{"id":2597,"date":"2014-03-22T09:30:13","date_gmt":"2014-03-22T07:30:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.therwandan.com\/fr\/?p=2597"},"modified":"2014-03-22T09:30:13","modified_gmt":"2014-03-22T07:30:13","slug":"rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/","title":{"rendered":"Rwanda : La cohabitation communautaire mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits\u2026"},"content":{"rendered":"<p><strong>Introduction<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9al du \u00ab vivre-ensemble \u00bb harmonieux entre les diff\u00e9rentes composantes de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise a \u00e9t\u00e9, depuis toujours, pr\u00f4n\u00e9 par diff\u00e9rents acteurs socio-politiques tant nationaux qu\u2019internationaux qui ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 pr\u00e9sider \u00e0 ses destin\u00e9es. D\u00e8s l\u2019\u00e9poque monarchique jusqu\u2019au r\u00e9gime actuel du Front Patriotique Rwandais (FPR) en passant par la 1\u00e8re et la 2\u00e8me R\u00e9publique, cet id\u00e9al n\u2019a pas quitt\u00e9 les l\u00e8vres desdits acteurs. Et pourtant, des tensions ethniques et r\u00e9gionales, des trag\u00e9dies, des guerres cycliques entre Rwandais ont sans cesse jalonn\u00e9 l\u2019histoire socio-politique de leur pays et ont, \u00e0 leur mani\u00e8re, contribu\u00e9 \u00e0 en fa\u00e7onner la trajectoire sociale.<!--more--><\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui encore, ce \u00ab vivre-ensemble \u00bb harmonieux reste toujours en veilleuse quand on regarde les milliers de r\u00e9fugi\u00e9s rwandais diss\u00e9min\u00e9s \u00e0 travers le monde, des emprisonnements arbitraires des leaders d\u2019opinion qui se font \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays, des assassinats cibl\u00e9s de Rwandais aussi bien \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays que dans leurs pays d\u2019exil, des politiques inappropri\u00e9es de victimisation et de culpabilisation collectives, le refus \u00e0 une cat\u00e9gorie de rwandais de jouir de sa dignit\u00e9 humaine et d\u2019exercer ses droits et libert\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>Ces actes traumatiques infligent \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise des pr\u00e9judices \u00e9normes. Ils brisent l\u2019\u00e9lan vers l\u2019unit\u00e9 et partant, vers la constitution d\u2019un v\u00e9ritable Etat-Nation. Ils fragilisent le tissu socio-politique d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 par le g\u00e9nocide dont nous comm\u00e9morons cette ann\u00e9e le XX\u00e8me anniversaire. La comm\u00e9moration de l\u2019anniversaire de cet \u00e9v\u00e9nement malheureux qui a marqu\u00e9 la rupture sociale et qui s\u2019est traduit par plusieurs milliers de morts ne doit pas \u00eatre comprise comme une occasion de rester seulement aux c\u00f4t\u00e9s de nos morts, victimes de la barbarie humaine, mais aussi comme une voie d\u2019abandonner le deuil discriminatoire et de se tourner avec vigueur vers une culture de la vie afin de permettre un avenir meilleur pour tous les Rwandais. C\u2019est de cette mani\u00e8re que se construira le \u00ab Nous Rwandais \u00bb et de ce fait, l\u2019av\u00e8nement d\u2019une v\u00e9ritable Nation rwandaise dans laquelle chaque Rwandais se retrouve et s\u2019\u00e9panouit en tant qu\u2019Homme.<\/p>\n<p>Pour y arriver, il est grand temps que les Rwandais et leurs amis se penchent tr\u00e8s s\u00e9rieusement sur la probl\u00e9matique rwandaise dans toutes ses dimensions et au-del\u00e0 des simples manipulations opportunistes et partisanes comme cela a \u00e9t\u00e9 le cas jusqu\u2019aujourd\u2019hui, pour lui trouver une solution fondamentale et durable, susceptible de garantir la cohabitation pacifique des Rwandais. Le pr\u00e9sent \u00e9crit vient proposer des pistes pour arriver \u00e0 cette cohabitation et partant, \u00e0 sortir le Rwanda du cycle infernal de la violence, de la haine et du m\u00e9pris de l\u2019autre. Pour la clart\u00e9 de l\u2019expos\u00e9, nous nous proposons une d\u00e9marche en trois \u00e9tapes : dans un premier temps, nous reviendrons sur les racines de la probl\u00e9matique rwandaise, ensuite nous d\u00e9gagerons les \u00e9l\u00e9ments qui la p\u00e9rennisent et enfin dans la conclusion nous formulerons des approches de solutions.<\/p>\n<p><strong>I. Les germes de la probl\u00e9matique rwandaise<\/strong><\/p>\n<p>Le contact de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise avec le monde occidental intervenu au cours de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIX\u00e8me si\u00e8cle a marqu\u00e9 un tournant dans son \u00e9volution socio-politique. En effet, il a ouvert le Rwanda aux Europ\u00e9ens dont certains ne tard\u00e8rent pas \u00e0 publier des articles et des ouvrages parlant de son organisation sociopolitique. Ils furent frapp\u00e9s d\u2019une part, par une forte hi\u00e9rarchie qui la caract\u00e9risait avec au sommet une dynastie tutsi r\u00e9gnant sur le reste de la population compos\u00e9e \u00e0 majorit\u00e9 de hutu et de twa. Ceci leur permit de pr\u00e9senter le Rwanda comme une des rares r\u00e9gions d\u2019Afrique centrale \u00e0 jouir d\u2019une organisation sociopolitique voire \u00e9conomique fort avanc\u00e9e.<\/p>\n<p>Ils remarqu\u00e8rent d\u2019autre part, les injustices et les in\u00e9galit\u00e9s dont ledit syst\u00e8me \u00e9tait g\u00e9n\u00e9rateur mais pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent garder le statu quo per\u00e7u, non seulement comme une condition pour que \u00ab l\u2019influence europ\u00e9enne \u00bb atteigne la masse des dirig\u00e9s, mais \u00e9galement comme une condition n\u00e9cessaire pour la r\u00e9ussite de la politique coloniale au Rwanda. A ce sujet, en 1898, le Capitaine Heinrich Bethe notait :<\/p>\n<p>\u2026 Les classes dirigeantes sont les Watussi. Il y a aussi de l\u2019arbitraire et une oppression despotique vis-\u00e0-vis des Wahutu, seulement, on ne peut que souhaiter, que le r\u00e8gne des Watussi reste, car, l\u2019influence europ\u00e9enne trouvera une audience significative rapide chez les populations nombreuses (j\u2019estime le Ruanda \u00e0 plus de 2 millions de personnes) gr\u00e2ce \u00e0 la classe dirigeante qui est inali\u00e9nablement soumise \u00e0 leur chef\u2026 .<\/p>\n<p>Quand \u00e0 Richard Kandt, il rencontra une population au sein de laquelle il distingua les Wahutu, les Watutsi et les Batwa ; il nota les rapports qui existaient entre eux comme suit : \u00ab \u2026Les Watutsi tiennent la grosse masse des Wahutu qui sont les Bantu dans les rapports f\u00e9odaux et d\u2019obligations astreignants. En outre, les Batwa de la lign\u00e9e des parias pygmo\u00efdes sont diss\u00e9min\u00e9s partout dans ce pays\u2026 \u00bb .<\/p>\n<p>Ces in\u00e9galit\u00e9s entre les diff\u00e9rentes composantes de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise n\u2019\u00e9taient pas une pure invention de ces premiers observateurs de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise car leurs traces se retrouvaient \u00e9galement dans des po\u00e8mes dynastiques, dans des proverbes et des dictons rwandais qui leur \u00e9taient pour la plupart ant\u00e9rieurs et donc ind\u00e9pendants. Dans ces genres litt\u00e9raires, on d\u00e9c\u00e8le non seulement l\u2019id\u00e9ologisation et la naturalisation de ces in\u00e9galit\u00e9s mais aussi et surtout leur sacralisation.<\/p>\n<p>En fait, la hi\u00e9rarchie dans le Rwanda pr\u00e9colonial \u00e9tait r\u00e9gie et l\u00e9gitim\u00e9e par une id\u00e9ologie in\u00e9galitaire politique et magico-religieuse institutionnalis\u00e9e. S\u2019il n\u2019est pas ais\u00e9 de d\u00e9terminer dans quelle cat\u00e9gorie de la population rwandaise provenaient les auteurs des proverbes et les dictons \u00e0 caract\u00e8re in\u00e9galitaire, il est en revanche facile de constater que la po\u00e9sie dynastique \u00e9tait l\u2019\u0153uvre des agents de la cour, voire de certains monarques. Elle \u00ab a \u00e9t\u00e9, comme le note Donat Murego, le v\u00e9hicule d\u2019un dessein politique ou du moins a \u00e9t\u00e9 au service de celui-ci comme instrument de mystification de prestige et de propagande aupr\u00e8s du peuple \u00bb. .<\/p>\n<p>En raisonnant dans l\u2019optique moderne, il y a lieu de noter que cette po\u00e9sie \u00e0 caract\u00e8re in\u00e9galitaire \u00e9tait l\u2019\u0153uvre de l\u2019Etat nyiginya. Ici, le terme Etat \u00e9tant pris comme un ensemble d\u2019individus qui sont politiquement organis\u00e9s sur un territoire d\u00e9termin\u00e9 avec comme premi\u00e8re t\u00e2che la r\u00e9alisation de l\u2019unit\u00e9 nationale ou de la Nation, en mettant \u00e0 profit toutes les structures de mobilisation et d\u2019int\u00e9gration nationale. Georges Burdeau fait la diff\u00e9renciation entre l\u2019Etat et la Nation en ces termes :<\/p>\n<p>\u2026dans les pays anciens c\u2019est la nation qui a fait l\u2019\u00c9tat, (celui-ci : NDLR) s\u2019est lentement form\u00e9 dans les esprits et les institutions unifi\u00e9es par le sentiment national\u2026 \u00bb Par contre, dans \u00ab \u2026l\u2019\u00c9tat nouveau, tel qu\u2019il appara\u00eet sur le continent africain, c\u2019est l\u2019\u00c9tat qui doit faire la nation .<\/p>\n<p>Eu \u00e9gard \u00e0 ces d\u00e9finitions de Georges Burdeau, on peut dire que la Nation rwandaise fut condamn\u00e9e depuis longtemps par un \u00c9tat hant\u00e9 par la domination et les conqu\u00eates. Cette hantise qu\u2019on pourrait d\u00e9j\u00e0 situer d\u00e8s le XVI\u00e8me si\u00e8cle a abouti \u00e0 une id\u00e9ologie de domination \u00e0 caract\u00e8re ethniste avec pour finalit\u00e9 la d\u00e9ification du groupe politique au pouvoir. Elle exalta son invincibilit\u00e9 et surtout consacra d\u00e9finitivement la scission de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise. Les familles tutsi furent mont\u00e9es les unes contre les autres, certaines furent m\u00eame extermin\u00e9es. L\u2019extermination des Abagereka vers 1855 , la trag\u00e9die de Rucunshu en 1896\u2026 illustrent bien cette pr\u00e9c\u00e9dente affirmation.<\/p>\n<p>Egalement, les antagonismes entre les hutu et les tutsi furent exacerb\u00e9s et l\u2019\u00e9pisode de Nyirafugi (vers 1892 ou 1895) cit\u00e9e par Vansina t\u00e9moigne de ces antagonismes. L\u2019id\u00e9ologie de domination encouragea et l\u00e9gitima les conqu\u00eates ainsi que les violences qui en d\u00e9coul\u00e8rent. A l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens sur le territoire rwandais \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle, une id\u00e9ologie de domination meurtri\u00e8re endog\u00e8ne faisait donc son chemin et avait d\u00e9j\u00e0 prouv\u00e9 ce dont elle \u00e9tait capable : la d\u00e9construction de l\u2019identit\u00e9 et de l\u2019unit\u00e9 nationales.<\/p>\n<p>Ce fut cette id\u00e9ologie que les colonisateurs r\u00e9cup\u00e9r\u00e8rent en l\u2019enrichissant de la donne hamitique. Il est donc hors de question d\u2019attribuer aux colonisateurs et aux missionnaires l\u2019origine de l\u2019antagonisme entre les diff\u00e9rentes composantes de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise. Le germe de ce dernier est \u00e0 situer dans le syst\u00e8me d\u2019organisation socio-politique qui pr\u00e9valait sur le territoire rwandais avant leur arriv\u00e9e. Pendant la p\u00e9riode coloniale, l\u2019analyse des documents historiques disponibles permet de constater qu\u2019avec l\u2019aide des acteurs nationaux, ils le consolid\u00e8rent par leurs prises d\u2019opposition d\u00e9cisives en mati\u00e8re politique, sociale, et administrative.<\/p>\n<p><strong>II. La colonisation et l\u2019id\u00e9ologie de domination politique<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019effet produit pendant la p\u00e9riode coloniale fut que les Rwandais dont les ethnonymes les plus significatifs \u00e9taient encore claniques et r\u00e9gionaux, durent apprendre les nouvelles significations des appellations Hutu, Twa, Tutsi et surtout les soi-disant caract\u00e9ristiques de chacun de ces groupes. Ces appellations acquirent de nouveaux clich\u00e9s qui ne contribu\u00e8rent gu\u00e8re \u00e0 leur rapprochement; ces clich\u00e9s renforc\u00e8rent des diff\u00e9rences susceptibles de nourrir le d\u00e9veloppement des complexes de sup\u00e9riorit\u00e9 chez les uns et d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 chez les autres.<\/p>\n<p>Quant aux \u00e9trangers qui, pour la premi\u00e8re fois, entendaient parler de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise, ce fut l\u2019image d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 racialis\u00e9e et\/ou ethnis\u00e9e qui se grava dans leurs t\u00eates. Parlant de l\u2019opposition entre hutu\/tutsi, certains responsables coloniaux comme le capitaine Bethe iront m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 parler de \u00ab Rassenha\u00df \u00bb ce qui se traduirait par \u00ab haine raciale \u00bb!!<\/p>\n<p>La propagation de ces \u00ab sch\u00e9mas \u00bb atteignit le sommet lorsque l\u2019Abb\u00e9 Alexis Kagame publia Inganji Kalinga en deux volumes. L\u2019effet produit par ces deux volumes d\u00e9passa la simple propagation des \u00ab sch\u00e9mas racistes \u00bb: r\u00e9dig\u00e9s en langue vernaculaire, le Kinyarwanda, les deux publications de l\u2019Abb\u00e9 Alexis Kagame popularis\u00e8rent lesdits \u00ab sch\u00e9mas \u00bb.<\/p>\n<p>Pendant la p\u00e9riode coloniale, les consciences ethniques se d\u00e9velopp\u00e8rent et l\u2019ethnisme fut \u00e9rig\u00e9 en id\u00e9ologie de gouvernement. Ainsi par exemple, dans les domaines de l\u2019enseignement et de l\u2019administration o\u00f9 l\u2019autorit\u00e9 coloniale et les missionnaires se r\u00e9servaient le dernier mot, ils se laiss\u00e8rent influencer par les id\u00e9es qu\u2019ils se faisaient \u00e0 l\u2019endroit de chacun des membres de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise.<\/p>\n<p>Ceux qu\u2019ils consid\u00e9raient comme les \u00ab intellectuels-n\u00e9s \u00bb, des \u00ab chefs-n\u00e9s \u00bb se trouv\u00e8rent favoris\u00e9s au d\u00e9triment de ceux qui, selon eux, \u00e9taient des \u00ab timides \u00bb, des \u00ab serfs-n\u00e9s \u00bb. Dans l\u2019enseignement et dans l\u2019administration, cette vision aboutit \u00e0 des r\u00e9sultats fort contrast\u00e9s. Ce furent ces contrastes remarquables dans ces domaines qui entre autres aliment\u00e8rent les revendications qui marqu\u00e8rent l\u2019espace politique rwandais d\u00e8s 1956.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9ologie endog\u00e8ne de domination et de conqu\u00eate caract\u00e9ristique de l\u2019Etat nyiginya pr\u00e9colonial et qui, durant la p\u00e9riode coloniale, fut doubl\u00e9e de l\u2019id\u00e9ologie hamitique ne contribua pas \u00e0 l\u2019int\u00e9gration et \u00e0 la promotion sociopolitique au Rwanda. Elle institutionnalisa les in\u00e9galit\u00e9s et les discriminations . L\u2019ethnisme qui en r\u00e9sulta servit de fondation de la politique coloniale soutenue par l\u2019autorit\u00e9 autochtone repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque par la dynastie nyiginya jusque vers la fin des ann\u00e9es 50. C\u2019est toujours dans cette vision d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 divis\u00e9e que les tenants de cette dynastie instaur\u00e8rent leur devise : \u00ab Imbaga y\u2019inyabutatu ijya mbere \u00bb.<\/p>\n<p>Jusque vers la fin des ann\u00e9es 50, l\u2019Etat colonial \u00e9tait greff\u00e9 \u00e0 l\u2019Etat nyiginya. La politique divisionniste de ces deux Etats contribua fortement \u00e0 la fracture identitaire et sociale de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise et servit comme strat\u00e9gie de lutte pour la conqu\u00eate et le maintien du pouvoir politique lors des ann\u00e9es qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent la proclamation de l\u2019ind\u00e9pendance politique en 1962.<\/p>\n<p><strong>III. L\u2019ethnisme comme strat\u00e9gie de lutte pour la conqu\u00eate du pouvoir<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est surtout vers 1956-1959, que l\u2019ethnisme, en tant qu\u2019instrument de lutte pour la conqu\u00eate et de maintien du pouvoir atteignit son paroxysme. Le discours scientifique falsifi\u00e9 fut transpos\u00e9 en discours politique. En effet, la p\u00e9riode de 1956 \u00e0 1959 fut marqu\u00e9e par l\u2019ouverture des \u00e9lites rwandaises au d\u00e9bat politique. L\u2019analyse des documents publi\u00e9s durant cette p\u00e9riode permet de se rendre compte de l\u2019ampleur du foss\u00e9 que l\u2019\u00abid\u00e9ologie de domination\u00bb initi\u00e9e d\u00e8s la p\u00e9riode pr\u00e9coloniale et revue sous l\u2019angle du \u00abmythe hamitique\u00bb durant la p\u00e9riode coloniale n\u2019avait cess\u00e9 de se creuser entre les diff\u00e9rentes composantes de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise.<\/p>\n<p>Trois documents permettent de mesurer cette ampleur : le \u00ab Manifeste des Bahutu \u00bb du 24 mars 1957 et les deux Lettres des \u00ab12 bagaragu b\u2019ibwami bakuru\u00bb (\u00ab12 grands serviteurs de la cour royale\u00bb), sign\u00e9es respectivement les 17 et 18 mai 1958. Dans nos \u00e9crits ant\u00e9rieurs , nous avons fait l\u2019analyse de ces documents ; nous n\u2019y reviendrons pas. Relevons simplement ici qu\u2019en ce qui est du \u00ab Manifeste des Bahutu \u00bb, les auteurs utilisent le terme \u00abraces\u00bb pour d\u00e9signer les trois groupes de la population rwandaise et de \u00ab hamite \u00bb se r\u00e9f\u00e9rant ainsi au \u00abmythe hamitique\u00bb. Mais il faut aussi le souligner, ils disent ne pas vouloir instaurer une politique raciste ou raciale au Rwanda, ils veulent sa suppression. Ainsi, apr\u00e8s avoir relev\u00e9 les in\u00e9galit\u00e9s dans diff\u00e9rents domaines ainsi que les propositions de solutions, les auteurs du \u00ab Manifeste \u00bb conclurent :<\/p>\n<p>\u2026C\u2019est une volont\u00e9 constructive et un sain d\u00e9sir de collaboration qui nous ont pouss\u00e9s \u00e0 projeter une lumi\u00e8re de plus sur le probl\u00e8me si grave devant les yeux de qui aime authentiquement ce pays ; probl\u00e8me dans lequel les responsabilit\u00e9s de la tutrice Belgique ne sont qu\u2019engag\u00e9es. Ce n\u2019est pas du tout en r\u00e9volutionnaires (dans le mauvais sens du mot) mais en collaborateurs conscients de notre devoir social que nous avons tenu \u00e0 mettre en garde les autorit\u00e9s contre les dangers que pr\u00e9sentera s\u00fbrement t\u00f4t ou tard le maintien en fait -m\u00eame simplement d\u2019une fa\u00e7on n\u00e9gative- d\u2019un monopole raciste sur le Ruanda\u2026<\/p>\n<p>En date du 21 octobre 1957, les leaders du \u00ab Mouvement social Muhutu \u00bb adress\u00e8rent concr\u00e8tement leurs revendications directement au mwami Mutara Rudahigwa dans une lettre dont nous pr\u00e9sentons ci-dessous le contenu int\u00e9gral :<\/p>\n<p>A Sa Majest\u00e9 Mutara III Rudahigwa Mwami du Rwanda<\/p>\n<p>Pr\u00e9sident du Conseil Sup\u00e9rieur du Pays<br \/>\nNyanza-Ruanda<br \/>\nSire,<br \/>\nConform\u00e9ment \u00e0 la devise du Ruanda Imbaga y\u2019Inyabutatu ijya mbere et vu l\u2019actualit\u00e9 Ruandaise en remous, nous nous permettons en tant que habitants du pays d\u2019\u00e9mettre le v\u0153u suivant:<br \/>\n1\/ La mise en application du principe que le Mwami Chef de la hi\u00e9rarchie et P\u00e8re de tous, n\u2019a ni race, ni clan et veille aux int\u00e9r\u00eats de tous ces sujets.<br \/>\n2\/ Que dans le cadre du v\u0153u \u00e9mis par le Conseil Sup\u00e9rieur du Pays tendant \u00e0 doter l\u2019Administration Indig\u00e8ne du Pays des aides du Mwami, en conformit\u00e9 avec le d\u00e9cret du 14 juillet 1952 en son article 26, il soit pourvu \u00e0 une cr\u00e9ation d\u2019une triple repr\u00e9sentation de batutsi, de bahutu et de batwa dans tous les services n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019administration du pays.<br \/>\n3\/ Qu\u2019en assistance du Mwami soit \u00e9lu 1 mututsi, 1 muhutu, 1mutwa. Ceux-ci assisteraient le Mwami dans toutes les op\u00e9rations administratives du pays d\u2019une fa\u00e7on permanente, simultan\u00e9e, r\u00e9ellement repr\u00e9sentative et cons\u00e9quemment ind\u00e9pendante.<br \/>\n4\/ Chacun de ces trois membres serait \u00e9lu par suffrage universel et \u00e0 la majorit\u00e9 des voix par ses cong\u00e9n\u00e8res.<br \/>\nDe cette fa\u00e7on Sire, le pays se verra plus enclin \u00e0 croire \u00e0 sa r\u00e9elle d\u00e9mocratisation et cette assertion : le Mwami est chef Supr\u00eame des Batutsi et Ma\u00eetre de tous et de tout -Nyamuragira ubutungwa qu\u2019il choisit parmi ces cong\u00e9n\u00e8res, les chefs et les principaux fonctionnaires de l\u2019administration du Pays) serait ainsi contredite. Sans cela il y aurait toujours lieu de croire \u00e0 une grave s\u00e9gr\u00e9gation raciale et \u00e0 une monarchie absolutiste incompatible avec notre devise et destin\u00e9e.<br \/>\nEsp\u00e9rant vous voir mettre \u00e0 l\u2019ordre du jour de la prochaine assembl\u00e9e du Conseil Sup\u00e9rieur du Pays ces quelques points, nous Vous prions de recevoir l\u2019assurance de plus profond respect de vos sujets soumis et d\u00e9vou\u00e9s.<br \/>\n(s\u00e9) Sebideri<br \/>\n(s\u00e9) Joseph Sarto Sindiro<br \/>\n(s\u00e9) Seyabatona<br \/>\n(s\u00e9) Kanyaruka Joseph<br \/>\n(s\u00e9) Munyangaju<br \/>\n(s\u00e9) Habyarimana J<br \/>\n(s\u00e9) Nzeyimana Isidore<\/p>\n<p>\u00c0 ces revendications, les \u00abgrands serviteurs de la cour royale\u00bb r\u00e9pondirent en pr\u00e9sentant deux documents sign\u00e9s respectivement le 17 mai 1958 et le 18 mai 1958. Dans le document du 17 mai 1958, ils \u00e9crivirent entre autres:<\/p>\n<p>\u2026L\u2019anc\u00eatre des Banyiginya est Kigwa, arriv\u00e9 au Rwanda (de Gasabo : localit\u00e9 situ\u00e9e au bord du lac Muhazi, pr\u00e9sent\u00e9e par la tradition comme le noyau du royaume nyiginya) avec son fr\u00e8re nomm\u00e9 Mututsi et leur soeur Nyampundu. Ils avaient avec eux leur gros et petit b\u00e9tail ainsi que de la volaille, chaque fois en paires s\u00e9lectionn\u00e9es de m\u00e2le et femelle. Leur mutwa Mihwabiro les suivait de tr\u00e8s pr\u00e8s. Leurs armes \u00e9taient les arcs doubl\u00e9s (ibihekane); leurs occupations \u00e9taient la chasse et la forge. Le pays \u00e9tait occup\u00e9 par des Bazigaba qui avaient pour roi le nomm\u00e9 Kabeja.<\/p>\n<p>Les sujets de Kabeja vinrent d\u2019abord en petite d\u00e9l\u00e9gation ensuite beaucoup plus nombreux, et ceux-ci de par eux-m\u00eames, voir la famille Banyiginya et s\u2019entretenir avec elle. Celle-ci leur a donn\u00e9, d\u2019abord gratuitement ensuite moyennant services, des charges de viandes, fruit de leur chasse. Dans le royaume Kabeja on ne savait pas forger : aussi, tous les ressortissants de ce pays sont venus prester les services aupr\u00e8s de la famille Kigwa pour avoir des serpettes et des houes. Les relations entre les sujets de Kabeja et la famille Kigwa furent tellement fortes que ces derniers abandonn\u00e8rent leur premier ma\u00eetre et se firent serviteurs de Kigwa. L\u2019affaire en \u00e9tant ainsi jusqu\u2019alors, l\u2019on peut se demander comment les Bahutu r\u00e9clament maintenant leurs droits au partage du patrimoine commun. Ceux qui r\u00e9clament le partage du patrimoine commun sont ceux qui ont entre eux des liens de fraternit\u00e9. Or les relations entre nous (Batutsi) et eux (Bahutu) ont \u00e9t\u00e9 de tous temps jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, bas\u00e9es sur le servage; il n\u2019y a donc entre eux et nous aucun fondement de fraternit\u00e9\u2026.<\/p>\n<p>Dans ces quatre documents, on peut y voir les manifestations de l\u2019ethnisme \u00e0 des degr\u00e9s divers. Les deux premiers documents se distinguent par l\u2019utilisation des termes emprunt\u00e9s de l\u2019ethnisme mais leurs auteurs rejettent les in\u00e9galit\u00e9s et plaident pour la suppression des privil\u00e8ges dont certains membres de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise jouissaient. Dans les deux derniers documents m\u00eame si ces termes y sont absents, leurs auteurs ne veulent pas le partage, ils veulent garder le statu quo. On constate dans leurs propos, la cons\u00e9cration de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 et surtout le rejet de la fraternit\u00e9 entre Rwandais \u00e0 travers la pr\u00e9sentation du mythe de Kigwa dans sa version la plus ethniste.<\/p>\n<p>Le mwami Mutara Rudahigwa se rangea du c\u00f4t\u00e9 des \u00abgrands serviteurs de la cour royale\u00bb lorsque, le 13 juin 1958, en cl\u00f4turant les travaux du Conseil Sup\u00e9rieur du Pays qui devait statuer sur le probl\u00e8me des in\u00e9galit\u00e9s entre les hutu et les tutsi, il d\u00e9clara :<\/p>\n<p>\u2026 Je ne crois pas me tromper en d\u00e9clarant que c\u2019est pour la premi\u00e8re fois depuis toute l\u2019existence du Rwanda que l\u2019on entend parler de ce probl\u00e8me r\u00e9cemment d\u00e9battu ici au Conseil, de l\u2019opposition des Bahutu et des Batutsi, mais j\u2019esp\u00e8re que c\u2019est aussi pour la derni\u00e8re fois, car la division et l\u2019opposition au sein d\u2019un peuple est tout ce qu\u2019il y a de plus funeste \u00e0 son progr\u00e8s. Personne ne s\u2019emp\u00eacherait de traiter de criminels ceux qui s\u00e8ment, entretiennent ou nourrissent d\u2019aussi basses intentions. Je vous recommande tous avant mon d\u00e9part de vous ranimer mutuellement pour vous rallier et colmater les br\u00e8ches, afin que rien ne fonce ou ne s\u2019infiltre \u00e0 travers l\u2019IMBAGA Y\u2019INYABUTATU IJYA MBERE. Tous les auteurs de cette d\u00e9sunion m\u00e9ritent l\u2019opprobre public et une s\u00e9rieuse condamnation. Les promoteurs de pareils m\u00e9faits ne sauraient se cacher, et si la chose se r\u00e9p\u00e8te, l\u2019arbre qui produit ces fruits, je l\u2019extirperai. Il en co\u00fbtera cher \u00e0 quiconque s\u2019insurge contre le Rwanda ou cherche sa d\u00e9sunion. Quant \u00e0 \u00ab celui qui lui tend les pi\u00e8ges, il se verra lui-m\u00eame pris dans ses propres filets\u2026 .<\/p>\n<p>Par cette d\u00e9claration, le roi venait de nier l\u2019existence du probl\u00e8me pour lequel les Hutu et m\u00eame certains Tutsi revendiquaient une solution. Bref, on peut dire qu\u2019apr\u00e8s ce discours cl\u00f4turant le d\u00e9bat sur le probl\u00e8me Hutu-Tutsi, les ponts \u00e9taient d\u00e9finitivement coup\u00e9s entre les r\u00e9formistes Hutu et Tutsi et les monarchistes conservateurs Tutsi. La XVe session qui \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme celle de la \u00ab derni\u00e8re chance \u00bb avait \u00e9chou\u00e9 et le Ruanda avait rat\u00e9 un tournant. Les \u00e9lites hutu et tutsi (les monarchistes conservateurs tutsi) qui, d\u00e9j\u00e0 avaient internalis\u00e9 les id\u00e9ologies in\u00e9galitaires, \u00e9taient devenues incapables de faire ensemble du Rwanda une Nation libre fond\u00e9e sur le respect des droits de l\u2019homme.<\/p>\n<p>Dans la suite, les deux \u00e9lites vont s\u2019affronter \u00ab\u2026comme s\u2019il s\u2019agissait de deux esp\u00e8ces biologiques incompatibles chacun cherchant \u00e0 s\u2019emparer de l\u2019Etat et \u00e0 le contr\u00f4ler exclusivement apr\u00e8s avoir extermin\u00e9 ou chass\u00e9 l\u2019autre s\u2019il le faut\u2026 \u00bb Il fut impossible pour ces deux \u00e9lites de s\u2019unir pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes qui rongeaient la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise de l\u2019\u00e9poque. Chaque camp pr\u00e9f\u00e9ra adopter ses propres moyens pour faire valoir sa position.<\/p>\n<p>Ayant \u00e9t\u00e9 fortement sensibilis\u00e9e sur l\u2019ampleur de l\u2019oppression qui pesait sur les masses populaires, l\u2019autorit\u00e9 tut\u00e9laire accepta de rectifier le tir en engageant des r\u00e9formes en faveur des libert\u00e9s, de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et de la justice sociales. Pour les monarchistes conservateurs tutsi, cet engagement sonna comme une trahison de la part de l\u2019autorit\u00e9 tut\u00e9laire ; chez les leaders hutu en revanche, il fut bien accueilli, car pour eux c\u2019\u00e9tait le d\u00e9but de rapprochement avec ladite autorit\u00e9 qui, jusque-l\u00e0 avait toujours travaill\u00e9 de commun accord avec les monarchistes tutsi.<\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00e9nements qui marqu\u00e8rent la fin des ann\u00e9es 50 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 60, comme la r\u00e9volution de 1959, vont \u00eatre rythm\u00e9s par cette nouvelle donne. Cette r\u00e9volution qui fut la cons\u00e9quence de l\u2019intransigeance de l\u2019autorit\u00e9 nyiginya face aux revendications de leaders hutu fut dirig\u00e9e contre les monarchistes tutsi. Elle peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la premi\u00e8re confrontation arm\u00e9e entre ces derniers et les leaders hutu. Outre les d\u00e9g\u00e2ts humains et mat\u00e9riels qu\u2019elle occasionna, elle eut un effet b\u00e9n\u00e9fique pour les leaders hutu: Certains de ceux que l\u2019id\u00e9ologie divisionniste de domination avait fait des \u00ab chefs-n\u00e9s \u00bb se virent \u00e9vinc\u00e9s de force de leurs postes de commandement par ceux que la m\u00eame id\u00e9ologie consid\u00e9raient comme des \u00ab serviteurs-n\u00e9s \u00bb. Par ce fait, la r\u00e9volution accentua le foss\u00e9 entre les \u00ab vainqueurs \u00bb et les chefs d\u00e9chus qui n\u2019accept\u00e8rent pas les institutions qui naquirent de cette r\u00e9volution. La plupart de ces derniers pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent m\u00eame l\u2019exil.<\/p>\n<p>Ce comportement \u00e9tait le r\u00e9sultat de l\u2019id\u00e9ologisation de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise qui s\u2019\u00e9tait faite sur base de distinction en son sein de trois groupes (les hutu, les twa et les tutsi) diff\u00e9rents du point de vue de leurs origines, de leurs caract\u00e9ristiques physiques, de leurs capacit\u00e9s intellectuelles, de leurs capacit\u00e9s \u00e0 gouverner. En fait, ceux que leurs id\u00e9ologies faisaient des \u00ab n\u00e9s pour commander \u00bb ne voulurent pas \u00eatre dirig\u00e9s par ceux que les m\u00eames id\u00e9ologies pr\u00e9sentaient comme des \u00ab serviteurs-n\u00e9s \u00bb ! Les id\u00e9ologues pr\u00e9sentaient ces groupes comme \u00e9tant ferm\u00e9s si bien que les qualit\u00e9s ou les d\u00e9fauts d\u2019un membre ou de quelques membres de tel ou tel groupe s\u2019appliquaient \u00e0 tout le groupe.<\/p>\n<p>Ces globalisations irrationnelles firent que lors de la r\u00e9volution ou lors des autres conflits qui l\u2019ont suivie, plusieurs personnes (tutsi, hutu, twa) furent condamn\u00e9es sur base de ce qu\u2019elles \u00e9taient et non pas sur base de ce qu\u2019elles avaient fait. Des solidarit\u00e9s ethniques que certains leaders politiques ont encourag\u00e9es se sont, certaines fois, heurt\u00e9es \u00e0 des r\u00e9sistances. Ainsi, les membres du parti monarchiste UNAR qui avaient fui le pays qualifi\u00e8rent de traitres les Unaristes rest\u00e9s au pays qui avaient particip\u00e9 \u00e0 toutes les \u00e9lections et qui \u00e9taient artisans du rapprochement entre les diff\u00e9rentes composantes de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise.<br \/>\nDans sa p\u00e9tition du 6 juin 1962, l\u2019UNAR (de l\u2019ext\u00e9rieur) d\u00e9clara :<\/p>\n<p>\u2026La trahison de Rwagasana s\u2019est montr\u00e9e, 1\u00b0) lorsqu\u2019il a forc\u00e9 le peuple par des promesses fallacieuses \u00e0 participer aux \u00e9lections l\u00e9gislatives\u2026 2\u00b0) quand il a pris l\u2019initiative hasardeuse de composer avec le gouvernement, valet des belges, en acceptant, sous pr\u00e9texte d\u2019une r\u00e9conciliation nationale, deux portefeuilles illusoires, engageant ainsi son parti dans une impasse contradictoire\u2026 Par cette haute trahison \u00e0 leur parti, Rwagasana et son comp\u00e8re Rutsindintwarane, se sont rendus indignes de notre confiance, aussi la leur avons-nous retir\u00e9e en les r\u00e9voquant de leurs fonctions et en les excluant du parti de l\u2019UNAR. Par cons\u00e9quent ils n\u2019ont plus rien \u00e0 dire ni \u00e0 faire qui engage l\u2019UNION NATIONALE RWANDAISE\u2026 .<\/p>\n<p>Cette hostilit\u00e9 de la part des Unaristes, r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger contre toute tentative de rapprochement des Rwandais rest\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et contre les nouvelles institutions s\u2019est traduite aussi par des attaques arm\u00e9es qu\u2019ils men\u00e8rent contre le Rwanda \u00e0 partir de leur pays d\u2019exil. L\u2019objectif poursuivi par les auteurs de ces attaques \u00e9tait, note B. Paternostre de la Mairieu, \u00ab (\u2026) de d\u00e9courager les \u00e9trangers r\u00e9sidant dans le pays et de pousser la Belgique \u00e0 se d\u00e9sengager\u00bb ; c\u2019\u00e9tait aussi, en comptant sur l\u2019aide des tutsi rest\u00e9s dans le pays de, \u00ables compromettre et les forcer \u00e0 servir leurs int\u00e9r\u00eats particuliers. \u00bb C\u2019est pour cela qu\u2019ils \u00ab agissaient de pr\u00e9f\u00e9rence dans les r\u00e9gions \u00e0 forte population tutsi : ils comptaient y trouver plus de facilit\u00e9s pour s\u2019y cacher, pour pr\u00e9parer leurs coups et pour prot\u00e9ger leur fuite (\u2026)\u00bb<\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie ne fut \u00e9videmment pas b\u00e9n\u00e9fique pour les tutsis partisans du changement qui \u00e9taient rest\u00e9s dans le pays. Accus\u00e9s de complicit\u00e9 avec les assaillants, ils furent souvent victimes d\u2019actes de repr\u00e9sailles et de vengeance aveugle de la part des hutu . Ces raids et leurs cons\u00e9quences entach\u00e8rent les d\u00e9buts de la jeune R\u00e9publique et hypoth\u00e9qu\u00e8rent profond\u00e9ment l\u2019unit\u00e9 nationale. C\u2019est donc sur un fond profond\u00e9ment min\u00e9 par la dichotomisation du peuple rwandais en hutu-tutsi que le 1er juillet 1962 l\u2019ind\u00e9pendance du Rwanda fut proclam\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>IV. Le Rwanda ind\u00e9pendant r\u00e9ussira-t-il la cohabitation pacifique de ses habitants pour \u00e9voluer vers un Etat-Nation ?A. La premi\u00e8re R\u00e9publique<\/strong><\/p>\n<p>Comme pr\u00e9cis\u00e9 plus haut, l\u2019ind\u00e9pendance du Rwanda fut octroy\u00e9e sur un fond min\u00e9 par cette dichotomisation. Celle-ci aurait d\u00fb \u00eatre d\u00e9samorc\u00e9e par les bami nyiginya Rudahigwa et Ndahindurwa de concert avec l\u2019autorit\u00e9 tut\u00e9laire auraient d\u00fb d\u00e9samorcer. Les dirigeants du Rwanda r\u00e9publicain h\u00e9rit\u00e8rent donc d\u2019une situation tr\u00e8s d\u00e9licate. Conscients de la probl\u00e9matique, ils initi\u00e8rent des tentatives de rapprochements avec les leaders tutsi regroup\u00e9s au sein des partis politiques RADER et UNAR. Ce rapprochement portera ses fruits en mai 1962, parce que<br \/>\n\u2026 le Gouvernement rwandais accepta, en mai 1962, de conc\u00e9der \u00e0 l\u2019Unar et au Rader une participation \u00e0 la gestion du pays (2 postes de Ministre, 2 de Secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat, 2 de Pr\u00e9fet, 2 de Sous-pr\u00e9fet et un poste au Commissariat pour les r\u00e9fugi\u00e9s) ; en contrepartie de quoi, ces partis reconnurent le r\u00e9gime d\u00e9mocratique et condamn\u00e8rent verbalement les raids terroristes \u2026<\/p>\n<p>M\u00eame boud\u00e9 par les Unaristes de l\u2019ext\u00e9rieur , d\u2019aucuns croyaient que ce rapprochement allait perdurer et inaugurer d\u00e9sormais une cohabitation pacifique entre hutu et tutsi en vue de permettre la remise sur les rails du d\u00e9veloppement de la Nation rwandaise. R\u00e9confort\u00e9e par cette attente, l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019ONU, par sa r\u00e9solution (n\u00b0 1746\/XVI) du 27 juin 1962, d\u00e9cida de mettre un terme \u00e0 l\u2019Accord de Tutelle. Elle fixa l\u2019ind\u00e9pendance politique du Rwanda au 1er juillet 1962.<\/p>\n<p>Ce rapprochement timide constat\u00e9 juste avant la proclamation et la c\u00e9l\u00e9bration de l\u2019ind\u00e9pendance allait-il s\u2019intensifier apr\u00e8s 1962 ? Malheureusement NON ; car d\u00e8s 1963, les attaques des r\u00e9fugi\u00e9s tutsi vont reprendre et dureront jusqu\u2019en 1967. Et pourtant, ce ne sont pas les messages des autorit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque les appelant \u00e0 rentrer pacifiquement dans leur pays qui manquaient.<\/p>\n<p>En effet, le 28 janvier 1964, s\u2019adressant aux r\u00e9fugi\u00e9s, le pr\u00e9sident Gr\u00e9goire Kayibanda disait :<\/p>\n<p>Messieurs et Mesdames les R\u00e9fugi\u00e9s, Nous vous invitons une fois de plus \u00e0 rentrer pacifiquement, ou \u00e0 vous installer d\u00e9finitivement dans le pays qui vous a h\u00e9berg\u00e9s, en ob\u00e9issant aux lois et r\u00e8glements de ce pays. Cette invitation, tr\u00e8s r\u00e9aliste, que nous vous avons maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9e est la seule qui puisse vous sauver et assurer \u00e0 vos enfants un avenir souriant. D\u00e9gagez-vous de vos actuels meneurs, d\u00e9traqu\u00e9s et inhumains, d\u00e9gagez-vous du n\u00e9ocolonialisme dont vous vous ne devenez que l\u2019instrument peut-\u00eatre inconscient mais \u00e0 coup s\u00fbr inefficace en ce qui concerne la R\u00e9publique Rwandaise\u2026<\/p>\n<p>La force de l\u2019id\u00e9ologie primant sur la raison, ils ont toujours d\u00e9clin\u00e9 cette offre, car elle \u00e9tait en contradiction avec leur vis\u00e9e ; \u00e0 savoir la reconqu\u00eate du pouvoir total perdu par la lutte arm\u00e9e.<\/p>\n<p>Outre les d\u00e9g\u00e2ts mat\u00e9riels et humains que ces actions meurtri\u00e8res inflig\u00e8rent au pays, il faut noter aussi qu\u2019elles d\u00e9truisirent la coh\u00e9sion nationale. Comme celles de 1961, ces attaques arm\u00e9es d\u2019apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance contribu\u00e8rent \u00e0 \u00e9largir le foss\u00e9 entre les hutu et les tutsi. L\u2019\u00e9lan qui animait les tutsi progressistes de participer \u00e0 la promotion des institutions r\u00e9publicaines ne fut pas gard\u00e9 \u00e0 son plus haut exposant, car plus l\u2019UNAR de l\u2019ext\u00e9rieur attaquait le pays, plus un climat de suspicion et de m\u00e9fiance s\u2019instaurait entre les hutu et les tutsi de l\u2019int\u00e9rieur ; les premiers accusant, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, les seconds de complicit\u00e9 avec les assaillants.<\/p>\n<p>Durant la premi\u00e8re R\u00e9publique, la dichotomisation du peuple rwandais en hutu-tutsi h\u00e9rit\u00e9e des Etats colonial et nyiginya fut nourrie par des attaques arm\u00e9es des r\u00e9fugi\u00e9s tutsi \u00e0 partir de leur pays d\u2019exil et par des actes de repr\u00e9sailles et de vengeance des hutu contre les tutsi rest\u00e9s dans le pays qui en r\u00e9sultaient. Ce faisant, elle a aussi affect\u00e9 n\u00e9gativement la cohabitation pacifique entre les Rwandais. Malgr\u00e9 le discours rassembleur de la part de l\u2019Etat, cette dichotomisation a persist\u00e9 et s\u2019est manifest\u00e9e \u00e0 travers des actes tragiques que personne ne peut soutenir. Attis\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements du Burundi, cette persistance d\u00e9boucha en 1972-73 \u00e0 des affrontements entre \u00e9tudiants hutu et tutsi rwandais. Ce furent entre autres ces affrontements qui servirent de pr\u00e9texte aux auteurs du Coup d\u2019Etat militaire de 1973. L\u2019Etat issu de ce Coup d\u2019Etat sera-t-il capable de dissoudre cette dichotomisation et permettre la cohabitation pacifique entre les Rwandais<\/p>\n<p><strong>B. La deuxi\u00e8me R\u00e9publique<\/strong><\/p>\n<p>Restaurer la paix et la concorde \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du Rwanda, tel fut l\u2019objectif que se fix\u00e8rent les auteurs du Coup d\u2019Etat de juillet 1973. Cette paix et cette concorde \u00e9taient sans aucun doute n\u00e9cessaires eu \u00e9gard aux troubles qui avaient \u00e9clat\u00e9 dans les institutions d\u2019enseignement secondaires et sup\u00e9rieures. A travers des discours des hommes politiques, l\u2019Etat s\u2019engagea fermement comme garant de l\u2019unit\u00e9 des Rwandais. Des avertissements s\u00e9v\u00e8res \u00e0 celui qui se sentirait Rwandais plus que l\u2019autre furent lanc\u00e9s. C\u2019est du moins ce qui ressort du discours du Pr\u00e9sident Juv\u00e9nal Habyarimana \u00e0 Gitarama le 15 novembre 1973. Il d\u00e9clarait :<\/p>\n<p>\u2026Rwandaises, Rwandais, j\u2019aimerais vous faire partager ma r\u00e9flexion en ce qui concerne les ethnies, car, j\u2019ai entendu dire que puisque parmi les membres du gouvernement il y a des tutsi, nous revenons aux temps anciens que tout le monde conna\u00eet, moi aussi je crois qu\u2019au Rwanda il y a trois ethnies : il y a des hutu, des tutsi et des twa diff\u00e9renci\u00e9s par leurs effectifs. Mais, je pense que vous tous comprenez que, que ce soit le hutu, que ce soit le tutsi ou le twa, nous tous partageons ce fait d\u2019\u00eatre Rwandais. Ainsi, chaque Rwandais doit \u00eatre pris ou consid\u00e9r\u00e9 selon son intelligence, selon ses m\u00e9rites. Dire que les tutsi doivent quitter le Rwanda c\u2019est une id\u00e9e que vous devriez d\u00e9barrasser de vos t\u00eates. Que ce soit un twa, il est Rwandais comme les autres, qu\u2019il soit un tutsi, il est Rwandais comme les autres, un hutu est Rwandais comme nous tous. Alors combattons ces mauvaises id\u00e9es qui osent dire que le mutwa est le seul Rwandais les autres doivent fuir, le tutsi est le seul rwandais que les autres quittent le Rwanda, le hutu est le seul rwandais que les autres lui laisse le pays. Nous tous partageons le rwandanit\u00e9, nous tous avons le devoir de d\u00e9ployer toutes nos forces pour le d\u00e9veloppement de notre cher pays, le Rwanda\u2026<\/p>\n<p>L\u2019engagement personnel du Pr\u00e9sident Habyarimana pour l\u2019unit\u00e9 des Rwandais abaissa la dichotomie hutu-tutsi. Jusqu\u2019au 1er octobre 1990, il n\u2019y a eu aucun affrontement entre les diff\u00e9rentes composantes de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise. Il y eut plut\u00f4t une d\u00e9tente dans leurs relations qui fut concr\u00e9tis\u00e9e par le retour de plusieurs r\u00e9fugi\u00e9s tutsi ainsi que par leur int\u00e9gration. Cette politique d\u2019unit\u00e9 fut reconnue par les tutsi rest\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur lorsque les r\u00e9fugi\u00e9s tutsi attaqu\u00e8rent le pays \u00e0 partir de l\u2019Ouganda, le 1er octobre 1990. Dans une lettre de soutien adress\u00e9e au Pr\u00e9sident Juv\u00e9nal Habyarimana dat\u00e9e du 31octobre 1990, les tutsi de l\u2019int\u00e9rieur d\u00e9clar\u00e8rent :<\/p>\n<p>\u2026C\u2019est le moment de montrer que 17 ans de paix et d\u2019unit\u00e9 ont servi \u00e0 d\u00e9passer des propos malencontreux avanc\u00e9s par ceux que nous pouvons appel\u00e9s des extr\u00e9mistes d\u00e9pass\u00e9s par les bienfaits de la II\u00e8me R\u00e9publique. Soyons au-dessus de cette crise d\u2019octobre 1990 et cimentons notre unit\u00e9\u2026Les signataires de ce document soutiennent le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Rwandaise et l\u2019Arm\u00e9e Rwandaise\u2026<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me des r\u00e9fugi\u00e9s ne fut pas ignor\u00e9 par les autorit\u00e9s de la deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Pour se rendre compte des efforts d\u00e9ploy\u00e9s en la mati\u00e8re, prenons encore un extrait dans la lettre des tutsi de l\u2019int\u00e9rieur adress\u00e9 au Pr\u00e9sident Habyarimana :<\/p>\n<p>\u00ab \u2026Les nouvelles autorit\u00e9s rwandaises lancent de nouveaux appels en direction des r\u00e9fugi\u00e9s, et encouragent plut\u00f4t le syst\u00e8me de rapatriement par demande individuelle qui ont toujours pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 et pr\u00e9f\u00e8rent actuellement le retour en masse et forc\u00e9 (arm\u00e9). Des volontaires sont rentr\u00e9s et n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 inqui\u00e9t\u00e9s. Progressivement, l\u2019int\u00e9gration des tutsi s\u2019est manifest\u00e9e dans divers domaines de la vie nationale : \u00e9conomie, \u00e9ducation, emplois, postes administratifs, et politiques\u2026Pour que les f\u00e9odo-monarchistes ne soient pas \u00e9ternellement en reste, les autorit\u00e9s rwandaises ont choisi la voie diplomatique et cherch\u00e9 une solution plut\u00f4t r\u00e9gionale. C\u2019est l\u2019objet de diverses rencontres au sommet entre les autorit\u00e9s ugandaises (sic) et les autorit\u00e9s rwandaises\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>Ce syst\u00e8me de rapatriement par demande individuelle des r\u00e9fugi\u00e9s pr\u00f4n\u00e9 par la deuxi\u00e8me R\u00e9publique n\u2019a pas attir\u00e9 tous les r\u00e9fugi\u00e9s tutsis. Dans sa d\u00e9claration du 27 juillet 1986, le Comit\u00e9 Central du Mouvement R\u00e9volutionnaire National pour le D\u00e9veloppement rejeta le retour en masse des r\u00e9fugi\u00e9s en d\u00e9clarant que le Rwanda \u00e9tait : \u00ab \u2026absolument incapable d\u2019assurer ne serait-ce que la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire d\u2019un surcro\u00eet de population provenant d\u2019un retour massif des r\u00e9fugi\u00e9s rwandais\u2026 \u00bb Une telle d\u00e9claration ne fut pas \u00e9videmment de nature \u00e0 favoriser le retour de tous les r\u00e9fugi\u00e9s. C\u2019est ainsi que certains pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent rester \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Ils refus\u00e8rent d\u2019adh\u00e9rer au processus d\u2019unit\u00e9, de paix et de concordes nationales initi\u00e9 par l\u2019Etat d\u00e8s l\u2019av\u00e8nement de la deuxi\u00e8me R\u00e9publique. Pendant que les hutu, les tutsi et les twa de l\u2019int\u00e9rieur s\u2019attelaient \u00e0 la construction de cette unit\u00e9, certains r\u00e9fugi\u00e9s tutsi concoctaient une guerre d\u2019invasion contre leur propre pays.<\/p>\n<p>Le 1er octobre 1990, rassembl\u00e9s au sein du Front Patriotique Rwandais, ils pass\u00e8rent \u00e0 l\u2019action et attaqu\u00e8rent le Rwanda \u00e0 partir de l\u2019Ouganda. Avec cette guerre, le processus d\u2019unit\u00e9 nationale fut rompu. Celui-ci c\u00e9da la place aux massacres et \u00e0 la haine \u00ab interethniques \u00bb et plus grave encore \u00e0 l\u2019assassinat du Pr\u00e9sident Juv\u00e9nal Habyarimana et au g\u00e9nocide qui s\u2019en est suivi. Le Front Patriotique Rwandais parvint \u00e0 conqu\u00e9rir le pouvoir par les armes en juillet 1994 dans un bain de sang. R\u00e9ussira-t-il le pari de remettre sur les rails l\u2019unit\u00e9 des Rwandais et permettre la cohabitation pacifique?<\/p>\n<p><strong>C. La R\u00e9publique sous le Front Patriotique Rwandais\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Juillet 1994-Juillet 2014 : bient\u00f4t 20 ans apr\u00e8s l\u2019accession au pouvoir du Front Patriotique Rwandais, accession qui est intervenue au terme d\u2019une guerre meurtri\u00e8re dont il fut le planificateur, le Rwanda peine toujours \u00e0 retrouver la voie vers son unit\u00e9 int\u00e9grale. Certains diront que 20 ans c\u2019est encore peu eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019ampleur des trag\u00e9dies qui se sont abattues sur le pays au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie du XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Seulement, si on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 d\u2019autres pays qui, au cours de leur histoire ont connu aussi des trag\u00e9dies comme l\u2019Allemagne, force est de constater que dans le m\u00eame laps de temps, l\u2019unit\u00e9 et la stabilit\u00e9 pour servir le d\u00e9veloppement \u00e9conomique \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 au rendez-vous. Ceci a \u00e9t\u00e9 rendu possible par des choix politiques courageux et appropri\u00e9s dont le soubassement fut la \u00ab d\u00e9nazification \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 par une justice ind\u00e9pendante et impartiale assur\u00e9e par le Tribunal Militaire International de Nuremberg institu\u00e9 par l\u2019accord entre les gouvernements anglais, sovi\u00e9tiques, am\u00e9ricains et fran\u00e7ais sign\u00e9 le 8 ao\u00fbt 1945. Les principaux responsables des crimes commis (crime contre la paix, crime de guerre et crime contre l\u2019humanit\u00e9) furent arr\u00eat\u00e9s et punis.<\/p>\n<p>Sans toutefois n\u00e9gliger l\u2019\u00e9l\u00e9ment \u00ab temps \u00bb qui peut avoir une influence certaine dans la remise sur les rails de l\u2019unit\u00e9 et de la stabilit\u00e9 d\u2019un pays \u00e9prouv\u00e9 par des trag\u00e9dies, il convient toutefois de noter que cette remise sur les rails d\u00e9pend aussi et surtout de la qualit\u00e9 du leadership et des choix politiques et \u00e9conomiques. Et pour le Rwanda, c\u2019est surtout l\u2019analyse de ces deux derniers \u00e9l\u00e9ments qui peut expliquer pourquoi 20 ans apr\u00e8s l\u2019accession au pouvoir du FPR, il est jusqu\u2019 aujourd\u2019hui en qu\u00eate de sa stabilit\u00e9 et de son unit\u00e9.<\/p>\n<p>Comme pr\u00e9cis\u00e9 plus haut, le FPR a acc\u00e9d\u00e9 au pouvoir au terme d\u2019une guerre meurtri\u00e8re. Toutes les trag\u00e9dies qui ont marqu\u00e9 les mentalit\u00e9s rwandaises et contribu\u00e9 \u00e0 la d\u00e9sint\u00e9gration du tissu socio-politique national au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie du XX\u00e8me si\u00e8cle ont eu comme toile de fond cette guerre. Beaucoup de rapports et t\u00e9moignages attribuent \u00e0 cette organisation de nombreux crimes contre l\u2019humanit\u00e9 commis avant et apr\u00e8s son accession au pouvoir. Or, jusqu\u2019aujourd\u2019hui, ces crimes sont rest\u00e9s impunis. Ce qui fait que pour le Rwanda, la justice \u00e9quitable et impartiale dont le Tribunal P\u00e9nal International pour le Rwanda \u00e9tait le garant n\u2019a pas eu lieu, justice qui devait d\u00e9barrasser la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise de tous les principaux responsables des crimes commis et permettre ainsi \u00e0 tous les survivants (sans exception) de renouer avec l\u2019unit\u00e9 et la paix.<\/p>\n<p>Il y a eu plut\u00f4t la justice du vainqueur sur le vaincu. Ceci fait qu\u2019aujourd\u2019hui au Rwanda, les victimes qui r\u00e9clament que la justice leur soit rendue, cohabitent avec leurs bourreaux qui veulent \u00e9touffer la justice et dans la plupart des cas, ce sont ces derniers qui font la loi! D\u2019o\u00f9 l\u2019existence d\u2019un leadership en proie \u00e0 un d\u00e9ficit de cr\u00e9dibilit\u00e9 et dont tous les moyens (y compris la r\u00e9pression, les emprisonnements arbitraires ainsi que des assassinats des opposants,\u2026) sont bons pour s\u2019imposer.<\/p>\n<p>A ceci s\u2019ajoutent les choix politiques et \u00e9conomiques inappropri\u00e9s qui g\u00e9n\u00e8rent des disparit\u00e9s \u00e9normes et qui tendent \u00e0 faire une cat\u00e9gorie de Rwandais des citoyens de seconde zone. La minorit\u00e9 visible qui profite de ces choix nage dans l\u2019opulence dans des centres urbains o\u00f9 elle se construit des empires industriels et financiers.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette minorit\u00e9 se dresse la majorit\u00e9 de la population essentiellement rurale rong\u00e9e par la pauvret\u00e9 la plus abjecte, car ces choix la privent de tout, m\u00eame des moyens de production et de subsistance, comme la terre. Un tel contraste remarquable par tout observateur objectif n\u2019augure pas des lendemains meilleurs. Il ne contribue pas \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019unit\u00e9 nationale car il alimente des frustrations qui, au fil des ann\u00e9es, peut se transformer en furie populaire destructive.<\/p>\n<p>L\u2019unit\u00e9 nationale est encore aujourd\u2019hui mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve par des choix politiques qui tendent \u00e0 prendre une cat\u00e9gorie de la population comme coupable et une autre comme victime. Cette politique de culpabilisation et de victimisation collectives a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9cemment encore r\u00e9it\u00e9r\u00e9e par le r\u00e9gime FPR dans un programme qu\u2019il a appel\u00e9 \u00ab Ndi umunyarwanda \u00bb ou \u00ab Je suis Rwandais \u00bb, un programme qui, \u00e0 premi\u00e8re vue sonne rassembleur voire nationaliste, mais qui, par son contenu, n\u2019en est pas moins ethniquement divisionniste. Par ce programme, le r\u00e9gime FPR divise les Rwandais lorsqu\u2019il oppose indistinctement des hutu-bourreaux des tutsi-victimes et impose aux premiers de demander pardon aux seconds. Ce programme globalisant entrave la r\u00e9conciliation et creuse davantage un foss\u00e9 entre les hutu et les tutsi. Il augmente la m\u00e9fiance et l\u2019incompr\u00e9hension des deux communaut\u00e9s et risque de rendre impossible leur cohabitation. Il conduit \u00e0 l\u2019ethnisme et consacre l\u2019impunit\u00e9, car elle couvre les tutsi qui ont commis des crimes. Ce faisant, il hypoth\u00e8que l\u2019avenir du Rwanda en tant que Nation r\u00e9concili\u00e9e. Il est aussi injuste car il incrimine et diabolise m\u00eame les hutu qui n\u2019ont pas commis des crimes en les obligeant de demander pardon.<\/p>\n<p>Ce programme de diabolisation collective d\u2019une cat\u00e9gorie de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise est pr\u00each\u00e9 \u00e0 partir du sommet de l\u2019Etat. Le pr\u00e9sident Paul Kagame lui-m\u00eame, lors de la rencontre du 30 juin 2013 avec les jeunes rwandais a exig\u00e9 que les hutu demandent pardon pour un g\u00e9nocide qui a \u00e9t\u00e9 commis \u00ab en leur nom \u00bb Il a dit : \u00ab\u2026M\u00eame si tu n\u2019as pas tu\u00e9, l\u00e8ve-toi pour demander pardon pour ceux qui ont tu\u00e9 en ton nom \u2026\u00bb Pourquoi demander pardon pour un crime qu\u2019on n\u2019a pas commis ? Un crime est un acte individuel et ne regarde que celui qui l\u2019a commis et qui doit en r\u00e9pondre devant les tribunaux habilit\u00e9s. Nulle part au monde les crimes ne se sont r\u00e9percut\u00e9s ni aux enfants ni aux membres de la famille nucl\u00e9aire ou \u00e9largie de leurs auteurs.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le pr\u00e9sident Paul Kagame, les autres autorit\u00e9s \u00e0 divers \u00e9chelons ont pris le relais pour vulgariser ce programme divisionniste. Ici encore, nous sommes en face d\u2019un appareil \u00e9tatique qui cat\u00e9gorise et divise dangereusement les Rwandais sur base de crit\u00e8res globalisants de \u00ab mauvais \u00bb et de \u00ab bons \u00bb ; de \u00ab g\u00e9nocidaires \u00bb et de \u00ab victimes \u00bb et qui demande indistinctement aux premiers -m\u00eame \u00e0 leurs enfants- de demander pardon aux seconds. Un tel programme n\u2019augure en aucune fa\u00e7on une cohabitation pacifique entre les diff\u00e9rentes composantes de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise. Il augmente et exacerbe la dichotomisation de ladite soci\u00e9t\u00e9 en hutu-tutsi, qui, comme d\u00e9montr\u00e9 plus haut, a toujours aliment\u00e9 des conflits sanglants qui ont jalonn\u00e9 l\u2019histoire socio-politique du Rwanda. L\u2019appareil \u00e9tatique du Front Patriotique Rwandais \u00e0 travers son programme dit \u00ab Ndi umunyarwanda \u00bb ne sert pas l\u2019unit\u00e9 nationale.<\/p>\n<p><strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>Eu \u00e9gard \u00e0 tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il convient de noter que l\u2019histoire du \u00ab vivre-ensemble \u00bb des diff\u00e9rentes composantes de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par des p\u00e9riodes de conflits qui ont altern\u00e9 avec des p\u00e9riodes d\u2019accalmie. Cet \u00e9tat des faits n\u2019a pas permis la r\u00e9alisation effective de l\u2019unit\u00e9 nationale permettant la cohabitation pacifique des Rwandais, point de d\u00e9part pour la construction d\u2019un Etat-Nation. La r\u00e9alisation de l\u2019unit\u00e9 nationale \u00e9tant une t\u00e2che qui, selon Georges Burdeau, incombe \u00e0 l\u2019Etat, il faut donc noter que les diff\u00e9rents r\u00e9gimes tels qu\u2019ils se sont succ\u00e9d\u00e9 au Rwanda n\u2019ont pas r\u00e9ussi ce d\u00e9fi ; les faits relev\u00e9s dans le pr\u00e9sent texte \u2013 dont la liste n\u2019est pas certes exhaustive -, permettent de se rendre compte des \u00e9l\u00e9ments internes et externes qui ont contribu\u00e9 \u00e0 cette non-r\u00e9alisation.<\/p>\n<p>On ne cessera jamais de le dire, cette non-r\u00e9alisation ne constitue pas en soi une fatalit\u00e9 mais bien le r\u00e9sultat des choix politiques inappropri\u00e9s des r\u00e9gimes. Comment alors faire pour emp\u00eacher la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise de se d\u00e9sint\u00e9grer d\u00e9finitivement par des affrontements meurtriers sans fin ? Comment faire pour r\u00e9aliser cette unit\u00e9 effective entre les Rwandais ? D\u2019embl\u00e9e disons que la solution n\u2019est pas celle du pouvoir au bout du canon. Elle ne r\u00e9side pas non plus dans la proclamation des discours nationalistes alors que les actes sont t\u00e9l\u00e9guid\u00e9s par des id\u00e9ologies identitaires, voire ethnistes. Elle ne viendra ni des assassinats, ni des emprisonnements arbitraires des opposants, encore moins de la falsification de l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Dans le cas pr\u00e9cis du Rwanda o\u00f9 la rupture sociale est caus\u00e9e par des conflits interethniques et des tensions interr\u00e9gionales, la r\u00e9alisation de l\u2019unit\u00e9 nationale exige un Etat, qui dans son essence, dans ses faits et gestes est v\u00e9ritablement national, un Etat capable de se hisser au-dessus des clivages ethniques et r\u00e9gionaux en vue de les \u00e9radiquer. Elle suppose au pr\u00e9alable que les Rwandais se rencontrent pour parler du contentieux qui les oppose depuis des si\u00e8cles dans le cadre d\u2019un dialogue franc, sinc\u00e8re et hautement inclusif.<\/p>\n<p>Se rencontrer pour se parler en se regardant dans les yeux ; c\u2019est aller l\u2019un vers l\u2019autre ; c\u2019est briser les cha\u00eenes de la peur qui nous renferment sur nous-m\u00eame et nous emp\u00eachent de voir l\u2019autre en tant qu\u2019un \u00eatre humain comme nous-m\u00eame ; la peur engendre le m\u00e9pris de l\u2019autre, elle bloque l\u2019oppresseur et l\u2019opprim\u00e9 et alimente l\u2019exclusion dans la gestion du pouvoir politique. Se rencontrer et se parler, c\u2019est en fin de compte se d\u00e9couvrir mutuellement, d\u00e9couvrir qu\u2019au-del\u00e0 des horreurs qu\u2019on s\u2019inflige mutuellement, il y a dans chaque Rwandais un fond humain qui, une fois entretenu positivement sur base de la v\u00e9rit\u00e9 et de la justice sociale, peut contribuer \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019une cohabitation communautaire pacifique.<\/p>\n<p>Un tel dialogue \u2013 qui n\u2019a jamais eu lieu jusqu\u2019\u00e0 date \u2013 permettrait de mettre en place des m\u00e9canismes d\u00e9mocratiques susceptibles d\u2019emp\u00eacher une personne ou un groupe de personnes de s\u2019approprier et de dominer de fa\u00e7on arbitraire et par la force l\u2019Etat et le pays. Il permettrait aussi aux Rwandais de r\u00e9fl\u00e9chir en commun sur les r\u00e9alit\u00e9s socio-politiques pass\u00e9es et pr\u00e9sentes dans le but d\u2019avoir une lecture commune de leur histoire. Les manipulations des faits historiques auxquels se sont adonn\u00e9s diff\u00e9rents r\u00e9gimes tels qu\u2019ils se sont succ\u00e9d\u00e9s jusqu\u2019aujourd\u2019hui au Rwanda ont abouti \u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne qui ne sert en aucune fa\u00e7on la r\u00e9alisation de l\u2019unit\u00e9 nationale, \u00e0 savoir que les Rwandais ne s\u2019identifient en aucune personnalit\u00e9 historique commune pouvant servir de ciment de leur unit\u00e9, car les h\u00e9ros pour les uns sont des bourreaux pour les autres. N\u2019est-ce pas l\u00e0 un ph\u00e9nom\u00e8ne grave dans l\u2019existence d\u2019un peuple ?<\/p>\n<p>En fin de compte, ce dialogue permettrait de poser les jalons de cet Etat national qui construirait l\u2019Etat-Nation, qui, sans aucun doute serait un Etat de droit dans lequel chaque Rwandais trouverait sa place et se sentirait concern\u00e9 par le d\u00e9veloppement de son pays.<\/p>\n<p><strong>Dr. Phil. Innocent Nsengimana<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.fdu-rwanda.com\/wp-content\/uploads\/2014\/03\/RwandaCohabitationIV.pdf\">RwandaCohabitationIV<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction L\u2019id\u00e9al du \u00ab vivre-ensemble \u00bb harmonieux entre les diff\u00e9rentes composantes de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise a \u00e9t\u00e9, depuis toujours, pr\u00f4n\u00e9 par diff\u00e9rents acteurs socio-politiques tant nationaux qu\u2019internationaux qui ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 pr\u00e9sider \u00e0 ses destin\u00e9es. D\u00e8s l\u2019\u00e9poque monarchique jusqu\u2019au r\u00e9gime actuel du Front Patriotique Rwandais (FPR) en passant par la 1\u00e8re et la 2\u00e8me [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1825,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-2597","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v25.3.1 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Rwanda : La cohabitation communautaire mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits\u2026 - LeRwandais<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Rwanda : La cohabitation communautaire mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits\u2026 - LeRwandais\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction L\u2019id\u00e9al du \u00ab vivre-ensemble \u00bb harmonieux entre les diff\u00e9rentes composantes de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise a \u00e9t\u00e9, depuis toujours, pr\u00f4n\u00e9 par diff\u00e9rents acteurs socio-politiques tant nationaux qu\u2019internationaux qui ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 pr\u00e9sider \u00e0 ses destin\u00e9es. D\u00e8s l\u2019\u00e9poque monarchique jusqu\u2019au r\u00e9gime actuel du Front Patriotique Rwandais (FPR) en passant par la 1\u00e8re et la 2\u00e8me [&hellip;]\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"LeRwandais\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2014-03-22T07:30:13+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"therwda\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"\u00c9crit par\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"therwda\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"43 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\/\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/\",\"url\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/\",\"name\":\"Rwanda : La cohabitation communautaire mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits\u2026 - LeRwandais\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#website\"},\"primaryImageOfPage\":{\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/#primaryimage\"},\"image\":{\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/#primaryimage\"},\"thumbnailUrl\":\"\",\"datePublished\":\"2014-03-22T07:30:13+00:00\",\"author\":{\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#\/schema\/person\/e7443e799cb2ddd036d77274bf6fc089\"},\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/\"]}]},{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/#primaryimage\",\"url\":\"\",\"contentUrl\":\"\"},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Rwanda : La cohabitation communautaire mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits\u2026\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#website\",\"url\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/\",\"name\":\"LeRwandais\",\"description\":\"Therwandan Journal\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"fr-FR\"},{\"@type\":\"Person\",\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#\/schema\/person\/e7443e799cb2ddd036d77274bf6fc089\",\"name\":\"therwda\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"fr-FR\",\"@id\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#\/schema\/person\/image\/\",\"url\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/638fa5c55f77e8c27e06281ee4e9bf4c68b2dd109665c9846f31bf16d42f64a5?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/638fa5c55f77e8c27e06281ee4e9bf4c68b2dd109665c9846f31bf16d42f64a5?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"therwda\"},\"url\":\"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/author\/therwda\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Rwanda : La cohabitation communautaire mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits\u2026 - LeRwandais","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/","og_locale":"fr_FR","og_type":"article","og_title":"Rwanda : La cohabitation communautaire mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits\u2026 - LeRwandais","og_description":"Introduction L\u2019id\u00e9al du \u00ab vivre-ensemble \u00bb harmonieux entre les diff\u00e9rentes composantes de la soci\u00e9t\u00e9 rwandaise a \u00e9t\u00e9, depuis toujours, pr\u00f4n\u00e9 par diff\u00e9rents acteurs socio-politiques tant nationaux qu\u2019internationaux qui ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 pr\u00e9sider \u00e0 ses destin\u00e9es. D\u00e8s l\u2019\u00e9poque monarchique jusqu\u2019au r\u00e9gime actuel du Front Patriotique Rwandais (FPR) en passant par la 1\u00e8re et la 2\u00e8me [&hellip;]","og_url":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/","og_site_name":"LeRwandais","article_published_time":"2014-03-22T07:30:13+00:00","author":"therwda","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"\u00c9crit par":"therwda","Dur\u00e9e de lecture estim\u00e9e":"43 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/","url":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/","name":"Rwanda : La cohabitation communautaire mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits\u2026 - LeRwandais","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#website"},"primaryImageOfPage":{"@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/#primaryimage"},"image":{"@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/#primaryimage"},"thumbnailUrl":"","datePublished":"2014-03-22T07:30:13+00:00","author":{"@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#\/schema\/person\/e7443e799cb2ddd036d77274bf6fc089"},"breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/#breadcrumb"},"inLanguage":"fr-FR","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/"]}]},{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/#primaryimage","url":"","contentUrl":""},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rwanda-la-cohabitation-communautaire-mise-a-lepreuve-des-faits\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Rwanda : La cohabitation communautaire mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des faits\u2026"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#website","url":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/","name":"LeRwandais","description":"Therwandan Journal","potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"fr-FR"},{"@type":"Person","@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#\/schema\/person\/e7443e799cb2ddd036d77274bf6fc089","name":"therwda","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"fr-FR","@id":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/#\/schema\/person\/image\/","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/638fa5c55f77e8c27e06281ee4e9bf4c68b2dd109665c9846f31bf16d42f64a5?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/638fa5c55f77e8c27e06281ee4e9bf4c68b2dd109665c9846f31bf16d42f64a5?s=96&d=mm&r=g","caption":"therwda"},"url":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/author\/therwda\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2597","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2597"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2597\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2597"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2597"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2597"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}