Diane Rwigara, que regarder : son programme ou ses photos ?

Par Cécil Kami

Il est des jours comme ça où la Toile s’affole, du moins certains milieux sur celle-ci et, en pâture, des esprits tordus nous livrent des matériaux inutilement distractifs, nous condamnant à un voyeurisme dégoûtant, nauséabond. Le côté peu reluisant d’internet est régulièrement squatté par les communicants des candidats aux diverses élections de par le monde. Le Rwanda n’est malheureusement pas en reste et, pour une fois, ces méthodes condamnables d’un autre univers s’invitent dans la campagne présidentielle sur le point de démarrer. La candidate Diane, fille feu Rwigara a ainsi vu s’étaler sur le réseau whatsapp et sur chimpreports.com des photos sur lesquelles ses charmes sont… exposées. Qu’en dire ?

Tout de suite après la publication de ces clichés, le débat s’est porté sur leur authenticité (photomontage ou pas ?). Encore une distraction inutile ! Qu’est-ce que diantre ! cela changerait que ces photos soient photoshopées ou pas ? L’intention de nuire est bel et bien là : décrédibiliser la candidate en la présentant ou en présentant son passé comme celui d’une fille aux mœurs légères. C’est toujours un effet boomerang qui se produit en dénudant celui qui voulait montrer la nudité de l’autre : au lieu de contrebalancer les axes du programme annoncée par Diane Rwigara, l’on prend le paresseux raccourci de montrer son corps. Très lâche comme méthode.

Le poids des mots, le choc des images disait le slogan d’un magazine. Ici, les détracteurs de la candidate Rwigara ont voulu choqué et cela a tout simplement fait pschiit pendant que la concernée marquait un point en osant et en tenant un discours jusque-là inaudible (puisque banni) dans un milieu politique quadrillé de bout en bout par le très omnipotent parti du président sortant (et futur entrant). Omnipotent ? Pourquoi alors cette frousse obsessionnelle à chaque fois que se manifeste un candidat à la magistrature suprême ? Hier le Rukokoma national (déni de visa), hier encore Ingabire Victoire Ntaganda et Mushayidi (emprisonnés), aujourd’hui l’abbé Nahimana (interdit d’accès au territoire) et Diane Rwigara (traînée dans la boue).

Les Rwandais, on le savait déjà, ne savent pas (mieux) traiter leurs anciens chefs d’état : ceux qui n’ont pas été exilés ou tués sont dans une résidence surveillée qui n’en finit pas. Qu’est-ce qui aura raison de cette malédiction qui se transmet de génération en génération jusqu’à maintenant contredire une réputation toute nouvellement revendiquée : le pays de l’agaciro. Elle est où la dignité dans cet avilissement et cette forme de rabaissement politique qui s’en prend systématiquement à toute ambition exprimée pour des postes de responsabilité élevées ?

Diane Rwigara a pointé du doigt certains dysfonctionnements réels de la société rwandaise, peut-on y accorder une attention et nous accrocher à nos fondamentaux parmi lesquels kwambika ubusa umwali (dénuder une femme) n’existe pas ? La lune ou le doigt qui la montre ? Non, Agaciro please.

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