Kagame à Paris : “le Rwanda ne mérite pas de diriger la Francophonie !”

Le Président rwandais, Paul Kagame

Le président rwandais est reçu ce mercredi à l’Élysée pour la première fois depuis 2011. Le Rwanda et la France se rapprochent depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir. Pour cet éditorialiste congolais, la France ne doit pas pour autant appuyer la candidature d’un Rwandais à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).

S’il vous plaît, la Francophonie n’est pas à vendre. Et même si elle pouvait être à vendre, l’acheteur ne devrait en aucun cas être le Rwanda, un pays d’abord non démocratique et qui n’est resté francophone que de nom. La Francophonie n’est pas non plus à sacrifier sur l’autel des intérêts politiques de la France.

Nous avons appris avec consternation que la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, pourrait devenir la prochaine présidente de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) [lors du XVIIe sommet de l’organisation les 11 et 12 octobre à Erevan en Arménie]. Et que sa candidature à ce poste serait soutenue par la France et quelques pays africains.

Je m’oppose énergiquement à cette éventualité. Pas parce que c’est le Rwanda, “ennemi” intime de mon pays, le Congo [République démocratique du Congo], mais parce que l’OIF mérite mieux.

La Francophonie, un cadeau de Paris au Rwanda ?

La première chose qui m’énerve dans ce dossier est que le président français Emmanuel Macron voudrait soutenir la candidature de la Rwandaise Louise Mushikiwabo pour tenter de faire oublier les erreurs de l’armée française lors du génocide rwandais de 1994. La Francophonie serait ainsi offerte comme un cadeau de Paris au pays des mille collines afin de normaliser leurs relations. Chose inacceptable ! Deuxième chose, il semble que les relations ne sont pas bonnes entre Emmanuel Macron et [la Canadienne] Michaëlle Jean, l’actuelle présidente de l’OIF. Dieu seul sait ce qu’ils se disputent.

Ce qui est vrai, c’est que Michaëlle Jean va se présenter pour un second mandat mais Macron voudrait lui régler ses comptes en soutenant la candidature d’une autre femme, la Rwandaise Louise Mushikiwabo. C’est ni plus ni moins que de l’arbitraire, car tout le monde sait que la voix de la France pèse dans une élection comme celle de la Francophonie.

J’aurais aimé que le président Macron réponde aux deux questions suivantes : le Rwanda est-il réellement un pays francophone ? Est-il un État de droit ? Bien sûr, les efforts économiques de Kigali sont tout à fait louables, mais ils ne peuvent remplacer la démocratie ! Je pense que l’OIF ne devrait pas ressembler à l’Union africaine, une organisation que n’importe quel dictateur africain a le droit de diriger.

Le Rwanda, plus anglophone que francophone

Qui ignore que le Rwanda n’est pas une démocratie ? Qui ne sait pas que des opposants croupissent en prison à Kigali et que d’autres sont en exil ? Quelle leçon le Rwanda peut-il donner aux pays francophones quand on sait que le président Kagame a changé la Constitution pour rester au pouvoir jusqu’en 2034 ? Quel média libre s’exprime au Rwanda ? Non, la Francophonie a besoin d’être dirigée par des nations démocratiques ou qui essaient de l’être, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Burkina…

Parlons un peu de la “francophonité” du Rwanda. Ce pays était francophone jusqu’en novembre 2009…, année où le président Kagame l’a engagé dans le Commonwealth [organisation intergouvernementale d’anciens territoires de l’Empire britannique]. Il a choisi l’anglais comme langue officielle et de l’enseignement. Et vous voulez lui donner la Francophonie !

Kigali doit d’abord nous expliquer quel est cet intérêt soudain qu’il manifeste aujourd’hui pour l’OIF alors que tout est en anglais au Rwanda. Plus grave, Kigali doit accueillir le sommet du Commonwealth en 2020… Ainsi le Rwanda aurait la Francophonie à droite, le Commonwealth à gauche, l’Union africaine (UA) sur la tête… [Paul Kagame est le président en exercice de l’UA en 2018.]

Je pense que le roi Kagame ferait un peu mieux de revoir à la baisse les ambitions démesurées de son pays. Par ailleurs, honte à la République démocratique du Congo (RDC), le plus grand pays francophone en Afrique en termes de locuteurs du français, qui n’a même pas osé présenter un seul candidat toutes ces années à la Francophonie. De toute façon, le pays du président Kabila sait qu’il en est indigne en raison de sa mauvaise gouvernance sur tous les plans.

Romeo Muteba
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1 COMMENT

  1. Comme je l’ai toujours dit, le problème entre Kagamé et la France est les mandats d’arrêt internationaux qui ont été émis, au nom de la France, par le juge Bruguière contre les présumés assassins de 6 citoyens français et nullement contre les présumés auteurs de l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana. Celui-ci est évoqué par ricochet dans l’ordonnance de soi communiqué du juge Bruguière.

    Il convient de préciser que le gouvernement intérimaire de Kambanda Jean et diverses associations rwandaises de défense de droit de l’homme ont écrit au Nations Unies pour demander la création d’une commission internationale d’enquête pour trouver et juges les auteurs de cet attentat qui a coûté la vie aux deux chefs d’Etat et leurs collaborateurs, en sus des membres d’équipage, de nationalité française. Le conseil de sécurité de l’ONU a observé le silence de tombeau.

    Monsieur René Dégni Ségui qui a été envoyé au Rwanda par Boutros Ghali pour enquêter sur les crimes qui ont été commis au Rwanda a prétendument enquêté mais uniquement sur les crimes qui ont été commis contre les Tutsi.

    Son premier rapport est un fourre-tout. Il n’a pas proposé la création d’une commission internationale d’enquête alors qu’il avait affirmé que les massacres commis au Rwanda sont la conséquence de l’attentat contre l’avion du président rwandais. Il s’est fourvoyé dans des considérations subjectives, erronées, contradictoires, déplorables pour un professeur d’université.
    Ce qui est encore grave, ce même professeur a dit devant la commission du sénat sur le Rwanda et devant le TPIR qu’il a enquêté sur les assassinats des soldats belges mais n’a pas enquêté sur les assassinats de deux gendarmes français en mission de coopération au Rwanda et l’épouse de l’un d’eux, Gilda Didot. Autrement dit au vu ses affirmations qui ne sont que des galimatias amphigouriques au demeurant, il avait été missionné pour enquêter uniquement sur les crimes contre les Tutsi uniquement dans la partie qui était sous contrôle des autorités légales du Rwanda et nullement sur l’ensemble du Rwanda et donc dans la partie sous contrôle du FPR.

    Alors que 6 citoyens français avaient été assassinés, la France n’a rien fait. Le motif de son silence est sûrement pour ne pas mouiller ses alliés directement impliqués dans cet attentat. A défaut, que celui qui comprend comment un pays qu’est la France perd 6 citoyens envoyés en mission de coopération au Rwanda et donc serviteurs de l’Etat Français soit resté passif nonobstant les demandes itératives des membres des familles de victimes qui ont laissé les veuves et orphelins puisse partager ses explications avec les leurs de The Rwandan. Les membres des familles de victimes ont saisi la justice par constitution de partie civile qui a pour effet d’obliger le juge d’instruction d’instruire.

    Ce sont ces mandats d’arrêt international qui inquiètent Kagame et perturbent son sommeil.
    Il a cru pouvoir les faire juridiquement annuler par les accusations grotesques contre les autorités civiles et militaires françaises dont l’ambassadeur de France à l’ONU : vous accusez mes soldats et in fine moi-même, moi aussi je vous accuse de génocide sans prononcer le mot « Tutsi ». Kagame n’a jamais prononcé même une seule fois le mot « génocide des Tutsi ».Il a toujours dit et ce, jusqu’à ce jour, « génocide » sans autre précision sur l’ethnie des victimes. Pourquoi ?
    Leur annulation légale est pour lui une condition sine qua none pour une reprise normale de ses relations avec la France. Ce sont donc ces mandats et nullement une prétendue responsabilité des soldats français dans le génocide dit des Tutsi. C’est Kagame qui a autorisé la venue des soldats français au Rwanda. Il était en relation permanent avec les officiers français. Les soldats français ne l’ont pas inquiété dans les massacres de masse contre des milliers de Hutu dans la partie qui était sous contrôle de son armée.

    Aussi, il convient de préciser que sur demande de Kagame, Nsengiyaremye et Kanyarengwe ont signé un document dans lequel il est précisé que le gouvernement droit renvoyer les soldats français du Rwande, le tout avant fin décembre 1993. Nsengiyaremye a demandé à la France de rapatrier ses soldats. Ce qui a été fait dans le délai imparti. Pourquoi Nsengiyaremye ? C’est parce qu’en sa qualité de premier ministre, il disposait de l’administration civile et militaire d’une part et il déterminait et conduisait la politique de la Nation dont celle de défense du Rwanda. Il n’a même pas informé préalablement le Président Habyarimana.
    Kagame collaborait donc avec l’opposition dans la direction du pays. C’est Kagame qui dirigeait le service de renseignement intérieur via son agent, Iyamuremye Augustin.
    Il s’ensuit qu’il sait parfaitement qu’il n’y avait pas de militaires français au Rwanda en 1994 ou durant la guerre généralisée qu’il a lui-même déclenchée pour s’emparer du pouvoir par la force.
    Ce qui distingue l’homme de l’animal est la compassion envers ses semblables.

    Hier le 22 mai 2018 sur France 24, un journaliste a posé une question à Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des affaires étrangères sur les mandats d’arrêt internationaux qui ont émis par la France contre les assassins de ses citoyens. Dans un Etat de droit, les victimes ont droit à une justice. Le président n’a le droit de vie et de mort sur ses concitoyens. Celui-ci n’est pas au-dessus des lois.

    Sans observer la décence élémentaire, ne serait pour respect des victimes françaises et leurs veuves et orphelins, Mushikiwabo a répondu sèchement et sans vergogne que « ces mandats n’auraient pas dû exister et ils ne doivent pas exister ». Autrement dit, pour elle, certes les citoyens français ont été assassinés par les soldats du FPR sur ordre de Kagame, son maître, mais ils n’ont pas droit à la justice de leur pays et encore moins la compassion. Seules les victimes Tutsi méritent compassion et justice.

    Il s’ensuit que pour Mushikiwabo à l’instar de son maître, hormis la vie des Tutsi, la vie humaine de ces citoyens français en l’espèce n’a aucun sens.

    A mon sens, par ses propos cyniques qui n’honorent pas leur auteur et son pays, Madame Mushikiwabo Louise s’est elle-même définitivement disqualifiée quant à sa candidature à la tête de l’OIF. Il a prouvé la nature intrinsèque du régime dont elle est un des piliers.
    Il est impensable qu’un ministre d’un Etat ose dire à la télévision française que les mandats d’arrêt émis par la France contre les présumés assassins des citoyens français n’ont aucune valeur, le tout sans choquer les prédicateurs des droits de l’homme et de justice et encore les journalistes français.

    In fine, cela démontre une fois de plus que c’est une constante historique que les dirigeants français ont toujours été pro-Tutsi, nonobstant les accusations grotesques et le mépris de Kagamé à l’endroit des dirigeants français. Le Président Macron ne déroge pas à cette règle immuable. Et pour preuve, lors de son entretien avec Poutine de ce jour, il a évoqué le droits de l’homme en Russie et des prisonniers politiques nommément. Lors de son entretien avec Kagamé, aucun mot sur les prisonniers politiques rwandais dont les femmes. Macron a dit que les Français doivent intégrer le génocide des Tutsi. Des millions de morts de Congolais et Hutu e valent même pas un Tutsi. Par conséquent, ils ne peuvent pas être évoqués ou rappelés par le Président Français.

    En tout état de cause, il n’est pas certain que Macron réussira là où ses successeurs ont échoué.
    Outre son niveau intellectuel et compétences discutables, elle n’est pas digne pour diriger une organisation internationale qu’est l’OIF dont les valeurs cardinales sont entre autres le respect des droits de l’Homme dont l’accès à la justice par celui-ci.

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