Campagne de neutralisation d’opposants politiques belges d’origine rwandaise : Cas de Mr Marcel Sebatware.

Marcel Sebatware

Acculé sur le dossier Rusesabagina, le régime rwandais chercherait, en contrepartie, à accentuer sa campagne de neutralisation d’autres opposants politiques belges d’origine rwandaise: Cas de Mr Marcel Sebatware.

Par Ben Barugahare

D’aucuns se posent la question de savoir comment le Rwanda va se sortir de la brouille diplomatique avec la Belgique après avoir enlevé, jugé et condamné à 25 ans de prison son citoyen Paul Rusesabagina, en violation flagrante du droit international. Pendant que la Belgique a une obligation de protéger son citoyen, le régime rwandais, habitué à jouir de l’impunité est inquiet à l’idée de voir sa vraie face dévoilée devant l’opinion. Même si la Belgique a également un souci de garder ses bonnes relations avec le Rwanda pour des raisons géopolitiques qui, par exemple, ont forcé la France à se conformer aux desiderata du Président Kagame, c’est une question qui suscite beaucoup d’interrogations et force les gens à scruter chaque geste, action ou omission du côté rwandais et belge. 

Sous d’autres cieux, on se serait attendu à ce que le régime rwandais tirer de bonnes leçons de ses forfaitures dans le dossier Rusesabagina et abandonne définitivement ses méthodes désuètes d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques contre ses opposants.

Or nous apprenons, de sources proches des milieux du régime totalitaire du FPR, que celui-ci compte poursuivre cette tactique et même l’accentuer. 

Dans ce cadre le régime totalitaire rwandais compterait distraire la partie belge, dans le dossier Rusesabagina, en montant une nouvelle campagne d’accusations contres des citoyens belges d’origine rwandaise, une manière de contrer la pression faite par la Belgique. 

Selon ces mêmes sources, le régime rwandais compterait presser le gouvernement belge afin qu’il aide à déstabiliser les opposants rwandais qu’il croit être des leaders dans la communauté rwandaise comme contrepartie pour le transfert de Paul Ruseabagina en Belgique.

 Des signes avant-coureurs sur ce genre de tractations commenceraient à se manifester avec une présence, observée récemment, d’une personne de type européen (soupçonnée d’appartenir au parquet fédéral belge), aux côtés d’enquêteurs rwandais, dans la région de Bugarama (Rusizi), en vue de relancer les enquêtes sur Mr Marcel Sebatware, ancien Directeur Général Adjoint de la Cimerwa. Cette équipe aurait interrogé des témoins à charge, surement sélectionnés par les services rwandais chargés des opérations de «détruire les ennemis» du régime. 

Effectivement des sources sur place nous ont révélé que cette équipe aurait choisi de ne rencontrer que des personnes qui lui ont été indiquées par le système FPR. Certaines seraient les mêmes personnes qui apparaissent déjà dans un document d’enquête de la CNLG de 2019, dans lequel, cet organisme sous contrôle du FPR, reconnaît lui-même que Sebatware Marcel n’a pas été condamné par les Gacaca. D’autres sont d’anciens condamnés des crimes de génocide tel que l’ancien conseiller de secteur Muganza monsieur Jean Bigirumwami. Et pourtant, selon nos propres informations, il y a beaucoup d’autres personnes de bonne foi qui témoigneraient de l’intégrité de monsieur Marcel Sebatware ainsi que de sa famille pendant les événements tragiques de 1994. Ceux-ci ne semblent, vraisemblablement pas intéresser les membres de cette équipe d’enquêteurs sous bonne escorte.

Dans les années 2000, le régime du FPR, dans sa stratégie de neutralisation d’un maximum d’anciens cadres Hutu qui ont refusé de démontrer leur loyauté au régime, avait fait placer monsieur Marcel Sebatware sur les listes rouges d’Interpol.  Celui-ci était parvenu, avec l’aide de ses avocats et via le concours du parquet fédéral belge, à démontrer que les motifs avancés par Kigali étaient non-fondées et il fût rayée de ces listes en 2011, avec notification aux autorités de Kigali.

Or, bizarrement, on constate que depuis quelques mois, le régime dictatorial du FPR a relancé sa machine propagandiste via entre autres, la chaine Youtube très pro-régime, Urugano TV qui vient de sortir coup sur coup deux vidéos interviews accusant Sebatware d’avoir commis genocide. Cette chaine avait d’ailleurs annoncé la couleur dans un posting sur Twitter du 15/11/2021 dans lequel, monsieur Kayitare Jean Paul, très connu dans les milieux des harceleurs des critiques du régime rwandais, invite ses followers à se préparer à recevoir d’importantes informations sur Marcel Sebatware.

Il nous revient, par ailleurs, que Monsieur Marcel Sebatware aurait déjà introduit une plainte en calomnie et diffamation contre X auprès du Parquet fédéral belge. Il serait intéressant de savoir comment le Parquet fédéral belge traite ces deux dossiers (plainte par Monsieur Marcel Sebatware et enquête contre lui par Kigali (avec une possible collaboration du parquet fédéral belge) !!). 

Il est donc curieux, de voir que, près de 10 ans après la suppression du nom de Marcel Sebatware des listes rouges d’Interpol et plus de 12 ans après la tenue des procès Gacaca qui l’ont innocenté, le régime de Kigali revient à la charge. 

Il est fort à parier que les véritables raisons de ces attaques contre Sebatware sont à rechercher ailleurs que dans la pure justice. Nous pensons, quant à nous, que les raisons sont multiples et entre autres celle illustrée par le fait suivant :

Le Président Kagame a déclaré lui-même un jour que « Ceux qui trahissent le pays vont en subir les conséquences et ce n’est qu’une question de temps et de méthode à utiliser (It is a matter of time and how) ».  Etant donné le statut de leader de Marcel Sebatware, aux seins, notamment du Parti FDU-Inkingi où il a été commissaire aux relations extérieures, il nous paraît normal qu’il soit devenu une des bêtes noires du régime de Kigali et qu’il soit vite étiqueté de criminel. Pour rappel le régime totalitaire rwandais s’est aménagé des outils légaux pour lui permettre de sévir efficacement contre ses opposants. Ainsi l’article   194 du code pénal rwandais défini comme infraction le fait de : « Répandre des informations fausses ou des propagandes nuisibles avec l’intention de provoquer une opinion internationale hostile à l’État rwandais ».  Ainsi, pour Kigali, toute information qui contredit la version officielle de certains faits ou qui expose les méfaits du régime est considérée comme une infraction pénale.

De même l’article 204 prévoit comme infraction d’« Incitation au soulèvement ou aux troubles de la population…. Toute personne qui, en public, soit par des discours, soit par des écrits de toute nature, des images ou emblèmes quelconques, affichés, distribués, achetés ou mis en vente ou publiés par quelque moyen que ce soit, soulève la population contre le pouvoir établi…, ».

Il est donc clair qu’avoir une posture comme celle de Marcel Sebatware qui est parmi ceux qui dénoncent régulièrement les méfaits du régime de Kigali, vous êtes rapidement la cible des « neutraliseurs » du régime de Kigali.

C’est ainsi, à notre sens, que Marcel Sebatware fait l’objet d’attaques du régime de Kigali dans le cadre de la répression transnationale des voix opposantes pratiquée par le FPR et dont certaines organisations sérieuses se font écho ces derniers temps

Nous croyons que les attaques contre Marcel Sebatware ne sont qu’un début et que le régime dictatorial rwandais est en train de tester le gouvernement belge et ira toujours crescendo dans ce genre d’attitude. 

Il est temps que les autorités des pays démocratiques, belges entre autres, prennent des positions claires qui encouragent les Rwandais, tous groupes sociaux confondus, à s’engager sur la vraie réconciliation au lieu d’adopter des attitudes qui renforcent la polarisation en favorisant l’un ou l’autre groupe. Cette réconciliation véritable n’est possible que si la vérité historique est dite et qu’une justice pour tous est rendue.

La Belgique doit cesser d’apparaître comme voulant toujours soutenir une dictature rétrograde et en perte de vitesse. A ce propos, il faut louer les positions de la Vice-première et ministre des Affaires Étrangères madame Wilmès dans le dossier de Paul Rusesabagina. C’est une voie qui devrait être poursuivie et renforcée. Face à une dictature aussi dure et impitoyable, seule la fermeté est payante. La compromission ne mène qu’à plus de malheurs au peuple opprimé.

La Belgique officielle gagnerait en crédibilité en encourageant le régime de Kigali à abandonner la logique de la violence, du mensonge et de la chasse aux opposants et à plutôt embrasser celle du dialogue ouvert et sincère avec tous les Rwandais sans exclusive, au lieu de le laisser continuer à s’empêtrer dans des manœuvres dilatoires face à ses responsabilités historiques dans le drame rwandais.

Nous nourrissons toujours l’espoir que l’enlèvement du citoyen Belge Rusesabagina, après que le gouvernement belge ait refusé de se plier aux desiderata de Kigali, et son entêtement dans l’erreur lors du procès, auront servi à démontrer la vraie nature du régime du FPR, qui ne ménage aucun effort humain et financier quand il s’agit de se débarrasser d’un opposant qu’il considère trop gênant. Généralement Il prépare son coup par une campagne de diabolisation pour enlever une empathie envers sa victime. L’intensification de la campagne de diabolisation de Sebatware, et probablement d’autres très bientôt, devrait alerter les autorités belges sur le danger qui pèse sur les opposants d’origine rwandaise et surtout ceux qu’il a identifié publiquement.

1 COMMENT

  1. Le point fort de Kagame est l’exploitation de la faiblesse, inertie, maladresses, incompétence , impéritie de ses adversaires. Aussi, il agit graduellement.
    A ce jour, le constat est limpide: nonobstant leur nombre important, les Hutu et les Tutsi qui ont fui le régime Kagame et qui résident dans les Etats dits de droit ne sont pas en état d’affronter celui-ci et ce, sur tous les plans. C’est pourquoi il est devenu expert incontesté dans la commission des crimes et la chasse à l’homme contre des Hutu ciblés, plus particulièrement ceux qui ont fait les études. Selon ses propres dires devant une kyrielle de membres de son parti, si le FPR a gagné la bataille , il n’a pas encore gagné la guerre car, disait-il, ils sont toujours nombreux ici et à l’étranger. Ils c’est qui ? Ce sont les Hutu principalement issu du leadership intellectuel Hutu d’une part et de la masse populaire d’autre part. Pour gagner effectivement la guerre, il faut liquider le leadership Hutu de sorte qu’il ne reste rien d’une part et réduire les Hutu paysans ou issus de la masse populaire à une proportion acceptable par lui d’autre part, le tout par tout moyen. Ce sont deux conditions sine qua none pour que Kagme puisse bien dormir et diriger effectivement le Rwanda comme il l’entend. Il s’agit ici d’une stratégie qui a été conçue bien avant le déclenchement de la guerre contre le Rwandais en octobre 1990. Les agissements abominables de Kagame et sa clique contre les Hutu et les Tutsi dit de nom s’inscrivent dans cette stratégie. Même un idiot mongolien le comprend parfaitement.
    Les criminels broyeurs des millions de femmes, enfants et hommes Rwandais de tous âges et conditions sont notoirement connus. Force est de constater que les Hutu et les Tutsi de nom car ils sont les seuls ciblés par Kagame n’ont jamais été et ne sont pas en état de créer un collectif associatif dont la mission est de défendre les intérêts des victimes de ces bouchers et celles des méfaits des maîtres du Rwanda comme Sebatware Marcel et autres. Créer un collectif associatif et lui doter des moyens conséquents afin qu’il puisse remplir effectivement ses missions n’est pas cher dès lors que l’on considère que ses actions sont constitutifs d’intérêt général. Nul ne peut soutenir un pleurnichard car c’est une perte de temps.
    Exemble: cas Badege Théo, un policier rwandais qui a à son actif plusieurs cadavres de Rwandais travaille actuellement à l’INTERPOL. Par lettre en date du 17 mars 2019, Sebatware Marcel, agissant au nom du P5 a expressément attiré l’attention du Secrétaire Général de cette organisation sur le cas de ce policier criminel notoire. Résultat: l’intéressé n’a été inquiété outre mesure. Il opère au sein de cette organisation pour le compte du régime dont il est serviteur. Bref, il est en mission comme Louise Mushikiwabo à la tête de l’OIF. Celle-ci fait le tour du monde sous les frais de l’OIF pour accomplir ses missions dans l’intérêt du régime dont elle est membre à savoir notamment le recrutement des membres du FPR. Aucune plainte pénale n’a été déposée devant le TGI de Lyon, siège de l’INTERPOL, contre Badege Théo pour crime contre l’humanité contre les Rwandais nommément désignés. Il aurait été plus judicieux de déposer la plainte devant un tribunal belge et en informer les Rwandais et divers médias via le WEB. Pour un cas de ce genre, une lettre purement administrative est inopérante. Plus d’actions, moins de verbe est plus porteur à court, moyen et long termes. Si Kagame est devenu un expert dans l’achat de certaines officines et médias pour annihiler les critiques de ses adversaires ou des Rwandais relativement à sa gestion de la chose publique dans notre pays, il ne peut sûrement pas acheter le monde entier, d’où limitation de ses actions.

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