Passation de pouvoir en RDC : un événement incroyablement et bizarrement «historique» !

Félix Tshisekedi

Dans une certaine presse congolaise et étrangère, voire même au Congo et dans la diaspora congolaise, la passation de pouvoir entre Joseph Kabila et Félix Tshisekedi a été présentée comme un « événement historique ». Pour la première fois, dit-on, il y a eu un transfert de pouvoir «civilisée et pacifique » en RDC, pays connu autant pour ses abondances richesses naturelles qui aiguisent les appétits que pour ses interminables conflits armés qui ont fait des millions de victimes depuis 1996, faisant de la crise congolaise la crise la plus meurtrière au monde depuis la fin de la Seconde Guerre occidentale «mondialisée».

Oui, la passation de pouvoir entre «Kabila fils» et Tshisekedi fils, ce 24 janvier 2019, a quelque chose d’étrangement et d’étonnamment historique. Le caractère «historique» de l’événement se décline à plusieurs niveaux.

En effet, cet événement est « historique » parce que le peuple congolais s’est fait voler de manière grossière et avec désinvolture son vote; «historique» parce que le Président entrant a été nommé par le Président sortant au lieu d’être élu par le peuple congolais; « historique » parce que cette passation de pouvoir est le résultat d’une incroyable histoire de compromission et de trahison envers le peuple congolais; « historique » parce que cette passation de pouvoir s’est déroulée sur l’autel de la fourberie, de la ruse et de la trahison envers les populations de Béni, de Butembo et de Yumbi totalement exclues du processus électoral ; «historique» parce que la grande majorité de la population congolaise réalise que le pire des vers a partagé le même fruit qu’elle pendant des années; «historique» parce que personne n’aurait pensé que Félix Tshikekedi aurait porté un jour la casquette du plus grand ennemi du peuple congolais qu’il a souvent prétendu défendre; « historique » parce que Félix a craché avec désinvolture sur la mémoire de son père qui a longtemps combattu celui pour qui il a joué à bas bruit le dauphin officieux; «historique» parce que le fils de l’opposant historique a élevé au rang de «héros» celui-là même qui a craché sur la dépouille de son père qui gît quelque part dans un frigo en Belgique deux ans après sa mort; «historique» parce que Joseph Kabila a transmis les «symboles du pouvoir» à son successeur tout en conservant l’effectivité de ce même pouvoir; «historique» parce que Félix Tshisekedi a sauvé la Kabilie de la révolte populaire, prolongeant ainsi le système inique d’occupation et d’exploitation du Congo et des Congolais; « historique » parce que pour la première fois dans l’histoire de l’Afrique un président-tueur a été « blanchi » de ses crimes par ses propres victimes; «historique» parce que le bourreau de la population du Kasaï a été « glorifié » par des Kasaïens; incroyablement «historique» parce que des Congolais ont craché tout sourire sur la mémoire des millions de leurs compatriotes morts parce qu’un frère de tribu a été nommé chef de l’État par l’ancien tortionnaire; «historique» parce que le pion de Paul Kagame au Congo a réussi à faire la preuve que le Congolais peut trahir son âme et son sang pour arriver à ses fins; «historique» parce que la passation de pouvoir sans effusion de sang est une vaste supercherie qui n’a convaincu que les Tshisekedistes et leurs maîtres de la Kabilie; «historique» parce que la «Ve République», censée inaugurée une nouvelle ère de gouvernance au Congo, est en réalité le prolongement de la «IVe République»; « historique » parce qu’on assiste à la continuité d’une Kabilie au visage merveilleusement Tshisekedisé; «historique» parce cette passation de pouvoir, censée être un moment de joie et d’espoir pour une population laissée à elle-même et lassée d’être dirigée par un régime foncièrement criminel, l’a au contraire laissée indifférente; enfin «historique» parce qu’après la Kabilie égale avant la Kabilie…

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