KK à Londres (UK) : la chute d’un assa-saint

Lorsqu’il fait tuer, par strangulation, un de ses colonels, le général Kagame se pavane dans qui églises, qui parlement et s’épanche avec un cynisme sans mesure sur les ondes de ses radios : « Karegeya méritait la mort », confesse-t-il avec allégresse. Nous sommes en 2014. Juste une année après, un de ses généraux se fait placer un bracelet électronique à la cheville et bang ! le monde doit s’arrêter de tourner… Le même qui célébrait la mort de l’un se met dans tous ses états pour (juste) l’arrestation de l’autre ; il s’en prend virulemment à quelques opposants, insulte goulûment quelques Occidentaux « arrogants » et re-entonne son fonds de commerce : « avec moi, Karake a arrêté le génocide » ! Les Rwandais ont une maxime pour ce genre de lunatique : ça bouffe les autres et quand vient son tour, ça s’amertume. Voilà l’éternel dilemme des assa-saints.

Comment en effet croient-ils qu’ils sont perçus ceux-là mêmes qui, aux côtés du major Kagame, fracassèrent par (dizaine de) milliers les crânes des paysans qui se trouvaient « au mauvais endroit au mauvais moment » entre 1990 et 1998 ? De Kagitumba (Nord-est du Rwanda) à Lukolela (Au Congo). Comment croient-ils qu’ils sont « appréciés » par la progéniture de Fred Rwigema, de Thaddée Gashumba, de Védaste Kayitare, de Sam Byaruhanga, de Wilson Rutayisire, de Patrick Karegeya et j’en passe… Que croient-ils qu’ils pensent d’eux les familles de Seth Sendashonga, d’Augustin Cyiza, de Léonard Rugambage, d’Assiel Kabera, d’Assinapol Rwigara, d’André Kaggwa Rwisereka, du médecin Gasakure, de Richard Sheja, etc. A chaque fois qu’ils sont mis en cause pour leurs forfaitures, ils veulent forcer notre compassion, notre vénération à l’égard des « saints » pour qui ils se prennent. La vérité est autre : c’est des assassins.

La farce a assez duré, l’usurpation assez tolérée. C’est peut-être cela l’enseignement principal que devrait retenir la junte de Kigali dans cette saga Karenzi Karake. Vouloir dès lors réduire ce cas précis rien qu’à l’assassinat de quelques humanitaires étrangers est extrêmement révoltant car le mapping report parle, lui, de centaines des milliers de Rwandais génocidés par une soldatesque qui continue de rire en se chatouillant, histoire de se convaincre d’une virginité qui n’a jamais été. Les Blair (mari et femme), les Andrew Mitchell pourront tenter et éventuellement réussir ce qu’en son temps a fait sieur Sarko et son ami Kouchner pour Rose Kabuye, mais rien ne pourra changer cette inflexion dans la vie des afande. Un jour, la fourmi aura bel et bien raison de l’enfant pleurnichard, diraient encore les Rwandais. Venant d’un allié comme la Grande-Bretagne, le U-turn fera certainement très mal à l’ego du demiurge de Kigali ; surtout après la diffusion par auntie Beeb du documentaire Rwanda, The Untold Story démasquant certaines monstruosités de la clique afandienne.

Le temps de l’abandonnisme est là, écrivais-je l’autre jour. L’abandonnique qu’est devenu le président rwandais devrait toutefois se consoler par ces défilés incessants des porteurs de cruches, (non, porteurs de cartons) qui viennent le « supplier » de rempiler pour son quatrième mandat. Quant au dossier de ses innombrables crimes, même s’il s’échappe par une porte occidentale finira toujours par revenir à travers une fenêtre rwandaise. Et pourquoi ça ? Tout simplement parce qu’à Kibeho et à Tingi-Tingi, il ne s’agissait pas de suicides collectifs. Non. Hier Karenzi, demain Ibingira ? En Afandie, tous le savent même s’ils feignent occasionnellement l’étonnement. Sinon pourquoi se sont-ils évertués à mettre en place, via les missions de maintien de la paix, un véritable « blanchiment d’agents sales » ? Avant-hier Karenzi (encore !), hier Kazura et qui sait pour demain ?

Dans son film Pile ou Face,  Michel Audiard disait que « la justice c’est comme la Sainte-Vierge, si on ne la voit pas de temps en temps le doute s’installe ». Comment, en rescapés de Kibeho ou Tingi-Tingi, ne pas paraphraser George Orwell : « jusqu’à preuve de leur innocence, les saints (d’Afandie) doivent toujours être considérés comme coupables ».

Cecil Kami

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