Europe, Crimes et Censure au Congo

« Kabila doit quitter le pouvoir le 19 décembre », annonçait en septembre dernier un ancien membre du parti présidentiel de Joseph Kabila au sein du parlement européen. C’est bien au sein de ce même parlement qu’une « association des amis du Rwanda » fut créée au lendemain de la publication du rapport Mapping de l’ONU en 2010 par un certain Louis Michel.

On a vu le même Louis Michel, ex-commissaire européen, chez M. Tshisekedi puis chez Kabila négocier le retour au pays de l’ex-PPRD passé dans l’opposition. On a encore vu le désormais omniprésent et omniscient Louis Michel « ordonner » au parlement européen qu’il était indispensable que les élections présidentielles se tiennent à la date prévue en RDC car, c’est une exigence de la communauté internationale. Ce jour-là, il n’a pas manqué de faire entendre son refrain sur les « génocidaires » qui seraient toujours à l’est de la RDC et qui préoccupent beaucoup le régime de Kigali dont il demeure l’irascible avocat.

Il y a au moins une constante chez ce « Belgo-Congolo-Rwandais » qu’est Michel, c’est sa passion pour la très lucrative région des Grands Lacs. Louis Michel est passé maître dans l’art de manier, sans état d’âme, des opinions et des positions contradictoires dans les marécages des Grands Lacs. Hier, il ne voyait en Kabila qu’un homme formidable et remarquable, aujourd’hui, il n’aurait plus grâce à ses yeux ? Que s’est-il passé Joseph et Louis ? Pourquoi celui qui a été soutenu contre vents et marées en 2006 et en 2011 par Louis Michel serait-il devenu un paria à la veille du 19 décembre ? Hier, le parrain des élections truquées en RDC déniait aux Congolais le droit de parler d’élections libres et transparentes, aujourd’hui, il en parle pratiquement à leur place du haut de sa tribune au parlement européen.

A plusieurs reprises, on l’a vu rejeter les preuves des experts de l’ONU sur les crimes que le Front Patriotique Rwandais commet à l’est de la RDC mais cela ne l’a pas empêché de s’afficher aux côtés du docteur Mukwege et de dire tout le bien qu’il pense de son travail envers les femmes congolaises violées et détruites par les soldats de Paul Kagame.
Les contradictions de certains acteurs internes et externes de la crise de la RDC sont de plus en plus légion. Ils sont subitement devenus allergiques au régime de Kinshasa qu’ils ont si généreusement servi. Depuis peu, certains de ses amis, de ses militants et de ses thuriféraires passionnés se présentent désormais comme de farouches opposants au régime de Kinshasa et à Joseph Kabila qu’ils veulent voir disparaître le 19 décembre prochain. Ils n’ont jamais marché pour Floribert Chebeya, ils n’ont jamais exigé la vérité sur la mort mystérieuse d’Armand Tungulu. On ne les a jamais vus s’opposer aux massacres des Congolais par les troupes rwandaises de Paul Kagame, on ne les a jamais entendus se plaindre du pillage de leur pays par les mêmes forces rwandaises malgré les multiples rapports de l’ONU. Aujourd’hui, à quoi s’opposent-ils ?

Cette date du 19 décembre ne signifie absolument rien pour le peuple congolais. Elle n’est pas une initiative du peuple congolais, que personne n’écoute depuis très longtemps. Elle lui est imposée de l’extérieur à partir notamment du parlement européen ; lequel parlement a, mille fois, enterré les rapports de l’ONU, ceux de ses propres observateurs sur les élections truquées et le pillage en RDC autant que des centaines de milliers de requêtes adressées par des Congolais sur la situation de leur pays aux parlementaires européens.

Certains tentent, à travers cette date du 19 décembre, d’exploiter la légitime colère ou l’exaspération du peuple congolais pour lui imposer à nouveau, comme en 1997, un agenda qui n’est pas le sien et qui ne correspond pas à ses aspirations profondes. Prenons deux hypothèses sur cette initiative lancée au parlement européen :

Hypothèse No 1 : Kabila refuse de quitter le pouvoir

Si Kabila refuse de partir le 19 décembre, que se passera-t-il ? Un coup de force ? Inciter les Congolais à descendre dans la rue ? Provoquer une situation de violence favorable à qui ? Faire massacrer les Congolais par les forces fidèles au régime puis simuler une pseudo contestation de la « communauté internationale » pour renverser le régime ou inventer un pseudo-compromis ?

Hypothèse No 2 : Kabila décide de quitter le pouvoir

Si Kabila décide de quitter le pouvoir, que fera-t-on ? Qu’est-ce qui est prévu à cet effet ? Y aura-t-il une transition ou est-ce qu’il faudra gérer le chaos en attendant de placer à la tête de la RDC celui que les Congolais n’auront pas choisi mais dont on leur dira qu’il est bien pour eux ? Ceux qui ont donné cette date butoir n’ont jamais donné la moindre information aux Congolais de ce qui est envisagé après le 19 décembre. Pourquoi ? Le scénario est-il secret ? Pour l’instant ? Et les élections ? Les fera-t-on immédiatement ( dans l’improvisation) ou plus tard ? Quand précisément ? D’ailleurs, les cartes électorales sont-elles prêtes et le recensement est-il fait ? Un autre volet désagréable pour les scénaristes du 19 décembre est l’occupation ou l’infiltration du pays par le Rwanda ! On en parle ou on n’en parle pas ? Ce n’est pas le moment ? Ce n’est pas une priorité ? Que fera Kagame en RDC le 19 décembre ou après ? N’est-il pas concerné ? N’a-t-il pas de préférence ou d’alliés dans cette affaire ? Et ceux qui soutiennent le Rwanda au sein de l’Union Européenne pour son action en RDC, et qui appuient la date du 19 décembre, resteront-ils les bras croisés ? Combien d’acteurs extérieurs s’intéressent-ils ou seraient concernés par la date du 16 décembre ? Le gouvernement prend lui-même cette date si au sérieux qu’il a fait suspendre le championnat de football par craintes « d’envahissements de terrains ou de jets de pierres ».

Ce qui est sûr c’est que certains ont déjà un agenda et qu’ils cherchent à le mettre en œuvre à cette date du 19 décembre ou proche d’elle, avec la caution des Congolais, afin que ces derniers passent des fêtes de fin d’années dans de nouvelles illusions teintées de violence. Les Congolais ne doivent pas mourir pour les scénaristes du 19 décembre mais pour leur pays et quand ils auront eux-mêmes choisi.

Il n’est pas nécessaire que les Congolais se laissent piéger dans une aventure où ils serviront, comme en 1997, de faire-valoir à un dispositif fantôme qui n’est point à leur avantage et qui ne sert en rien leurs intérêts fondamentaux. Il existe des pistes et des solutions de sortie de crise que tout le monde évite d’examiner parce qu’il n’y a pas de volonté politique clairement affichée pour traiter sérieusement le dossier du Congo. Et ce manque de volonté date déjà de plusieurs décennies et plus précisément encore de la validation intempestive des élections de 2006 et de 2011 où personne n’a pris en compte la volonté du peuple congolais.Alors une suggestion : Si les Congolais restaient en retrait le 19 décembre pour voir, juste pour voir, celui ou ceux qui abat(tent) les cartes et quelles cartes ? Peut-être que ce sera plus clair ou plus confus. En tous cas, qu’ils laissent ceux qui jurent sur la date propagande du 19 décembre du parlement européen leur prouver que le père Noël existe vraiment ! Moi, le 19 décembre, j’aurai une pensée pour Floribert Armand et pour les millions de Congolais qui, du fait de la guerre et du pillage qui sont imposés à leur pays, n’ont pas eu la chance de passer Noël 2016 avec leur famille.

Charles  Onana

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