour essayer de changer la façon dont leur communauté est perçue dans le pays.

    Dès leur jeune âge, les parents de Tanzeela ont poussé leurs filles à toujours croire en elles-mêmes et à aspirer à occuper une place égale à celle de leurs homologues masculins dans la société. La jeune femme était passionnée par les sciences et elle a décidé de poursuivre des études en informatique à l’Université du Sind où elle a obtenu une maîtrise en informatique.

    Avec l’éducation familiale qu’elle a reçue et les convictions de ses parents, il n’est guère surprenant que Tanzeela ai suivi leurs traces, s’engageant dans le militantisme communautaire dès qu’elle a terminé ses études universitaires.

    Son principal cheval de bataille était de l’indépendance économique des femmes. Pour elle, seule des femmes fortes et autonomes peuvent jouer un rôle actif dans le processus de prise de décision du pays. Dans son travail communautaire, elle a inlassablement sensibilisé les familles, en particulier les mères, à mettre leurs filles à l’école.

    « Il n’y a pas de progrès sans éducation et autonomisation des femmes du Sind et des femmes Sidis. »

    En 2010, elle a rejoint le parti Benazir Bhutto, la première femme Premier ministre du Pakistan, et est devenue conseillère municipale dans son Badin natal.

    Elle n’a pas tardé à se faire remarquer dans les hautes sphères du parti et, en 2018, Bilawal Bhutto Zardari, fils de feue Benazir Bhutto, l’a nommée à un siège réservé aux femmes au parlement provincial du Sind, siège qu’elle a gagné haut la main.

    Tanzeela Qambrani a prêté serment le 13 août 2018, devenant ainsi la première femme de la tribu Sheedi à devenir membre de l’Assemblée du Sind.

    Ce fut un moment très émouvant pour cette activiste de 39 ans, mère de trois enfants.

    «En arrivant à la cérémonie de prestation de serment, j’étais submergé par les émotions. Je me sentais comme une sorte de Nelson Mandela. En descendant l’escalier de l’Assemblée du Sind, j’avais envie d’embrasser le sol, le sol même qui m’a bénie avec tant de respect, d’amour et d’acceptation », a-t-elle confiée à la presse ce jour-là.

    Aujourd’hui, le nom Tanzeela Qambrani a voyagé à travers le monde, jusqu’à l’Afrique de ses ancêtres et au-delà, faisant d’elle le visage de cette petite tribu dont beaucoup n’avaient jamais entendu parler avant son élection.

    «En tant que petite minorité perdue au milieu des populations locales, nous nous sommes efforcés de préserver nos racines africaines et notre expression culturelle, mais j’attends avec impatience le jour où le nom de Sidi évoquera le respect, pas le mépris. »

    Elle est la première femme parlementaire Afro-Pakistanaise mais elle a bien l’intention de se battre pour ne pas être la dernière. Il faut plus de Sidi dans les cercles politiques souvent élitises de son pays. Et dans tous les domaines de la vie d’ailleurs.

    « Je peux déjà sentir le poids. Je suis une Sidi, et tous les Sidis, qu’ils soient de la classe moyenne, de la classe moyenne inférieure et de la classe ouvrière savent que je suis une des leurs. Cela signifie qu’il y aura des attentes. »

    Ne vous inquiétez pas, Tanzeela, vos ancêtres veillent sur vous.

    Merci pour votre contribution à l’héritage de la Grande Afrique, Tanzeela! Nous sommes fiers de vous!

    Contributeur

    Um’Khonde Habamenshi

    ]]>
    http://www.therwandan.com/fr/sur-les-epaules-de-mes-ancetres/feed/ 0
    *Comme une rivière sans fin* http://www.therwandan.com/fr/comme-une-riviere-sans-fin/ http://www.therwandan.com/fr/comme-une-riviere-sans-fin/#respond Fri, 15 Mar 2019 15:46:27 +0000 http://www.therwandan.com/fr/?p=6852 Imaginez que vous ayez grandi dans une famille d’éleveurs dans un village d’Afrique australe. Imaginez que vous n’ayez pas eu l’opportunité d’aller à l’école, juste parce que vous êtes une fille. Imaginez que vous étiez si déterminée malgré tout, que vous vous êtes apprise à lire et à écrire vous même dans les livres d’école de votre frère. Imaginez que vous aviez été mariée jeune et que vous aviez déjà trois enfants avant l’âge de dix-huit ans. Abandonneriez-vous vos rêves ? Vous résoudriez à accepter la place que la société vous a donné ? Ou au contraire, continueriez-vous à croire que votre vie pourrait encore changer?

    Aujourd’hui, je suis inspiré par Tererai Trent du Zimbabwe. Tererai est née en 1965 dans le village de Zvipani dans la province de Mashonaland West au Zimbabwe. À cette époque, le Zimbabwe était encore une colonie britannique et s’appelait la Rhodésie.

    «Les Britanniques ont colonisé le Zimbabwe en 1888 et des communautés comme la nôtre ont été chassées de force de nos demeures ancestrales et reinsatllles dans des zones ingrates jugees invivables pour les colons européens. Classée par les colons européens comme ‘réserve autochtone’ en 1913, ma région natale, Hurungwe, est devenue l’une des réserves africaines les plus vastes et les plus pauvres du Zimbabwe. Aujourd’hui, on l’appelle encore la ceinture anti-moustiques et anti-mouches tsé-tsé. Notre village est aux prises avec des maladies, de la pauvreté et d’un manque de ressources de base – eau potable, électricité, soins de santé, éducation et, parfois, nourriture – et ce, depuis des décennies.»

    Comme beaucoup de filles à cette époque (et même à ce jour), Tererai n’a pas pu aller à l’école quand elle a atteint l’âge d’être scolarisée. La famille avait choisi d’éduquer leur fils Tinashe et Tererai était condamnée à rester à la maison, aidant sa mère de différentes taches ménagères et s’occupant du bétail de la famille.

    Elle enviait beaucoup son frère d’avoir été autorisé à aller à l’école et lui en voulait aussi car le petit garçon ne semblait guère intéressé à apprendre quoi que ce soit. Un jour, Tererai a décidé d’emprunter les livres de son frère et a commencé à apprendre à lire et à compter d’elle-même, parcourant avidement les ouvrages pendant qu’elle surveillait les vaches.

    La jeune fille ne s’arrêta pas à emprunter les livres de son frère: elle commença à faire ses devoirs, au grand plaisir de son frère qui était bien trop heureux de les présenter a l’école comme étant son propre travail.

    Toutefois, l’enseignant n’a pas été dupe en voyant à quel point la qualité des devoirs de Tinashe s’était tellement améliorée en très peu de temps. Quand il a compris que c’était le travail de sa sœur Tererai, le maitre est allée voir les parents de Tererai pour les convaincre de l’amener à l’école.

    Son père a fini par céder – à contrecœur – et Tererai a été autorisée à aller à l’école, mais cela ne dura pas longtemps. À cette époque, la guerre de libération du Zimbabwe, qui avait éclaté un an avant sa naissance, avait pratiquement touché tout le pays, y compris son village.

    Tererai s’en souvient comme d’un temps de division pour son peuple, certains hommes rejoignant la rébellion, d’autres optant pour de combattre aux côtés du colonisateur. 

    Comme trop souvent dans les conflits, 
    les femmes et filles étaient les plus exposées.

    «Alors que toutes les femmes et les filles étaient en danger de violences sexuelles lorsque les soldats passaient dans leurs maisons, les jeunes femmes et filles célibataires étaient les plus vulnérables. Plutôt que de laisser leurs filles être abusées sexuellement, les pères et les chefs de clan préféraient forcer les très jeunes femmes à se marier comme pour leur assurer une sorte de protection », écrira-t-elle dans son livre ‘La femme éveillée’.

    Son père a donc donné sa fille de 11 ans en mariage à un homme plus âgé. Son mari était un homme très violent et Tererai s’est retrouvée piégée dans la même vie de misère que sa mère et ses tantes avaient vécues avant elle. La première chose que son mari a faite a été de l’empêcher de lire et il la battait à chaque fois qu’il la surprenait en train de lire!

    «C’est dans cet environnement que j’ai eu mon premier enfant, j’étais à peine âgée de quatorze ans. À dix-huit ans, j’avais déjà quatre enfants.»

    «Je viens d’une longue lignée de femmes qui ont été forcées de mener une vie qu’elles n’ont jamais choisies. J’ai vécu toute ma vie dans un village pauvre et j’ai constaté à quel point la pauvreté et le manque d’éducation forçaient pratiquement les femmes dans une vie de servitude et leur enlevaient l’estime de soi.»

    La jeune adolescente mère de famille essaya de trouver la force d’accepter sa situation en regardant l’exemple des autres femmes autour d’elle.

    « Malgré mon mariage précoce et violent, la détermination et le génie des femmes qui m’entouraient, qui avançaient dans leur vie avec stoïcisme malgré les épreuves auxquelles elles étaient confrontées, ont semé une graine, une envie de vivre une vie différente. Pourtant, ce n’était pas si facile de changer ma vie.»

    Vous vous dites surement que son destin était scellé et qu’elle se leurrait de croire qu’elle pouvait s’extirper cette prison vivante? Pas si vite! Nous sommes quand même dans le mois où nous célébrons des femmes qui ont osé suivre leurs rêves, non?

    Quand elle avait environ 17 ans, sans diplôme et sans perspectives d’avenir, Tererai a rencontré une femme humanitaire qui allait profondément marquer sa vie juste avec quelques simples mots: 

    « Si vous croyez en vos rêves, ils se réaliseront.» La femme s’appelait Jo Luck. Tererai allait la revoir plusieurs années plus tard dans des circonstances completement différentes!

    Avec cette inspiration et les encouragements de sa mère, Tererai a écrit ses rêves : aller en Amérique, y poursuivre des études supérieures, et devenir docteur. Elle a placé le papier dans une boîte de conserve, l’a scellé et enterré sous un rocher. Elle ne savait pas qu’elle réaliserait tous ses rêves et bien plus encore. 

    En 1998, son mari a amené sa famille en Oklahoma, aux Etats-Unis. Elle a décidé de prendre des cours par correspondance à l’insu de son mari et a commencé à économiser de l’argent. Lorsqu’elle s’est sentie suffisamment en confiance avec ses propres capacités, elle a postulé à l’école et a été admise à la Oklahoma State University. Son mari ne pouvait rien faire à ce sujet, ils étaient aux États-Unis et elle ne le laisserait plus se mettre en travers de ses rêves.

    En 2001, cette mère courageuse de cinq enfants a obtenu une Licence en sciences agricoles et, deux ans plus tard, une maîtrise dans le même domaine. Ses enfants étaient sa plus grande motivation:

    «Je ne peux pas parler de l’éducation de mes enfants quand je ne le suis pas moi-même. C’est seulement si je m’éduque moi-même que je pourrai alors éduquer mes enfants. « 

    Son mari abusif a été expulsé des Etats-Unis, mais elle et ses enfants y sont resté et elle a poursuivi ses études. En décembre 2009, Tererai a obtenu un doctorat à l’Université Western Michigan University. 

    Après avoir obtenu chaque diplôme, le Dr Tererai Trent est retourné au Zimbabwe, a déterré sa boîte de conserve et vérifié chaque rêve qu’elle a réalisé, un par un. Elle avait atteint tous ses rêves !

    Imaginez qu’Oprah Winfrey a entendu parler de son histoire et l’a invitée à l’émission dans la fameuse Oprah Winfrey Show ! La reine des talk-shows décrira plus tard la rêveuse Zimbabwéenne comme son invité favori de tous les temps! Et devinez qui est-ce qu’Oprah a réuni avec Tererai sur son plateau télévisé? Jo Luck, la femme humanitaire qui avait changé sa vie par quelques mots d’encouragement alors qu’elle traversait une des périodes les plus difficiles de sa vie.

    Quand elle a créé sa fondation, la fondation Tinogona («Tinogoma» signifie «c’est réalisable»), une organisation qui vise à fournir un accès universel à une éducation de qualité pour tous les enfants, sans distinction de sexe ou d’origine, Oprah a immédiatement fait un don de 1,5 million de dollars afin que Dr Trent puisse construire une école dans son village natal au Zimbabwe! 

    L’école primaire de Matau a été achevée en 2014, avec plusieurs salles de classe desservant des milliers d’élèves. Comme vous l’avez deviné, les filles sont très présentes aujourd’hui, alors qu’il n’y en avait aucune quand elles avaient leur âge.

    À ce jour, sa fondation a construit onze écoles au Zimbabwe et a aidé plus de 5 000 enfants à aller à l’école.

    En 2015, Madame le Docteur Tererai Trent a publié un livre pour enfants sur sa propre vie, intitulé ‘La fille qui a enterré ses rêves dans une boîte’. 

    En 2017, elle a publié «La femme éveillée – Se souvenir et raviver nos rêves sacrés», où elle partage les leçons qu’elle a apprises tout au long de son parcours unique. Dans son best-seller, dont la préface a été écrite par nul autre qu’Oprah Winfrey, Tererai appelle les femmes à réveiller les rêves qui sont enfouis dans leurs cœurs et à trouver leur propre chemin dans la vie. Le livre a remporté le prix NAACP 2018 pour son travail littéraire exceptionnel.

    Le Dr Trent a reçu plusieurs diplômes honorifiques au fil des ans, notamment un doctorat honorifique en sciences de l’Université du Massachusetts et un doctorat honorifique en développement des femmes et des sexes de l’Université des femmes du Zimbabwe en 2013, ainsi qu’un doctorat honorifique en lettres humaines de l’Oklahoma State University et Doctorat honorifique en sciences de l’Université Loyola de Chicago en 2014.

    En fait, je dois faire une petite correction: Tererai Trent est maintenant Professeur Trent. Le scientifique originaire du Zimbabwe est maintenant une professeur auxiliaire en Santé Publique à l’Université Drexel de Pennsylvanie. Entretemps, elle s’est remariée à Mark Trent, un phytopathologiste qu’elle a rencontré à la Oklahoma State University.

    Merci pour votre contribution à l’héritage de l’Afrique, Prof. Tererai ! Vous êtes la preuve vivante que les rêves peuvent de réaliser si on croit en soi-même et si quelqu’un croit en vous!

    Bonne célébration du mois international des droits de la femme!

    Contributeur

    Um’Khonde Habamenshi

    ]]>
    http://www.therwandan.com/fr/comme-une-riviere-sans-fin/feed/ 0
    « Au Rwanda, l’assassinat des opposants devient monnaie courante » Victoire Ingabire Présidente/FDU http://www.therwandan.com/fr/au-rwanda-lassassinat-des-opposants-devient-monnaie-courante-victoire-ingabire-presidente-fdu/ http://www.therwandan.com/fr/au-rwanda-lassassinat-des-opposants-devient-monnaie-courante-victoire-ingabire-presidente-fdu/#respond Sun, 10 Mar 2019 10:20:02 +0000 http://www.therwandan.com/fr/?p=6817 « Anselme Mutuyimana, cadre de l’opposition et assistant de Victoire Ingabire, a été assassiné dans la nuit de vendredi à samedi. Ingabire est une des principales figures de l’opposition dans le pays, la présidente du parti des Forces démocratiques unifiées. Pour elle, il n’y a pas de doute, il s’agit d’un assassinat politique ».

    ]]>
    http://www.therwandan.com/fr/au-rwanda-lassassinat-des-opposants-devient-monnaie-courante-victoire-ingabire-presidente-fdu/feed/ 0
    *Magnifiquement libre de rêver* http://www.therwandan.com/fr/magnifiquement-libre-de-rever/ http://www.therwandan.com/fr/magnifiquement-libre-de-rever/#respond Fri, 08 Mar 2019 13:47:27 +0000 http://www.therwandan.com/fr/?p=6813 «Imaginez à quel point nous serions plus heureux, à quel point nous serions plus libres d’être nous-même, si nous n’avions pas à subir le poids des attentes de la société par rapport à notre genre. Je regardais souvent ma grand-mère, qui était une femme brillante, et je me demandais quelle vie elle aurait eu si elle avait eu les mêmes chances que les hommes quand elle grandissait. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus de possibilités pour les femmes que du temps de ma grand-mère en raison de changements des politiques, des lois, toutes choses très importantes. Mais ce qui compte encore plus, c’est notre attitude, notre état d’esprit, ce que nous croyons et ce que nous valorisons en matière de genre. Et si, dans l’éducation des enfants, nous nous concentrions plus sur la capacité plutôt que sur le genre? Et si dans l’éducation des enfants, nous nous concentrions sur les centres d’intérêt des enfants plutôt que sur le genre? « 

    Ce ne sont pas mes mots, mais ceux de la femme qui nous inspire aujourd’hui, la très brillante Chimamanda Ngozi Adichie du Nigeria.

    Chimamanda, un nom igbo signifiant ´mon Dieu ne me laissera jamais tomber’, est né en septembre 1977 à Enugu, une ville d’environ 700 000 habitants située au sud-est du Nigéria. Elle était la cinquième des six enfants de Grâce Ifeoma et James Adichie.

    Chimamanda a commencé à lire et à écrire très jeune, pratiquement à l’âge où d’autres enfants apprennent encore à parler. Les seuls livres qu’elle pouvait obtenir à cette époque étaient des livres pour enfants écrits par des auteurs britanniques et américains. Sans s’en rendre compte, la petite fille Nigériane a développé en elle le sentiment que seuls les étrangers pouvaient écrire des livres ou être les sujets d’histoires publiées. Quand elle-même, encore enfant, a commencé à écrire des histoires, elle a automatiquement créé des mondes où tous les personnages étaient blancs, vivaient dans l’hémisphère nord – où elle n’avait jamais mis les pieds – et leurs vies étaient rythmées par les neiges qu’elle n’avait jamais vues, et des soleils disparaissaient et réapparaissaient à différents moments de l’année, contrairement à son propre environnement où le soleil semblait être fixé en permanence dans le ciel.

    À ce tendre âge, elle ne réalisait pas encore à quel point son jeune esprit impressionnable avait été influencé par les livres qu’elle lisait, livres où quelqu’un qui lui ressemblait n’avait pas sa place.

    Quand elle était encore enfant, sa famille a déménagé à Nsukka, une des grandes villes universitaires du Nigéria. Son père, un académicien, avait obtenu un poste d’enseignant au campus de l’Université du Nigéria à Nsukka. Sa mère elle-même était une pionnière de plein droit: Grace Ifeoma allait être la première femme à occuper le poste de registrar, l’équivalent de secrétaire général de l’université.

    Par pure coïncidence, la famille Adichie a emménagé dans une maison autrefois occupée par l’auteur du classique «Le Monde s’effondre» du regretté Chinua Achebe. 

    Quand elle avait 10 ans, Chimamanda a découvert les écrits de Chinua Achebe et d’autres auteurs africains tels que Camara Laye, auteur de «L’Enfant Noir». C’est à ce moment qu’elle a découvert que les Africains eux aussi pouvaient écrire des livres, et ce, avec des personnages africains et dans un cadre africain!

    C’était comme être née à nouveau!

    «C’est grâce à des écrivains comme Chinua Achebe et Camara Laye, que j’ai eu un changement dans ma perception de la littérature. J’ai réalisé que des personnes comme moi, des filles à la peau couleur chocolat, dont les cheveux crépus ne pouvaient former de queue de cheval, pouvaient également exister dans la littérature. Ce que la découverte de la littérature Africain a fait pour moi est extraordinaire ; ça m’a évité de n’avoir qu’une seule notion de ce que devraient être les livres. « 

    Cet éveil de conscience a changé à jamais l’idée qu’elle se faisait d’elle-même et de son identité.

    À la fin de ses études secondaires, la jeune femme s’est inscrite à l’Université du Nigéria à Nsukka pour étudier la médecine. Ce n’était pas son rêve, mais celui de ses parents. Les Adichie avaient une idée arrêtée sur le futur de leurs enfants : il falait qu’ils aient tous des professions qui leur permettraient de bien gagner leur vie. La sœur aînée de Chimamanda était médecin, une autre pharmacienne et son frère ingénieur.

    Après avoir tenté de respecter leurs attentes pendant toute une année académique, Chimamanda a décidé de parler à ses parents en toute franchise par rapport à ce choix qui lui pesait. Avec autant de tact que possible, elle leur informa qu’elle avait décidé d’abandonner ses études en médecine pour poursuivre son propre rêve: celui devenir écrivain. 

    À sa grande surprise, ses parents n’ont pas rejeté son choix. Au contraire, ils l’ont soutenue alors qu’elle s’attendait qu’ils la fustigent pour cette décision d’abandonner ce domaine qui lui aurait assurer un bon futur.

    La jeune femme a souvent ironisé sur le fait que ses parents l’aient si facilement libérée de son obligation de suivre les pas de son frère et ses grandes sœurs.

    « Mes parents avaient déjà des enfants raisonnables qui allaient bien gagner leur vie et je pense que ça les rassurait assez et les mettait à l’aise pour sacrifier la plus étrange de leurs enfants. »

    Il faut dire qu’ils s’y attendaient peut-être car pendant l’année et demie où leur fille a étudié à Nsukka, elle s’était fait connaître sur le campus en tant que rédactrice en chef du «Compas», un magazine estudiantin dirigé par les étudiants catholiques en médecine de l’université.

    En 1997, Chimamanda, âgée de 19 ans, a quitté son pays natal pour aller étudier aux États-Unis où vivait une de ses sœurs. Pour la première fois de sa vie, elle était sur le point de vivre sa propre vie, pas une vie conçue pour elle par sa famille et ses traditions.

    Elle avait choisi d’étudier la communication et les sciences politiques à l’Eastern Connecticut State University.

    Un an plus tard, à 20 ans, Chimamanda publia ´Par amour pour le Biafra´, une pièce de théâtre sur la guerre entre le Nigéria et sa république sécessionniste du Biafra, guerre dans laquelle son pays s’est retrouvé engouffré à la fin des années 1960. 

    Chimamanda, la rêveuse s’est révélée être une militante née!

    Après avoir obtenu sa licence au Connecticut en 2001, Chimamanda s’est inscrite dans un programme de Maîtrise en création littéraire dans la prestigieuse université Johns Hopkins basée à Baltimore. Pendant ses études à l’université Johns Hopkins, Chimamanda a poursuivi son amour de l’écriture en publiant des histoires courtes dans le magazine de l’école.

    Son premier roman, ‘Purple Hibiscus’, a été publié en 2003. Elle avait à peine 25 ans.

    Elle y avait été encouragée par Muhtar Bakare, un visionnaire qui avait quitté la profession lucrative de banquier pour réaliser son rêve de devenir éditeur. Une des choses qu’elle aimait le plus chez Muhtar Bakare, c’est qu’il croyait fermement que quiconque qui sait lire, lira si on rend les livres plus abordables et plus accessibles.

    ‘Purple Hibiscus’ est l’histoire de Kambili, une jeune fille de 15 ans de famille riche et respectée, mais qui vivait sous la coupe d’un père tyrannique et fanatique religieux. Le roman a connu un succès littéraire instantané et a remporté le prix 2005 du Commonwealth Writers ‘ pour le meilleur premier livre!

    L’auteur se rappelle à quel point elle a été émue par une rencontre qu’elle a eue avec une femme qui travaillait comme messagère dans une chaîne de télévision où elle devait faire une interview. Quand elle l’a vue entrer dans le bâtiment, la femme s’est approchée de la jeune écrivain pour lui dire avec fierté qu’elle avait lu le livre.

    «Voilà une femme qui faisait partie de la masse des Nigérians ‘ordinaires’ qui n’étaient pas supposés être des lecteurs et qui pourtant avait lu mon livre. Et non seulement elle avait lu le livre, mais elle s’en été appropriée et avait même des idées pour un de mes prochains livre. « 

    En 2006, Chimamanda a publié son deuxième roman, ‘Half of a Yellow Sun’ (L’autre moitié du soleil). Bien qu’il s’agisse d’une histoire fictive, ‘L’autre moitié du soleil’ est essentiellement basée sur les expériences de ses propres parents au cours de la guerre entre le Nigeria et le Biafra.

    ‘L’autre moitié du soleil’ est également devenu un best-seller international et a reçu plusieurs prix, dont le Orange Broadband Prize for Fiction, le Anisfield-Wolf Book Award, le PEN ‘Beyond Margins’ Award et le Orange Broadband Prize for Fiction.

    La jeune femme était sur une lancée: en 2009, alors qu’elle achevait une deuxième maîtrise à Yale – cette fois dans le domaine de l’histoire de l’Afrique – elle a publié ‘The Thing Around Your Neck’ (Cette chose autour de votre cou), un recueil de nouvelles acclamé par les critiques.

    Bien qu’elle soit indéniablement devenue un écrivain de renom, le nom Chimamanda Ngozi Adichie allait devenir un nom connu du monde entier en juillet 2009, lorsqu’elle a été invitée à prendre la parole à la conférence internationale TED Global 2009, qui s’est tenue à Oxford au Royaume-Uni.

    Conformément au thème de la conférence, « La substance des choses non vues », la jeune romancière africaine a choisi de parler du « Danger des histoires venant d’une seule source « , un sujet qui, je pense, a touché tous les peuples du monde qui se sont jamais sentis ignorés ou senti que l’histoire véhiculée à leur propos ne représentait pas leur vérité.

    Dans sa manière posée, élégante et délibérée que nous aimons tant – je sais que c’est mon cas en tous cas – l’auteur nous a parlé de sa petite enfance et du parcours qu’elle a pris pour réaliser son rêve, utilisant ses propres expériences de vie pour nous alerter des dangers de la construction d’idées fausses sur les gens simplement parce que vous avez appris «tout ce qu’il y a à savoir sur eux» d’une seule et même source.

    Ses premiers jours en Amérique, alors qu’elle avait 19 ans, vous rappellerons vos premiers jours dans la diaspora pour ceux qui ont un jour vécu à l’extérieur. Dès son arrivée en Amérique, la jeune Chimamanda n’a pas tardé à se rendre compte que les gens avaient beaucoup d’idées préconçues sur l’Afrique et les Africains, et ils étaient surpris à chaque fois qu’ils réalisaient qu’elle ne correspondait pas à leurs stéréotypes.

    «Ma colocataire américaine était constamment choquée par moi. Elle m’a demandé où j’avais appris à si bien parler l’anglais et a été déconcertée lorsque je lui ai dit que l’anglais était la langue officielle du Nigeria. Elle a demandé si elle pouvait écouter ce qu’elle appelait ma «musique tribale» et a donc été très déçue lorsque j’ai produit ma cassette de Mariah Carey », a-t-elle confié, amenant son auditoire à en rire aux larmes.

    «Je vais vous dire ce qui m’a frappé: en fait elle s’était sentie désolée pour moi avant même de me rencontrer. Sa position envers moi, en tant qu’Africaine, était une sorte de pitié bien intentionnée et condescendante. Ma colocataire ne connaissait qu’une seule histoire de l’Afrique, une histoire remplie de catastrophes. Dans cette histoire unique, il n’y avait aucune possibilité que les Africains lui ressemblent de quelque manière que ce soit, aucune possibilité qu’ils ne puissent susciter de sentiments plus complexes que la pitié, aucune possibilité de connexion avec eux en tant qu’égaux, en tant qu’humains.

    Elle a ensuite demandé si des personnes comme sa colocataire auraient eu une idée aussi étroite de l’Afrique si elles avaient pris la peine de connaître les multiples sources d’histoires d’Africains extraordinaires qui ne correspondaient pas à l’idée que le monde avait de ce qu’un Africain était ou aurait dû être.

    L’auteur a conclu son discours par cette déclaration puissante: «Les histoires comptent. Beaucoup d’histoires comptent. Les histoires ont été utilisées pour déposséder et pour faire du mal, mais les histoires peuvent aussi être utilisées pour autonomiser et humaniser. Les histoires peuvent briser la dignité d’un peuple, mais elles peuvent aussi réparer cette dignité brisée. Lorsque nous rejetons cette histoire unique, lorsque nous réalisons qu’il n’y a jamais eu une seule histoire unique, nous retrouvons une sorte de paradis perdu. ”
    Le public l’a ovationnée ! 

    Chimamanda, la rêveuse, l’écrivain exceptionnelle, s’est révélée être une voix toute exceptionnelle. Une superbe voix des sans-voix!

    À ce jour, la vidéo du «Danger des histoires venant d’une seule source» a été visionnée plus de 17,5 millions de fois et la transcription de son discours de 19 minutes a été traduite en 49 langues!

    Une autre étape importante dans la vie de Chimamanda est venue en 2013, lorsque son livre ‘Half a Yellow Sun’ a été transformé en un film hollywoodien avec les grandes stars Thandie Newton, Chiwetel Ejiofor et Anika Noni Rose. 

    Toutefois cet événement a été quelque fois assombri pendant un moment par le fait que le Bureau du Cinéma Nigérian a tout d’abord interdit de diffuser le film dans le pays, suggérant qu’il pourrait réveiller des tensions ethniques dans le pays, avant de finalement autoriser sa diffusion.

    En 2012, environ trois ans après le célèbre discours devenu viral, Chimamanda est revenue à TED avec un autre sujet provocateur: «Nous devrions toutes être des féministes».
    Notre oratrice si douée a commencé par parler d’un ami d’enfance qui était décédé depuis. Okoloma, qu’elle considérait comme un grand frère, la traitait souvent de «féministe», mais pas comme compliment, mais d’une façon accusatrice.

    « Je pourrais dire de son ton, le même ton que vous utiliseriez pour dire quelque chose comme: » Vous êtes une partisane du terrorisme », dit-elle en riant.

    « Je ne savais pas exactement ce que ce mot ‘féministe’ voulait dire, et je ne voulais pas qu’Okoloma sais que je ne savais pas. Alors, je l’ai écarté et j’ai continué à discuter. Et la première chose que j’avais prévu de faire quand je suis rentré à la maison a été de rechercher le mot « féministe » dans le dictionnaire.»

    Cette épithète lui a encore été attribué beaucoup[ plus trad dans sa vie. Elle faisait la promotion d’un de ses livres quand elle a reçu un conseil non sollicité de la part d’un compatriote: 

    «Vous ne devriez jamais laisser les gens vous appeler une féministe, car les féministes sont des femmes malheureuses parce qu’elles ne peuvent pas trouver de mari.»
    Elle a également donné des exemples de sa vie où elle était traitée comme moindre que les hommes, parfois d’une manière si subtile que les gens autour d’elle ne le voyaient pas nécessairement, aveuglés qu’ils étaient par la culture.
    «Chaque fois qu’ils m’ignorent, je me sens invisible. Je me sens énervée. Je veux leur dire que je suis tout aussi humaine que les hommes, que je mérite tout autant d’être reconnue. Ce sont de petites choses, mais parfois ce sont les petites choses qui font le plus mal. »

    Elle continue avec passion: «Je suis en colère. Le genre, tel qu’il est vécu aujourd’hui, est une grave injustice. Nous devrions tous être en colère! Historiquement, la colère a été à l’origine de grands changements positifs. »

    Ses propos étaient enrichissants a plus d’un titre et sa passion ne pouvait que nous pousser à changer notre perception des hommes et des femmes, et en particulier, réfléchir à comment changer la manière dont nous élevons les garçons et les fille, manière qui ne fait qu’aider à perpétuer les préjugés de notre société.

    «Le genre est important partout dans le monde, mais je veux me concentrer sur le Nigéria et sur l’Afrique en général, car c’est là où je sais et c’est là où est mon cœur. Et je voudrais aujourd’hui demander que nous commencions à rêver et à planifier un monde différent, un monde plus juste, un monde d’hommes plus heureux et de femmes plus heureuses et plus authentiques. Et voici comment commencer: nous devons élever nos filles différemment. Nous devons également élever nos fils différemment. Nous rendons un très mauvais service aux garçons dans la manière dont nous les élevons; nous étouffons l’humanité en eux. Nous définissons la masculinité de manière si étroite, que la masculinité devient cette petite cage rigide où nous plaçons les garçons à l’intérieur. Nous enseignons aux garçons à avoir peur de la peur. Nous enseignons aux garçons à avoir peur de la faiblesse, de la vulnérabilité. Nous leur apprenons à se masquer, parce qu’ils doivent être, en nigérian, des ‘durs’ !»

    «Et ensuite, nous rendons beaucoup moins service aux filles parce que nous les élevons pour répondre aux égos fragiles des hommes. Nous apprenons aux filles à se réduire, à se faire toutes petites. Nous disons aux filles: « Vous pouvez avoir de l’ambition, mais pas trop d’ambition. Vous devez avoir pour objectif de réussir, mais pas trop, sinon vous menaceriez l’homme. »

    En effet, il faut changer!

    Suite au succès de sa deuxième apparition à la conférence TED, Chimamanda a , publié en 2014 un essai intitulé «Nous devrions tous être féministes». En 2017, l’auteur prolifique a publié «Chère Ijeawele, ou Manifeste féministe en quinze suggestions», un livre écrit comme une lettre à une amie pour parler du féminisme.

    Chimamanda Ngozi Adichie et son mari, Dr Ivara Esege, ont une fille de deux ans. Chimamanda partage son temps entre les États-Unis et le Nigéria où elle co-dirige la fondation Farafina Trust, une organisation à but non lucratif créée pour promouvoir la lecture, l’écriture, une culture d’introspection sociale et l’engagement avec la société à travers les arts littéraires.

    En 2016, Chimamanda a reçu un doctorat honorifique en lettres humaines de son université Johns Hopkins University et, en 2017, un doctorat honorifique en lettres humaines du Haverford College et de l’Université d’Édimbourg. En 2018, elle a reçu un doctorat honoris causa en lettres humaines d’Amherst College.

    Célébrons la Journée internationale de la femme 2019 avec notre célèbre sœur Chimamanda en promettant à toutes les femmes que nous serons tous des féministes. 
    Bravo pour votre contribution à l’héritage de l’Afrique, Chimamanda Ngozi Adichie!

    Contributeur

    Um’Khonde Habamenshi

    ]]>
    http://www.therwandan.com/fr/magnifiquement-libre-de-rever/feed/ 0
    OPEX Turquoise (Rwanda) : Communiqué du général Jean Claude LAFOURCADE, ancien commandant. http://www.therwandan.com/fr/opex-turquoise-rwanda-communique-du-general-jean-claude-lafourcade-ancien-commandant/ http://www.therwandan.com/fr/opex-turquoise-rwanda-communique-du-general-jean-claude-lafourcade-ancien-commandant/#respond Wed, 06 Mar 2019 14:33:13 +0000 http://www.therwandan.com/fr/?p=6808 Une exigence de vérité

    La Force Turquoise est régulièrement accusée d’avoir protégé le gouvernement rwandais par intérim et d’avoir facilité sa fuite en juillet 1994, accusation systématiquement reprise par les médias. Je dénonce un amalgame et une contre vérité.

    Alors que ce gouvernement était composé de 21 personnes, seuls deux membres ont transité par la zone Turquoise du 16 au 17 juillet avant de passer d’eux même au Zaïre. Il s’agit des :

    • Docteur Theodore Sindikuwabo, président de l’assemblée nationale et président par intérim de la République rwandaise du 9 avril au 19 juillet 1994 (décédé en 1998 à Bukavu).
    • Jérome Bicamumpaka ministre des affaires étrangères (arrêté en 99, transféré au TPIR, acquitté de tous les chefs d’accusation le 30 septembre 2011 et remis en liberté.

    Deux personnes sur vingt et une, cela ne constitue pas un « gouvernement » mais ce sont de simples personnalités isolées et sans influence, une d’entre elles ayant été blanchie par le TPIR. Il est donc faux d’affirmer que le Gouvernement intérimaire rwandais est passé par la zone Turquoise.

    En outre, la Force Turquoise ne pouvait arrêter des personnalités d’un gouvernement étranger qui était encore à l’époque membre du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle n’en avait ni le mandat ni la capacité juridique.

    Au moment où l’anniversaire du génocide s’annonce, Il importe que les journalistes français, dans le respect leur charte d’éthique professionnelle, mettent en œuvre les principes de cette charte en vérifiant les informations fournies par des groupes de pression avant de les relayer sans discernement ni recul. A défaut, ils participent à une entreprise de désinformation.

    Général Jean Claude LAFOURCADE
    Ancien commandant de l’Opération Turquoise (Rwanda)

    L’ASAF exprime son soutien indéfectible aux militaires français qui ont été engagés dans l’opération Turquoise en 1994.
    Elle dénonce les mensonges et manipulations de Paul Kagamé, tyran et génocidaire, président du Rwanda depuis un quart de siècle, qui bénéficie, hélas, de  la complicité de certains médias français.

     Rediffusé sur le site de l’ASAF : www.asafrance.fr

    Source : www.asafrance.fr

    ]]>
    http://www.therwandan.com/fr/opex-turquoise-rwanda-communique-du-general-jean-claude-lafourcade-ancien-commandant/feed/ 0
    RIONS UN PEU… KAGAME ENVOIE UN SATELLITE DANS L’ESPACE… et les gens « avalent » ça… http://www.therwandan.com/fr/rions-un-peu-kagame-envoie-un-satellite-dans-lespace-et-les-gens-avalent-ca/ http://www.therwandan.com/fr/rions-un-peu-kagame-envoie-un-satellite-dans-lespace-et-les-gens-avalent-ca/#respond Thu, 28 Feb 2019 10:19:13 +0000 http://www.therwandan.com/fr/?p=6797 Par Musavuli Boniface

    Les admirateurs de Kagame ont à nouveau déversé mensonges et propagande, cette fois-ci, au sujet d’un satellite : « le satellite de télécommunication rwandais ». On parle de l’industrie spatiale rwandaise et, comme d’habitude, on se met à se moquer du grand voisin chaotique, incapable de tout, la RDC, face au « petit Rwanda » qui brillerait déjà dans les étoiles.

    La réalité est qu’il s’agit d’un satellite de la firme américaine OneWeb, basée à Arlington en Virginie, et dirigée par l’homme d’affaire américain Greg Wyler. Le satellite a été lancé à bord d’une fusée Soyouz de la Guyane française.

    Le projet de constellation satellitaire OneWeb vise à faciliter l’accès à Internet aux pays les moins connectés de la planète. Le Rwanda dans tout cela ?

    Eh bien, le Rwanda étant un des pays les plus pauvres et les moins connectés de la planète, il s’est présenté pour figurer sur la liste des « bénéficiaires » du projet, pas « propriétaire ».

    Mais pour les admirateurs béats du dictateur rwandais, eh bien le Rwanda fait désormais partie du cercle fermé des puissances spatiales… aux côtés des Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France,…

    A cette allure, Kagame va bientôt envoyer des astronautes sur la lune et sur mars. Lorsqu’on adore avaler les mensonges de Kagame, il vaut mieux les avaler jusqu’au bout !

    ]]>
    http://www.therwandan.com/fr/rions-un-peu-kagame-envoie-un-satellite-dans-lespace-et-les-gens-avalent-ca/feed/ 0
    *La Couleur de la Paix* http://www.therwandan.com/fr/la-couleur-de-la-paix/ http://www.therwandan.com/fr/la-couleur-de-la-paix/#respond Wed, 27 Feb 2019 08:36:44 +0000 http://www.therwandan.com/fr/?p=6793 Imaginez que vous soyez née au Kenya pré-indépendance, dans une famille de paysans. Imaginez que vos parents aient été si pauvres qu’ils ont fait le choix d’inscrire leurs fils à l’école et de vous laisser à la maison. Imaginez que vous finissiez par aller à l’école et deveniez l’une des femmes les plus instruites du pays. Imaginez que vous deveniez un activiste communautaire et que vos positions en faveur des droits de l’homme et de la justice sociale vous attire les foudres du pouvoir en place et fasse de vous la cible privilégiée des plus hauts dirigeants de votre pays. Auriez-vous peur et abandonneriez-vous votre combat pour vous cantonner dans le rôle de femme docile et obéissante, tel qu’attendu de vous? Ou vous battriez-vous bec et ongles pour défendre vos convictions? 

    « Je suis née le 1er avril 1940, troisième d’une famille de six enfants et première fille après deux fils dans le petit village de Ihithe, dans les hauts plateaux du centre du Kenya, qui était encore à l’époque une colonie britannique. Mes grands-parents et mes parents sont également nés dans cette région située près de la capitale de la province de Nyeri, au pied de la chaîne de montagnes Aberdare. Au nord, dans le ciel, se trouve le mont Kenya », écrit-elle dans ses mémoires.

    «Deux semaines après le début de mbura ya njahi, la saison des longues pluies, ma mère m’a mise au monde à la maison, dans une maison traditionnelle aux murs en terre, sans électricité ni eau courante. Elle était assistée par une sage-femme locale ainsi que par des femmes membres de la famille et des amies. Fidèle à la tradition kikuyu, mes parents m’ont appelée du nom de ma grand-mère paternelle, Wangari, un nom traditionnel kikuyu. »

    Oui, aujourd’hui, je suis inspiré par Wangari Muta Maathai du Kenya. Elle décrit son village d’enfance du centre du Kenya comme une terre luxuriante, verte et fertile.

    «Nous vivions dans un pays où abondaient arbustes, lianes, fougères et arbres, comme le mitundu, le mukeu et le migumo, dont certains produisaient des baies et des noix. Parce que la pluie tombait régulièrement, il y avait de l’eau potable partout. Il y avait de grands champs de maïs, haricots, blé et légumes bien arrosés. La faim était pratiquement inconnue. Le sol était riche, brun rouge foncé et humide.»

    Quand elle avait trois ans, sa famille a déménagé dans la région de la Vallée du Rift, où son père – un simple ouvrier agricole – avait trouvé du travail. Lorsque ses deux frères ainés ont atteint l’âge de la scolarisation, sa mère a ramené les trois enfants dans leur village natal car il n’y avait pas d’école près de la ferme appartenant à des Blancs où travaillait leur père.

    Du fait de leurs faible revenu, sa famille avait décidé que seuls les garçons devraient avoir une éducation. C’est après que son frère ait demandé à plusieurs pourquoi leur sœur n’était pas à l’école, qu’elle a finalement pu rejoindre les autres à l’école primaire Ihithe. Elle avait déjà 8 ans.

    La jeune Wangari a rapidement rattrapé les autres enfants, devenant progressivement l’une des meilleurs élèves de son école. En 1951, Wangari fut admise à l’école primaire intermédiaire St. Cecilia, un pensionnat géré par la mission catholique Mathari à Nyeri. C’est durant son séjour à Sainte-Cécile que Wangari a été convertie au catholicisme.

    Les années 50 étaient une période agitée dans l’histoire du Kenya. Le pays était encore une colonie britannique, mais la population était de mieux en mieux organisée pour mettre fin à la domination étrangère. C’était l’époque du soulèvement historique des Mau Mau, une révolte qui n’a certes pas mis fin à la colonisation, mais a joué un rôle important dans l’affaiblissement de la position de la Grande-Bretagne sur ces riches terres d’Afrique de l’Est qu’elle contrôlait depuis 1895.
    Nyeri a été touchée par l’instabilité et sa mère a dû fuir leur village et trouver refuge dans un autre village, mais Dieu merci, l’internat était à l’abri de la violence en cours.

    Wangari a terminé ses études en tête de sa classe et a été admise au lycée Loreto de Limuru. Loreto High School est une des plus ancienne écoles pour filles du Kenya. Elle a été fondée en 1936 par les Sœurs de Loreto, une congrégation catholique d’Irlande, avec pour objectif d’éduquer les filles africaines qui, à cette époque, se voyaient refuser le droit de poursuivre leurs études au-delà de l’école primaire.

    Quatre ans plus tard, en 1960, Wangari a terminé ses études secondaires, se classant parmi les meilleurs élèves de tout le pays. Ce palmarès lui a valu de décrocher une bourse pour étudier aux États-Unis.

    Wangari était passionnée par la science et elle n’était point dissuadée par le fait que le domaine était dominé par les hommes. En 1964, année de l’indépendance du Kenya, la jeune fille a obtenu un diplôme en sciences biologiques du Mount St. Scholastica College, au Kansas.

    Wangari s’est ensuite inscrite à l’Université de Pittsburgh où elle a obtenu une maîtrise en biologie. Wangari a ensuite poursuivi un doctorat à l’Université de Munich, en Allemagne, avant de retourner dans son pays d’origine en 1969.

    Bien qu’elle ait atteint un niveau académique sans précédent pour l’époque, la jeune femme souhaitait aller plus loin : le Dr Wangari s’est inscrit à l’Université de Nairobi où elle est devenue la première femme d’Afrique orientale et centrale à obtenir un Ph. D!

    Le professeur Wangari a rejoint le personnel de l’Université de Nairobi, d’abord comme maitre de conférences, puis comme directeur du département d’anatomie vétérinaire. Elle a été la première femme à atteindre ce poste dans la région.

    Hmmm. Vous vous demandez si je parle bien de la même Wangari Maathai que vous connaissez. Comment cette académicienne, spécialiste en anatomie animale, est-elle devenue l’activiste qui allait changer le monde, un arbre à la fois?

    Wangari a commencé à s’intéresser à la politique lorsqu’elle s’est mariée avec Mwangi Mathai en mai 1969. Elle avait rencontré son futur mari quelques années auparavant, alors qu’ils étaient tous deux étudiants aux États-Unis. Mwangi Mathai aspirait à devenir un politicien, et peu après leur mariage, il décida d’essayer de briguer un siège au Parlement.
    Bien que son mari ait perdu cette première tentative, cette aventure a été comme un moment d’éveil pour son épouse. Pendant la campagne en particulier, où Wangari a pu constater de visu combien de Kenyans avaient du mal à trouver les moyens de nourrir leurs familles.

    La professeure Wangari Mathai a commencé à être plus engagée qu’avant, notamment dans la lutte pour l’égalité des droits des femmes, à commencer par l’université où elle a enseigné. Elle s’est battue pour que le personnel féminin soit traité de la même manière que le personnel masculin. Elle est allée plus loin et a demandé aux tribunaux d’autoriser l’association du personnel universitaire à former un syndicat où toutes les voix pourraient être entendues et comptées, mais les tribunaux ont rejeté sa demande.

    Wangari a décidé de s’intéresser davantage à ce qui se passait en dehors du campus, jouant des rôles actifs dans des organisations telles que la Croix-Rouge du Kenya, dont elle est devenue la directrice en 1973, et l’Association des femmes universitaires du Kenya.

    Wangari a été invitée à rejoindre le conseil d’administration du Centre de liaison pour l’environnement récemment créé par les Nations-Unies. Le Centre était notamment chargé de promouvoir la participation d’organisations non gouvernementales aux travaux du Programme des Nations Unies pour l’environnement (CNUU) basé à Nairobi. En quelques années, Wangari allait éventuellement devenir la présidente du Centre.

    En 1974, Mwangi Mathai a tenté une nouvelle fois sa chance à un siège au Parlement et cette fois-ci, il y est arrivé. Une fois de plus, Wangari a suivi son mari alors qu’il faisait campagne, réalisant une fois de plus que la plupart de leurs compatriotes vivaient dans des situations économiques des plus dramatiques.

    En regardant la situation de plus près, elle s’est rendu compte que la plupart des difficultés rencontrées par les ménages ruraux étaient dues à la rareté des ressources naturelles, des ressources jadis abondantes mais qui se dégradaient rapidement, obligeant les habitants à parcourir des kilomètres à pied pour avoir accès à des produits essentiels tels que l’eau ou le bois de chauffage. La plupart des personnes touchées étaient des femmes et des enfants, du fait que ce sont souvent eux qui sont affectés à ces corvées ingrates.
    L’idée d’utiliser la restauration de l’environnement pour créer des emplois et de la richesse a commencé à se former dans son esprit. Le besoin s’est encore confirmé lorsqu’elle a visité son village d’enfance. Elle n’en croyait pas ses yeux ! Le village ressemblait à peine aux collines et aux vallées verdoyantes de son enfance.

    «Lorsque je grandissais à Nyeri, dans le centre du Kenya, le mot désert n’existait pas dans ma langue maternelle, le kikuyu. Notre terre était fertile et boisée. Mais aujourd’hui, à Nyeri, comme dans une grande partie de l’Afrique et des pays en développement, les sources d’eau ont tari, le sol est asséché et impropre à la production d’aliments, et les conflits fonciers sont fréquents. »

    La population avait anarchiquement défriché la forêt pour y faire de l’agriculture, remplaçant la couverture naturelle par des arbres exotiques à croissance rapide qui dégradaient le sol et endommageaient l’écosystème. Au lieu de la transformation rurale et de la croissance économique, ces pratiques ont conduit à la désertification.

    En 1975, elle a été invitée à prendre la parole lors d’un événement préparatoire à une réunion des Nations Unies prévue à Mexico. Lors de la réunion préparatoire, Wangari a rencontré des femmes originaires de différentes régions du pays et leur a demandé ce qui les préoccupait le plus. Beaucoup d’entre elles ont mentionné le bois de chauffage, l’eau potable, les aliments nutritifs et des revenus suffisants.

    Elle a décidé d’agir pour adresser ces état des faits. Le 5 juin 1977, Wangari et le Conseil national des femmes organisèrent une marche des femmes dans le centre-ville de Nairobi, qui se termina au parc Kamukunji, où elles plantèrent sept arbres en l’honneur de leaders historiques de la communauté. Cette marche a été connue sous le nom de « Save the Land Harambee » (‘Sauvez la Terre’ et ‘harambee’, qui signifie « tous ensemble  » en swahili). C’était l’embryon de ce qui allait être la plus grande réalisation dans la vie, le Green Belt Movement.
    A travers le Green Belt Movement, Wangari a continué à encourager les femmes du Kenya à planter des pépinières dans tout le pays et, avec le soutien d’amis et de bienfaiteurs, a réussi à leur payer une petite somme pour le travail accompli.

    Wangari était aussi une critique très publique du parti au pouvoir au Kenya, le KANU, malgré que son mari en fût un membre très actif.

    À l’époque, le président Jomo Kenyatta avait trahi la promesse de transformer le Kenya en un État démocratique. Près d’un an après l’indépendance du Kenya, son parti avait pris le contrôle quasi complet du gouvernement. En 1964, Kenyatta a utilisé la législature pour acquérir des pouvoirs exécutifs considérables. Il a utilisé ces pouvoirs en 1969, lorsqu’il a décidé unilatéralement de mettre fin à la démocratie multipartite et le Kenya est devenu de facto un État à parti unique.

    Les élections étaient un vrai simulacre, comme Wangari l’a décrit plus tard dans ses mémoires.

    «Nous espérions que ces élections fourniraient à la population du Kenya une représentation plus juste et plus fidèle de ses aspirations et de ses convictions. À notre grande consternation et à notre désespoir, les élections ont été les plus troublantes et les plus déformées de l’histoire du Kenya. Le gouvernement a mis en place un système très controversé de vote « en file d’attente ». Les électeurs devaient s’aligner derrière leur candidat et les fonctionnaires électoraux comptaient le nombre de personnes dans chaque ligne puis disaient aux gens de rentrer chez eux. Lorsque les responsables des élections annonçaient le vainqueur, c’était souvent le candidat qui avait le plus petit nombre d’électeurs derrière lui! Comme les électeurs étaient chez eux, rien ne pouvait être fait: le vainqueur avait été déclaré. Le truquage des votes était tellement flagrant que ceux qui avaient perdu la course étaient déclarés vainqueurs en plein jour sans aucune gêne de la part du gouvernement… Je savais que nous ne pourrions pas vivre avec un système politique qui tue la créativité, entretient la corruption, et produit des gens qui avaient peur de leurs propres dirigeants. Ce ne serait qu’une question de temps avant que le gouvernement et moi-même ne soyons entrés dans le conflit. »

    Ses critiques constantes du parti et les problèmes personnels de son couple ont affaiblis son union avec Mathai et le couple a divorce en 1979, après 10 ans de mariage. Leur divorce était belliqueux et très médiatisé. Mwangi Mathai aurait acrimonieusement qualifié sa femme d’être «trop instruite, trop forte, trop de succès, trop têtue et trop difficile à contrôler», et d’autres noms que je ne répéterai pas ici.

    Wangari a pris les insultes comme un compliment et les a portés comme une médaille d’honneur pour le reste de sa vie. Furieux de constater que son ex-épouse ne semblait en rien amoindrie par leur séparation, dénoncer davantage les méfaits des politiciens, son ancien mari lui a envoyé une lettre par l’entremise de son avocat, lui demander de cesser d’utiliser son nom de famille.

    Wangari a décidé de simplement changer son nom de famille en Maathai au lieu de Mathai. Il ne pouvait rien faire à ce sujet, elle avait techniquement suivi la loi et ne portait plus le nom de son mari. Il avait oublié que sa femme était «trop éduquée», selon ses propres mots.

    Wangari Maathai a continué de se battre pour des questions relatives à l’environnement, aux droits des femmes et aux droits fondamentaux, et a continué à critiquer durement la politique de son pays. Le président Arap Moi, qui a remplacé Jomo Kenyatta à la tête du pays, n’était pas mieux que son prédécesseur. Arap Moi n’avait rien fait pour ouvrir l’espace politique du pays, au contraire, et ne faisait montre d’aucune patience envers ceux qui montraient qu’ils savaient mieux que le gouvernement ce dont la population avait besoin.

    Elle allait venir l’objet directe de sa colère en 1989 quand elle a protesté contre le développement d’une infrastructure majeure à Nairobi. Wangari Maathai avait été furieuse d’apprendre que le gouvernement envisageait de construire un gratte-ciel de 62 étages au milieu du parc Uhuru, un parc récréatif situé dans le quartier central des affaires de la capitale kenyane. Le projet était cher au président Daniel Arap Moi car le bâtiment allait lui donner une image de leader visionnaire. Le projet comprenait en plus une statue du dirigeant autocratique et la tour serait logerait le siège du parti au pouvoir.

    Wangari Maathai considérait ce projet grandiose comme un stratagème pour s’emparer d’un site public.

    Elle a écrit des lettres de protestation à tout le monde, du bureau du président aux représentants de l’ONU. Elle a même appelé le haut-commissaire britannique à Nairobi à intervenir car les principaux actionnaires du projet étaient britanniques.
    Le gouvernement a ignoré ses lettres mais au lieu de cela, elle a été victime d’attaques verbales dans les médias pro-gouvernementaux. Le président l’a même qualifiée de «femme folle», affirmant qu’il était «non Africain et inimaginable pour une femme de défier ou de s’opposer aux hommes».
    Le gouvernement a trouvé un moyen de contraindre le professeur Maathai et le Mouvement de la ceinture verte à quitter le bureau qu’elle louait à l’époque.

    Cela ne l’a pas arrêtée et ne l’a pas intimidée. Wangari Maathai et d’autres manifestants ont fait un sit-in dans le parc Uhuru et ont entamé une grève de la faim pour protester contre le projet de construction. La manifestation a été violente et tous les manifestants ont été enlevés de force.

    «Il est souvent difficile de décrire à ceux qui vivent dans une société libre à quoi ressemble la vie dans un régime autoritaire. Vous ne savez pas à qui faire confiance. Vous craignez que vous, votre famille ou vos amis ne soyez arrêtés et emprisonnés sans procédure régulière. La peur de la violence politique ou de la mort, qu’il s’agisse d’assassinats directs ou d’accidents ciblés, est constante. C’était comme ça au Kenya, en particulier dans les années 90. »

    Le projet de gratte-ciel n’a jamais abouti ; les investisseurs étrangers ont retiré leurs fonds, effrayés que les réactions négatives autour du projet ne rejaillissent sur eux. L’arrestation de femmes pour avoir planté des arbres a conduit des organisations telles qu’Amnesty International à faire pression sur le gouvernement pour qu’il modifie sa politique et sa loi.

    Ironiquement, durant crise du parc Uhuru, Wangari Maathai et le Président Arap Moi ont été tous deux invités à participer à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement – le Sommet de la Terre – à Rio de Janeiro. Le gouvernement kenyan a tenté de faire pression sur les organisateurs pour qu’ils ne permettent pas à Wangari de prendre la parole, mais malgré leurs efforts, l’académicienne devenue activiste a été choisie pour être l’un des principaux orateurs du sommet.

    Wangari a décidé d’essayer de changer les choses à l’intérieur du système. En 2002, elle a été élue avec succès membre de l’Assemblée nationale du Kenya. En 2003, le président de la République nouvellement élu, Mwai Kibaki, l’a nommée ministre adjointe de l’environnement et des ressources naturelles, poste qu’elle a occupé pendant trois ans.
    Wangari a continué à diriger le mouvement de la Green Belt (Ceinture de verdure), inspirant de nombreuses personnes à croire qu’il est possible de sauver le monde de lui-même, par ce simple geste. Grâce à son travail aux Nations Unies, elle a pu faire entendre la voix des femmes africaines sur la scène internationale.

    Avant même d’être nommée ministre, elle avait remporté plus de 15 prix internationaux, dont le Goldman Environmental Prize à San Francisco en 1991, le Prix africain pour le leadership du Hunger Project à Londres en 1991, la Médaille d’Edimbourg en 1993 pour sa « Contribution exceptionnelle à l’humanité à travers la science « , le prix Juliet Hollister en 2001, le prix pour l’environnement mondial en 2003 de l’Association mondiale des organisations non gouvernementales et le prix de la conservation de l’Université Columbia en 2004.

    Néanmoins, Wangari – qu’on appelait affectueusement Mama Miti, « Mère des arbres » – ne s’est jamais vue comme un grande personnalité mondiale. Elle continuait à planter ses arbres tranquillement et c’est probablement ce qu’elle faisait en octobre 2004, quand elle a reçu un appel surprenant de Ole Danbolt Mjos, président du comité norvégien du Prix Nobel, l’informant qu’elle avait remporté le prix Nobel de la Paix pour sa ‘contribution au développement durable, à la démocratie et à la paix’ !

    Oui, le prix de la Paix, pas un prix de l’Environnement. La professeure Wangari Maathai, avait reçu le prix Nobel de la paix, devenant ainsi la première femme africaine à recevoir ce prix!

    Sa vie a changé du jour au lendemain. Son nom figurait en première page de tous médias du monde.

    « Nous étions des femmes», a-t-elle déclaré lors d’une interview, «nous n’avions aucune arme à feu et nous n’allions pas utiliser la force, même lorsqu’elles ont utilisé la force pour tenter de nous arrêter. Nous nous sommes rendu compte que tout ce que nous devions faire pour nous autonomiser, c’était de comprendre que nous sommes ceux qui peuvent changer de gouvernement, nous sommes ceux qui peuvent décider du type de dirigeants à mettre en place. Nous nous sommes donc débarrassés de notre peur, nous avons refusé d’être victimes d’intimidation de la part du gouvernement, mais avons plutôt participé aux élections et réussi à changer de leadership.»

    En l’espace de quelques semaines, le monde entier avait appris que Wangari Maathai, avec deux «a», mère de trois enfants, était une militante qui avait tenté de sauver la planète, un arbre à la fois. Sa scène n’était plus seulement son Kenya natal, le monde devenait sa scène.
    « Je suis immensément privilégiée de me joindre à mes collègues lauréats de la paix africaine, le président Nelson Mandela et FW de Klerk, à l’archevêque Desmond Tutu, au regretté chef Albert Lutuli, au regretté Anwar al-Sadat et au secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan », a-t-elle déclaré dans son discours. 

    «Je sais que les Africains sont partout encouragés par cette nouvelle. Mes compatriotes africains, alors que nous embrassons cette reconnaissance, nous en servirons pour intensifier notre engagement envers notre peuple. Adoptons la gouvernance démocratique, protégeons les droits de l’homme et protégeons notre environnement. Je suis convaincu que nous serons à la hauteur de la situation. J’ai toujours pensé que les solutions à la plupart de nos problèmes devront venir de nous. »

    Dans les années qui ont suivi le prix Nobel de la paix, la professeure Wangari Maathai a continué à diffuser son message sur les cinq continents. 

    Les honneurs ne se sont plus arrêtés : elle a été nommée ambassadrice de bonne volonté de l’écosystème forestier du bassin du Congo, la plus grande forêt tropicale du monde après l’Amazonie, a été désignée par le secrétaire général de l’ONU comme messagère de la paix des Nations Unies et est devenue administrateur du Karura Forest Environmental Education Trust, créé pour protéger les terres publiques pour la protection desquelles elle s’est battue pendant près de vingt ans.

    En 2010, le professeur Maathai a fondé l’Institut Wangari Maathai pour les études sur la paix et l’environnement, en partenariat avec l’Université de Nairobi, une institution qui encouragera la recherche universitaire dans des domaines tels que l’utilisation des terres, la foresterie, l’agriculture, les conflits liés aux ressources et la paix, utilisant l’approche du Green Belt Movement.

    Elle est l’auteure de quatre livres dont ‘Unbowed’ (Celle qui n’a jamais cédé), son autobiographie publiée en 2006.
    Le professeur Maathai est décédé le 25 septembre 2011 après une bataille contre le cancer de l’ovaire. Elle avait 71 ans et au moment de sa mort, le Green Belt Movement avait contribué a la plantation de plus de 51 millions d’arbres au Kenya et 11 milliards d’arbres dans le monde entier.
    Elle a laissé derrière elle trois enfants, son fils ainé Waweru, et ses filles Wanjira et Muta Mathai. C’est sa fille aînée, Wanjira, qui suit les traces de sa mère. Wanjira Mathai est présidente du Green Belt Movement et de la Fondation Wangari Maathai, créée en 2016 avec pour mission « de faire progresser l’héritage de Wangari Maathai en développant une culture de paix et d’intégrité qui inspire leleadership ».

    Repose en paix, Mama Titi, que la terre te soit légère. Tu garderas un œil sur nous pour veiller à ce que nous continuons à nous mettre tous ensemble pour colorer cette planète dans le plus beau des verts!

    Contributeur

    Um’Khonde Habamenshi

    ]]>
    http://www.therwandan.com/fr/la-couleur-de-la-paix/feed/ 0