Procès Fabien NERETSE à la Cour d’Assises de Bruxelles:Le “témoin de contexte” Colette Braeckman reste égale à elle-même.

Colette Braeckman

Dans le cadre du procès en Assises intenté à l’Ingénieur Agronome et ancien Directeur de l’Office des Cultures Industielles du Rwanda ( OCIR) dans sa filière Café, Monsieur Fabien Neretse qui s’est ouvert à Bruxelles le 07 novembre 2019, la célèbre journaliste du quotidien belge “ Le Soir” Madame Colette Braeckman a deposé le mardi 14 novembre 2019 comme “témoin de contexte” requis par les parties civiles comme “Spécialiste du Rwanda et de la région”. A noter que les autres journalistes et/ou spécialialistes du Rwanda et de la région des Grands Lacs requis par la défense avaient été rejetés par la même Cour.

Elle vient de donner le compte-rendu de sa déposition sur son blog dans un article publie le 17 /11/2019

Dans ce compte-rendu la journaliste spécialiste du Rwanda comme elle est présentée depuis les années 80, Colette Braeckman jouissant de sa renommée et sûrement voulant influencer l’opinion et surtout le jury populaire de ce procès d’assises révèle plutôt aux yeux des observateurs avertis ce qu’elle est et a toujours été: une propagandiste des éléments tutsi de l’armée régulière de l’Ouganda qui ont envahi le Rwanda en 1990 sous l’acronyme de FPR et après la conquête totale du Rwanda par ces tutsi en 1994, une des voix pour vanter le nouveau régime mais surtout pour occulter ou justifier les crimes de ce regime tutsi imposé au Rwanda par la “Communaute Internationale”.

Même sans avoir la qualification de “spécialiste du Rwanda et de la régions de Grands Lacs” comme Colette Braeckman en est affublée, un analyste rwandais moyen pourrait aisément  mettre le doigt sur les faiblesses et l’inconsistance de l’argumentaire de cette journaliste dans son témoignage dont elle rend compte sur son blog. C’est à cet exercice que nous allons nous livrer en peu de mots.

  1. En évoquant le Rwanda d’avant la guerre lancée par le FPR le 01 octobre 1990 et la bonne réputation dont le régime Habyarimana jouissait de par la communauté internationale pour sa bonne gestion, sa politique économique de développement endogène  selon lequel il n’y avait point d’écart entre les villes et les campagnes ni entre les riches et les pauvres comme sous le régime tutsi actuel du FPR, la journaliste belge réduit cela à une mauvaise appréciation du moment car la gestion et la situation du Rwanda serait alors évaluée par rapport au Zaïre voisin de Mobutu en pleine déconfiture.
  2. Dans sa tentative de diaboliser le régime Habyarimana ce qui justifirait selon elle de lui faire la guerre, Colette Braeckman ira même jusqu’à attribuer au régime Habyarimana la responsabilité des conséquences de la dévaluation du franc rwandais consécutives aux mesures d’Ajustement Structurel, imposées par le FMI peu avant la guerre qui allait lui être menée.
  3. Contre toute considération du Droit International, le même “témoin de contexte” Colette Braeckman asséné que les tutsi ont attaqué le Rwanda le 01 octobre 1990 venant d’Ouganda puisqu’ils y vivaient comme réfugiés et que le régime rwandais d’alors avait refusé qu’ils rentrent.  Pourtant la journaliste Colette Braeckman  sait très bien que les éléments armés qui ont envahis le Rwanda le 01 octobre 1990 étaient des militaires de l’armée régulière de l’Ouganda. Que celui qui les commandait était Vice-ministre  de la Defense de l’Ouganda, que tous les officiers supérieurs du contingent qui a attaqué commandaient des divisions, des brigades ou des bataillons dans la NRA , que même celui qui reprendra le commandement de ceux-ci avait été Chef des Renseignement militaires de l’Ouganda et se trouvait jusqu’en octobre 1990 en stage aux Etats Unis comme Major ougandais avec passeport diplomatique au nom de Paul Kagame.  Ces seuls faits démontrent que ceux qui ont envahi le Rwanda n’étaient pas des réfugiés au sens de la Convention de 1951 qui établit le HCR, l’agence de l’ONU chargée des réfugiés. Quand bien-même ils auraient été auparavent réfugiés ou seraient nés des réfugies, en devenant ougandais et en s’engageant dans son armée, ils perdaient ipso facto la qualité de réfugié et ils ne sauraient prétendre la regagner par le simple fait d’attaquer le pays de leurs ancêtres. Et puis Colette Braeckman comme spécialiste depuis les années 80 de cette région au Quotidien belge “Le Soir”, sait très bien que les pourparlers tripartites ( Gouvernement rwandais, HCR, Pays hôte) étaient bien avancés pour la résolution définitive du problème des” vrais réfugiés” qui vivaient encore en Ouganda: ceux reconnus comme tels et  bénéficiant de la protection du HCR ou vivant dans des camps gérés par lui. Ce n’est pas parce que le régime Habyarimana a été contraint de retirer sa plainte pour agression et d’accepter à son corps défendant que cette guerre de type international devait être considérée selon la volonté des super-puissances  comme un “conflit interne” qu’elle peut continuer à désinformer l’opinion que se sont des réfugiés qui auraient attaqué le Rwanda en octobre 1990.
  4. La même journaliste qui pourtant suivait au jour le jour l’évolution politique dans la région et plus particulièrement au Rwanda et au Burundi, parle de l’apparition du courant dit “hutu Power” au sein des partis politiques au Rwanda en 1993 comme si ce courant était structuré ou était apparu ex-nihilo. L’on se souviendra en effet qu’en octobre 1993 quelques jours après l’assassinat de Melchior Ndadaye le premier président hutu élu démocratiquement au Burundi par les militaires tutsi à peine 100 jours après sa prestation de serment, les partis politiques au Rwanda avaient organisé un meeting commun à Nyamirambo, Kigali. Au cours de ce meeting, plusieurs orateurs sont revenus sur cet assassinat du président hutu Melchior Ndadaye du Burundi en faisant remarquer qu’il est désormais recommandé de rester unis et vigilants face aux forces tutsi malgré les Accords de Paix qui venaient d’être signés  à Arusha le 03/8/1993. Et pour appeler à cette unité et vigilance la seule garantie de la force des hutu, l’orateur  criait le sigle de chaque parti présent et la foule répondait “ Power” Ainsi on a entendu: “MRND: réponse de la foule:Power/ MDR, Power/ PSD, Power/PL, Power/ PDC, Power…”. Ainsi donc, le slogan “ Hutu Power” n’a jamais existé ni comme slogan politique lors des meetings politiques ni comme un courant politique au sein des partis. C’est à l’éclatement de certains partis sur les problèmes de partages des postes ou de positionnement par rapport au FPR que les tendances qui ont refusé d’être des proxies du FPR ont été qualifiées par sa propagande relayée par les médias internationaux acquis à sa cause de “Hutu Power”. Mais voilà que Colette Braeckman revient sur ce mythe 26 ans après et cette fois-ci devant une Cour d’Assises. Comme quoi les mythes vivent longtemps!
  5. La journaliste belge Colette Braeckman parle aussi des déplacés de guerre dont le nombre dépassait le million et qui début 1994 étaient entassés aux portes de la capitale Kigali. Mais elle évite soigneusement de souligner que ces malheureux avaient été chassés de leurs  biens dans les zones frontalières avec l’Ouganda que l’armée tutsi du FPR avait conquises en massacrant tout sur son passage.  La belge tente même de mettre sur le dos du régime Habyarimana cette tragédie humanitaire que le monde observait sans daigner dénoncer ses auteurs qu’étaient les combattants tutsi venus d’Ouganda et regroupés dans le FPR qui venait de signer la paix avec le Rwanda à Arusha, accord qu’il ne respectera pas comme on sait. 
  6. En parlant de la première invasion du Zaire et la chasse aux réfugiés hutu enclenchée en novembre 1996 par le nouveau régime tutsi de Kigali, Colette Braeckman croient peut-être parler aux extra-terrestres ou aux enfants nés au 21e siecles. Elles prétend que les camps des réfugiés hutu étaient devenus des centres d’entrainements pour les génocidaires en fuite et que donc il fallait les démenteler, alors que ceux qui les ont attaqués eux-mêmes à savoir l’armée tutsi APR de Paul Kagame n’a au départ pas voulu assumer ces attaques mais plutôt a parlé d’une offensive d’une certaine AFDL, une rebellion des tutsi congolais dits “ Banyamulenge” qui se rebellaient contre le régime du Maréchal Mobutu.  L’armée tutsi de Paul Kagame n’admettra avoir conquis le Zaire d’Est en Ouest qu’après la prise de Kinshasa et l’installation de Laurent Désiré Kabila comme président en mai 1997. A cette occasion c’est l’officier tutsi  rwando-ougandais James Kabarebe qui avait commandé le corps expéditionnaire qui devint “ Chef d’Etat-major des Armées de la RDC”. Ainsi ce qui est présenté par la belge Braeckman comme une opération pour nettoyer les camps des réfugiés hutu de l’Est du Zaire était en réalité une conquête militaire par la grâce des super-puissances. de ce vaste pays de 70 millions d’habitants par une armée d’un pays 80 fois moins etendu que lui.
  7. Toujours de mauvaise foi et prenant ses auditeurs pour des idiots, Madame Colette Braeckman a affirmé dans son témoignage que les tueries et  autres violations massives des droits de l’homme  commis en RDC depuis l’arrivée des réfugiés hutu fuyant les conquérants tutsi venus d’Ouganda qui venaient de s’emparer de leur pays, crimes commis au Congo et dans la région, étaient le fait des mêmes réfugiés hutu.  En déclarant cela la journaliste belge entend laver ses idoles tutsi du FPR de Paul Kagame de toute  responsabilité dans ces crimes contre l’humanité alors que même l’ONU les a bien documentés dans un rapport dit” Mapping Report” sorti en 2010 mais maintenu jusqu’à ce jour sous le boisseau à la demande des mêmes super-puissances car ledit rapport incriminait clairement Paul Kagame et son armée tutsi.
  8. Enfin toujours dans le but d’enfumer l’opinion et de dédouaner le régime tutsi du FPR de Paul Kagame , la journaliste belge se hasarde à faire un bilan élogieux des fameux tribunaux dits “ Gacaca”. Elle prétend qu’ils auraient contribué à la réconciliation entre hutu et tutsi . Bien entendu elle ne révele pas que ces tribunaux populaires ont donné au régime l’occasion de maintenir tout hutu sous menace et pression car tout hutu supçonné comme non sympathisant du régime pouvait être accusé par un Gacaca d’avoir commis le génocide. Plus encore, ces Gacaca ont permis au régime de semer la zizanie et la haine entre familles hutu. En effet, il suffisait que les agents du FPR convainquent le moins nanti d’une famille hutu que s’il accusait les plus nanti d’avoir commis le génocide, il s’accaparerait de leurs biens et cela d’autant plus facilement si ceux-ci étaient éxilés. Ce piège a merveilleusement marché que plusieurs grandes familles hutu sont actuellement déchirées car le petit frère accuse son grand frère en exil pour avoir sa maison, le beau frère accuse le frère de sa femme pour s’accapparer de l’héritage de sa belle famille etc…Quant à la reconciliation, Colette Braeckman sait que c’est un concept vide dans le Rwanda du FPR où un enfant hutu qui nait est inculqué du devoir de toujours demander pardon à un enfant tutsi pour un génocide qu’aurait commis ses ancêtres.

Conclusion

En confondant ( intentionnellement ou par maladresse) les genres: propos de journalisme et témoignage devant une Cour de justice, la belge Colette Braeckman nous a offert ici un prototype de leaders et faiseurs d’opinion qui ont sévi et sévissent encore sur la Région des Grands Lacs en Afrique. L’étude du cas Braeckman permettrait de comprendre un peu comment les désinformations, les contradictions, les “deux-poids deux mesures”, les omertas,… sont la règle en Occident à ce qui concerne le Rwanda, le Burundi et la RDC. Mais dans tout ça , les perdants sont les peuples rwandais, burundais et congolais qui souvent subissent le sort que leur reservent les super-puissances à travers les quelques nationaux à leurs ordres. Dans ces conditions, la vraie “Indépendance” du Congo et du Ruanda-Urundi est encore loin!

Martin Rukundo

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