Dlamani-Zuma hostile à l’interpellation d’Omar el Béchir

Petit à petit, Dlamani-Zuma marque son territoire. Elue à la présidence de l’Union africaine le 15 juillet 2012 en lieu et place du Gabonais Jean Ping, la ministre Sud-Africaine de l’Intérieur doit officiellement prendre fonction en septembre prochain. Mais elle n’aura pas attendu son installation pour donner des indications sur sa feuille de route.

Déjà, deux semaines après son élection, cette « Ironwoman » donnait le ton en affirmant devant la Ligue des femmes de l’ANC à Pretoria ses ambitions pour l’UA, au nombre desquelles la réforme du Conseil de paix et de sécurité afin qu’il fonctionne efficacement pour bien résoudre les conflits. Puis ce fut au dossier Béchir qu’elle s’attaqua : en effet, l’ex-épouse du président Jacob Zuma a déclaré après des consultations avec plusieurs anciens chefs d’Etat africains qu’il serait néfaste d’arrêter le président soudanais pour génocide, car il doit être associé au processus de paix de son pays.

En réalité, sur ce sujet, les déclarations de la ministre Zuma sont conformes à la position de l’UA qui est, comme on le sait, hostile à l’interpellation d’Omar el Béchir, sous le coup d’un mandat d’arrêt international délivré par la CPI, qui l’accuse de génocide au Darfour.

Les Sud-Africains, fidèles à leur tradition panafricaniste et anti-impérialiste, n’ont jamais fait mystère de leur hostilité vis-à-vis de cette fatwa internationale, et en réitérant le principe édicté par l’organisation panafricaine, la ministre Zuma n’a pas eu besoin de faire un grand écart.

Quoi qu’il en soit, le despote de Khartoum continuera d’être une pomme de discorde continentale : il y a peu, le Malawi, qui devait accueillir le récent sommet de l’UA, a menacé d’arrêter el-Béchir, obligeant la rencontre à se délocaliser au siège à Addis-Abeba. Avant le Malawi, c’était le Botswana qui avait déclaré qu’il allait collaborer avec la CPI pour interpeller le Soudanais. Ce qui peut ressembler à une prime à l’impunité est en fait dicté par « l’africanisme sourcilleux » du syndicat des chefs d’Etat, qui veulent s’occuper de ses propres affaires et ne pas aussi créer un précédent dangereux, car livrer un des leurs reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore qui pourrait emporter plus d’un.

Par petites touches successives, Dlamani-Zuma, qu’on dit volontiers autoritaire et cassante, impose sa marque, et si l’affaire Béchir est, dans une certaine mesure, consensuelle, viendra sans doute le temps des clivages, et ce que beaucoup d’analystes redoutent, c’est qu’elle soit un instrument au service de l’hégémonie et des ambitions sud-africaines.

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