Quand devons-nous abandonner nos traditions ancestrales?

Imaginez que quand vous êtes venu au monde, votre famille et la société vous ont vu comme une source de malédiction. Imaginez que vous, cet enfant maudit, êtes pratiquement voué à une mort certaine. Que ferez-vous pour échapper à ce sort, à ce destin scellé d’avance alors que vous n’êtes qu’un bébé sans défense, si aucun adulte ne se lève pour dénoncer ce tabou odieux?

Aujourd’hui, je suis inspiré Germain Coulibaly Kalari de la Côte d’Ivoire. L’histoire que je désire partager avec vous commence réellement en 1996, quand ce jeune prêtre âgé alors de 34 ans a été affecté dans la paroisse de Katiola, au Nord de la Côte d’Ivoire. C’est une région très attachée a ses traditions, où les chrétiens vont à l’église le Dimanche et s’adonnent au culte des esprits et des génies le reste de la semaine.

Mais le plus grand combat de l’abbé Germain n’était pas tant celui de demander aux gens d’abandonner leur culture ancestrale mais d’abandonner aux moins les pratiques traditionnelles inhumaines qui n’avaient pas de place dans les temps modernes. La plus inhumaines parmi ces pratiques: celle d’éliminer les enfants dits maudits seulement de par le fait des circonstances de leur naissance ou d’handicaps dont il souffrirait.

« L’enfant dont la mère meurt en couche ou celui qui naît avec un handicap est éliminé. Parce qu’on le tient pour responsable, on l’élimine physiquement. Vous n’allez pas trouver de personne handicapée dans notre région. »

Quand un enfant né dans des circonstances pareilles, les gens sont convaincus qu’un sort a été jeté sur leur famille et que seule la mort de l’enfant conjurera ce mauvais sort. Comme c’est interdit par la loi, cela se fait en secret et les gens parlerons de façon voiler de ‘raccompagner’ l’enfant chez les esprits qui l’avaient envoyé.

Germain fit de la lutte contre cette pratique son cheval de bataille, exhortant ses ouailles à chaque fois qu’il le pouvait – de l’autel ou quand il les croisait dans la communauté – à abandonner ces pratiques qui par ailleurs étaient interdites par la loi du pays.

Il se disait probablement que personne ne l’écoutait vraiment mais un jour, il a trouvé un bébé déposé a la porte du presbytère avec un mot:

“Puisque vous ne voulez pas qu’on les tue, occupez-vous-en.”

Il s’appelait Gérard, un beau bébé dont la mère était malheureusement décédée en le mettant au monde.

Et puis un autre enfant lui a été amené, puis un autre. Plus tard, il a appris que les enfants étaient amenés par des sages-femmes qui avaient accompagné ces mères pendant leur grossesse et qui ne pouvaient pas accepter que l’enfant soit emmené pour être noyé dans la rivière.

Germain décida que c’était la volonté de Dieu et transforma une partie des bâtiments de la paroisse en orphelinat qu’il appela “Sainte Geneviève », une sainte reconnue pour son courage et son altruisme au service des autres.

Avec l’aide de d’une nourrice, d’une cuisinière et d’une femme de ménage, il essaya de leur donner la famille qu’ils n’avaient pu avoir.

C’était un geste salvateur pour ces enfants! L’orphelinat a continué à grandir au fil des ans, accueillant même des enfants d’autres régions du pays.

Germain a officiellement enregistré le centre et, avec le soutien de son évêque et avec l’aide de bienfaiteurs – y inclus des membres de la communauté – il a réhabilité une maison de Katiola ou il a installé un dortoir pour filles et un dortoir pour enfants, avec des lits superposés ainsi qu’une chambre pour les bébés et un appartement pour le personnel d’encadrement. Le salon est rempli de livres et de jouets, et les enfants sont tous progressivement inscrits à l’école lorsqu’ils atteignent l’âge d’entrer à l’école.

Aujourd’hui, dix ans après sa création, le centre accueille près de 24 jeunes à la fois, des bébés aux adolescents. Des rescapés miraculeux de nos traditions les plus honteuses!

Le centre essaye d’offrir à ces enfants un espace aussi normal que possible, des jouets, des livres. La journée commence avec une prière matinale et un petit-déjeuner avant qu’on emmené les enfants à l’école. Les plus jeunes restent à s’amuser dans la cour comme d’autres enfants de leur âge.

C’est une vie qui a l’air normale mais elle est loin de l’être.

Mais Germain sait que changer les mentalités et éveiller les consciences est un travail de longue haleine et il ne fléchit devant aucun obstacle.

Félicitations pour votre contribution à l’héritage de l’Afrique, abbé Germain ! #BeTheLegacy #WeAreTheLegacy #Mandela100#UMURAGEkeseksa

Contributeurs

Um’Khonde Habamenshi

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