Procès Ngenzi-Barahira:vJournée du 14 Mai 2018

La journée a été impactée par la grève de la SNCF car l’audience a repris seulement à 10h30. La présidente a annoncé qu’un des jurés s’était retiré en fournissant un certificat médical. Elle a été remplacée par une des suppléantes.

Audition de Madame Anne FOUCHARD, chargée de la récolte d’informations pour MSF, citée par les parties civiles

Après s’être présentée et fait son serment, madame Fouchard explique qu’elle a travaillé pendant une semaine au camp de réfugiés rwandais à BENACO et une semaine dans un camp de réfugiés rwandais au Burundi pour une mission humanitaire au début du mois de mai 1994. Elle était chargée d’interroger les réfugiés sur ce qu’ils ont pu voir ou faire pendant le génocide. Elle raconte deux histoires qui l’ont marqué :

Un certain Jean, tutsi qui a échappé aux massacres, sauvé par un ami hutu et qui a appris plus tard que sa femme et ses enfants avaient été tués. Il a été en suite été caché par cet ami dans un trou creusé dans un champ. Puis l’a raccompagné vers la frontière pour pouvoir fuir. Il n’a jamais su si son ami hutu a pu s’en sortir car il ne l’a jamais revu.
Une petite fille tutsi qui est morte de malaria dans ses bras. Elle avait échappé au génocide quelques semaines plutôt.

L’essentiel du témoignage se portait sur le camp de BENACO car c’est là qu’ont séjourné les deux accusés. Elle y a interrogé 20 personnes sur qui sera basé son enquête.

Elle expliqué qu’à BENACO, on disait qu’il y avait 400 000 personnes dans le camp mais que cela était surestimé. Après quelques échanges ce nombre a été fixé à 225 000. Elle a trouvé cela suspect que le camp était très bien organisé. Qu’il y a avait un confort contrasté avec ce qu’elle avait l’habitude de voir dans d’autres camps. Selon elle, les réfugiés étaient tellement bien organisés qu’ils ont même fuit avec les panneaux d’entrée de leurs villes d’origine! Ces déclarations sont assez surprenantes de la part d’une journaliste quand on a connu la misère dans laquelle les réfugiés vivaient dans ces camps.
Elle explique que les réfugiés savaient où ils devaient aller que le HCR n’avait pas besoin de les guider. Qu’ils avaient fui en voiture, du jamais vu pour des réfugiés. Elle poursuit en disant que les réfugiés étaient informés de ce qu’il se passait au Rwanda en temps réel.

Lorsqu’on cherchait une information ce n’est pas par le HCR qu’il fallait passer mais par les réfugiés. Que la télécommunication passait très bien entre le camp et le Rwanda, contrairement aux autres pays où il y a la guerre, au Rwanda, le téléphone fonctionnait très bien encore à cette période.

Selon elle, les gens disaient qu’ils avaient fui la guerre mais avec les questions poussées, ils disaient finalement qu’ils n’étaient pas persécutés par le FPR, qu’ils n’ont pas entendu des bombardements mais qu’ils sont partis parce que les autorités leur disaient que c’était le moment de partir. Ils reconnaissaient tous au bout d’une heure qu’ils avaient participé aux massacres et que ce sont les bourgmestres et les responsables politiques qui les y poussaient. Elle s’est également étonnée que les femmes lors de la distribution des vivres, au lieu de rentrer avec elles apportaient cela à une équipe qui les chargeait dans un camion. Donc ces vivres auraient servi à autre chose mais elle n’a pas précisé ce qu’elle sous entendait.

Elle dira qu’il y avait également un autre camp où étaient enfermés les présumés génocidaires. On saura par la suite à la question de Maitre BOURGEOT qu’ils étaient au nombre de 14 dans une tente dans la ville de Ngara.

Le témoin se félicite de l’impact de son rapport qui a permis parmi d’autres à Médecin Sans Frontière de qualifier ce qu’il s’était passé en génocide. C’est un rapport fait sur 20 personnes sur les 225 miles dans le camp de BENACO qui lui permet de conclure que son échantillon était représentatif de la population de BENACO. Elle a également affirmé qu’il n’y avait pas de tutsi à BENACO.

Questions de la cour.

Q : Les familles qui avaient perdu leurs proches pouvaient reprendre contact par le HCR ?
R : Non, pas par les ONG. Les réfugiés avaient plus d’informations. Ils étaient informés de tout ce qu’il se passait. La télécommunication n’était pas coupée contrairement à ce qu’il se passe entant de guerre dans d’autres pays ou le téléphone est coupé en premier.
Q : Les bourgmestres y ont gardé leur autorité ?
R : Oui
Q : Est-ce que ceux qui ont reconnu avoir tué avaient l’air de le regretter ou non?
R : un peu des deux
Q : Est-ce que ces tueurs pouvaient se douter qu’ils pourraient être poursuivis ?
R : non ils ne paraissaient pas inquiets.
Q : Avaient-ils des armes ?
R : Oui des armes blanches
Q : Y’avait-il des tensions entre hutus et tutsi ?
R : Non je n’en ai pas entendu parler (elle avait précisé qu’il n y’avait que des hutus dans ce camp)
Q : Quels postes étaient donnés aux bourgmestres et aux gens cultivés qui étaient recrutés par le HCR ?
R : Se charger des campagnes de vaccination, distribution des denrées alimentaires…
Q : Vous avez parlé des listes faites pour exterminer les tutsi, en avez-vous vu ?
R : Oui j’en ai vu.

Sur demande de précision, elle explique qu’elle les a vues ici en France

Questions partie civile

Q : Est-ce que si les bourgmestres n’avaient pas aidé, le génocide aurait eu une telle ampleur ?
Non, vous savez, quand on force une petite fille d’avoir des rapports avec son père avant de couper les parties génitales de ce dernier devant sa fille, ce sont des choses qui m’ont choqué.
Q : Un des accusés dit qu’il y avait des tutsi à BENACO?
R : Non ils étaient dans un camp à part.
Q : A part cette violence qui vous a choqué, qu’est-ce qu’il vous a surpris d’autre ?
R: La bonne organisation du camp.

Questions de l’avocat général

Madame l’avocate générale lis un extrait rapport de René DENI SEGUI évoquant l’existence du camp de NGARA avec les 14 présumés génocidaires et lui demande si elle confirme cette information. Elle confirme.

D’autres questions de l’avocat général seront posées au témoin. Les réponses étaient plus ou moins claire Par exemple :

Q : Est-ce que les tutsi savaient que c’était un génocide ?
R : ils savaient sans savoir.
Q : est-ce que vous pouvez vous défaire de la reconstitution que vous vous êtes fait 24 ans après et nous dire vos ressentis sur le coup ?

Elle parle des casques bleu belges tués au Rwanda. Ce qui fait qu’elle a eu également peur pour sa vie.

Q : Est-ce qu’on sait reconnaitre un tutsi d’un hutu ?
R : non
Q : D’où le besoin de faire des listes ? Des listes écrites non écrites car on connait qui est qui ?
R : On allait chercher les gens dans leur maison.

Questions de la Défense :

Q : Vous maintenez que les gens ne fuyaient pas la guerre ?
R : Oui, avec la mort des soldats belges, on comprend que le génocide était organisé. On avait peur.
Q : Où avez-vous vu les listes des tutsi à tuer ?
R : Je les ai vues dans un rapport ici en France. Je reconnais que c’était des photocopies je n’ai pas vu les originaux et je ne me souviens pas qui me les a montré.
Q : Est-ce que vous êtes au courant des massacres du FPR ?
R : Oui lors de l’opération Turquoise. Ils ont continué à tuer des réfugiés au Congo.
Q : Vous parlez d’incitation aux tueries par les bourgmestres, le MSF Hollande dit que les ordres venaient de l‘armée et de Interahamwe que les bourgmestres étaient souvent dépassés par les évènements ? Est-ce qu’ils mentent ?
R : Je reconnais que ce n’est pas incompatible.
Q : Comment pouvez-vous dire que ce n’est pas incompatible ? Ils poussent aux meurtres et ils sont en même temps dépassés comment ?
Pas de réponse
Q : Le MSF dit qu’ils n’ont pas vu venir le génocide, comment ils seraient passés à côté ?
R : Ils n’étaient pas expérimentés.
Q : Saviez-vous que le MSF a été chassé par le FPR
R : Oui en 95. Mais moi je ne parle que des enquêtes que j’ai faites.
Q : Pensez-vous que les 225 000 personnes moins les 20 tueurs que vous avez interrogés il y ait des innocents ?

R: Peut-être. Moi je ne parle que des 20.

Elle dit qu’elle n’a pas vu les listes par la suite. Qu’elle ne se rappelle pas qui les lui a montrés alors qu’elle disait les avoir vu dans un rapport.

Elle explique que parmi les 20 personnes interrogées, il y en avait peut-être 2 de Kabarondo.

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