Pourquoi Karasira nous divise?

Aimable Karasira

Par Mukundente Ariane

Hier c’était l’arrestation de Karasira Aimable. Maintenant qu’on s’est calmé, réfléchissons un peu. Je dis “se calmer”, parce qu’hier sur les réseaux sociaux et les forums internes, les gens étaient déchaînés. Certains éprouvaient une joie immense tellement que dans le monde du Twittosphère c’était la fête au village.

Chez d’autres c’était la consternation et l’incompréhension. D’autant plus que Karasira a été convoqué par un simple coup de téléphone par un agent du Rwanda Investigation Bureau(RIB). Aussitôt arrivé là-bas, il fut interrogé et arrêté.

C’est ça la réalité du Rwanda à chaque fois qu’il y a un événement du genre. Deux camps aux opinions diamétralement opposé se forment. La violence des messages échangés entre les deux camps est inouïe. À cela s’ ajoute la guerre des listes. D’un côté il y a des menaces des listes à faire: listes des gens qui parlent comme Karasira, listes des gens qui ont envoyé l’argent à Karasira. De l’autre côté il y a analyse de la liste des gens qui ont signé la pétition pour l’arrestation des Karasira. Les citoyens rwandais s’affrontent. C’est désolant!

Cet affrontement m’a fait réfléchir. Qu’est-ce que Karasira a dit qui nous divise aussi violemment? Faisons un débat sur le contenu de ses émissions afin de comprendre les avis de chaque camp. Certains persistent et signent qu’il est coupable que c’est même une bonne chose de l’emprisonner. D’autres clament haut et fort son innocence.

Voici ce qui caractérise Karasira et qui constitue en général le contenu de ses émissions:

– C’est est un rescapé du génocide contre les Tutsis

– Il dit que ses parents ont été tué par le FPR

– Il n’a jamais reçu l’aide de FARG comme d’autres

– Il a un frère malade sous sa responsabilité.

– Il a été renvoyé de son poste de prof d’Université

– Il dit qu’on lui a refusé un passeport pour partir

Voici grosso modo, les points sur lesquels Karasira se prononce dans ces émissions, car l’homme est devenu ce qu’il est à cause de son vécu(selon lui).

Chaque deux à trois jours, je vais présenter un des sujet de ses émissions en suivant les points ci-haut qu’il a présenté lui-même. Nous allons faire un débat sur ces points pour essayer de comprendre les points de vue de chaque camp et pour mieux saisir le cas de ce Karasira qui nous divise. Stay tuned!

1 COMMENT

  1. Le problème dans notre est plus profond qu’on le croit.
    Il s’agit des massacres des Tutsi qui ont été qualifié de génocide mais exclusivement des Tutsi en 2008 par Kagame et autres et subséquemment du déni complet des faits établis à savoir les massacres des Hutu pour ce qu’ils étaient, qualifiés également de génocide par l’ONU dans la résolution 955 du Conseil de Sécurité en date du 8 novembre 1994 et ce, sur demande de l’Etat Rwandais. La même résolution qualifie de génocide les massacres contre les Tutsi et les Twa.
    Elle ne fait aucune distinction entre les victimes en raison de leur appartenance ethnique comme le font Kagame et les siens.
    Sur le génocide, une partie des Rwanda, très majoritaire, considèrent, à bon droit, que les massacres qui ont été commis contre les Rwandais, Hutu, Tutsi et Twa sont constitutifs de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre, le tout indifféremment de l’appartenance ethnique des victimes.
    Une autre partie, une poignée de Rwandais considèrent que seuls les massacres contre les Tutsi doivent recevoir la qualification de génocide et a contrario ceux contre les Hutu sont des dommages collatéraux inévitables dans toute guerre et ne peuvent dès lors recevoir la qualification de génocide. Et toute évocation des crimes contre les Hutu par les soldats du FPR et de leur qualification juridique de génocide est constitutive de crime de négation du génocide des Tutsi ou de minimisation de ce génocide, passible de plusieurs années de prison.
    Il s’ensuit que les Rwandais sont divisés en deux camps :
    1- le camps de la Vérité
    2- le camp du déni volontaire des faits établis.
    1- Le camps de la Vérité
    C’est le camp dont relèvent Karasira Aimable, Idamange Yvonne et autres.
    Pour eux, la Vérité ne se divise pas, il y a une et une seule Vérité : les massacres qui ont été commis dans notre pays ont endeuillé les familles Hutu, Tutsi et Twa. Les Hutu ont massacré les Hutu, les Tutsi et les Twa, les Tutsi ont massacré les Hutu, les Tutsi et les Twa, les Twa ont massacré les Hutu, les Tutsi et les Twa. Bref, les Hutu, les Tutsi et les Twa se sont massacrés. Ces massacres sont constitutifs de génocide, indifféremment de l’appartenance ethnique des victimes.
    Karasira en a donné plusieurs illustrations en commençant par lui-même.
    Il a également fait état de la chronologie ou l’historique de la commission de ces massacres et du contexte (sociologique, politique et militaire) dans lequel ceux-ci ont été commis. Son analyse est intéressante à plusieurs égards. Il a déconstruit littéralement la théorie de la planification du génocide des Tutsi et du génocide exclusif des Tutsi, colportée à grande échelle par Kagame, les siens et diverses officines et relais opérant dans le monde au bénéfice du FPR de Kagame. Etant observé que ses affirmations n’ont jamais été contredites par aucun de ceux qui le vilipendent ou réclament sa tête.
    Aussi, il a soulevé un point pertinent. Devant des millions de Rwandais, Tito Rutaremara a porté à la connaissance des Rwandais que le FPR avait des infiltrés appelés techniciens sur l’ensemble du Rwanda et dans les groupes des tueurs des Tutsi et qui par conséquent ont participé directement aux massacres contre les Tutsi. Cela prouve à suffisance que les Rwandais se sont massacrés et que les génocide dont il est question ici a concerné les victimes Hutu, Tutsi et Twa et que leurs auteurs sont aussi bien Hutu que Tutsi. Nul ne peut hiérarchiser les souffrances des membres des familles des victimes rwandaises.
    2- Le camp du déni de la Vérité
    Les Rwandais qui relèvent de ce camp considèrent que seuls les massacres qui ont été commis par les Hutu contre les Tutsi doivent recevoir la qualification de génocide des Tutsi.
    Selon Kagame et autres, les crimes qui ont été commis par ses techniciens contre aussi bien les Hutu que les Tutsi dont les parents de Karasira et ceux qui ont été commis par les Hutu contre les Hutu sont des dommages collatéraux inévitables dans toutes guerre.
    Des millions de Rwandais ont perdu les leurs, femmes, enfants et hommes de tous âges Hutu, Tutsi et Twa. Certains ont fini dans les fours crématoires construits spécialement sur le territoire rwandais par Kagame et les siens.
    Même une personne dépourvue d’humanité la plus élémentaire ne peut proférer ce genre de propos scatologiques.
    Y a-t-il un Rwandais qui peut éclairer sur les points suivants :
    1- Comment une personne qui prétend être Rwandaise, appartenir à ‘espèce humaine, avoir accédé à la civilisation humaine et être en possession des éléments distinctifs de l’homme de l’animal peut-elle oser publiquement dire, devant des millions de Rwandais, que des millions de femmes, enfants et hommes Rwandais de tous âges et conditions qui ont notoirement broyés par les soldats du FPR sont une pure invention et qu’ils sont des dommages collatéraux inévitables dans toute guerre?
    2- Qui peut expliquer aux Rwandais comment des individus qui prétendent être Rwandais demandent-ils la tête de Karasira pour avoir dit que ses parents ont été assassinés par les soldats Tutsi du FPR, que les soldats du FPR ont commis des massacres contre des millions de Hutu ? Qui sont ces gens et d’où viennent-ils ?
    Au lieu de l’affronter intellectuellement, ils agissent par la terreur et l’emprisonnement à son endroit.
    Pour ceux qui entendent le réduire à la mendicité par jeu de renvoi de son travail et le broyer après avoir constaté que le premier acte négatif à son endroit est inopérant, il constitue une menace certaine pour le régime.
    Karasira rejoint Yvonne Idamange.
    Ceux qui entendent le broyer croient pouvoir éteindre la vérité. Même si Karasira subit le même que Mihigo Kizito, la Vérité sera toujours la Vérité. Celle-ci est unique et nul ne peut et ne pourra l’éteindre. Il y a et il y aura plusieurs Karasira. S’ils ont impunément éviscéré et vendu les organes de Mihigo Kizito, si par malheur ils se livrent à la même cruauté contre Karasira, ils seront traqués comme des animaux enragés partout ils iront et même dans les entrailles de la terre.
    Plus de 60% de Rwandais sont nés et/ou grandi sous le régime Kagame.
    Dans toutes les livres d’histoire et d’éducation civique, il est clairement dit que les Hutu ont génocidé les Tutsi et que ce génocide concerne uniquement les Tutsi.
    Nulle part dans ces livres est mentionnés : les crimes qui ont été commis contre les Hutu.
    Pour ces Rwandais qui dénient aux Hutu et Tutsi de second rang l’appartenance à l’humanité, les massacres des Hutu et fortiori le génocide des Hutu et de ces Tutsi sont une pure invention.
    Il y a ci au Rwanda des millions de rescapés des massacres qui ont été commis par les soldats d FPR sur ordre de Kagame contre les Hutu et Tutsi de second rang dont Karasira Aimable.
    Des millions de Rwandais ont écouté Karasira. Ceux qui sont nés sous le régime Kagame ont pu se faire une opinion sur l’ampleur des massacres des leurs, leurs auteurs et les victimes. Nul ne peut leur raconter n’importe quoi.
    Ils connaissent la Vérité. Les contre-vérités enseignées dans les écoles rwandaises et colportées à grande échelle sur l’ensemble du Rwanda en l’occurrence par les médias, diverses officines du régime Kagame à savoir Ibuka, CNLG etc. sont dès lors inopérantes. Les Karasira sont nombreux dans ce pays.
    Broyer les missionnaires de la Vérité que sont Karasira, Idamange, Mihigo Kizito et autres disparus est au contraire une confirmation de l’existence de cette vérité telle qu’elle a été dite par Karasira. C’est conséquemment contre-productif. Plus ils broient les Rwandais, apôtres de la Vérité, plus ils s’enfoncent dans le déni de la réalité ou de l’évidence, plus leur triste sort final est programmé. C’est une question de temps.
    Il me semble qu’il serait juridiquement judicieux, du moins pour ses avocats, de soulever a priori la Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) prévue par la loi rwandaise.
    Karasira a exercé ses droits afférents à la liberté d’expression consacrée par la constitution rwandaise de 2003 révisée en 2015, toujours en vigueur. Dans l’Affaire Ingabire , le Rwanda a été condamné pour avoir bafoué les droits constitutionnels de celle-ci. Cette jurisprudence de la CADHP est applicable au cas Karasira Aimable et Idamange Yvonne.

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