Nous sommes tous des Munyakazi

Je voudrais réagir à l’article en anglais posté par Mme Murebwayire. Article dans lequel Tom Ndahiro  profère de manière tout a fait gratuite des accusations très graves à  l’encontre du Dr Leopold Munyakazi, lequel est traité à la fois d’ideologue du génocide,  de genocidaire, …

L’issue du procès de Munyakazi est certainement  déjà écrit. Nous ne pesons que très peu à ce niveau hélas. Mais il y a un autre jugement devant lequel notre opinion a toute sa valeur. Celui de  l’histoire. Quand l’honneur d un homme est sali de cette manière, le silence de ceux qui savent, connaissent la vérité, est complice, coupable. Nous avons le devoir vis-à-vis  de Munyakazi, de sa famille, de ses amis, de notre pays, de dire ce que nous savons. J’en appelle à ses anciens collègues, ses étudiants. Quelque soit votre ethnie, votre bord politique,  votre pays, refusez  l’opprobre , donnez la plus petite chance à la vérité.

Munyakazi n’est pas le premier, ni malheureusement le dernier. Le système a ses Abacurabyaha  (faiseurs de coupales) patentés qui excellent dans l’art de maquiller des innocents en génocidaires.

En ce qui concerne le Dr Leopold Munyakazi, j’ espère qu’ils nous fourniront des écrits,  des enregistrements qui prouvent que Munyakazi  fut un des plus virulents idéologues du génocide et du racisme antitutsi dans les écoles et l’ administration.

Munyakazi que j ai personnellement connu à  Nyakinama du temps où j y étais comme étudiant, était un professeur qui faisait son métier d’ enseignant et rien de plus. Étant de Gitarama, une préfecture dont tout le monde sait qu’elle n était pas en odeur de sainteté sous le régime  MRND, il ne pouvait être discriminé et discriminer à son tour ou prôner la discrimination. Rien à  voir avec certains de ses collègues qui se prenaient pour des Princes ou que des ambitions mal placées ont poussé à se prostituer au pouvoir d’alors et à vendre leur âme au diable. Quand Habyarimana est venu à Nyakinama prononcer son fameux discours sur l’aggiornamento politique, a- t-on vu Munyakazi succomber aux sirènes du pouvoir à  l instar de ses collègues que je tairais ici, qui ont répondu à l’appel du Président et sont allés  à Kigali occuper des postes politiques? Non. Il n était pas dans le système et ne s y voyait pas. Cela même ses accusateurs d’aujourd’hui le savent.

Quand le multipartisme à été autorisé,  Munyakazi à milité dans les partis d opposition, ceux qui se disaient de la mouvance démocratique anti CDR MRND,   plutôt bienveillants ( ou alliés selon) envers le FPR.  Mais même  il gardait un rôle tout à fait discret,  restant dans son petit coin. On l’entendait peu et pour le voir il fallait le chercher. Il se contentait de montrer son camp.

Après la victoire du FPR j’ai eu la surprise  de le retrouver au PDC de Nayinzira. Ce parti était pressenti pour le siège de Président de l Assemblée Nationale de Transition  et avait désigné Leopold Munyakazi pour ce poste. Sans conteste le plus qualifié dans ses rangs. Quand le président  a cité son nom, j ai vu quelqu un de plutôt timide pas trop convaincu qui a dû accepter pour ne pas s’ attirer des problèmes.  S il avait su ! Le FPR s y est opposé. Raison? « Intellectuel imprévisible, incontrôlable  » nous a-t-on dit. Ce poste est revenu  à Nkusi Juvenal du PSD.

Et Munyakazi à pris le chemin de la prison, accusé de participation au génocide.  Il en sortira après plusieurs années au terme d un procès qui le déclarera non coupable de crimes de génocide. Depuis et pendant au moins deux ans il a vécu au Rwanda le plus normalement possible, enseignant dans un Institut supérieur qui accueille des étudiants venus de tout le pays dont Kayenzi sa commune natale. Ses anciens collègues de l’université devenus des personnalités importantes,  tel Nkusi Laurent, Joseph Nsengimana (son ministre de tutelle) devaient certainement savoir où il se trouvait.

Personne à cette époque  ne remettait en cause cette situation. Mais tout va changer quand profitant d une mission aux États Unis, mission confiée dans les normes, validée par les services de renseignement et de sécurité selon les usages dans nos démocraties,  donc profitant de cette bouffée d air, il décide de rester dans ce pays. Lui l’ancien taiseux, le timide, sans doute excédé par tout ce quil avait vécu et vu, se lâche et entreprend de mettre à nu le système FPR,  dans un pays les États Unis, considéré comme stratégique pour sa survie. On le met en garde; il passe outre et  franchit la fameuse ligne rouge.

Le reste est rapport de force entre un homme armé de son seul courage et de sa foi en son pays, et un régime impitoyable qui s’autorise tout.

Munyakazi va passer devant un tribunal.  Des gens qui eux  ont du sang sur leurs mains vont décider de son sort. De pauvres gens qui ne le connaissent pas ou qui n ont rien contre lui vont défiler   pour raconter  des accusations que leur auront confectionnées les faiseurs de coupables (Abacurabyaha) du système. Beaucoup de personnes vont se taire par peur. Dautres vont applaudir voire profiter de cette « opportunité  » pour gagner des faveurs, d autres encore accueilleront ce procès dans l’indifférence la plus totale. Ainsi est  et va  le Rwanda.

De toutes ces catégories de personnes, les indifférents plus que les peureux, sont les plus à plaindre.

Bon courage cher Professeur. Ton sacrifice ne sera pas inutile.

Albert Bizindoli.

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