Rwanda- Burundi : Au secours du pacte de non-agression

De récentes remontrances du président Kagame à l’encontre de son homologue burundais Pierre Nkurunziza révèlent manifestement que le torchon brule entre les deux anciens guerriers rebelles.

Sans vouloir à tout prix établir un lien de causalité, rappelons tout de même que le président Kagame est de l’ethnie tutsie, Pierre Nkurunziza étant de l’ethnie hutue. C’est un détail qui n’est pourtant pas anodin, d’autant on connait l’histoire séculaire de ces deux ethnies, majoritaires dans les deux pays jumeaux.

L’histoire nous apprend que le Rwanda et le Burundi se sont agrandis progressivement, chacun de son côté, suite aux annexions successives des territoires avoisinants. Les deux royaumes de l’époque s’affrontaient de temps en autre, pour tenter en vain d’annexer un territoire appartenant à l’un ou à l’autre. Quoi qu’il n’y eût vraiment un déséquilibre notoire entre l’armée des deux royaumes, le Burundi fut quand même redouté, à un moment donné, par les Rwandais.

Au milieu du 18ème siècle, suite à une tentative d’annexion du Bugesera par le royaume du Burundi, un pacte de sang et de non-agression fut conclu entre le roi Yuhi Mazimpaka du Rwanda et le roi Ntare du Burundi. Ce pacte fut signé à une localité appelée Utwicarabami (siège des rois) près de Nyaruteja (Utwicarabami twa Nyaruteja). De là, le Rwanda et le Burundi ont gardé des liens plutôt harmonieux avant, pendant et après la période coloniale, et ce malgré le fait que les deux pays étaient dirigés par les présidents d’ethnies différentes.

Les propos de Kagame : un arbre qui cache la forêt :
Suite aux tensions politiques internes que traverse actuellement le Burundi, le président Kagame a rompu toute voie diplomatique en s’autorisant à « engueuler » publiquement son homologue Pierre Nkurunziza, l’accusant d’avoir abandonné son peuple. Voici entre autres, un extrait des gronderies de Kagame : « Le président [burundais] s’enferme, personne ne sait où il se cache, personne ne peut le trouver pour lui parler. Comment peut-il prétendre diriger son pays? ».

Dans les médias et les réseaux sociaux, les débats font rage. Certains observateurs se demandent en qualité de qui le président Kagame s’est autorisé à utiliser un tel langage, moins respectueux à l’encontre de son homologue. Celui-ci n’est tout de même pas son collaborateur  ou encore moins son employé. Il existe certainement des voies diplomatiques officieuses ou officielles qui servent à véhiculer ce genre de critiques ou d’indignation entre les chefs d’Etat.

D’autres observateurs estiment que le président Kagame est toujours dans son processus de camouflage des crimes dont il est lui-même accusé (cf. le rapport Mapping, la disparition des opposants rwandais, etc.) en se montrant de façade très sensible aux mêmes actes qu’il fait ou qu’il a fait subir à son peuple, dans d’autres circonstances.

Enfin, certains Rwandais et Burundais croient que Kagame cherche à déstabiliser le Burundi de façon exprès et bien planifiée, par des paroles et des actes, pour finalement y installer un régime allié, qui pourra plus tard le soutenir dans les périodes difficiles. Rappelons que les dirigeants rwandais se sont engagés, contre toute attente, à réviser la constitution pour autoriser le président Kagame à rester au pouvoir le plus longtemps possible.

Que ses arguments avancés par les uns ou par les autres soient fondés ou pas, une chose est sure : au Burundi, il règne actuellement un climat de tension, cela est vrai. C’est aussi vrai que ces tensions peuvent, d’une façon ou d’une autre, avoir un impact sur le Rwanda. Néanmoins, il existe des instances diplomatiques au niveau régional et international qui régulent ce genre de conflits.
Quoi qu’il arrive, ce n’est pas au président rwandais de donner des leçons au président burundais, car il est lui-même accusé de massacres (commis au Rwanda et au Congo) par l’opinion nationale et internationale. Son ingérence dans la situation du Burundi risque d’être interprétée comme un acte à vocation d’attiser les haines ethniques. Ainsi, les tutsis de la région auraient tendance à s’aligner derrière lui et les hutus derrière le président Nkurunziza. C’est un scénario probable, une des pires solutions qui pourraient à nouveau embraser toute la région.

Soutenir les deux pays

La communauté internationale est invitée à être vigilante et bienveillante, sans faire d’amalgame entre le Rwanda et le Burundi. Chaque pays doit être pris, traité et soutenu indépendamment de l’autre, en fonction du contexte et de l’histoire de chacun. Autrement, des privilèges accordés à l’un au détriment de l’autre peuvent contribuer à distendre des liens existant entre les populations desdits pays, meurtries par leur passé

Il vaut mieux, pour les deux pays, que le pacte de non-agression, signé il y a plus de 250 ans, garde sa signification symbolique et continue formellement ou informellement à être respecté. Des actes ou des propos de provocation n’auront d’autres effets que de raviver des tensions, surtout quand elles sont susceptibles d’avoir des interprétations ethniques.

Les deux peuples ont vraiment besoin d’apaisement. Les présidents respectifs doivent impérativement y contribuer. Nul n’est besoin de redire que la population de deux pays est fatiguée de subir des violences politiques du jour au lendemain.

Les « va-t-en-guerre » et leurs fanatiques devraient désormais apprendre de cette sagesse: « On sait à peu près comment déclencher une guerre mais on ne saura jamais d’avance comment la terminer », ou encore, « ceux qui, par malheur, font la guerre, ont généralement la chance de ne la faire qu’une fois ».

A bon entendeur, salut…

Faustin Kabanza

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