*La Couleur de la Paix*

Imaginez que vous soyez née au Kenya pré-indépendance, dans une famille de paysans. Imaginez que vos parents aient été si pauvres qu’ils ont fait le choix d’inscrire leurs fils à l’école et de vous laisser à la maison. Imaginez que vous finissiez par aller à l’école et deveniez l’une des femmes les plus instruites du pays. Imaginez que vous deveniez un activiste communautaire et que vos positions en faveur des droits de l’homme et de la justice sociale vous attire les foudres du pouvoir en place et fasse de vous la cible privilégiée des plus hauts dirigeants de votre pays. Auriez-vous peur et abandonneriez-vous votre combat pour vous cantonner dans le rôle de femme docile et obéissante, tel qu’attendu de vous? Ou vous battriez-vous bec et ongles pour défendre vos convictions?

« Je suis née le 1er avril 1940, troisième d’une famille de six enfants et première fille après deux fils dans le petit village de Ihithe, dans les hauts plateaux du centre du Kenya, qui était encore à l’époque une colonie britannique. Mes grands-parents et mes parents sont également nés dans cette région située près de la capitale de la province de Nyeri, au pied de la chaîne de montagnes Aberdare. Au nord, dans le ciel, se trouve le mont Kenya », écrit-elle dans ses mémoires.

«Deux semaines après le début de mbura ya njahi, la saison des longues pluies, ma mère m’a mise au monde à la maison, dans une maison traditionnelle aux murs en terre, sans électricité ni eau courante. Elle était assistée par une sage-femme locale ainsi que par des femmes membres de la famille et des amies. Fidèle à la tradition kikuyu, mes parents m’ont appelée du nom de ma grand-mère paternelle, Wangari, un nom traditionnel kikuyu. »

Oui, aujourd’hui, je suis inspiré par Wangari Muta Maathai du Kenya. Elle décrit son village d’enfance du centre du Kenya comme une terre luxuriante, verte et fertile.

«Nous vivions dans un pays où abondaient arbustes, lianes, fougères et arbres, comme le mitundu, le mukeu et le migumo, dont certains produisaient des baies et des noix. Parce que la pluie tombait régulièrement, il y avait de l’eau potable partout. Il y avait de grands champs de maïs, haricots, blé et légumes bien arrosés. La faim était pratiquement inconnue. Le sol était riche, brun rouge foncé et humide.»

Quand elle avait trois ans, sa famille a déménagé dans la région de la Vallée du Rift, où son père – un simple ouvrier agricole – avait trouvé du travail. Lorsque ses deux frères ainés ont atteint l’âge de la scolarisation, sa mère a ramené les trois enfants dans leur village natal car il n’y avait pas d’école près de la ferme appartenant à des Blancs où travaillait leur père.

Du fait de leurs faible revenu, sa famille avait décidé que seuls les garçons devraient avoir une éducation. C’est après que son frère ait demandé à plusieurs pourquoi leur sœur n’était pas à l’école, qu’elle a finalement pu rejoindre les autres à l’école primaire Ihithe. Elle avait déjà 8 ans.

La jeune Wangari a rapidement rattrapé les autres enfants, devenant progressivement l’une des meilleurs élèves de son école. En 1951, Wangari fut admise à l’école primaire intermédiaire St. Cecilia, un pensionnat géré par la mission catholique Mathari à Nyeri. C’est durant son séjour à Sainte-Cécile que Wangari a été convertie au catholicisme.

Les années 50 étaient une période agitée dans l’histoire du Kenya. Le pays était encore une colonie britannique, mais la population était de mieux en mieux organisée pour mettre fin à la domination étrangère. C’était l’époque du soulèvement historique des Mau Mau, une révolte qui n’a certes pas mis fin à la colonisation, mais a joué un rôle important dans l’affaiblissement de la position de la Grande-Bretagne sur ces riches terres d’Afrique de l’Est qu’elle contrôlait depuis 1895.
Nyeri a été touchée par l’instabilité et sa mère a dû fuir leur village et trouver refuge dans un autre village, mais Dieu merci, l’internat était à l’abri de la violence en cours.

Wangari a terminé ses études en tête de sa classe et a été admise au lycée Loreto de Limuru. Loreto High School est une des plus ancienne écoles pour filles du Kenya. Elle a été fondée en 1936 par les Sœurs de Loreto, une congrégation catholique d’Irlande, avec pour objectif d’éduquer les filles africaines qui, à cette époque, se voyaient refuser le droit de poursuivre leurs études au-delà de l’école primaire.

Quatre ans plus tard, en 1960, Wangari a terminé ses études secondaires, se classant parmi les meilleurs élèves de tout le pays. Ce palmarès lui a valu de décrocher une bourse pour étudier aux États-Unis.

Wangari était passionnée par la science et elle n’était point dissuadée par le fait que le domaine était dominé par les hommes. En 1964, année de l’indépendance du Kenya, la jeune fille a obtenu un diplôme en sciences biologiques du Mount St. Scholastica College, au Kansas.

Wangari s’est ensuite inscrite à l’Université de Pittsburgh où elle a obtenu une maîtrise en biologie. Wangari a ensuite poursuivi un doctorat à l’Université de Munich, en Allemagne, avant de retourner dans son pays d’origine en 1969.

Bien qu’elle ait atteint un niveau académique sans précédent pour l’époque, la jeune femme souhaitait aller plus loin : le Dr Wangari s’est inscrit à l’Université de Nairobi où elle est devenue la première femme d’Afrique orientale et centrale à obtenir un Ph. D!

Le professeur Wangari a rejoint le personnel de l’Université de Nairobi, d’abord comme maitre de conférences, puis comme directeur du département d’anatomie vétérinaire. Elle a été la première femme à atteindre ce poste dans la région.

Hmmm. Vous vous demandez si je parle bien de la même Wangari Maathai que vous connaissez. Comment cette académicienne, spécialiste en anatomie animale, est-elle devenue l’activiste qui allait changer le monde, un arbre à la fois?

Wangari a commencé à s’intéresser à la politique lorsqu’elle s’est mariée avec Mwangi Mathai en mai 1969. Elle avait rencontré son futur mari quelques années auparavant, alors qu’ils étaient tous deux étudiants aux États-Unis. Mwangi Mathai aspirait à devenir un politicien, et peu après leur mariage, il décida d’essayer de briguer un siège au Parlement.
Bien que son mari ait perdu cette première tentative, cette aventure a été comme un moment d’éveil pour son épouse. Pendant la campagne en particulier, où Wangari a pu constater de visu combien de Kenyans avaient du mal à trouver les moyens de nourrir leurs familles.

La professeure Wangari Mathai a commencé à être plus engagée qu’avant, notamment dans la lutte pour l’égalité des droits des femmes, à commencer par l’université où elle a enseigné. Elle s’est battue pour que le personnel féminin soit traité de la même manière que le personnel masculin. Elle est allée plus loin et a demandé aux tribunaux d’autoriser l’association du personnel universitaire à former un syndicat où toutes les voix pourraient être entendues et comptées, mais les tribunaux ont rejeté sa demande.

Wangari a décidé de s’intéresser davantage à ce qui se passait en dehors du campus, jouant des rôles actifs dans des organisations telles que la Croix-Rouge du Kenya, dont elle est devenue la directrice en 1973, et l’Association des femmes universitaires du Kenya.

Wangari a été invitée à rejoindre le conseil d’administration du Centre de liaison pour l’environnement récemment créé par les Nations-Unies. Le Centre était notamment chargé de promouvoir la participation d’organisations non gouvernementales aux travaux du Programme des Nations Unies pour l’environnement (CNUU) basé à Nairobi. En quelques années, Wangari allait éventuellement devenir la présidente du Centre.

En 1974, Mwangi Mathai a tenté une nouvelle fois sa chance à un siège au Parlement et cette fois-ci, il y est arrivé. Une fois de plus, Wangari a suivi son mari alors qu’il faisait campagne, réalisant une fois de plus que la plupart de leurs compatriotes vivaient dans des situations économiques des plus dramatiques.

En regardant la situation de plus près, elle s’est rendu compte que la plupart des difficultés rencontrées par les ménages ruraux étaient dues à la rareté des ressources naturelles, des ressources jadis abondantes mais qui se dégradaient rapidement, obligeant les habitants à parcourir des kilomètres à pied pour avoir accès à des produits essentiels tels que l’eau ou le bois de chauffage. La plupart des personnes touchées étaient des femmes et des enfants, du fait que ce sont souvent eux qui sont affectés à ces corvées ingrates.
L’idée d’utiliser la restauration de l’environnement pour créer des emplois et de la richesse a commencé à se former dans son esprit. Le besoin s’est encore confirmé lorsqu’elle a visité son village d’enfance. Elle n’en croyait pas ses yeux ! Le village ressemblait à peine aux collines et aux vallées verdoyantes de son enfance.

«Lorsque je grandissais à Nyeri, dans le centre du Kenya, le mot désert n’existait pas dans ma langue maternelle, le kikuyu. Notre terre était fertile et boisée. Mais aujourd’hui, à Nyeri, comme dans une grande partie de l’Afrique et des pays en développement, les sources d’eau ont tari, le sol est asséché et impropre à la production d’aliments, et les conflits fonciers sont fréquents. »

La population avait anarchiquement défriché la forêt pour y faire de l’agriculture, remplaçant la couverture naturelle par des arbres exotiques à croissance rapide qui dégradaient le sol et endommageaient l’écosystème. Au lieu de la transformation rurale et de la croissance économique, ces pratiques ont conduit à la désertification.

En 1975, elle a été invitée à prendre la parole lors d’un événement préparatoire à une réunion des Nations Unies prévue à Mexico. Lors de la réunion préparatoire, Wangari a rencontré des femmes originaires de différentes régions du pays et leur a demandé ce qui les préoccupait le plus. Beaucoup d’entre elles ont mentionné le bois de chauffage, l’eau potable, les aliments nutritifs et des revenus suffisants.

Elle a décidé d’agir pour adresser ces état des faits. Le 5 juin 1977, Wangari et le Conseil national des femmes organisèrent une marche des femmes dans le centre-ville de Nairobi, qui se termina au parc Kamukunji, où elles plantèrent sept arbres en l’honneur de leaders historiques de la communauté. Cette marche a été connue sous le nom de « Save the Land Harambee » (‘Sauvez la Terre’ et ‘harambee’, qui signifie « tous ensemble  » en swahili). C’était l’embryon de ce qui allait être la plus grande réalisation dans la vie, le Green Belt Movement.
A travers le Green Belt Movement, Wangari a continué à encourager les femmes du Kenya à planter des pépinières dans tout le pays et, avec le soutien d’amis et de bienfaiteurs, a réussi à leur payer une petite somme pour le travail accompli.

Wangari était aussi une critique très publique du parti au pouvoir au Kenya, le KANU, malgré que son mari en fût un membre très actif.

À l’époque, le président Jomo Kenyatta avait trahi la promesse de transformer le Kenya en un État démocratique. Près d’un an après l’indépendance du Kenya, son parti avait pris le contrôle quasi complet du gouvernement. En 1964, Kenyatta a utilisé la législature pour acquérir des pouvoirs exécutifs considérables. Il a utilisé ces pouvoirs en 1969, lorsqu’il a décidé unilatéralement de mettre fin à la démocratie multipartite et le Kenya est devenu de facto un État à parti unique.

Les élections étaient un vrai simulacre, comme Wangari l’a décrit plus tard dans ses mémoires.

«Nous espérions que ces élections fourniraient à la population du Kenya une représentation plus juste et plus fidèle de ses aspirations et de ses convictions. À notre grande consternation et à notre désespoir, les élections ont été les plus troublantes et les plus déformées de l’histoire du Kenya. Le gouvernement a mis en place un système très controversé de vote « en file d’attente ». Les électeurs devaient s’aligner derrière leur candidat et les fonctionnaires électoraux comptaient le nombre de personnes dans chaque ligne puis disaient aux gens de rentrer chez eux. Lorsque les responsables des élections annonçaient le vainqueur, c’était souvent le candidat qui avait le plus petit nombre d’électeurs derrière lui! Comme les électeurs étaient chez eux, rien ne pouvait être fait: le vainqueur avait été déclaré. Le truquage des votes était tellement flagrant que ceux qui avaient perdu la course étaient déclarés vainqueurs en plein jour sans aucune gêne de la part du gouvernement… Je savais que nous ne pourrions pas vivre avec un système politique qui tue la créativité, entretient la corruption, et produit des gens qui avaient peur de leurs propres dirigeants. Ce ne serait qu’une question de temps avant que le gouvernement et moi-même ne soyons entrés dans le conflit. »

Ses critiques constantes du parti et les problèmes personnels de son couple ont affaiblis son union avec Mathai et le couple a divorce en 1979, après 10 ans de mariage. Leur divorce était belliqueux et très médiatisé. Mwangi Mathai aurait acrimonieusement qualifié sa femme d’être «trop instruite, trop forte, trop de succès, trop têtue et trop difficile à contrôler», et d’autres noms que je ne répéterai pas ici.

Wangari a pris les insultes comme un compliment et les a portés comme une médaille d’honneur pour le reste de sa vie. Furieux de constater que son ex-épouse ne semblait en rien amoindrie par leur séparation, dénoncer davantage les méfaits des politiciens, son ancien mari lui a envoyé une lettre par l’entremise de son avocat, lui demander de cesser d’utiliser son nom de famille.

Wangari a décidé de simplement changer son nom de famille en Maathai au lieu de Mathai. Il ne pouvait rien faire à ce sujet, elle avait techniquement suivi la loi et ne portait plus le nom de son mari. Il avait oublié que sa femme était «trop éduquée», selon ses propres mots.

Wangari Maathai a continué de se battre pour des questions relatives à l’environnement, aux droits des femmes et aux droits fondamentaux, et a continué à critiquer durement la politique de son pays. Le président Arap Moi, qui a remplacé Jomo Kenyatta à la tête du pays, n’était pas mieux que son prédécesseur. Arap Moi n’avait rien fait pour ouvrir l’espace politique du pays, au contraire, et ne faisait montre d’aucune patience envers ceux qui montraient qu’ils savaient mieux que le gouvernement ce dont la population avait besoin.

Elle allait venir l’objet directe de sa colère en 1989 quand elle a protesté contre le développement d’une infrastructure majeure à Nairobi. Wangari Maathai avait été furieuse d’apprendre que le gouvernement envisageait de construire un gratte-ciel de 62 étages au milieu du parc Uhuru, un parc récréatif situé dans le quartier central des affaires de la capitale kenyane. Le projet était cher au président Daniel Arap Moi car le bâtiment allait lui donner une image de leader visionnaire. Le projet comprenait en plus une statue du dirigeant autocratique et la tour serait logerait le siège du parti au pouvoir.

Wangari Maathai considérait ce projet grandiose comme un stratagème pour s’emparer d’un site public.

Elle a écrit des lettres de protestation à tout le monde, du bureau du président aux représentants de l’ONU. Elle a même appelé le haut-commissaire britannique à Nairobi à intervenir car les principaux actionnaires du projet étaient britanniques.
Le gouvernement a ignoré ses lettres mais au lieu de cela, elle a été victime d’attaques verbales dans les médias pro-gouvernementaux. Le président l’a même qualifiée de «femme folle», affirmant qu’il était «non Africain et inimaginable pour une femme de défier ou de s’opposer aux hommes».
Le gouvernement a trouvé un moyen de contraindre le professeur Maathai et le Mouvement de la ceinture verte à quitter le bureau qu’elle louait à l’époque.

Cela ne l’a pas arrêtée et ne l’a pas intimidée. Wangari Maathai et d’autres manifestants ont fait un sit-in dans le parc Uhuru et ont entamé une grève de la faim pour protester contre le projet de construction. La manifestation a été violente et tous les manifestants ont été enlevés de force.

«Il est souvent difficile de décrire à ceux qui vivent dans une société libre à quoi ressemble la vie dans un régime autoritaire. Vous ne savez pas à qui faire confiance. Vous craignez que vous, votre famille ou vos amis ne soyez arrêtés et emprisonnés sans procédure régulière. La peur de la violence politique ou de la mort, qu’il s’agisse d’assassinats directs ou d’accidents ciblés, est constante. C’était comme ça au Kenya, en particulier dans les années 90. »

Le projet de gratte-ciel n’a jamais abouti ; les investisseurs étrangers ont retiré leurs fonds, effrayés que les réactions négatives autour du projet ne rejaillissent sur eux. L’arrestation de femmes pour avoir planté des arbres a conduit des organisations telles qu’Amnesty International à faire pression sur le gouvernement pour qu’il modifie sa politique et sa loi.

Ironiquement, durant crise du parc Uhuru, Wangari Maathai et le Président Arap Moi ont été tous deux invités à participer à la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement – le Sommet de la Terre – à Rio de Janeiro. Le gouvernement kenyan a tenté de faire pression sur les organisateurs pour qu’ils ne permettent pas à Wangari de prendre la parole, mais malgré leurs efforts, l’académicienne devenue activiste a été choisie pour être l’un des principaux orateurs du sommet.

Wangari a décidé d’essayer de changer les choses à l’intérieur du système. En 2002, elle a été élue avec succès membre de l’Assemblée nationale du Kenya. En 2003, le président de la République nouvellement élu, Mwai Kibaki, l’a nommée ministre adjointe de l’environnement et des ressources naturelles, poste qu’elle a occupé pendant trois ans.
Wangari a continué à diriger le mouvement de la Green Belt (Ceinture de verdure), inspirant de nombreuses personnes à croire qu’il est possible de sauver le monde de lui-même, par ce simple geste. Grâce à son travail aux Nations Unies, elle a pu faire entendre la voix des femmes africaines sur la scène internationale.

Avant même d’être nommée ministre, elle avait remporté plus de 15 prix internationaux, dont le Goldman Environmental Prize à San Francisco en 1991, le Prix africain pour le leadership du Hunger Project à Londres en 1991, la Médaille d’Edimbourg en 1993 pour sa « Contribution exceptionnelle à l’humanité à travers la science « , le prix Juliet Hollister en 2001, le prix pour l’environnement mondial en 2003 de l’Association mondiale des organisations non gouvernementales et le prix de la conservation de l’Université Columbia en 2004.

Néanmoins, Wangari – qu’on appelait affectueusement Mama Miti, « Mère des arbres » – ne s’est jamais vue comme un grande personnalité mondiale. Elle continuait à planter ses arbres tranquillement et c’est probablement ce qu’elle faisait en octobre 2004, quand elle a reçu un appel surprenant de Ole Danbolt Mjos, président du comité norvégien du Prix Nobel, l’informant qu’elle avait remporté le prix Nobel de la Paix pour sa ‘contribution au développement durable, à la démocratie et à la paix’ !

Oui, le prix de la Paix, pas un prix de l’Environnement. La professeure Wangari Maathai, avait reçu le prix Nobel de la paix, devenant ainsi la première femme africaine à recevoir ce prix!

Sa vie a changé du jour au lendemain. Son nom figurait en première page de tous médias du monde.

« Nous étions des femmes», a-t-elle déclaré lors d’une interview, «nous n’avions aucune arme à feu et nous n’allions pas utiliser la force, même lorsqu’elles ont utilisé la force pour tenter de nous arrêter. Nous nous sommes rendu compte que tout ce que nous devions faire pour nous autonomiser, c’était de comprendre que nous sommes ceux qui peuvent changer de gouvernement, nous sommes ceux qui peuvent décider du type de dirigeants à mettre en place. Nous nous sommes donc débarrassés de notre peur, nous avons refusé d’être victimes d’intimidation de la part du gouvernement, mais avons plutôt participé aux élections et réussi à changer de leadership.»

En l’espace de quelques semaines, le monde entier avait appris que Wangari Maathai, avec deux «a», mère de trois enfants, était une militante qui avait tenté de sauver la planète, un arbre à la fois. Sa scène n’était plus seulement son Kenya natal, le monde devenait sa scène.
« Je suis immensément privilégiée de me joindre à mes collègues lauréats de la paix africaine, le président Nelson Mandela et FW de Klerk, à l’archevêque Desmond Tutu, au regretté chef Albert Lutuli, au regretté Anwar al-Sadat et au secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan », a-t-elle déclaré dans son discours. 

«Je sais que les Africains sont partout encouragés par cette nouvelle. Mes compatriotes africains, alors que nous embrassons cette reconnaissance, nous en servirons pour intensifier notre engagement envers notre peuple. Adoptons la gouvernance démocratique, protégeons les droits de l’homme et protégeons notre environnement. Je suis convaincu que nous serons à la hauteur de la situation. J’ai toujours pensé que les solutions à la plupart de nos problèmes devront venir de nous. »

Dans les années qui ont suivi le prix Nobel de la paix, la professeure Wangari Maathai a continué à diffuser son message sur les cinq continents. 

Les honneurs ne se sont plus arrêtés : elle a été nommée ambassadrice de bonne volonté de l’écosystème forestier du bassin du Congo, la plus grande forêt tropicale du monde après l’Amazonie, a été désignée par le secrétaire général de l’ONU comme messagère de la paix des Nations Unies et est devenue administrateur du Karura Forest Environmental Education Trust, créé pour protéger les terres publiques pour la protection desquelles elle s’est battue pendant près de vingt ans.

En 2010, le professeur Maathai a fondé l’Institut Wangari Maathai pour les études sur la paix et l’environnement, en partenariat avec l’Université de Nairobi, une institution qui encouragera la recherche universitaire dans des domaines tels que l’utilisation des terres, la foresterie, l’agriculture, les conflits liés aux ressources et la paix, utilisant l’approche du Green Belt Movement.

Elle est l’auteure de quatre livres dont ‘Unbowed’ (Celle qui n’a jamais cédé), son autobiographie publiée en 2006.
Le professeur Maathai est décédé le 25 septembre 2011 après une bataille contre le cancer de l’ovaire. Elle avait 71 ans et au moment de sa mort, le Green Belt Movement avait contribué a la plantation de plus de 51 millions d’arbres au Kenya et 11 milliards d’arbres dans le monde entier.
Elle a laissé derrière elle trois enfants, son fils ainé Waweru, et ses filles Wanjira et Muta Mathai. C’est sa fille aînée, Wanjira, qui suit les traces de sa mère. Wanjira Mathai est présidente du Green Belt Movement et de la Fondation Wangari Maathai, créée en 2016 avec pour mission « de faire progresser l’héritage de Wangari Maathai en développant une culture de paix et d’intégrité qui inspire leleadership ».

Repose en paix, Mama Titi, que la terre te soit légère. Tu garderas un œil sur nous pour veiller à ce que nous continuons à nous mettre tous ensemble pour colorer cette planète dans le plus beau des verts!

Contributeur

Um’Khonde Habamenshi

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