Qui est le Général de Brigade Gratien Kabiligi?

Le Général Gratien Kabiligi est né à Kamembe en préfecture de Cyangugu le 18 décembre 1951. A 20 ans, il entre à l’Ecole d’officiers de Kigali au sein de la 12 ème promotion. En 1986, il fait comme les autres officiers de sa génération le cours de commandant de compagnie à l’Ecole Supérieure Militaire (ESM), cours qui venait seulement de commencer dans le cadre d’un programme de formation continue des officiers des Forces Armées Rwandaises. Il est nommé au grade de major avec ses autres promotionnaires dont les regrettés colonels Ildephonse Rwendeye et Ephrem Rwabalinda.
En 1988, il est retenu pour suivre un cours d’état-major en République Fédéral d’Allemagne, d’où il rentrera en 1990, pour être affecté à l’ESM comme directeur des études. Gratien Kabiligi est nommé lieutenant-colonel en 1991.

Entretemps, le pays a été attaqué de l’Ouganda par le Front Patriotique Rwandais le 01 octobre 1990. Il a assuré à plusieurs reprises, depuis son affectation administrative de l’ESM, l’interim de commandement de bataillon dans le secteur d’opérations de Mutara. Il prend le commandement effectif d’un bataillon engagé au front dans ce même secteur en 1991.

Sur le front des combats, c’est l’époque des opérations de harcèlement par le FPR en préfecture de Byumba, sur une large bande frontalière avec l’Ouganda . Le FPR intensifie aussi les raids en profondeur contre les populations civiles. Gratien Kabiligi était dans le secteur Mutara le 01 décembre 1991 lors de l’attaque du camp de déplacés de guerre de Rwebare. Plusieurs personnes ont péri dans des huttes enflammées d’abord par les bombes et ensuite par les assaillants.

En avril 1992, le FPR attaque les positions des FAR sur toute la frontière de Byumba et le nord-est de Ruhengeri en prélude à l’ouverture des pourparlers de paix. Une partie des communes Butaro et Muvumba est conquise et le FPR s’y acccroche. Gratien Kabiligi est encore au Mutara où il interdit vaillamment la conquête du bureau communal de Muvumba, objectif politique tant convoité par le FPR.

Le FPR, qui a échoué sur Muvumba, déplace son axe vers l’ouest, vers les communes Kiyombe et Kivuye de part et d’autre de l’axe Gatuna -Byumba. Et c’est à ce moment précis, au mois de mai 1992, que le Général Kabiligi est nommé commandant du secteur d’opérations de Byumba face à l’effort principal ennemi.

Le 05 juin 1992, le FPR lance une vaste offensive sur les communes nord de ce secteur. Sa manoeuvre consiste à fixer les troupes des FAR déployées le long de la frontière, infiltrer des troupes suffisantes pour attaquer et conquérir la ville de Byumba et ainsi obliger les unités avancées à décrocher en cédant tout le terrain au nord de la ville. Cette opération échoua et risqua même de tourner au fiasco pour les troupes du FPR impliquées dans le raid. Face à la résistance de Byumba, le commandement du FPR ordonna l’exfiltration de ses troupes

Ce grand crochet à l’intérieur du territoire national permet cependant au FPR d’agrandir sa poche jusqu’à l’usine à thé de Mulidi et de provoquer le déplacement massif des populations civiles qui constituent pour la partie gouvernementale une véritable bombe (humanitaire) à retardement. C’est seulement après cette pression militaire que le FPR accepte le démarrage effectif des négociations de paix. Un cessez-le-feu entre en vigueur le 31 juillet 1992.

L’attaque surprise du 08 février 1993 en violation du cessez-le-feu cible encore une fois la ville de Byumba. Celle-ci est défendue à outrance grâce à la détermination du commandant de secteur qui fait tout pour remplir sa mission. La défense de Byumba est juste et légitime. Pour y arriver, Gratien Kabiligi fait plusieurs fois par semaine le tour des positions des compagnies pour encourager et s’assurer de la vigilance de ses hommes et de l’état d’aménagement des points d’appui.

Comme commandant secteur, Gratien Kabiligi est cité dans les milieux d’officiers subalternes pour son intégrité et son honnêteté. Il fait preuve d’une grande discipline qu’il parvient aussi à imposer aux unités de son secteur.

Le commandant secteur Byumba : courroux du FPR

Le général Gratien Kabiligi s’est attiré des ennemis personnels parmi les officiers du FPR dans l’exercice du commandement du secteur de Byumba. Nombreux le considéraient comme obstacle au succès de toutes leurs initiatives. C’est ainsi que le colonel Karake qui faisait partie du Groupe d’observateurs militaires neutres (GOMN) s’est senti impuissamment révolté suite à des contrôles sévères que lui imposait le poste des FAR de Ngondore entre Byumba et Mulindi. Il aurait voulu profiter pleinement de ses va-et-vient entre Kigali et Mulindi pour infiltrer ou relever ses agents de renseignement, ou acheminer davantage de matériels militaires à l’intérieur de la capitale. De la même façon, le commandant du secteur militaire d’en face, à l’époque James Kabarebe (l’actuel chef d’état-major des forces rwandaises de défense) était gêné dans ses initiatives. Grâce à la vigilance des hommes du lieutenant-colonel Kabiligi, des expéditions et des patrouilles de combat adverses sont régulièrement interceptées, avec une riposte proportionnée chaque fois que le FPR tentait un quelconque acte de violation de cessez-le-feu.

La détermination du commandant secteur Byumba à parer à toutes les initiatives belliqueuses du FPR lui a même valu des remontrances en provenance de certains milieux de l’opposition politique intérieure, qui l’accusaient de provocateur. Le FPR aurait même exigé, avec menace de rupture des pourparlers de paix, la relève du commandant secteur Byumba ; d’autres noms étaient également cités parmi des cadres administratifs et militaires à révoquer.

Gratien Kabiligi quitte le commandement du secteur Byumba en mai 1993 et rejoint l’état-major de l’Armée comme G3 (officier chargé des opérations et de l’entrainement). Est-ce une promotion ou une réponse aux précédentes exigeances ? De toute façon, il vient de faire plus de deux ans sur le front le plus chaud du pays et mérite bien un petit repos, surtout que tout est en route pour la signature d’un accord de paix.

La période de mai à juillet 1993 est celle des négociations dont la partie principale est celle relative aux forces armées. L’accord global est signé le 04 août. De août à décembre, les activités de l’état-major sont centrées sur les préparatifs pour la mise en application de l’accord de paix d’Arusha. C’est pendant cette période que le lieutenant-colonel Kabiligi est nommé colonel dans le cadre des régularisations en grade des officiers de la partie gouvernementale avant le processus d’intégration.

Le 06 avril 1994 : une absence remarquée

Malgré les accords signés et le voeux de la majorité de les voir mis en application, des inquiétudes subsistent au niveau de grands commandements des FAR, car le FPR ne semble pas avoir abandonné la solution militaire. Il continue ses activités guerrières dans la zone tampon avec les massacres de Kirambo le 18 novembre 1993, et à Mutura à la mi-décembre. Le FPR recrute dans tout le pays et des jeunes gens rejoignent ses rangs en passant par les pays voisins ou par le quartier général de Mulindi. Certains d’entre eux reviennent dans le pays après formation. Les recrutement et les infiltrations d’armes vont s’intensifier après l’arrivée du bataillon du FPR à Kigali le 28 décembre 1993 . Des travaux de campagne et de fortification sont faits dans l’enceinte du CND alors que les FAR sont soumises à un contrôle sévère dans la zone autour de la capitale dite « zone de consignation d’armes-KWSA ». La Mission des Nations Unies pour l’Assistance au Rwanda (MINUAR) qui vient de prendre place dans le cadre du maintien de la paix ne semble pas avoir toute la neutralité souhaitée.

Dès fin décembre 1993, des signes de crispation et des incidents graves sont régulièrement vécus avec des éléments nouveaux accentuant des risques de rupture. Les partis politiques d’opposition ont éclaté en tendance pro-FPR et pro-MRND. Le gouvernement ne se réunit presque plus et est divisé sur fond des deux grandes tendances en germination. Malgré la prestation de serment du Président de la République le 05 janvier 1994, la mise en place du gouvernement et du parlement de transition n’ont pas lieu. Le partage du pouvoir négocié sur base des partis politiques semble être désuet car les enjeux réels sont devenus ethniques. Les efforts de médiation menés par le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies (MonsieurJacques Roger Booh-Booh) et les religieux ne semblent pas aboutir. Et puis surviennent les 21 et 23 février 1994 l’assassinat du Ministre Félicien Gatabazi et du président du parti CDR Martin Bucyana suivis d’émeutes à caractère ethnique…

C’est dans ce climat de tension politique et d’insécurité que le colonel Kabiligi part en stage de trois mois en Egypte, laissant derrière lui un bureau des opérations militaires déforcé avec un personnel peu expérimenté. Quand il reviendra le 23 avril 1994, Kigali ne sera plus la ville qu’il connaissait.

Son absence à l’état-major a été fatale pour les manoeuvres des FAR au cours des premiers jours de la crise. Il aurait, après la mort du chef d’état-major tué dans l’attentat contre l’avion présidentiel, pu sauver une situation militaire qui a été perdue dès le premier jour de l’offensive du FPR. En tant que G3 averti, il aurait mieux organisé et coordonné la riposte et ce malgré la surprise et le chaos polititique et humanitaire qui prévalait. Il aurait, tout au moins, fait le poids contre les indécisions du colonel Marcel Gatsinzi, désigné chef d’état-major ad interim alors qu’il était en intelligeance avec l’ennemi.

Gratien Kabiligi a été nommé général de brigade le 16 avril 1994 en même temps que le général major Augustin Bizimungu et les généraux de brigade Léonidas Rusatira et Marcel Gatsinzi. Les deux derniers ont rejoint les rangs du FPR après la défaite des FAR.

Défense de Kigali : bon soldat et grand chef militaire

A la mi-avril 1994, le général Kabiligi arrive à Kigali quand les FAR sont en mauvaise posture. Le FPR s’est aménagé de nets avantages sur le terrain. Les FAR manquent cruellement de munitions. Les unités de combats sont esquintées. Les troupes sont fatiguées. Le moral des soldats est affecté par les défaites successives dans Kigali et dans le Mutara. Le FPR est intransigeant et est décidé à continuer la guerre jusqu’à la victoire. Toutes les prositions de trêve ont été rejetées. Kigali a été vidée de ses populations. ceux qui sont restées dans les quartiers se sont organisés en cellule d’auto-défense pour résister aux assauts du FPR et même à ceux des bandes rivales suréxicitées qui pillent et se font le réglement de compte.

La situation est donc catastrophique et le G3 n’a rien pour influencer la manoeuvre. Situation catastrophique mais pas tout à fait perdue. Il faut gagner du temps, une défaite précipitée serait une double défaite. Le G3 s’efforce à racommoder les morceaux, un travail rendu difficile par le rythme des opérations, la largeur du front, la psychose de la défaite et surtout le manque de moyens matériels et humains. Le dispositif défensif de Kigali va tenir jusqu’au dénouement de » l’opération champagne » (1) du 04 juillet 1994, au cours de laquelle le commandemment des FAR reussira à soustraire des griffes du FPR plus d’un million de personnes encerclés dans la capitale.

 

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