Lettre ouverte à l’attention du Collège des Commissaires de la Commission Nationale de Lutte contre le Génocide (CNLG)

Objet : Réponse à la publication du 7 septembre 2018 sur « les efforts investis en Belgique dans la lutte contre les négationnistes »[1]

 

Mesdames, Messieurs les membres du Collège de la CNLG,

A ce jour, la publication du 7 septembre 2018 de la CNLG représente la position officielle du gouvernement rwandais à propos de l’exclusion ou tentatives d’exclusion des listes électorales belges, d’un certain nombre d’exilés d’origine rwandaise, incriminés unilatéralement de négationnisme.

La publication semble se féliciter des propos et actions de certains « Rwandais et amis du Rwanda » qui ont entrepris de faire rayer des listes électorales belges, trois candidats d’origine rwandaise, membres de l’asbl JAMBO, tout en invitant le public à « les combattre sans répit ».

Nous vous adressons ce courrier dans le but de dénoncer la publication en question ainsi que les arguments irresponsables et illégaux qui y sont développés et qui, par ailleurs, sont contraires à la vision et aux missions de la CNLG, tels qu’ils ont été conférés, même par la loi rwandaise.

Tout d’abord, il y a ce reproche selon lequel l’asbl JAMBO serait composée dans l’immense majorité, « d’enfants et/ou des proches de génocidaires condamnés par la justice internationale ou par les juridictions rwandaises. »

Ce reproche, qui circule habituellement sur les réseaux sociaux ainsi que dans certains médias, est un reproche sans fondement, contraire à tout esprit de réconciliation et surtout, qui répond au mécanisme primaire de l’idéologie génocidaire que la CNGL est censée combattre.

Stigmatiser un groupe de personne sur base de la naissance est non seulement immoral et illégal, mais pris dans le contexte de notre histoire récente, c’est un nouvel appel à propager la haine et la peur au sein d’une nouvelle génération de rwandais.

Plutôt que de « saluer » cette pratique, la CNLG devrait la condamner et enjoindre toute personne qui y recourt publiquement, à cesser et à se remettre en question.

En Belgique justement, cette pratique est punissable par loi et devrait l’être au plus vite au Rwanda, car le slogan « icyaha ni gatozi » semble n’avoir eu aucun effet pour y mettre fin.

Sinon, quelles leçons la CNLG veut-elle enseigner aux Rwandais de demain ? Que chacun devra répondre éternellement des actes ou des propos reprochés, à tort ou à raison, à ses ascendants ?

Aujourd’hui il s’agit des membres de l’asbl Jambo, mais demain, ce sera autour de qui ? Des jeunes qui vivent actuellement au Rwanda ? Des enfants à peine nés l’année dernière ? Ou même ceux qui ne sont pas encore nés à l’heure actuelle ?

Le titre n°5 de vos missions est « d’arrêter les stratégies de lutte contre le génocide et l’idéologie génocidaire », mais en cautionnant vous-mêmes des reproches sur base de la naissance, vous contribuer à la propagation des bases d’une idéologie génocidaire, peu importe le groupe ethnique visé.

La publication du 7 septembre 2018 poursuit en affirmant que Jambo asbl « prétend en effet lutter pour les droits de l’Homme, alors qu’en réalité, elle a pour but de nier, relativiser, ou minimiser le Génocide perpétré contre les Tutsis. »

Cette affirmation, purement accusatoire, n’est étayée par aucun argument ni explication de sorte qu’elle positionne la CLGN plutôt comme un organe de propagande en lieu et place d’un organe de réflexion comme le prévoit le titre n°1 de ses missions : « organiser une réflexion permanente sur le génocide, ses conséquences et les stratégies de sa prévention et de son éradication ».

Il est regrettable de constater que la CNLG, plutôt que d’engager le débat et la réflexion sur ce qui constitue effectivement le négationnisme dans le cadre de notre histoire complexe, préfère éviter tout débat ou toute nouvelle contribution, qui pourtant est partagée par un nombre de plus en plus croissant de Rwandais et d’amis du Rwanda, vivant au Rwanda ou l’Etranger.

Le reste des arguments développés contre Jambo asbl dans la publication du 7 septembre 2018 est tout simplement diffamatoire et calomnieux, et fera l’objet d’éclaircissements auprès de la Justice Belge, notamment et spécialement lorsqu’il est à nouveau fait mention « d’enfants et petits-enfants des architectes du Génocide contre les Tutsi ».

Mesdames, Messieurs les membres du Collège de la CNLG,

Si votre vision est bien celle d’un monde « à l’abri du génocide et de son idéologie », vous devez prendre conscience que vous ne pouvez pas combattre une idéologie génocidaire avec une autre idéologie génocidaire.

En effet, le véritable reproche qui est fait à Jambo asbl est qu’elle revendique l’existence d’un autre génocide, cette fois-ci perpétré contre les Hutu, car il est essentiel de condamner tous les crimes à caractère génocidaire qui ont eu lieu au Rwanda dans les années 90 et ce indépendamment de l’ethnie concernée.

La CNLG est une institution pour tous les Rwandais. Selon ses statuts, elle est autonome et indépendante et doit lutter contre toute idéologie ou forme de génocide et cela peu importe le groupe ethnique visé.

A ce titre, elle doit se garder de jouer le jeu de toute propagande politique ou d’incitation à la haine envers qui que ce soit, et être le garant d’une histoire réconciliée et apaisée pour les générations futures.

Nous espérons, Mesdames Messieurs les membres du Collège de la CNLG, que vous saurez entendre ces arguments, partagés par de plus en plus de Rwandais, et que vous prendrez dorénavant les mesures nécessaires afin de garantir le strict respect des valeurs et des missions de la CNLG dans l’intérêt de l’ensemble des enfants du Rwanda, d’aujourd’hui ou de demain.

 

Bruxelles, le 16 octobre 2018,

Pour Jambo asbl

Gustave MBONYUMUTWA

Président du Conseil d’Administration

 

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