Rwanda (Commune Giti ): Saluer le courage de Mgr Servilien NZAKAMWITA en 1994

« Qu’y a-t-il de meilleur, ou qu’y a-t-il de plus beau que d’être bon et de faire le bien ? ». J’aurais bien aimé que cette citation de Cicéron soit la seconde devise de Mgr Servilien Nzakamwita, l’évêque en exercice du Diosèze de Byumba. Cet « homme de Dieu », grâce à sa parole, a sauvé beaucoup de vies humaines dans la paroisse de Rwamiko en 1994.

A cette période noire du génocide, l’armée dirigée par Paul Kagame venait de s’installer dans cette région de la Commune Giti et de ses environs (fin avril 1994). La paroisse de Rwamiko était tenue par les prêtres catholiques espagnols : le curé père Joseph et son collègue père Carlos. Ayant appris que l’armée du FPR était proche, ces deux religieux espagnols ont pris fuite, abandonnant ainsi la paroisse et leurs affaires personnelles.

Jusqu’à l’arrivée de l’armée du FPR dans la Paroisse Rwamiko (commune Giti), aucune personne n’avait été tuée, tutsi ou hutu. La cohésion entre ces deux composantes sociales était bien présente. Tous, nous avions peur de la situation, nous avions peur de la suite des événements. Tous, nous avions peur des interahamwe de la commune Murambi et de Gikomero qui menaçaient d’entrer dans la commune Giti, n’eût été la présence de la police et la gendarmerie envoyées par le bourgmestre de l’époque, Edouard Sebushumba.

Pour rappel, les hutus et les tutsis de la région ont toujours été unis dans les périodes sombres de l’histoire du Rwanda, notamment en 1959.

Dès lors que le FPR a pris le contrôle de la région, certains de ses militaires se sont livrés à des persécutions systématiques et sans précédent. A quelques mètres de la paroisse (à Mutambiko), le feu Bourgmestre Karake (nommé par le FPR) a procédé à l’enterrement des milliers de corps, majoritairement hutus. Ces funérailles organisées à l’insu de sa hiérarchie au niveau national lui auraient coûté cher. Il a été destitué le lendemain, remplacé par Mr Buvundeli, le natif de la commune Rutare! (C’est un autre feuilleton à détailler plus tard).

Homélie de l’abbé Servilien Nzakamwita dans cette période

Cet homme d’Eglise a pieusement rempli sa mission. Il a rassuré les chrétiens pendant la période difficile. Chaque dimanche, il rappelait que nous étions tous frères et sœurs, que personne n’avait le droit d’enlever la vie à son semblable. Dans ses propos et ses convictions, il s’exprimait sans détours ni ambigüités. Il condamnait les militaires et les civils qui plongeaient dans les massacres, qui tuaient sans aucune raison. Il a découragé les tueurs actifs et passifs.

Aujourd’hui, Mgr Nzakamwita n’a certainement pas oublié son action hautement humaine dans les moments difficiles qu’a traversés la Commune Giti. Celle-ci non plus, elle n’a pas oublié. Dans les circonstances normales, Mgr Nzakamwita aurait mérité une reconnaissance nationale. En revanche, comme le dit sa devise « « FIAT VOLUNTAS TUA », seule la volonté de Dieu l’emporte sur tous les honneurs terrestres. Nul doute, Dieu a déjà prévu sa récompense.

Mgr Servilien Nzakamwita est né le 20 avril 1943 à Gatsirima, Paroisse de Nyarurema, Diocèse de Byumba. Il a reçu l’ordination presbytérale le 11 juillet 1971 à Rushaki et ordonné Evêque le 2 juin 1996. Il fête ses 20ans d’épiscopat.

Faustin Kabanza

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