Rwanda: J’accuse la France: Thomas Nahimana.

Le Candidat de l’opposition rwandaise aux élections présidentielles de 2017  s’exprime vis-à-vis des accusations aberrantes de Kagame contre la France:

Oui, j’accuse la France d’avoir permis au Général Paul Kagame de prendre le pouvoir par la force et  contribué, par son silence, à perpétuer   une dictature sanguinaire basée  sur le mensonge,le terrorisme et le chantage. Il n’y a aucune ombre de doute, au sujet du Rwanda, la France est d’une certaine façon coupable. Elle est réellement responsable, non pas de ce dont l’accuse Paul Kagame, à savoir : d’avoir participé à la planification et à l’exécution du génocide contre les Tutsi de 1994. C’est tout le contraire.

La France est plutôt responsable d’avoir été trop clémente, voire complaisante envers « la plus meurtrière des organisations terroristes » dite FPR-Inkotanyi qui devait par la suite mettre à feu et à sang  le Rwanda et  toute la Région Africaine des Grands Lacs.

Si la France devait être reconnue coupable, ce serait donc au motif d’avoir  précipitamment abandonné le peuple rwandais, rendant ainsi possible  l’assassinat du Président Juvénal  Habyarimana et la défaite militaire de l’armée d’un gouvernement légal et dont la communauté internationale  ne contestait  pas la légitimité. Cela eut pour conséquence le désarroi et la destruction durable de tout un peuple.

I. Les principaux motifs  qui me permettent de formuler cet acte d’accusation sont les suivants :

(1) La France et la Belgique ont participé largement à la construction du Rwanda moderne.

(2) La France n’ignorait rien de l’histoire du Rwanda, des tensions, frustrations et ressentiments internes  et de l’équilibre soco-politique très fragile, particulièrement mis à mal par la guerre lancée contre le Rwanda par des hauts officiers de l’armée ougandaise à partir du 1.10.1990, bénéficiant de l’immense appui diplomatique et logistique du Président ougandais Yoweri Kaguta Museveni.

3) De par son expertise et au vu de la particulière gravité des exactions commises par la rébellion au fur de l’évolution de la guerre, la France devait savoir, plus  qu’aucun autre pays,  que Paul Kagame à la tête de la rébellion, était un vrai danger pour ne pas dire une peste, pour la paix et la stabilité du peuple rwandais et des peuples de toute la Région Africaine des  Grands Lacs.

(4) La France avait signé avec le gouvernement rwandais légal et légitime divers accords de coopération militaire. A ce titre, la présence du contingent français avait toujours été d’un grand secours et rassurait le peuple rwandais dès les débuts de la guerre de 1990.

(5) La France ne peut pas prétendre qu’elle  ne savait pas que le respect voire le renforcement de ses engagements de coopération militaire était indubitablement susceptible de retarder, d’arrêter ou même de détruire  en tout ou en partie les ardeurs de la rébellion de Paul Kagame qui cherchait à prendre le pouvoir même au prix d’un bain de sang sans précédent .

Pourtant, au moment le plus critique de l’histoire du Rwanda,  la France a pris une décision historique  de rapatrier  son contingent,  en 1993,  laissant à Paul Kagame libre champ pour abattre l’avion du Président Habyarimana, au soir du 06/04 /1994. Et plus personne ne pouvait arrêter les forces des ténèbres qui allaient s’abattre sans ménagement sur le Rwanda. Rappelons que cet acte terroriste est  reconnu par l’ONU, comme déclencheur du génocide.

Bref, s’il faut accuser la France, se serait d’avoir cédé  aux pressions aveugles et aux manipulations habiles des pêcheurs en eaux troubles, alors qu’elle savait être la seule digue pouvant empêcher le déchaînement de la  violence génocidaire. On est même en droit d’accuser la France pour ne pas avoir usé de son poids au Nations Unies et faire ordonner une enquête internationale en vue de clarifier les circonstances de l’attentat de l’avion du Président Habyarimana, en date du 6 avril 1994, lequel attentat est reconnu comme l’acte terroriste déclencheur du génocide rwandais.

II. Toutefois, nous sommes de nombreux rwandais à  vouloir témoigner, estimant  que la France  n’a pas agi par calcul malveillant.

1.Nous n’ignorons pas que  le contexte politique de cohabitation  en France d’alors n’était pas de nature à faciliter le processus de prise de décisions et la gestion lucide et saine  des dossiers chauds et très complexes comme celui du Rwanda. Nous reconnaissons également  que l’infiltration progressive par des agents du FPR  gangrenait les institutions politiques de la République du Rwanda  et  paralysait de plus en plus l’action du gouvernement de Habyarimana obligé de se battre simultanément  sur deux fronts : celui de la guerre armée avec le FPR et celui d’une ouverture hâtive et imposée en temps de guerre par la France,  à une opposition politique interne essentiellement  novice, revancharde et quasi irresponsable.

2.Si la France devait donc être accusée, ce ne serait certainement pas par le dictateur Paul Kagame qui est de toute évidence  le vrai planificateur, le seul commanditaire et bénéficiaire des malheurs du peuple rwandais.

3.Par ailleurs, force est de reconnaître  que le Gouvernement Français fut le seul à comprendre plus rapidement et à mesurer adéquatement  l’ampleur des malheurs qui frappaient de plein fouet le peuple rwandais après l’assassinant tragique du Président Juvénal Habyarimana. En dépêchant l’opération Turquoise avec l’aval de l’ONU, la France a posé un acte de courage et hautement humanitaire qui a sauvé des millions de vies, Hutu et Tutsi, même si Kagame fait tout ce qui est en son pouvoir pour occulter cette réussite de l’Opération Turquoise qu’il ne souhaitait pas.

4.J’étais moi-même présent à Cyangugu (Sud-Ouest du Rwanda) en ce moment-là. Nous avons logé des officiers français au presbytère de Mushaka pendant quelques jours. Nous avons mangé et parlé avec eux. Nous avons vu des Français ouvrir le feu sur des irréductibles Interahamwe pour arracher des Tutsi  de leurs griffes. Nous les avons vus  récupérer des Tutsi cachés dans des trous, forêts et bananeraies et les mettre en sécurité.  J’en connais qui sont toujours en vie, et pourraient eux-mêmes témoigner. Les centaines de Tutsi sauvés de justesse  du camp de Nyarushishi auront-t-ils oublié l’intervention salutaire de l’armée française ? Nous avons régulièrement visité l’hôpital militaire français au Stade Kamarampaka (le seul opérationnel dans toute la région de Cyangugu durant cette période sombre) où des soldats français  s’acharnaient, 24h/24h, à panser des milliers de blessés, à assister des femmes en accouchement, à sauver des vies.  J’y ai moi-même acheminé un membre de ma famille “cassé” par des Interahamwe : il n’a pas pu être sauvé mais le labeur bienveillant des médecins français qui s’en sont occupés n’a pas échappé à notre attention. Qu’ils trouvent ici l’expression de toute notre profonde gratitude.

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5.En somme, avant de permettre au dictateur Paul Kagame de faire de la France son adorable bouc-émissaire, il faut s’arrêter un peu,  réfléchir froidement et trouver une solution sérieuse à ce qui semble être devenue une énigme.  Car, la réalité du génocide rwandais est un cas d’école. Il reste un problème essentiel que Paul Kagame, ses partisans et les lobbies à sa solde devraient nous aider  à élucider : le Rwanda compte 7,8 millions d’habitants  en 1994. Officiellement, les Hutu sont 85%, les Tutsi 14 %, et les Twa 1%. Quel cerveau  peut concevoir et expliquer comment une MINORITE de 14 % (tutsi), en train d’être victime d’un génocide sans précèdent (on avance le chiffre de 800 000 morts en 100 jours), A PU, au même moment (avril-juillet 1994), et dans le même pays (Rwanda),   prendre le pouvoir, et de surcroît par la force des armes ?  Qui est la plus forte des deux  parties, après quatre années de guerre fatricide(1990-1994) : le gouvernement vaincu de Habyarimana ou le FPR vainqueur ? Qui est réellement  victime, qui est exactement bourreau ? Y-a-t-il d’autres cas  connus où un  génocide a pu être  exécuté par la partie la plus faible contre la plus forte ? Autant s’imaginer la situation d’un Hitler vaincu militairement  par les Juifs au moment où il les extermine dans des camps de concentration. Et si, au mépris de la logique la plus élémentaire,  cela arrivait, la qualification des faits ne tiendrait-elle pas compte d’un tel revirement ? Dans le cas précis du génocide rwandais, pourquoi la communauté internationale se sent-elle absolument obligée d’escamoter de nombreuses zones d’ombres  qui pourraient pourtant  aider à nommer correctement les choses et  à établir  justement les responsabilités ?

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6.Si aujourd’hui le dictateur Paul Kagame accuse la France,  c’est qu’il a ses raisons liées essentiellement à la honte, à la peur, à la rancune et à la jalousie. Il meurt de honte parce qu’il sait que la France connaît exactement ce que la rébellion du FPR a fait comme dégâts. Il a peur que la justice française ne le poursuive pour ses nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment l’acte terroriste déclencheur du génocide qui a également coûté la vie  à deux présidents en exercice, Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi, à trois français membres de l’équipage,  et à beaucoup d’autres personnalités. Paul Kagame est rongé par la rancune et la jalousie parce que la France l’a empêché de mettre totalement à exécution un plan machiavélique qu’il avait conçu de longue date. Ce plan visait à prendre le pouvoir très facilement et très rapidement après  avoir massacré des millions de Hutu et  sacrifié  des milliers de Tutsi qui ne l’avaient pas suivi en exile , ceux-là même que les hauts responsables du FPR avaient la manie notoire d’assimiler aux Hutu.

7.Disons les choses en toute simplicité : Si la France n’avait pas été présente au Rwanda au tout début de la guerre,  et si elle n’était pas intervenue via l’opération Turquoise, au lieu de ne pleurer que deux millions de morts, 20 ans après, le Rwanda serait toujours en train d’enterrer cinq ou six millions de morts car Paul Kagame avait, dès otobre 10 /1990, l’intention bien arrêtée d’exterminer le plus grand nombre possible de Hutu pour pouvoir gouverner indéfiniment le pays,  la majorité hutu étant devenue minorité, par la force de l’épée. Paul Kagame   l’a publiquement avoué en date du 7 avril 2007 : « Je regrette que nous n’ayons pas le temps de décharger toute notre rancœur sur ceux-là  qui sont malheureusement parvenus à s’échapper… ».  Son plan était plutôt celui-là, il le reste,  même après la boucherie dont son armée s’est rendue coupable  au Congo depuis 1996 jusqu’à nos jours, emportant plus d’un million de réfugiés Hutu rwandais et plus de 6000 000 Congolais. D’ailleurs, le Rapport Mapping de l’ONU rendu public en date du 1/10/2010 allait accuser l’armée patriotique rwandaise sous les ordres de Paul Kagame d’avoir carrément commis un génocide contre les hutu, au Congo. J’ose espérer que ces crimes ne resteront pas longtemps impunis  car « les faits sont têtus » !

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8.Plus révoltante encore est l’attitude du Président Ougandais, Yoweri Kaguta Museveni, qui n’hésite plus à vanter publiquement sa complicité criminelle  avec le dictateur Paul Kagame. C’est ainsi qu’en date du 7 avril 2014, lors des cérémonies de la commémoration à Kigali du 20è anniversaire du génocide, il a  fait une déclaration fracassante qui étonna plus d’un. En effet, après une diatribe acerbe contre les « traîtres Bantous (Hutu)»  et « les génocidaires européens (Français et Belges)», il a ajouté : “Nous [Kaguta et Kagame] sommes plus que jamais forts politiquement, économiquement et militairement » et, sous-entendu, nous pouvons détruire définitivement les   peuples  bantous, dans la plus grande indifférence de la communauté internationale intimidée par nos accusations et chantages ! C’est exactement ce qu’ils sont en train de faire au Rwanda et au Congo.  Bientôt, leurs guerres seront exportées dans les autres pays de la région comme le  Burundi, la Tanzanie, etc. Ils l’ont dit, ils le feront. Pourtant, ils restent  impunis, raison pour laquelle  ils se prennent pour  « maîtres et  juges du monde ». C’est très dommage.

9.Quant à toi, chère France, universellement reconnue comme la Terre des Droits de l’Homme, auras-tu décidé de rester définitivement sourde et muette et d’abandonner pour de bon un peuple qui, jadis,  avait la fierté d’être plus qu’un allié et se targuait d’être un véritable ami ? Aujourd’hui, je t’accuse de mollesse, je t’accuse de passivité face au chantage de Paul Kagame  et de complaisance envers les crimes du FPR-Inkotanyi. Quand te décideras-tu à « défendre ton honneur, l’honneur de ton armée et l’honneur de tes diplomates  »? 

Thomas Nahimana,
Secrétaire Général du Parti ISHEMA,
Candidat désigné aux élections
présidentielles rwandaises  de 2017.

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