En 1994, selon Jean-François Dupaquier 90.000 Hutus ont été tués par des actes de vengeance des membres du FPR

Jean-François Dupaquier

Au Rwanda en 1994, il y aurait eu, non seulement le génocide des Tutsis, mais aussi le génocide des Hutus, affirme la journaliste canadienne Judi Rever dans son livre « In the praise of blood » – « Eloge du sang – Les crimes du Front patriotique rwandais », qui vient de paraître aux éditions Random House et fait polémique dans le monde entier. Pour le journaliste et écrivain français Jean-François Dupaquier, les actes de vengeance commis par le FPR contre les Hutus n’ont rien à voir avec le génocide commis contre les Tutsis.

RFI : Judi Rever affirme que, parallèlement au génocide des Tutsis, il y a eu un génocide des Hutus au Rwanda entre 1994 et 1996. Qu’est-ce que vous en pensez?

Jean-François Dupaquier : Elle dit un peu n’importe quoi, car sa thèse c’est que les victimes sont des coupables et les coupables sont des victimes. En quelque sorte, les Tutsis auraient été tués par des Tutsis, je pourrais presque dire déguisés en Hutus ou en se faisant passer pour des Hutus. Par contre, les Hutus auraient été exterminés par ordre de Paul Kagamé, le patron à l’époque du Front patriotique, dans une vue typiquement génocidaire. Donc Judi Rever mélange un petit peu tout. Elle mélange les actes de vengeance du Front patriotique et le génocide réel des Tutsis, reconnu par le Tribunal pénal international pour le Rwanda [TPIR] comme indiscutable.

A l’appui de ces accusations, Judi Rever cite un rapport confidentiel qui aurait été réalisé en octobre 2003 par le Bureau des enquêtes spéciales du TPIR. Est-ce que ce ne serait pas alors une pièce à conviction ?

Si c’était une pièce sérieuse, il faudrait qu’on nous la montre, qu’on puisse la discuter, trouver d’autres sources, vérifier dans quel cadre ce document aurait été écrit et par qui… Au TPIR, il existe des millions de feuilles de documents ! Beaucoup de ces documents sont authentiques, mais beaucoup d’autres sont faux. Donc on ne peut pas dire que, parce qu’un document serait même estampillé TPIR, il serait forcément vrai. Donc, un document qui n’est pas présenté, des témoins dont on ne connaît pas les noms… C’est quand même extrêmement faible, sinon insuffisant.

C’est vrai que Judi Rever ne publie pas ce rapport dans son livre, mais elle dit que c’est pour protéger les nombreuses personnes qui sont citées dans le rapport et qui risquent d’être intimidées ou ciblées par le FPR. Est-ce que, de fait, ces vingt dernières années, le FPR n’a pas montré une certaine hostilité à l’égard de ses dissidents ? On pense notamment à PatrickKaregeya, qui a été tué en Afrique du Sud ou à Faustin Kayumba Nyamwasa, qui a essuyé une tentative d’assassinat dans ce même pays.

Il est exact que certains opposants au régime de Kigali ont été assassinés. C’est une évidence. Est-ce qu’on peut construire là-dessus une explication générale, en disant que ce régime est un régime génocidaire ? Là, on saute un pas que Judi Rever ne documente en aucune façon. Qu’on veuille dire que le régime de Kigali est un régime autoritaire, oui. Une dictature, cela mériterait peut-être plus d’explications, parce que c’est un mot qu’elle emploie à toutes les sauces. On pourrait plutôt dire, peut-être, que Paul Kagamé, au sens du siècle des Lumières, pratique une forme de « despotisme éclairé ».

Vous doutez de l’existence de ce fameux rapport, mais n’y a-t-il pas eu, à l’initiative de la procureure de l’époque, la Suisse Carla Del Ponte, la création d’un Bureau d’enquêtes spéciales pour enquêter sur les crimes du FPR ?

Exactement, il y a eu effectivement toute une équipe qui a été chargée d’enquêter sur ces crimes. Les résultats n’ont, semble-t-il, pas été probants. En tout cas, c’est ce que le successeur de Carla Del Ponte, [le Gambien] Hassan Bubacar Jallow, a déclaré à l’ONU. Je dois reconnaître que, ayant fréquenté à plusieurs reprises le TPIR, on savait que ce groupe d’enquêteurs était phagocyté, quand même, par toute une série de services de renseignements et que leur travail laissait à désirer.

Selon l’enquête de Judi Rever, il y a eu quelque 500 000 Hutus tués par le FPR entre 1994 et 1996, notamment dans la forêt Akagera, dans l’est du pays, où beaucoup de civils hutus auraient été transportés par camion, puis leurs corps brûlés.

Il n’y a pas vraiment de forêt. C’est une région de savanes avec des arbres un peu partout. On a beaucoup parlé de cela, mais – encore une fois – d’où vient ce chiffre de 500 000 morts ? On a l’impression qu’elle le sort de son chapeau, sans jamais de preuve.

A l’appui de sa démonstration, Judi Rever donne plusieurs exemples, tel celui du massacre dans le stade Byumbale 23 avril 1994, un stade où 2 500 civils hutus, hommes, femmes et enfants, auraient été massacrés par le FPR. Ce massacre, il a existé ou pas ?

Effectivement, on a parlé d’actes de vengeance commis par des militaires du Front patriotique. Et pourtant, quoi que dise Judi Rever, au Rwanda, les actes de vengeance ont été sanctionnés et ils sont documentés. La vengeance n’était pas – contrairement à ce qu’elle dit – une option politique. Bien au contraire. Le nouvel Etat rwandais a choisi la voie de la réconciliation et de la résilience. Ce n’est pas facile, mais le résultat est palpable aujourd’hui. Je vous rappelle qu’en 1995 Hubert Védrine avait signé un article dans Le Point, titré Hutus et Tutsis, à chacun son pays. Eh bien, les Rwandais ont choisi une autre option, c’est de vivre ensemble et c’est très difficile.

Et à combien estimez-vous les victimes de ces actes de vengeance ?

Selon les estimations, on trouve des chiffres qui vont entre 30 000 et 80 000 ou 90 000 Hutus, qui ont été tués par des actes de vengeance.

Donc, si on va vers le chiffre haut de votre échelle : 90 000, c’est quand même un chiffre considérable !

Considérable. Quand je vous dis que c’est la suite d’un génocide, on ne peut pas excuser ces actes de vengeance, mais on ne peut pas les présenter comme une volonté délibérée d’exterminer la population hutue du Rwanda. Ce qu’on voit bien, dans la façon dont Judi Rever présente les choses, c’est [qu’elle veut] présenter les victimes comme coupables et les coupables comme victimes. Je voudrais, à ce sujet, parler des rescapés, parce qu’on oublie de parler des rescapés et de leurs familles. On imagine difficilement les souffrances que leur font endurer les négationnistes. L’historien Pierre Vidal-Naquet avait parlé à leur sujet « d’assassins de la mémoire ». Parce que, pour les rescapés, la négation ou la dénaturation de leur mémoire, c’est comme une seconde mort. Après la parution du livre de Pierre Péan, des rescapés m’ont appelé. Il faut comprendre qu’ils pleuraient au téléphone. Il faut donc être conscient que tendre le micro à des personnes comme Judi Rever, cela fait aussi des dégâts.

RFI

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1 COMMENT

  1. Les divagations de Dupaquier ne sont pas surprenantes. Il convient de rappeler que Dupaquier a maintes fois dit dans pratiquement tous les médias de son pays qu’évoquer les morts Hutu qu’ils soient des milliers ou des millions constitue une insulte à l’endroit des victimes Tutsi. Pour lui, l’extermination des Hutu, femmes, enfants et hommes de tous âges et conditions est un petit détail.
    Néanmoins, il a pour la première fois parlé de vengeance. Pour Dupaquier et les siens, tous les Hutu indifféremment d’âges et de sexe sont génétiquement génocidaires. Ils ont commis le génocide contre les Tutsi. Par conséquent, ceux-ci étaient fondés à se venger.
    Au regard de dires cyniques, ce sont les Hutu qui ont déclenché la guerre contre les Tutsi aux seules fins de les génocider. Ils doivent dès lors assumer les conséquences de leurs agissements.
    Le mot vengeance est prononcé par Dupaquier est très important. En effet Dupaquier se livre à la négation d’un fait établi alors même que les Bututsi prétendument incarnés par Kagame dont il prétend être la Voix dans son pays la France n’ont jamais nié l’effectivité de ce fait.
    1/ Devant des millions de Rwandais, Kagame a reconnu avoir déclenché la guerre contre le Rwanda aux seules fins de s’emparer du pouvoir et mettre conséquemment en place en place de nouvelles institutions et une nouvelle armée au sein d’un régime taillé sur meure par lui.
    2/ Dans le rapport du Mucyo contre la France, 1. Historique et cadre juridique de la coopération entre la France et le Rwanda, 1.3.1. Le contexte de la guerre d’octobre 1990 page 21, il est limpidement écrit: des milliers de Tutsi de l’intérieur du Rwanda et des pays voisins à savoir le Burundi, la Tanzanie, l’Ouganda d’où est issu Kagame et les siens, le Zaïre et autres pays africains ont quitté les écoles, universités, leur travail pour s’enrôler massivement dans l’armée du FPR contre leur propre pays, le Rwanda et partant contre les Hutu, leurs amis et voisins. Certains Tutsi d’origine rwandaise étaient soldats dans les pays ci-dessus évoqués. Ils ont déserté pour intégrer l’armée du FPR. Extrait du Rapport: « Le 1er octobre 1990, le FPR lance depuis l’Ouganda une attaque d’envergure contre les FAR, déclenchant la lutte armée. Selon les déclarations du FPR, cette lutte a pour but d’instaurer un Etat de droit au Rwanda, de mettre fin à la politique de discrimination ethnique et régionale institutionnalisée et de permettre le retour des réfugiés éparpillés dans la région des grands lacs et dans le monde, certains depuis trente cinq ans. Cette attaque est l’aboutissement de plusieurs années de mobilisation des communautés réfugiées de part le monde depuis le milieu des années 1980, que ce soit au Kenya, en Ouganda, au Burundi, au Sénégal, en Suisse, en France, aux Etats-Unis ou ailleurs. Les communautés des réfugiés rwandais s’organisent et commencent à articuler une plate forme revendicative fondée sur la fin de la politique de discrimination ethnique et régionale et leur droit au retour. »
    Dans l’interview accordé par Kagame au Journal Monitor Ougandais du 26 février au 2 mars 1993, Kagame précise clairement que le retour de réfugiés précédemment évoqué pour justifier l’attaque armée des Tutsi contre le Rwanda est un faux problème. Il dit que le problème est celui des institutions rwandaises qu’il faut changer. Il est conséquemment clair que les Batutsi ont pris les armes contre les Bahutu aux seules fins de s’emparer du pouvoir par la force. C’est Kagame qui le dit noir sur blanc.
    3/ Dans un pays qu’est le Rwanda à plus de 85% Hutu, même un idiot mongolien comprend parfaitement que pour prendre le pouvoir, Kagame devait impérativement
    1- décapiter l’Etat Rwandais: liquider les dirigeants rwandais et leaders politiques Hutu, peu importe leur parti politique;
    2- liquider les Hutu qui ont fréquenté l’école en l’occurrence les fonctionnaires Hutu;
    3- Réduire les Hutu à un nombre acceptable par Kagame et les siens;
    4- décapiter les Eglises catholique et protestante.
    C’est exactement ce qui s’est passé.
    Concomitamment aux massacres de masses des Hutu dans la zone sous contrôle du FPR, Kagame a d’abord décapité l’opposition à savoir les assassinats de Gapyisi Emmanuel, Gatabazi Félicien, Martin Bucyana , tous présidentiables, alors que l’opposition avait un pacte d’alliance avec le FPR contre Habyarimana et son parti MRND. Les assassinats ont un effet négatif au sein de cette opposition à savoir la division en deux cas et donc les désordre; un camp contre FPR et un camp pour le FPR. Dans un second temps, il a liquidé Habyarimana. La décapitation de l’opposition et l’assassinat de Habyarimana ont crée un vide total au sommet de l’Etat. Il y avait le tronc malade et sans tête. Pour optimiser la réussite de son projet, Kagame a ordonné les assassinats des autorités religieuses catholiques et protestantes. Ainsi, le monde entier a vu les photos des religieux de Gakurazo avec un enfant de moins de dix ans qui a été froidement abattu à bout portant par les assassins d’une part et celles des religieux de Byumba sous le contrôle du FPR d’autre part. Dans la partie sous son contrôle et dans celles conquises , sur ordre de Kagame, les soldats Tutsi de Kagame ont procédé au nettoyage absolu. C’est ainsi que Major Rosa Kabuye, alors préfète de Kigali rurale a reçu le nom de nettoyeuse de Kigali rurale. Des cranes présentés au titre d’exhibition touristique sont ceux des paysans de Kigali rurale.
    Les soldats du FPR venus d’Ouganda en particulier ne savaient qui était qui au Rwanda. Ce sont les Batutsi de l’intérieur qui ont indiqué les cibles à liquider sans laisser de survivant y compris les vieillards et malades Hutu pour ce qu’ils étaient à savoir Bahutu.
    Kagame n’a jamais nié ses méfaits. Devant des millions de Rwandais, il a dit qu’il regrette de n’avoir pas fini le travail car, selon lui, les Bahutu sont toujours nombreux au Rwanda.
    Au regard des faits établis, Contrairement aux affirmations malhonnêtes et cyniques de Dupaquier qui prétend être plus défenseur des intérêts des Batutsi que ceux-ci, ce sont les Batutsi qui ont commencé les massacres contre les Bahutu.
    Dans le cas présent, la vengeance est la réaction contre les agissements des auteurs de l’agression armée contre le Rwanda c’est-à-dire contre les Rwandais et les crimes de masse contre ces derniers. Selon Dupaquier, la vengeance est dans ce cas légitime et conséquemment non condamnable. Il s’ensuit que les massacres des Bututsi par les Hutu constituent une vengeance, le tout sous réserve de prouver le contraire. Le fait de nier un fait établi est inopérant quant à sa crédibilité irréfutable. Dupaquier, en évoquant le mot « VENGEANCE » relativement aux massacres qui ont été commis dans notre pays, apporte une contribution significative à la manifestation de la VERITE. Le fait de soutenir que ce sont les Hutu qui ont déclenché la guerre et commis en premier les massacres contre les Tutsi est sans effet. Le monde entier connaît la VERITE.
    Qui est effectivement Dupaquier?

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