{"id":1039,"date":"2012-09-18T14:39:50","date_gmt":"2012-09-18T12:39:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.therwandan.com\/fr\/?p=1039"},"modified":"2012-09-18T14:39:50","modified_gmt":"2012-09-18T12:39:50","slug":"cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/","title":{"rendered":"C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a ! : Antoine Nyetera raconte sa vie&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Antoine Nyetera est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 14\/09\/2012. Il \u00e9tait en train d&rsquo;\u00e9crire un livre. Dans le prologue intitul\u00e9 <em>\u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait comme \u00e7a!\u00a0\u00bb<\/em>, il retrace sa vie et donne sa vision sur le Rwanda d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Ci-apr\u00e8s un extrait.<!--more--><\/p>\n<p>Quand, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 3 ans, je voyais deux servantes (hutu) \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ma m\u00e8re ; l\u2019une se levait vers 5 heures du matin pour nettoyer la maison, la cour int\u00e9rieur (inzu n\u2019urugo) et l\u2019ext\u00e9rieur (umuharuro), apr\u00e8s ce nettoyage de toute la parcelle, elle allait s\u2019occuper du grand nettoyage de l\u2019\u00e9table : enlever la bouse de vaches, nettoyer les petites cases pour les veaux (ibiraro by\u2019inyana) l\u2019autre fille en train de laver les ustensiles de cuisine, les assiettes en bois et en m\u00e9tal \u00e9maill\u00e9, les pots \u00e0 lait, les gobelets en m\u00e9tal \u00e9maill\u00e9. Mes grandes s\u0153urs, avant d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole, aidaient les deux servantes, et tout devait \u00eatre fait avant 7 heures du matin, car les passants ne devaient pas voir les filles en train de faire ce nettoyage. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a !<\/p>\n<figure style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.musabyimana.net\/uploads\/RTEmagicC_nyetera21_-_Copie.JPG.jpg\" alt=\"Nyetera, dans sa jeunesse\" width=\"300\" height=\"400\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Nyetera, dans sa jeunesse<\/figcaption><\/figure>\n<p>La jeune servante qui s\u2019occupait de ce travail de nettoyage n\u2019habitait pas dans la maison. Elle venait tr\u00e8s t\u00f4t le matin ; apr\u00e8s cette t\u00e2che, vers 8 heures elle retournait chez elle. La deuxi\u00e8me dormait dans notre maison, dans la case r\u00e9serv\u00e9e aux filles. Elle devait rester tout le temps avec ma m\u00e8re pour l\u2019aider dans menues occupations : propret\u00e9 de la maison, pr\u00e9parer le lait \u00e0 servir, pr\u00e9parer la nourriture et la servir et mettre le lait destin\u00e9 \u00e0 faire du beurre dans des grands jarres, tresser la vannerie etc. Quant le lait \u00e9tait suffisamment caill\u00e9, il faut le mettre dans des barattes (ibisabo) et le tourner pendant une heure, sans arr\u00eat, jus qu\u2019\u00e0 ce que le beurre se s\u00e9pare du petit lait \u00e9cr\u00e9m\u00e9 que l\u2019on distribuait aux gens pauvres qui n\u2019avaient pas de lait chez eux. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a.<\/p>\n<p>La servante permanente, apr\u00e8s le nettoyage int\u00e9rieur, s\u2019occupait de moi ! Elle me lavait tout le corps et m\u2019habillait. Quand elle \u00e9tait tr\u00e8s occup\u00e9e, c\u2019est ma m\u00e8re qui me lavait et m\u2019habillait et me servait du lait caill\u00e9. Me voici pr\u00eat \u00e0 jouer avec les enfants des voisins, filles et gar\u00e7ons : hutu et twa. Mon p\u00e8re m\u2019avait toujours dit que tous les enfants \u00e9taient \u00e9gaux, nous mangions ensemble, nous faisions la sieste ensemble. Mais en grandissant, les chemins se s\u00e9paraient. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a.<\/p>\n<p>Quand j\u2019ai atteint l\u2019\u00e2ge de scolarisation, \u00e0 6 ans, la servante me pr\u00e9parait tr\u00e8s t\u00f4t pour aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Mes deux s\u0153urs et grand fr\u00e8re savaient se pr\u00e9parer tout seuls. Nous allions tous ensemble \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Vers 12 heures un serviteur venait me chercher \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour rentrer, mes s\u0153urs et mon fr\u00e8re rentraient \u00e0 14 heures.<\/p>\n<p>Quant mes s\u0153urs et mon fr\u00e8re sont all\u00e9s dans une autre \u00e9cole pour commencer la 3\u00e8me ann\u00e9e primaire, je suis rest\u00e9 dans la petite \u00e9cole : pr\u00e9-primaire, 1\u00e8re ann\u00e9e et 2\u00e8me ann\u00e9e. En ce moment, c\u2019\u00e9tait le petit serviteur qui m\u2019accompagnait \u00e0 l\u2019\u00e9cole et me ramenait \u00e0 la maison, parfois il m\u2019apportait \u00e0 boire \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Je ne me suis jamais pos\u00e9 la question pour quoi le gar\u00e7on hutu n\u2019allait pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole, alors que d\u2019autres gar\u00e7ons y allaient ? Simplement parce qu\u2019il devait garder nos vaches. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a.<\/p>\n<figure style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.musabyimana.net\/uploads\/RTEmagicC_Kazura_-_Copie.JPG.jpg\" alt=\"Nyetera et le g\u00e9n\u00e9ral Kazura (derri\u00e8re lui) encore enfant\" width=\"300\" height=\"433\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Nyetera et le g\u00e9n\u00e9ral Kazura (derri\u00e8re lui) encore enfant<\/figcaption><\/figure>\n<p>Parmi nos serviteurs, il y avait un qui dormait \u00e0 la maison, un gar\u00e7on de 16 ans. Il devait se lever tr\u00e8s t\u00f4t le matin pour aller puiser de l\u2019eau \u00e0 la source naturelle (iliba) qui se trouvait \u00e0 une distance d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s de 500 m\u00e8tres, avec une cruche de 15 \u00e0 20 litres sur la t\u00eate. Il faisait deux \u00e0 trois tours le matin, une ou deux fois vers le soir. Le jour de pr\u00e9paration de bi\u00e8re de sorgho ou du vin de bananes, il devait faire cinq \u00e0 six tours. Il devait laver les marmites. Ma m\u00e8re lui disait alors ce qu\u2019il fallait cuire pour la journ\u00e9e ; il cherche le bois de chauffage, s\u2019il n\u2019y a pas \u00e0 la maison, il va le chercher \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur ; il allume le feu, met les aliments dans la marmite et la d\u00e9pose sur l\u2019\u00e2tre. Ma m\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas loin pour v\u00e9rifier s\u2019il a mis suffisamment de l\u2019eau et du sel.<\/p>\n<p>L\u2019autre serviteur qui ne dormait pas dans notre maison, arrivait tr\u00e8s t\u00f4t \u00e0 la maison. Il \u00e9tait l\u00e0 vers 6 heures du matin. Il savait ce qu\u2019il devait faire : faire sortir le b\u00e9tail de l\u2019enclos, derri\u00e8re la case principale (kambere), la secondaire (kagondo) et la cuisine ; le b\u00e9tail va brouter tout pr\u00e8s de l\u2019enclos pendant une heure au moins, puis commen\u00e7ait \u00e0 traire les vaches, lorsqu\u2019il s\u2019agissait de traire 5 ou 6 vaches, le cuisinier allait donner un coup de main; parfois m\u00eame la jeune servante allait tenir les veaux au moment de la traite et ramener le lait dans la maison. Pourquoi pas mes fr\u00e8res et s\u0153urs ? Ils sont \u00e0 l\u2019\u00e9cole, le soir les filles aidaient la servante et le cuisinier \u00e0 pr\u00e9parer et dresser la table. Je n\u2019ai jamais essay\u00e9 de traire les vaches, les apr\u00e8s-midi j\u2019allai surveiller les veaux qui broutaient aux alentours de l\u2019enclos. C\u2019\u00e9tait tout naturellement comme \u00e7a.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la traite, le berger va conduire le b\u00e9tail au p\u00e2turage, il laisse le b\u00e9tail au p\u00e2turage pour aller manger soit chez lui, soit chez nous ; on lui donnait du lait. Le soir, il fait rentrer le b\u00e9tail, le feu de paille est d\u00e9j\u00e0 allum\u00e9 dans l\u2019enclos du b\u00e9tail, la servante a d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9 les gerbes d\u2019herbes fra\u00eeches (icyalire) qui sert de couchage pour ces animaux et que l\u2019on rempla\u00e7ait tous les trois jours. C\u2019est le moment de la traite du soir. M\u00eame chose que pour le matin. Le berger ferme l\u2019enclos du b\u00e9tail avec des bois superpos\u00e9s pour que le b\u00e9tail ne sorte pas la nuit ou qu\u2019un voleur ne vienne les d\u00e9rober. Avant de rentrer chez lui, le berger boit de la bi\u00e8re r\u00e9serv\u00e9e aux gardiens de bovins \u00ab inzoga y\u2019abashumba \u00bb.<\/p>\n<p>Me voici \u00e0 l\u2019\u00e9cole des grands, ce qu\u2019on appelle le 2\u00e8me cycle primaire : 3\u00e8me, 4\u00e8me, 5\u00e8me ann\u00e9e et 6\u00e8me ann\u00e9e, c\u2019est \u00e0 la Mission (Paroisse) qu\u2019on doit aller. J\u2019avais 10 ans. Il fallait quelqu\u2019un pour m\u2019accompagner jusqu\u2019\u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 je devrais rencontrer des camarades de la m\u00eame colline. Nous devrions faire au moins 1 heure et demi de marche jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9cole. Pour la troisi\u00e8me ann\u00e9e, l\u2019\u00e9cole terminait \u00e0 11h30. Il fallait quelqu\u2019un qui devrait venir m\u2019attendre \u00e0 la sortie de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<figure style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.musabyimana.net\/uploads\/RTEmagicC_nyetera13_-_Copie.JPG.jpg\" alt=\"Nyetera en famille\" width=\"300\" height=\"291\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Nyetera en famille<\/figcaption><\/figure>\n<p>Parmi les 4 personnes en permanence chez nous, 2 d\u2019entre elles \u00e9taient li\u00e9es par le contrat de servage pastoral (ubuhake [..]). Les autres se trouvaient pour \u00e9chapper aux corv\u00e9es. Je tiens \u00e0 pr\u00e9ciser que les sous-chefs disposaient de plus de 6 serviteurs (bagaragu) en permanence. Le chef avait davantage, celui-ci avait 2 pour 3 personnes qui l\u2019accompagnaient lorsqu\u2019il se d\u00e9pla\u00e7ait, plus un messager qui devrait \u00eatre toujours pr\u00eat \u00e0 \u00eatre envoy\u00e9 \u00e0 tel et endroit pour remplir la commission. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a.<\/p>\n<p>En plus des quatre personnes dont cit\u00e9es ci-dessus, mon p\u00e8re avait 2 personnes, par fois 3 ou 4 qui cultivaient pour lui deux jours par semaine. Ces personnes \u00e9taient pr\u00e9lev\u00e9es sur le nombre de ceux qui devaient cultiver chez le chef. Etant entendu que pour b\u00e9n\u00e9ficier de ces cultivateurs gratuits, il fallait \u00eatre parent ou fr\u00e8re du chef ou du sous-chef.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la classe de l\u2019avant-midi, nous rentrions pour manger, et retourner \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e0 13h.30. Apr\u00e8s la classe de l\u2019apr\u00e8s midi, nous restions dans la cour pour attendre un grand s\u00e9minariste qui devait nous occuper, \u00e0 nous apprenant des chants, servir la messe, quelques le\u00e7ons de fran\u00e7ais, divers jeux, initiation au th\u00e9\u00e2tre, etc., pour rentrer vers 18 heures. Les enfants hutu et de simples tutsi rentraient apr\u00e8s la classe. Ils faisaient entre 1 heure et 2 heures de marche tous les jours.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions les privil\u00e9gi\u00e9s, quant bien m\u00eame mon p\u00e8re n\u2019\u00e9tait plus sous-chef. Il \u00e9tait quand-m\u00eame tutsi ayant la parent\u00e9 avec notre chef du Nduga, Kanimba Athanase. C\u2019est en 1950 que mon p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 Juge-assesseur par le roi Mutara III Rudahingwa, au Tribunal de chefferie jusqu\u2019apr\u00e8s la R\u00e9volution 1959. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a aussi.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 notre statut de privil\u00e9gi\u00e9s, les enfants hutu avaient d\u2019excellents r\u00e9sultats \u00e0 l\u2019\u00e9cole, mais rares \u00e9taient ceux qui acc\u00e9daient au secondaire. Les plus intelligents allaient, soit au petit s\u00e9minaire, soit \u00e0 l\u2019\u00e9cole des moniteurs. Nos enseignants de la 4\u00e8me, 5\u00e8me et 6\u00e8me ann\u00e9e \u00e9taient des Hutu et des Tutsi qui ont fait soit le petit s\u00e9minaire, soit l\u2019\u00e9cole des moniteurs.<\/p>\n<p>Je ne me suis jamais pos\u00e9 la question de savoir pourquoi mes camarades tr\u00e8s intelligents n\u2019allaient pas tous au secondaire, surtout au Groupe-Scolaire, alors que ces fils de chefs et sous-chefs, m\u00eame les plus m\u00e9diocres faisaient leurs \u00e9tudes secondaires ! Il faut aussi se rappeler qu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque il n\u2019y avait pas beaucoup d\u2019\u00e9tablissements secondaires, d\u2019autant plus que tous les enfants qui entraient au secondaire restaient \u00e0 l\u2019internat, parfois sans minerval. Mais cela n\u2019explique pas pourquoi ces jeunes Tutsi devraient \u00eatre majoritaires dans le secondaire. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a !<\/p>\n<p><strong>Chez l\u2019Abb\u00e9 Alexis Kagame<\/strong><\/p>\n<p>De son retour de Rome apr\u00e8s ses \u00e9tudes de Philosophie, options d\u2019Histoire et Linguistique, Mgr Alexis Kagame fut membre associ\u00e9 de l\u2019Institut de Recherche Scientifique en Afrique Centrale (IRSAC). Il me connaissait quand j\u2019\u00e9tudiais au Noviciat de Kabgayi. Il connaissait \u00e9galement mon p\u00e8re qui \u00e9tait un grand po\u00e8te. Alexis Kagame s\u2019est inform\u00e9 aupr\u00e8s de mon p\u00e8re pour avoir mes nouvelles ; mon p\u00e8re lui dit que j\u2019ai quitt\u00e9 le Noviciat. Mgr Kagame m\u2019a tout de suite cherch\u00e9 et engag\u00e9 en octobre 1956 comme son collaborateur. Je fus initi\u00e9 aux m\u00e9thodes de la recherche sur l\u2019histoire de l\u2019Afrique des Grands Lacs, sp\u00e9cialement du Rwanda, ethnologie, litt\u00e9rature (po\u00e8mes, contes et l\u00e9gendes), les us et la coutume, la g\u00e9n\u00e9alogie de certaines personnes qui ne figuraient pas dans le livre du P\u00e8re Delmas.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s moi, il a engag\u00e9 encore trois autres collaborateurs, nous formions une \u00e9quipe de quatre jeunes secr\u00e9taires-enqu\u00eateurs et un chauffeur, tous Tutsi. Nous \u00e9tions pay\u00e9s et log\u00e9s par l\u2019IRSAC. Par apr\u00e8s il engagea un Hutu nomm\u00e9 Munyampama Claver qui venait de terminer trois ann\u00e9es de philosophie au grand s\u00e9minaire de Nyakibanda. Il travailla quatre mois seulement\u2026 C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a !<\/p>\n<figure style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.musabyimana.net\/uploads\/RTEmagicC_nyetera16_-_Copie.JPG.jpg\" alt=\"Nyetera, artiste, dans son atelier\" width=\"300\" height=\"424\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Nyetera, artiste, dans son atelier<\/figcaption><\/figure>\n<p>J\u2019accompagnais souvent Mgr Kagame lorsqu\u2019il rendait chez le roi, m\u00eame \u00e0 Bujumbura o\u00f9 se tenait le Conseil G\u00e9n\u00e9ral du Ruanda-Urundi qui avait lieu chaque ann\u00e9e, pr\u00e9sid\u00e9 par le Vice-Gouverneur G\u00e9n\u00e9ral en personne. Les deux \u00ab bami \u00bb rois, Mutara III du Rwanda et Mwambutsa IV du Burundi \u00e9taient d\u2019office membres de ce Conseil, ainsi que certains chefs et quelques personnalit\u00e9s europ\u00e9ennes ainsi que les \u00e9v\u00eaques et notables Rwandais et Burundais choisis par le V.G.G. Mgr Alexis Kagame \u00e9tait \u00e9galement membre de ce Conseil G\u00e9n\u00e9ral. Joseph Habyarimana-Gitera figurait parmi les notables \u00e0 raison de ses tendances politiques. Les d\u00e9bats \u00e9taient publics ; j\u2019y assistais en tant qu&rsquo;observateur.<\/p>\n<p>Au moment des revendications hutu, en 1957, les tracts et les articles circulaient dans les journaux : Kinyamateka, Temps Nouveau, Soma ainsi que dans les journaux \u00e9trangers. Mgr A. Kagame s\u2019int\u00e9ressait beaucoup \u00e0 la politique du pays ; il voulait toujours savoir nos opinions \u00e0 propos de ces \u00e9crits et les rumeurs. Je n\u2019avais aucune opinion \u00e0 donner. Mais un jour je lui ai pos\u00e9 la question \u00e0 propos des revendications hutu : pour quelles raisons les Hutu n\u2019\u00e9taient pas chefs ou sous-chefs ? Kagame me regarda quelques minutes avec un air tr\u00e8s soucieux \u2013 \u00e9tonn\u00e9 m\u00eame, et me dit : \u00ab Je me suis moi-m\u00eame pos\u00e9 cette question ; il faut chercher la r\u00e9ponse chez Mutara III. Le Rwanda entre dans un grand tournant dont je ne sais comment il va en sortir ! \u00bb [\u2026]<\/p>\n<p>Mgr Kagame \u00e9tait royaliste tr\u00e8s influent, il avait \u00e9t\u00e9 promu au grade de grand d\u00e9positaire du Code \u00e9sot\u00e9rique. Au moment du grand tournant historique comme il le disait, il s\u2019entretenait souvent avec Joseph Habyarimana-Gitera. Celui-ci sortait du bureau de Kagame en souriant, c\u2019\u00e9tait sa nature, le contraire de Kayibanda. Kagame me disait que Gitera \u00e9tait un peu fou, parce que trop direct, avec une franchise et une confiance qui frisent la na\u00efvet\u00e9. Il ne connaissait pas la mani\u00e8re tutsi d\u2019accepter sans \u00eatre d\u2019accord, de donner sans l\u00e2cher. [\u2026]<\/p>\n<p>Lorsque Gitera s\u2019est attaqu\u00e9 au tambour-embl\u00e8me de la monarchie, les Tutsi ne l\u2019\u00e9coutaient plus, il devint leur ennemi n\u00b01. Si ces derniers avaient bien compris la pens\u00e9e de Gitera, ils n\u2019auraient pas d\u00fb s\u2019en prendre \u00e0 lui \u00e0 cause du tambour, parce qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 les Hutu ne voulaient plus que ce tambour, orn\u00e9 des d\u00e9pouilles de leurs anc\u00eatres, repr\u00e9sente la monarchie. Ils ont r\u00e9agi si violemment \u00e0 cause du tambour \u00ab Karinga \u00bb. Id\u00e9ologiquement le \u00ab Karinga\u2019 \u00bb symbolisait la d\u00e9faite des Hutu et la domination tutsi. Evidemment il n\u2019y avait pas que le tambour. Il fallait aussi la d\u00e9mocratisation des institutions qui devait aboutir au partage du pouvoir.<\/p>\n<figure style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.musabyimana.net\/uploads\/RTEmagicC_nyetera15_-_Copie.JPG.jpg\" alt=\"Nyetera lors des prix Unicef\" width=\"300\" height=\"221\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Nyetera lors des prix Unicef<\/figcaption><\/figure>\n<p>L\u2019abolition du servage pastoral avait donn\u00e9 un coup dur \u00e0 la classe tutsi ; on ne peut pas s\u2019imaginer combien le Tutsi qui n\u2019a jamais mani\u00e9 la houe allait apprendre ce m\u00e9tier \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 40 ou 50 ans ! Le Tutsi qui n\u2019a jamais gard\u00e9 ses vaches allait rester toute la journ\u00e9e derri\u00e8re 3 ou 4 vaches en m\u00eame temps cultiver son champ ! Si mon p\u00e8re n\u2019avait pas trouv\u00e9 la place de juge-assesseur au Tribunal de chefferie, je ne vois pas comment il allait s\u2019en sortir. C\u2019est avec son salaire qu\u2019il parvenait \u00e0 payer le gardien de son b\u00e9tail, le cultivateur et un domestique qui devait apporter de l\u2019eau \u00e0 la maison.<br \/>\nEn plus il avait une grande propri\u00e9t\u00e9 ; il vendait les produits agricoles, plus 30 \u00e0 50 litres de vin de bananes par semaine lui permettaient de vivre ais\u00e9ment et am\u00e9liorer son habitation. Pendant les troubles des ann\u00e9es 59-60, il n\u2019\u00e9tait pas inquiet, il avait toujours \u00e9t\u00e9 en bon terme avec ses voisins Hutu, il n\u2019a jamais perdu ni vache ni champs ni m\u00eame son reboisement.<\/p>\n<p>En juin 1959, j\u2019ai accompagn\u00e9 Mgr Kagame pour la deuxi\u00e8me fois \u00e0 Bujumbura, au cours de la session du Conseil G\u00e9n\u00e9ral du Ruanda-Urundi. Il y avait des d\u00e9bats tr\u00e8s s\u00e9rieux pour l\u2019avenir du Ruanda-Urundi. Je me souviens que c\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois pour moi d\u2019entendre le projet des \u00e9lections \u00e0 venir et la cr\u00e9ation des communes au Ruanda-Urundi.<br \/>\nLe soir du dernier jour de la session, Mutara III envoyant son chauffeur, Rusanganwa, pour chercher Joseph Gitera dans la cit\u00e9. Le roi a eu un entretien avec Gitera, en pr\u00e9sence du chef Kayihura Michel, Vice-Pr\u00e9sident du Conseil du Pays et favori de Mutara III. Il y eut une sc\u00e8ne moins amusante entre Mutara III et Gitera. Le lendemain avant de regagner le Rwanda nous sommes all\u00e9s dans la villa de Mutara III, situ\u00e9e pr\u00e8s du Coll\u00e8ge du St. Esprit. Il \u00e9tait midi, les deux Grands ont d\u00e9jeun\u00e9 ensemble, le cuisinier a fait une table pour moi dans la pi\u00e8ce \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Apr\u00e8s le repas, je me suis promen\u00e9 dans le jardin pour contempler la ville de Bujumbura et le Lac Tanganika, c\u2019\u00e9tait un panorama magnifique. Vers 14 heures, Mutara et Kagame ont regagn\u00e9 le salon et m\u2019ont invit\u00e9 \u00e0 entrer dans le salon, ils avaient chacun un verre de Cognac. C\u2019est \u00e0 ce moment que Mutara III raconta \u00e0 Kagame la visite de Gitera\u2026, comment ce dernier a \u00e9t\u00e9 content d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 prendre une bi\u00e8re offerte par le roi\u2026<\/p>\n<figure style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.musabyimana.net\/uploads\/RTEmagicC_nyetera10_-_Copie.JPG.jpg\" alt=\"Nyetera, t\u00e9moin d'un mariage civil \u00e0 la commune\" width=\"300\" height=\"212\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Nyetera, t\u00e9moin d&rsquo;un mariage civil \u00e0 la commune<\/figcaption><\/figure>\n<p>Ce n\u2019est que 4 ans plus tard, \u00e9tant greffier-comptable du Tribunal d\u2019Astrida (actuel Butare), que j\u2019ai pu m\u2019entretenir avec Gitera. Il \u00e9tait d\u00e9tenu en prison d\u2019Astrida, accus\u00e9 de \u00ab S\u2019\u00eatre rendu \u00e0 Dar Es-Salaam (Tanzanie) pour rendre visite \u00e0 Kigeri V Ndahindurwa \u00bb, un monarque d\u00e9chu qui organisait les attaques contre la R\u00e9publique !<\/p>\n<p>Avant l\u2019ouverture de l\u2019audience, tous les d\u00e9tenus attendaient dans le hall tout pr\u00e8s du Greffe. C\u2019\u00e9tait triste de voir le premier leader Hutu en prison pour un fait banal. Une humiliation par excellence ! Je me suis pos\u00e9 la question : \u00ab Que diable est-il all\u00e9 chercher chez Kigeri? \u00bb Gitera a \u00e9t\u00e9 parmi les premiers leaders pr\u00e9sents \u00e0 Gitarama le 28 janvier 1961 pour proclamer la R\u00e9publique ! Dans le fonds, Gitera \u00e9tait monarchiste, dans ses extravagances, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre brouill\u00e9 avec le Parmehutu de Gr\u00e9goire Kayibanda, il a cr\u00e9\u00e9 successivement plusieurs partis, dont \u00ab Pro-Bami Hutu \u00bb (pro monarchie hutu) ayant pour objectif la restauration de monarchies des Hutu, contrairement aux objectifs du Manifeste des Bahutu.<\/p>\n<p>J\u2019ai donc invit\u00e9 Gitera \u00e0 s\u2019asseoir au Greffe pour discuter avec lui, bien que c\u2019\u00e9tait contre les r\u00e8gles. C\u2019est en ce moment que Gitera m\u2019a racont\u00e9 l\u2019histoire de sa visite \u00e0 la villa de Mutara III \u00e0 Bujumbura. [\u2026]<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 la m\u00eame occasion que Gitera me raconta une histoire assez \u00e9nigmatique au sujet de la reine Rosalie Gicanda, \u00e9pouse de Mutara III Rudahigwa, disant qu\u2019elle lui a sauv\u00e9 la vie, lui et les autres ! C\u2019\u00e9tait l\u2018heure de l\u2019audience, Gitera ne m\u2019a pas dit quand, dans quelles circonstances et comment Rosalie Gicanda lui a sauv\u00e9 la vie.<\/p>\n<p>Quatre ans plus tard, c\u2019\u00e9tait en 1967, lorsque je me trouvais chez Makuza Anastase, Ministre de la Justice, en compagnie de Rugamba Cyprien, la conversation tourna au tour des \u00e9v\u00e9nements des ann\u00e9es 58\u201359 ; Makuza dit que Rosalie Gicanda a rendu un grand service aux Hutu, il n\u2019a pas voulu dire davantage. Ma curiosit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas satisfaite ! En 1977, je me trouvais chez Me Epaphrodite Ngirumpatse, avocat \u00e0 Kigali, les m\u00eames propos reviennent. [\u2026]<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 mes bonnes relations avec Rosalie Gicanda, je ne sais pas pourquoi je n\u2019ai pas os\u00e9 lui poser la question concernant le service qu\u2019elle aurait rendu \u00e0 ces r\u00e9publicains ! Selon les informations non v\u00e9rifi\u00e9es, il para\u00eetrait qu\u2019un certain soir Gitera \u00e9tait invit\u00e9 chez Mutara III, dans l\u2019intention de l\u2019\u00e9liminer physiquement. Rosalie connaissant le complot, aurait trouv\u00e9 un moyen d\u2019avertir Gitera. Celui-ci quitta le palais discr\u00e8tement, se pr\u00e9cipita dans sa VW qu\u2019il d\u00e9marra aussit\u00f4t. [\u2026]<\/p>\n<p>Au moment fi\u00e9vreux des premiers Partis politiques, non seulement je n\u2019y comprenais rien en politique, mais aussi \u00e7a ne m\u2019int\u00e9ressait pas du tout, quand j\u2019\u00e9coutais les propos des membres de l\u2019UNAR, surtout quand un certain Patrice Rwabukwisi, agent de la PTT, me disait : \u00ab Nous devons forcer tous les rwandais \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 notre Parti \u00bb. Je me suis souvenu de mon enfance : des Hutu qui travaillaient pour nous sans \u00eatre pay\u00e9s ; une exploitation qui \u00e9tait devenue une coutume. Je me disais que ces Hutu avaient raison de revendiquer leurs droits. Je me suis souvenu encore d\u2019un Hutu qui disait \u00e0 son fils qui voulait aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole : \u00ab Tu dois rester ici, garder mon b\u00e9tail, apr\u00e8s tout, m\u00eame si \u00e9tudie 10 fois, tu ne seras jamais chef ou sous-chef, la place du Hutu est au champ ! \u00bb. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a.<\/p>\n<p>Chaque matin mes coll\u00e8gues du bureau racontaient les \u00e9v\u00e9nements de la veille, les meetings de l\u2019UNaR, je ne disais rien, je ne savais rien en effet. Mgr Alexis me dit un jour, \u00ab petit vieux (au lieu de dire jeune homme, il disait toujours \u00ab petit vieux \u00bb), es-tu devenu Aprosoma ? J\u2019ai dis non, la politique \u00e7a ne m\u2019int\u00e9resse pas. L\u2019Aprosoma c\u2019est pour les Hutu, je ne le suis pas et je ne comprends pas encore ce que l\u2019UNaR veut.<\/p>\n<p>Je me souviens du premier meeting de l\u2019UNaR, surtout quand les swahili ( musulmans) tr\u00e8s actifs, \u00e9taient venus de Kigali, tr\u00e8s nombreux dans les camions, avec clairons et m\u00e9gaphones, chantant et r\u00e9clamant l\u2019ind\u00e9pendance imm\u00e9diate, c\u2019\u00e9tait leur slogan n\u00b01. Les Hutu de l\u2019Aprosoma vinrent nombreux \u00e9galement, \u00e0 pied et dans les camions, brandissant la houe, l\u2019arme noble du hutu, comme ils la pr\u00e9sentaient, r\u00e9clamant la d\u00e9mocratie et leur ind\u00e9pendance vis \u00e0 vis du Tutsi ! L\u2019administrateur de territoire, Bovy prit la pr\u00e9caution de ne pas laisser les deux groupes s\u2019approcher l\u2019un de l\u2019autre.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait pour la premi\u00e8re fois que les rwandais voyaient un meeting politique. Ce me semblait \u00e0 un affrontement, une attaque. J\u2019ai eu un pressentiment de malheur, d\u2019une trag\u00e9die. Je suis all\u00e9 dans le bois pour lire tranquillement un roman. J\u2019ai eu le m\u00eame pressentiment en octobre 1990, lorsque j\u2019ai appris l\u2019attaque du FPR-Inkotanyi ; pendant que les autres croyaient aux n\u00e9gociations, aux accords de paix. Rien ne me rassurait, je voyais la trag\u00e9die approcher, le raisonnement trompe beaucoup. L\u2019intuition ne trompe jamais. C\u2019est comme \u00e7a.<\/p>\n<figure style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.musabyimana.net\/uploads\/RTEmagicC_nyetera17_-_Copie.JPG.jpg\" alt=\"Nyetera avec des r\u00e9fugi\u00e9s (St Andr\u00e9)\" width=\"300\" height=\"214\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Nyetera avec des r\u00e9fugi\u00e9s (St Andr\u00e9)<\/figcaption><\/figure>\n<p>En mi-novembre 1959, Mgr Kagame fut assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence surveill\u00e9e par le Colonel BEM Guy Logiest. Il ne pouvait pas d\u00e9passer les limites du territoire d\u2019Astrida (Butare). Ne pouvant pas se rendre \u00e0 Nyanza pour voir Kigeri V Ndahindurwa, il m\u2019a envoy\u00e9 pour lui dire d\u2019aller en Belgique, le roi Baudouin avait invit\u00e9 les deux bami (rois) : celui du Rwanda et celui du Burundi. Le Vice-Gouverneur G\u00e9n\u00e9ral du Ruanda\u2013Urundi, Jean\u2013Paul Harroy devait accompagner ces deux bami \u00e0 Bruxelles. Kigeri V Ndahindurwa n\u2019a pas voulu aller en Belgique. Alexis Kagame me donna sa carte de visite o\u00f9 il a \u00e9crit : \u00ab Vous devez aller en Belgique \u00bb. Je devrais expliquer le reste verbalement.<\/p>\n<p>Je me suis rendu \u00e0 Nyanza par camion (il n\u2019y avait ni bus ni taxi). Arriv\u00e9 \u00e0 Nyanza \u00e0 16 heures, je me suis rendu au bureau du roi. J\u2019ai d\u2019abord attendu \u00e0 la cour, un policier est venu me demander qui je suis et pour quoi je sui l\u00e0. Avant de lui r\u00e9pondre, Kigeri V m\u2019avait vu. On se connaissait tr\u00e8s bien, envoie son secr\u00e9taire Kimenyi pour me dire d\u2019entrer. Tout le monde venait de quitter les bureaux. Kigeli V, entour\u00e9 de ses secr\u00e9taires, me salue le premier, je n\u2019avais m\u00eame pas eu le temps de faire le salut d\u2019usage. D\u2019un air d\u00e9tendu, il me demanda : Quel bon vent ? Que me veut cette visite tardive et comment va Kagame ? \u00bb<\/p>\n<p>Je lui tendis la carte de visite et j\u2019encha\u00eene : \u00ab L\u2019Abb\u00e9 me charge de vous dire qu\u2019il est absolument n\u00e9cessaire que vous alliez en Belgique. Vous allez avoir l\u2019occasion d\u2019expliquer au Roi Beaudouin toute la situation. C\u2019est un Jeune Roi, il vous \u00e9coutera et vous prot\u00e9gera. \u00bb Avant d\u2019achever les phrases il se retourne vers ses secr\u00e9taires et au chef Kayihura et s\u2019adresse \u00e0 eux dans une attitude m\u00e9prisante, et parla en pointa son doigt sur la tempe, signe comme quoi Kagame d\u00e9raisonne : \u00ab Ecoutez, ce Padiri (pr\u00eatre) veut que j\u2019aille en Belgique ! On m\u2019y hait, les Belges veulent me tuer, et Padiri veut que je m\u2019y pr\u00e9sente en holocauste!!! \u00bb ![1]<\/p>\n<p>Sur ce, il sort du hall de son bureau, accompagn\u00e9 de ses secr\u00e9taires, Kabagema, Kimenyi et Muhikira. Il s\u2019approche de sa superbe Chevrolet blanche \u00ab Impala \u00bb, son demi-fr\u00e8re Subika Robert, mon neveu (du c\u00f4t\u00e9 maternel) \u00e9tait au volant, son grand fr\u00e8re Ruzindana Joseph et son demi-fr\u00e8re Jean Nkurayija sur le si\u00e8ge arri\u00e8re. Ils attendaient tous dans la voiture. Il me dit de monter dans la voiture, je pris la place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des deux fr\u00e8res, nous nous dirige\u00e2mes vers Kavumu, lieu de sa r\u00e9sidence. Au lieu de rentrer chez lui, il dit \u00e0 son demi-fr\u00e8re qui \u00e9tait au volant de se diriger vers la bifurcation Nyanza-Kigali-Astrida o\u00f9 je devais faire autostop. Je sors de la voiture en l\u2019invitant de sortir un petit moment, car j\u2019avais un seul mot \u00e0 lui dire, plus exactement une question \u00e0 lui poser. Il accepta gentiment de sortir de la voiture, nous nous m\u00eemes au bord de la route et je lui dis. \u00ab Puisque vous ne voulez pas aller en Belgique, quelle carte vous reste-t-elle \u00e0 jouer \u00e9tant donn\u00e9 la situation, pour r\u00e9tablir l\u2019ordre et paix ? \u00bb<\/p>\n<p>Kigeri V me r\u00e9pondit avec assurance, tout naturellement : \u00ab Je vais faire battre le tambour ! \u00bb (D\u00e9clencher la chasse aux insurg\u00e9s &#8211; bagome, ennemis du roi), comme ses anc\u00eatres, comme son grand-p\u00e8re Kigeri IV Rwabugiri ! A ces mots, je n\u2019ai rien ajout\u00e9, j\u2019ai pris cong\u00e9 en toute politesse, il est retourn\u00e9 dans sa voiture ; j\u2019ai dit au revoir \u00e0 mes amis, ses grands fr\u00e8res. Arriv\u00e9 \u00e0 Astrida (Butare) \u00e0 18h.30\u2019, je raconte \u00e0 Kagame ce que j\u2019ai vu et entendu. Il se f\u00e2cha et dit : \u00ab Bon, tant pi pour lui, j\u2019ai jou\u00e9 mon r\u00f4le de l\u2019installer sur tr\u00f4ne, pour le reste il doit se d\u00e9brouiller \u00bb. J\u2019ai compris que dans le coup de Mwima [\u2026], c\u2019\u00e9tait lui qui a tout manipul\u00e9. J\u2019avais vu les signes mais je n\u2019en \u00e9tais pas tr\u00e8s s\u00fbr.<\/p>\n<p>A ce propos, vers la fin du mois d\u2019ao\u00fbt 1958, le prince Jean-Baptiste Ndahindurwa qui \u00e9tait secr\u00e9taire au territoire d\u2019Astrida (Butare), venait tous les jours apr\u00e8s midi \u00e0 la sortie de son bureau, voir Mgr Alexis Kagame, tout le monde rentrait \u00e0 16h 30, je restais au bureau attendant que notre visiteur termine son entretien avec Kagame qui se terminait entre 18 heures et 18h 30\u2019. Quand il sortait je fermais le bureau et nous rentrions ensemble, chacun \u00e0 son v\u00e9lo jusqu\u2019\u00e0 Ngoma, par fois nous passions dans le Cercle des \u00e9volu\u00e9s comme on l\u2019appelait, un tr\u00e8s grand b\u00e2timent moderne o\u00f9 il y avait une biblioth\u00e8que, une salle de lecture, un caf\u00e9t\u00e9ria, une salle de cin\u00e9ma, un secr\u00e9tariat, des toilettes etc. Il avait son logement dans le quartier des fonctionnaires de l\u2019administration, mon logement se trouvait dans le quartier des agents de l\u2019IRSAC. Cet Institut employait plus d\u2019une centaine d\u2019agents de diff\u00e9rents cadres. Chaque chercheur avait ses collaborateurs : enqu\u00eate d\u00e9mographique, anthropologie, histoire et sociologie, bact\u00e9riologie, linguistique, sismographie, il y avait aussi le service de la comptabilit\u00e9, les m\u00e9caniciens, les chauffeurs, l\u2019\u00e9quipe d\u2019entretien des b\u00e2timents, etc.<\/p>\n<figure style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.musabyimana.net\/uploads\/RTEmagicC_Aug.__Ant._-_Copie.JPG.jpg\" alt=\"Nyetera et son ami Maremba \u00e0 Bruxelles\" width=\"300\" height=\"200\" \/><figcaption class=\"wp-caption-text\">Nyetera et son ami Maremba \u00e0 Bruxelles<\/figcaption><\/figure>\n<p>Jean-Baptiste Ndahindurwa, son fr\u00e8re et ses demi-fr\u00e8res \u00e9taient tous mes amis de longue date. En 1957, mon grand fr\u00e8re Daniel Kazura \u00e9pousa la tante maternelle du prince Jean de Dieu Nkurayija, demi-fr\u00e8re de Ndahindurwa. Les visites de Ndahindurwa chez Kagame m\u2019intriguaient. Un jour je me suis permis de lui poser la question \u00e0 propos de ces visites tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8res. Il l\u2019a fini par m\u2019avouer que le roi Mutara III lui avait dit d\u2019aller apprendre certaines choses aupr\u00e8s de Kagame. [\u2026]<\/p>\n<p>Lorsque les troubles \u00e9clat\u00e8rent, en novembre 1959, quand on assassinait les leaders Hutu d\u2019Aprosoma et du Parmehutu, j\u2019ai compris ce que signifiait \u00ab battre le tambour-h\u00e9raut \u00bb. J\u2019ai continu\u00e9 mon travail jusqu\u2019en d\u00e9cembre 1960, le budget allou\u00e9 \u00e0 nos recherches par l\u2019IRSAC \u00e9tait fini, il ne pouvait pas se permettre de payer tous ses collaborateurs. Mais entre temps, l\u2019Abb\u00e9 Stanislas Bushayija [\u2026] \u00e9tait Sup\u00e9rieur de notre Paroisse de Kamonyi pendant plus de 10 ans, et membre du Conseil Sup\u00e9rieur du Pays ; il avait \u00e9t\u00e9 mut\u00e9 pour la Paroisse de Mugombwa dans le sud en territoire d\u2019Astrida, \u00e0 25 Km de la ville d\u2019Astrida, il \u00e9tait en tr\u00e8s bon terme avec les leaders de l\u2019Aprosoma. Un jour l\u2019Abb\u00e9 Bushayija m\u2019a dit : \u00ab Je te connais bien, je connais ton p\u00e8re aussi, si tu continues \u00e0 travailler avec l\u2019Abb\u00e9 Kagame tu auras des ennuies et Kagame ne fera rien pour toi \u00bb.<\/p>\n<p>En effet, en mai 1960 Kagame m\u2019a donn\u00e9 un paquet de tracts de l\u2019UNaR \u00e0 distribuer aux gens qui \u00e9taient venus voir le match de football, ce que j\u2019ai fait, tout b\u00eatement ou innocemment. Il s\u2019agissait malheureusement des fameux tracts qui emp\u00eachaient les Unaristes de participer aux prochaines \u00e9lections communales ! Le lendemain matin j\u2019ai \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9 au Commissariat de police pour expliquer comment j\u2019ai distribu\u00e9 les tracts. J\u2019ai dit la v\u00e9rit\u00e9. Quand l\u2019Abb\u00e9 Bushayija m\u2019a dit que j\u2019aurai les ennuis, j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 cet incident. L\u2019Abb\u00e9 Bushayija a parl\u00e9 de mon cas au Pr\u00e9fet Habyarimana Jean-Baptiste qui venait d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 \u00e0 ce poste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Administrateur Bovy, ainsi qu\u2019\u00e0 d\u2019autres politiciens Hutu de la r\u00e9gion, notamment Amandin Rugira, Isidore Nzeyimana. Mais je n\u2019ai jamais adh\u00e9r\u00e9 ni \u00e0 l\u2019UNaR ni \u00e0 l\u2019Aprosoma. Malgr\u00e9 ma neutralit\u00e9, les Unaristes m\u2019en voulaient ; plus de trois fois j\u2019ai \u00e9chapp\u00e9 aux attentats. Finalement j\u2019ai quitt\u00e9 la cit\u00e9 de Ngoma pour habiter dans une petite maison de 2 chambres derri\u00e8re la maison du Commissaire Jules Pilate.<\/p>\n<p><strong>Ma premi\u00e8re d\u00e9ception<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque j\u2019ai entendu que le FPR frappe durement \u00e0 la fronti\u00e8re du pays, je me suis dit : \u00ab \u00c7a y est ! \u00bb Mon intuition ne me trompe gu\u00e8re ! Mais, je me suis dit (sans intuition) que MACHIN[2] allait r\u00e9agir. O\u00f9 diable suis-je all\u00e9 piocher cette id\u00e9e ? Dans les livres et discours sans doute. On nous a dit que MACHIN est le garant de la paix et la justice mondiale ! Mon \u0153il !<br \/>\nJ\u2019avais peur m\u00e9lang\u00e9e de honte. Honte de quoi ? J\u2019\u00e9tais tutsi, comme ceux qui ont attaqu\u00e9. Mon fils Eug\u00e8ne qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Nationale du Rwanda \u00e0 Butare et qui a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 \u00e0 Butare m\u00eame, partageait ce sentiment. Nous \u00e9tions tous les rebelles, les agresseurs. Comment le nier ? Il faut toujours se mettre \u00e0 la place des autres. Quand je rencontrais les militaires qui venaient ou qui allaient au front, je baissais les yeux. Avec raison. Ces gens contre lesquels ils se battaient avaient la m\u00eame taille et le visage que moi. Je sentais la froideur parmi les Hutu que je fr\u00e9quentais d\u2019habitude. Gr\u00e2ce aux discours de Habyarimana qui invitait tout le monde \u00e0 rester calme, j\u2019osais sortir de la maison, sans beaucoup d\u2019espoir d\u2019y rentrer.<\/p>\n<p>Le 5 octobre 1990, \u00e0 10 heures pr\u00e9cises, c\u2019\u00e9tait le jour d\u2019arrestation des Ibyitso (complices) [\u2026] Sous la pression de la communaut\u00e9 internationale, les coupables et les innocents ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s. C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a ! [\u2026]<\/p>\n<p>La guerre s\u2019intensifia \u00e0 la fronti\u00e8re rwando-ougandaise, chacun serrait son chapelet en main en allant ou venant de l\u2019\u00e9glise, croyant que Dieu allait arr\u00eater la guerre, comme si c\u2019\u00e9tait lui qui l\u2019avait organis\u00e9e. Mon \u0153il ! Les pri\u00e8res tombaient comme sur une statue en marbre ! Dieu se tut, comme il s\u2019est tu lorsqu\u2019 on a crucifi\u00e9 son fils ! De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 on faisait une pri\u00e8re \u00e0 sens inverse : \u00ab B\u00e9nissez, Seigneur, les armes que nous tenons, et donnez-nous la victoire \u00bb. Les na\u00effs comme moi croyaient au MACHIN. Finalement MACHIN est arriv\u00e9. Pour quoi et comment ? Ce n\u2019\u00e9tait pas MACHIN de 1960 \u2013 1961, pour les Hutu. Celui-l\u00e0 \u00e9tait mort. C\u2019\u00e9tait un autre MACHIN.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai constat\u00e9 et j&rsquo;ai compris qu&rsquo;il y a un moment pour tout et un temps pour toute chose sous le soleil : \u00ab Un temps pour se taire et un temps pour parler. \u00bb[3]<\/p>\n<p>[1] Pourtant, l\u2019Administration de la tutelle avait plac\u00e9 un peloton de 10 Paras- Belges \u00e0 son palais provisoire de Kavumu pour assurer sa protection !<br \/>\n[2] C\u2019est le terme utilis\u00e9 par le G\u00e9n\u00e9ral De Gaule \u00e0 propos de l\u2019ONU.<br \/>\n[3] Eccl\u00e9siaste : Ch. III, verset 1 et 6.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.musabyimana.net\/lire\/article\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/index.html\">Musabyimana.net<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Antoine Nyetera est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 14\/09\/2012. Il \u00e9tait en train d&rsquo;\u00e9crire un livre. Dans le prologue intitul\u00e9 \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait comme \u00e7a!\u00a0\u00bb, il retrace sa vie et donne sa vision sur le Rwanda d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Ci-apr\u00e8s un extrait.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1041,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-1039","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v25.3.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a ! : Antoine Nyetera raconte sa vie... - LeRwandais<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a ! : Antoine Nyetera raconte sa vie... - LeRwandais\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Antoine Nyetera est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 14\/09\/2012. Il \u00e9tait en train d&rsquo;\u00e9crire un livre. Dans le prologue intitul\u00e9 \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait comme \u00e7a!\u00a0\u00bb, il retrace sa vie et donne sa vision sur le Rwanda d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Ci-apr\u00e8s un extrait.\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"LeRwandais\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2012-09-18T12:39:50+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"therwda\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"therwda\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"28 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/\",\"url\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/\",\"name\":\"C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a ! : Antoine Nyetera raconte sa vie... - LeRwandais\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"\",\"datePublished\":\"2012-09-18T12:39:50+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#\/schema\/person\/e7443e799cb2ddd036d77274bf6fc089\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/#primaryimage\",\"url\":\"\",\"contentUrl\":\"\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a ! : Antoine Nyetera raconte sa vie&#8230;\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/\",\"name\":\"LeRwandais\",\"description\":\"Therwandan Journal\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#\/schema\/person\/e7443e799cb2ddd036d77274bf6fc089\",\"name\":\"therwda\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/638fa5c55f77e8c27e06281ee4e9bf4c68b2dd109665c9846f31bf16d42f64a5?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/638fa5c55f77e8c27e06281ee4e9bf4c68b2dd109665c9846f31bf16d42f64a5?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"therwda\"},\"url\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/author\/therwda\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a ! : Antoine Nyetera raconte sa vie... - LeRwandais","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a ! : Antoine Nyetera raconte sa vie... - LeRwandais","og_description":"Antoine Nyetera est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 14\/09\/2012. Il \u00e9tait en train d&rsquo;\u00e9crire un livre. Dans le prologue intitul\u00e9 \u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait comme \u00e7a!\u00a0\u00bb, il retrace sa vie et donne sa vision sur le Rwanda d&rsquo;hier et d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Ci-apr\u00e8s un extrait.","og_url":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/","og_site_name":"LeRwandais","article_published_time":"2012-09-18T12:39:50+00:00","author":"therwda","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"therwda","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"28 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/","url":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/","name":"C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a ! : Antoine Nyetera raconte sa vie... - LeRwandais","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"","datePublished":"2012-09-18T12:39:50+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#\/schema\/person\/e7443e799cb2ddd036d77274bf6fc089"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/#primaryimage","url":"","contentUrl":""},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/cetait-comme-ca-antoine-nyetera-raconte-sa-vie\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"C\u2019\u00e9tait comme \u00e7a ! : Antoine Nyetera raconte sa vie&#8230;"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#website","url":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/","name":"LeRwandais","description":"Therwandan Journal","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#\/schema\/person\/e7443e799cb2ddd036d77274bf6fc089","name":"therwda","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/638fa5c55f77e8c27e06281ee4e9bf4c68b2dd109665c9846f31bf16d42f64a5?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/638fa5c55f77e8c27e06281ee4e9bf4c68b2dd109665c9846f31bf16d42f64a5?s=96&d=mm&r=g","caption":"therwda"},"url":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/author\/therwda\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1039","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1039"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1039\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1039"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1039"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1039"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}