{"id":975,"date":"2012-09-11T20:07:49","date_gmt":"2012-09-11T18:07:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.therwandan.com\/fr\/?p=975"},"modified":"2012-09-11T20:07:49","modified_gmt":"2012-09-11T18:07:49","slug":"rd-congo-les-rebelles-du-m23-commettent-des-crimes-de-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.therwandan.com\/fr\/rd-congo-les-rebelles-du-m23-commettent-des-crimes-de-guerre\/","title":{"rendered":"RD Congo : Les rebelles du M23 commettent des crimes de guerre"},"content":{"rendered":"<p>(Goma, le 11 septembre 2012) \u2013 Les rebelles du M23 qui s\u00e9vissent dans l\u2019est de la <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/drc\">R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo<\/a> (RDC) sont responsables de crimes de guerre commis \u00e0 grande \u00e9chelle, y compris des ex\u00e9cutions sommaires, des viols et des recrutements de force, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch aujourd\u2019hui. Trente-trois des personnes ex\u00e9cut\u00e9es \u00e9taient des jeunes hommes et des gar\u00e7ons qui avaient tent\u00e9 de quitter les rangs des rebelles.<!--more--><\/p>\n<p>Certaines autorit\u00e9s rwandaises pourraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme complices de crimes de guerre en raison de l\u2019appui militaire continu qu\u2019elles apportent aux forces du M23, a ajout\u00e9 Human Rights Watch. L\u2019arm\u00e9e rwandaise a d\u00e9ploy\u00e9 ses troupes dans l\u2019est de la RD Congo pour appuyer directement les rebelles du M23 dans des op\u00e9rations militaires.<\/p>\n<p>Human Rights Watch a bas\u00e9 ses affirmations sur des entretiens, men\u00e9s de mai \u00e0 septembre, avec 190 personnes : des victimes congolaises et rwandaises, des membres des familles de victimes, des t\u00e9moins, des autorit\u00e9s locales, ainsi que des combattants et anciens combattants du M23.<\/p>\n<p>\u00ab<em> Les rebelles du M23 sont en train de commettre une horrible s\u00e9rie de nouvelles atrocit\u00e9s dans l\u2019est de la RD Congo<\/em> \u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/bios\/anneke-van-woudenberg\">Anneke Van Woudenberg<\/a>, chercheuse senior \u00e0 la division Afrique de Human Rights Watch. \u00ab<em> Les commandants du M23 devraient \u00eatre contraints de rendre des comptes pour ces crimes, et les autorit\u00e9s rwandaises qui soutiennent les commandants responsables d\u2019exacations pourraient \u00eatre traduits en justice pour complicit\u00e9 de ces crimes.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Le M23 est un groupe arm\u00e9 compos\u00e9 de militaires qui ont particip\u00e9 \u00e0 une mutinerie dans les rangs de l\u2019arm\u00e9e nationale congolaise en avril et mai 2012. Les chefs les plus grad\u00e9s de ce groupe ont la r\u00e9putation bien \u00e9tablie d\u2019avoir commis de graves violations des droits humains \u00e0 l\u2019\u00e9gard de civils. En juin, la Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l\u2019homme, Navi Pillay, a d\u00e9sign\u00e9 cinq des dirigeants du M23 comme \u00e9tant \u00ab <em>parmi les pires auteurs de violations des droits humains en RDC, voire m\u00eame dans le monde<\/em> \u00bb. Parmi eux se trouvent le g\u00e9n\u00e9ral <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/topic\/international-justice\/bosco-ntaganda\">Bosco Ntaganda<\/a>, qui fait l\u2019objet de deux mandats d\u2019arr\u00eat de la Cour p\u00e9nale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l\u2019humanit\u00e9 commis dans le district d\u2019Ituri, et le colonel Sultani Makenga, qui est impliqu\u00e9 dans le recrutement d\u2019enfants et dans plusieurs massacres dans l\u2019est de la RD Congo.<\/p>\n<p>Se basant sur ses propres recherches, Human Rights Watch a document\u00e9 le recrutement de force par les rebelles du M23 d\u2019au moins 137 jeunes hommes et gar\u00e7ons dans le territoire de Rutshuru, dans l\u2019est de la RD Congo, depuis juillet. La plupart ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9s \u00e0 leur domicile, au march\u00e9 ou alors qu\u2019ils se rendaient \u00e0 leurs champs. Au moins sept d\u2019entre eux avaient moins de 15 ans.<\/p>\n<p>Des t\u00e9moins ont affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu\u2019au moins 33 nouvelles recrues et d\u2019autres combattants du M23 avaient \u00e9t\u00e9 sommairement ex\u00e9cut\u00e9s alors qu\u2019ils essayaient de s\u2019enfuir. Certains ont \u00e9t\u00e9 ligot\u00e9s et abattus devant les autres recrues \u00e0 titre d\u2019avertissement.<\/p>\n<p>L\u2019une des jeunes recrues a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch: \u00ab<em> Quand nous \u00e9tions avec le M23, ils nous ont dit [que nous avions le choix] entre rester avec eux ou mourir. Beaucoup ont tent\u00e9 de s\u2019enfuir. Certains ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s et pour eux, cela a \u00e9t\u00e9 la mort imm\u00e9diate.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Depuis juin, les combattants du M23 ont tu\u00e9 de sang froid au moins 15 civils dans des zones qu\u2019ils contr\u00f4lent, parfois parce qu\u2019ils les soup\u00e7onnaient de leur \u00eatre hostiles, a affirm\u00e9 Human Rights Watch. Les combattants ont \u00e9galement viol\u00e9 au moins 46 femmes et filles. La plus jeune victime de ces viols avait 8 ans. Des combattants du M23 ont tu\u00e9 par balles une jeune femme de 25 ans enceinte de trois mois, parce qu\u2019elle r\u00e9sistait \u00e0 une tentative de viol. Deux autres femmes sont mortes des blessures re\u00e7ues lorsqu&rsquo;elles ont \u00e9t\u00e9 viol\u00e9es par des combattants du M23.<\/p>\n<p>Les rebelles du M23 ont fait subir aux civils des s\u00e9vices d\u2019une terrible brutalit\u00e9, a indiqu\u00e9 Human Rights Watch. Juste apr\u00e8s minuit le 7 juillet, des combattants du M23 ont attaqu\u00e9 une famille dans le village de Chengerero. Une femme de 32 ans a racont\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que les rebelles avaient d\u00e9fonc\u00e9 la porte de son habitation, battu \u00e0 mort son fils de 15 ans et enlev\u00e9 son mari. Avant de partir, les rebelles l\u2019ont viol\u00e9e collectivement, ont r\u00e9pandu du carburant entre ses jambes et mis le feu au carburant. Un voisin est venu au secours de cette femme apr\u00e8s le d\u00e9part des combattants du M23. On ignore ce qu\u2019il est advenu de son mari.<\/p>\n<p>Des autorit\u00e9s locales, des chefs coutumiers, des journalistes, des d\u00e9fenseurs des droits humains et d\u2019autres personnes qui se sont \u00e9lev\u00e9s contre les violations commises par le M23 \u2013 ou qui sont connus pour avoir d\u00e9nonc\u00e9 les abus perp\u00e9tr\u00e9s auparavant par les commandants rebelles \u2013 ont \u00e9t\u00e9 pris pour cible. Beaucoup ont re\u00e7u des menaces de mort et se sont enfuis vers les zones contr\u00f4l\u00e9es par le gouvernement congolais.<\/p>\n<p>Les chefs du M23 nient que leurs troupes ou eux-m\u00eames aient commis des crimes. Dans un entretien le 8 ao\u00fbt avec Human Rights Watch, l\u2019un d\u2019eux, le colonel Makenga, a d\u00e9menti les all\u00e9gations de recrutements de force et d\u2019ex\u00e9cutions sommaires, affirmant que ceux qui rejoignaient leurs rangs le faisaient volontairement. \u00ab <em>Nous recrutons nos fr\u00e8res, pas par la force mais parce qu\u2019ils veulent aider leurs grands fr\u00e8res \u2026. C\u2019est leur d\u00e9cision<\/em> \u00bb, a-t-il dit.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Ce sont nos petits fr\u00e8res, donc nous ne pouvons pas les tuer.<\/em> \u00bb Il a qualifi\u00e9 les nombreuses informations concernant le recrutement forc\u00e9 par ses troupes de propagande du gouvernement congolais.<\/p>\n<p>Des autorit\u00e9s militaires rwandaises ont \u00e9galement continu\u00e9 de recruter de force ou sous des pr\u00e9textes fallacieux de jeunes hommes et gar\u00e7ons, dont certains \u00e9taient \u00e2g\u00e9s de moins de 15 ans, au Rwanda afin de grossir les rangs du M23. Le recrutement d\u2019enfants de moins de 15 ans est un crime de guerre et est contraire \u00e0 la loi rwandaise.<\/p>\n<p>Le 4 juin, Human Rights Watch a <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2012\/06\/03\/rd-congo-le-rwanda-doit-cesser-d-aider-un-criminel-de-guerre-pr-sum-0\">indiqu\u00e9<\/a> qu\u2019entre 200 et 300 Rwandais avaient \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9s au Rwanda en avril et mai et emmen\u00e9s de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re pour combattre avec les forces du M23. Depuis lors, Human Rights Watch a recueilli de nouveaux \u00e9l\u00e9ments de preuve de recrutements forc\u00e9s au Rwanda en juin, juillet, et ao\u00fbt, concernant plusieurs centaines de personnes. Se fondant sur des entretiens avec des t\u00e9moins et des victimes, Human Rights Watch estime qu\u2019au moins 600 jeunes hommes et gar\u00e7ons \u2013 et peut-\u00eatre beaucoup plus \u2013 ont \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9s au Rwanda, de force ou par d\u2019autres m\u00e9thodes tout aussi ill\u00e9gales, pour aller rejoindre le M23. Ces recrues sont plus nombreuses que celles qui ont \u00e9t\u00e9 enr\u00f4l\u00e9es de force par le M23 en RD Congo.<\/p>\n<p>Des Congolais et des Rwandais vivant \u00e0 proximit\u00e9 de la fronti\u00e8re, y compris des autorit\u00e9s locales, ont affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu\u2019ils avaient observ\u00e9 de fr\u00e9quents mouvements de troupes rwandaises vers et en provenance de RD Congo en juin, juillet, et ao\u00fbt, apparemment pour pr\u00eater main forte aux rebelles du M23. Ils ont pr\u00e9cis\u00e9 que les militaires de l\u2019arm\u00e9e rwandaise utilisaient r\u00e9guli\u00e8rement un sentier proche de la colline de Njerima au Rwanda, non loin du volcan Karisimbi, pour franchir la fronti\u00e8re.<\/p>\n<p>En plus du d\u00e9ploiement de renforts et de recrues pour appuyer des op\u00e9rations militaires, des autorit\u00e9s militaires rwandaises ont fourni une importante assistance aux rebelles du M23 sous forme d\u2019armes, de munitions et de formation, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch. Ces actions font du Rwanda un \u00c9tat partie au conflit.<\/p>\n<p>\u00ab<em> Les d\u00e9mentis r\u00e9p\u00e9t\u00e9s du gouvernement rwandais selon lesquels ses responsables militaires ne soutiennent pas les rebelles criminels du M23 manquent s\u00e9rieusement de cr\u00e9dibilit\u00e9<\/em> \u00bb, a ajout\u00e9 Anneke Van Woudenberg. \u00ab <em>Le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies devrait sanctionner les chefs du M23, ainsi que les dirigeants rwandais qui les aident, pour graves violations des droits humains.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Le conflit arm\u00e9 dans l&rsquo;est de la RD Congo tombe dans le champ d&rsquo;application du droit international humanitaire ou des lois de la guerre, y compris l&rsquo;article 3 et le protocole II des Conventions de Gen\u00e8ve de 1949, qui interdisent les ex\u00e9cutions sommaires, les viols, les recrutements forc\u00e9s, et d&rsquo;autres exactions. Les graves violations des lois de la guerre commises d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ou par imprudence constituent des crimes de guerre. Les commandants peuvent \u00eatre tenus responsables p\u00e9nalement pour des crimes de guerre commis par leurs forces s&rsquo;ils savaient ou auraient d\u00fb savoir que de tels crimes \u00e9taient commis et ont failli \u00e0 leur obligation de les emp\u00eacher ou de punir leurs auteurs.<\/p>\n<p>Un Groupe d&rsquo;experts de l&rsquo;ONU charg\u00e9 de superviser l&rsquo;application de l&#8217;embargo sur les armes et de surveiller les violations des sanctions en RD Congo a pr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re ind\u00e9pendante des \u00e9l\u00e9ments de preuve convaincants d&rsquo;un soutien rwandais aux rebelles du M23. Ses constatations ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es dans une annexe de 48 pages au rapport interimaire du Groupe d&rsquo;experts en juin 2012. Le gouvernement rwandais a ni\u00e9 ces all\u00e9gations. Le Comit\u00e9 des sanctions de l&rsquo;ONU devrait imm\u00e9diatement chercher \u00e0 obtenir des informations suppl\u00e9mentaires sur les chefs du M23 et sur les officiers de l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise nomm\u00e9s par le Groupe d&rsquo;experts, dans l&rsquo;optique de l&rsquo;adoption de sanctions cibl\u00e9es \u00e0 leur encontre, a estim\u00e9 Human Rights Watch.<\/p>\n<p>En juillet et en ao\u00fbt, les gouvernements de cinq pays bailleurs de fonds \u2013 les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l&rsquo;Allemagne, les Pays-Bas, et la Su\u00e8de \u2013 ont annonc\u00e9 la suspension ou le report du versement de leur assistance financi\u00e8re au Rwanda, \u00e0 la lumi\u00e8re des preuves pr\u00e9sent\u00e9es par le Groupe d&rsquo;experts. Bien que le soutien militaire rwandais au M23 et les exactions du M23 se soient poursuivis avec la m\u00eame intensit\u00e9, le minist\u00e8re britannique du D\u00e9veloppement international a annonc\u00e9 le 4 septembre qu&rsquo;il allait d\u00e9bloquer la moiti\u00e9 de l&rsquo;assistance financi\u00e8re qu&rsquo;il avait gel\u00e9e.<\/p>\n<p>La reprise des hostilit\u00e9s entre le M23, l&rsquo;arm\u00e9e congolaise et divers autres groupes arm\u00e9s a entra\u00een\u00e9 le d\u00e9placement de plus de 220.000 civils qui ont fui leurs maisons pour chercher refuge dans d&rsquo;autres zones en RD Congo ou au-del\u00e0 des fronti\u00e8res de l&rsquo;Ouganda et du Rwanda.<\/p>\n<p><em>\u00ab Les civils congolais ont \u00e9t\u00e9 les plus affect\u00e9s par les exactions commises en temps de guerre \u00bb, a conclu Anneke Van Woudenberg. \u00ab L&rsquo;ONU et ses \u00c9tats membres devraient accro\u00eetre de toute urgence leurs efforts pour prot\u00e9ger les civils, et les gouvernements bailleurs de fonds qui fournissent au Rwanda une assistance financi\u00e8re ou militaire devraient imm\u00e9diatement r\u00e9examiner leurs programmes pour s&rsquo;assurer qu&rsquo;ils ne servent pas \u00e0 commettre de graves violations des droits humains. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><strong>\u00c9l\u00e9ments de contexte sur le M23 et sa hi\u00e9rarchie<\/strong><\/p>\n<p>Les militaires de l&rsquo;arm\u00e9e congolaise qui ont pris part \u00e0 une mutinerie entre la fin mars et le mois de mai et ont form\u00e9 le groupe M23, avaient auparavant \u00e9t\u00e9 membres du Congr\u00e8s national pour la d\u00e9fense du peuple (CNDP), un ancien groupe rebelle soutenu par le Rwanda qui a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 dans l&rsquo;arm\u00e9e congolaise en janvier 2009.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9ral Ntaganda a pris la t\u00eate de cette mutinerie suite aux tentatives du gouvernement congolais d&rsquo;affaiblir son pouvoir et aux appels de plus en plus nombreux en faveur de son arrestation et de son transfert devant la CPI, conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;obligation l\u00e9gale de la RD Congo de coop\u00e9rer avec la Cour. Il a \u00e9t\u00e9 rejoint par environ 300 \u00e0 600 hommes dans le territoire de Masisi, dans la province du Nord-Kivu. Les forces de Ntaganda ont \u00e9t\u00e9 vaincues et repouss\u00e9es hors de Masisi par l\u2019arm\u00e9e congolaise au d\u00e9but du mois de mai. \u00c0 peu pr\u00e8s au m\u00eame moment, le colonel Makenga, ancien camarade de Ntaganda au sein du CNDP, a annonc\u00e9 le d\u00e9clenchement d&rsquo;une autre mutinerie dans le territoire de Rutshuru. Les jours suivants, Ntaganda et ses forces ont rejoint Makenga.<\/p>\n<p>Le nouveau groupe arm\u00e9 s&rsquo;est appel\u00e9 le M23. Les militaires ont affirm\u00e9 que leur mutinerie visait \u00e0 protester contre le fait que le gouvernement congolais n&rsquo;avait pas pleinement mis en \u0153uvre l&rsquo;accord de paix du 23 mars 2009 (d&rsquo;o\u00f9 le nom de M23), en vertu duquel ils avaient \u00e9t\u00e9 incorpor\u00e9s dans l&rsquo;arm\u00e9e congolaise.<\/p>\n<p>Certains des officiers du M23 ont des ant\u00e9c\u00e9dents bien connus d\u2019atteintes graves aux droits humains commises au cours des dix derni\u00e8res ann\u00e9es dans l\u2019est de la RD Congo, incluant des massacres \u00e0 caract\u00e8re ethnique, le <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2009\/02\/02\/il-faut-pousser-le-gouvernement-congolais-ex-cuter-le-mandat-d-arr-t-de-la-cpi-pour-\">recrutement forc\u00e9 d\u2019enfants<\/a>, des viols g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s, <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2010\/10\/12\/rd-congo-un-criminel-de-guerre-inculp-par-la-cpi-est-impliqu-dans-des-assassinats-d-\">des meurtres, des enl\u00e8vements<\/a>, et des tortures, commis par ces individus au gr\u00e9 de leurs passages d&rsquo;un groupe arm\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre. Avant les mutineries, au moins cinq des chefs actuels du M23 figuraient sur une liste noire de l&rsquo;ONU comprenant des personnes avec qui l&rsquo;Organisation ne coop\u00e9rerait pas, en raison de leurs ant\u00e9c\u00e9dents en mati\u00e8re de droits humains.<\/p>\n<p>Bosco Ntaganda est sous le coup d\u2019un mandat d\u2019arr\u00eat de la CPI depuis 2006 pour crimes de guerre, pour avoir recrut\u00e9 et utilis\u00e9 des enfants soldats en 2002 et 2003 dans le district d&rsquo;Ituri, dans le nord-est de la RD Congo. En juillet, la Cour a \u00e9mis un second mandat contre lui pour crimes de guerre et crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9, en l&rsquo;occurence des meurtres, des pers\u00e9cutions pour motifs ethniques, des viols, de l&rsquo;esclavage sexuel, et des pillages, \u00e9galement en rapport avec ses activit\u00e9s en Ituri. Le 4 septembre, la CPI a renouvel\u00e9 sa demande au gouvernement congolais d&rsquo;une arrestation imm\u00e9diate de Ntaganda et de son transfert \u00e0 La Haye. Human Rights Watch a document\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2012\/04\/13\/rd-congo-bosco-ntaganda-doit-tre-arr-t-et-transf-r-la-cour-p-nale-internationale-pou\">nombreux crimes de guerre<\/a> et crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9 commis par les troupes command\u00e9es par Ntaganda depuis son passage de l&rsquo;Ituri au Nord-Kivu en 2006.<\/p>\n<p>Selon des recherches effectu\u00e9es par les enqu\u00eateurs de l&rsquo;ONU en mati\u00e8re de droits humains et par Human Rights Watch, le colonel Makenga est responsable de recrutement d&rsquo;enfants et de plusieurs massacres commis dans l&rsquo;est de la RD Congo; le colonel Innocent Zimurinda est responsable de massacres \u00e0 caract\u00e8re ethnique \u00e0 Kiwanja, \u00e0 Shalio et \u00e0 Buramba, ainsi que de viols, de tortures et du recrutement d&rsquo;enfants; le colonel Baudouin Ngaruye est responsable d&rsquo;un massacre \u00e0 Shalio, du recrutement d&rsquo;enfants, de viols et d&rsquo;autres attaques contre des civils; et le colonel Innocent Kayna est responsable de massacres \u00e0 caract\u00e8re ethnique en Ituri et du recrutement d&rsquo;enfants.<\/p>\n<p>Ntaganda et Zimurinda figurent \u00e9galement tous deux sur une liste de personnes sous le coup de sanctions du Conseil de s\u00e9curit\u00e9 des Nations Unies. Sous ce r\u00e9gime de sanctions de l&rsquo;ONU, tous les \u00c9tats membres, y compris le Rwanda, ont l&rsquo;obligation de \u00ab<em> prendre les mesures n\u00e9cessaires pour emp\u00eacher l&rsquo;entr\u00e9e ou le transit sur leur territoire de toute personne<\/em> \u00bb<br \/>\nfigurant sur cette liste. Or Ntaganda et Zimurinda se sont tous deux rendus au Rwanda depuis avril, selon des informations donn\u00e9es \u00e0 Human Rights Watch par d&rsquo;anciens combattants du M23 qui accompagnaient Ntaganda et des personnes qui \u00e9taient pr\u00e9sentes lors de r\u00e9unions auxquelles Zimurinda a particip\u00e9 au Rwanda.<\/p>\n<p>Publiquement, le M23 soutient que Ntaganda n&rsquo;appartient pas au mouvement. Mais plusieurs dizaines de combattants, anciens ou actuels, du M23 et d&rsquo;autres personnes proches de la hi\u00e9rarchie du groupe ont affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que Ntaganda jouait un r\u00f4le important de commandement et de direction au sein des rebelles du M23, op\u00e9rant principalement dans la r\u00e9gion de Runyoni, et qu&rsquo;il participait r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des r\u00e9unions avec le haut commandement du M23 et des officiers de l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise.<\/p>\n<p>Les m\u00eames personnes ont indiqu\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;il existait des tensions entre Ntaganda et Makenga en raison de d\u00e9saccords pass\u00e9s au sujet du putsch men\u00e9 en 2009 par Ntaganda contre le dirigeant du CNDP de l&rsquo;\u00e9poque, Laurent Nkunda. Mais ces divergences, ont-elles affirm\u00e9, ont \u00e9t\u00e9 mises de c\u00f4t\u00e9 pour se concentrer sur la r\u00e9bellion contre l&rsquo;arm\u00e9e congolaise. Un combattant du M23 a ainsi expliqu\u00e9 la situation \u00e0 Human Rights Watch:<br \/>\n<em>\u00ab Beaucoup d&rsquo;entre nous ont de mauvais souvenirs de Ntaganda\u2026mais nous devons nous occuper en priorit\u00e9 de la guerre contre les FARDC [l&rsquo;arm\u00e9e congolaise]. La guerre contre Ntaganda viendra apr\u00e8s.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Depuis juillet, Ntaganda semble avoir adopt\u00e9 un profil bas et, selon des membres du M23 qui ont fait d\u00e9fection interrog\u00e9s par Human Rights Watch, il b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une protection rapproch\u00e9e avec des dizaines de gardes du corps.<\/p>\n<p><strong>Meurtres et viols commis par les forces du M23<\/strong><\/p>\n<p>Les enqu\u00eates de Human Rights Watch ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que des combattants du M23 ont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment tu\u00e9 au moins 15 civils, en ont bless\u00e9 14 autres et ont viol\u00e9 au moins 46 femmes et filles dans des zones qu&rsquo;ils contr\u00f4lent, en juin, juillet et ao\u00fbt. Au moins 13 des victimes de ces viols \u00e9taient des enfants. Certains de ces civils ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s parce qu&rsquo;ils r\u00e9sistaient au recrutement forc\u00e9 ou refusaient de donner de la nourriture au M23. D&rsquo;autres ont \u00e9t\u00e9 vis\u00e9s parce qu&rsquo;ils \u00e9taient soup\u00e7onn\u00e9s d&rsquo;\u00eatre hostiles au M23 ou s&rsquo;\u00e9taient enfuis vers des zones contr\u00f4l\u00e9es par le gouvernement et essayaient de revenir chez eux pour trouver de la nourriture.<\/p>\n<p>Au mois de juin, par exemple, des combattants du M23 ont tu\u00e9 un homme de 50 ans d&rsquo;ethnie hutue, Nsabimana Rwabinumwe, qui s&rsquo;\u00e9tait enfui lorsque les M23 \u00e9taient arriv\u00e9s dans son village mais \u00e9tait revenu \u00e0 son champ pour chercher de la nourriture. Un ami qui l&rsquo;a enterr\u00e9 a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch:<em> \u201cIls [les combattants du M23] l&rsquo;ont frapp\u00e9 derri\u00e8re la t\u00eate avec une houe \u2026 Quand vous quittez les zones contr\u00f4l\u00e9es par le gouvernement et revenez, ils vous punissent \u2026 Ils ont tu\u00e9 [mon ami] parce qu&rsquo;il \u00e9tait all\u00e9 en zone gouvernementale.<\/em>\u201d<\/p>\n<p>D\u00e9but ao\u00fbt, un couple \u00e2g\u00e9 qui vivait pr\u00e8s de Runyoni a quitt\u00e9 sa maison pour fuir vers les secteurs contr\u00f4l\u00e9s par le gouvernement, mais un groupe de combattants du M23 l&rsquo;a arr\u00eat\u00e9. Les combattants du M23 ont saisi la femme et lui ont arrach\u00e9 ses v\u00eatements. Son mari a tent\u00e9 de la prot\u00e9ger mais plusieurs combattants ont commenc\u00e9 \u00e0 frapper cet homme de 60 ans avec leurs fusils, pendant que d&rsquo;autres violaient sa femme \u00e0 tour de r\u00f4le. L&rsquo;homme a perdu connaissance en voyant sa femme viol\u00e9e. Plus tard, il a \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital o\u00f9 il a dit \u00e0 des proches: \u00ab<em> Je veux mourir. Je n&rsquo;ai aucun d\u00e9sir de vivre apr\u00e8s ce que j&rsquo;ai vu. Seuls des animaux ont pu faire cela.<\/em> \u00bb Deux semaines plus tard, il a succomb\u00e9 \u00e0 ses blessures.<\/p>\n<p>Une fille de 15 ans de Muchanga a racont\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que le 10 juillet, alors qu&rsquo;elle se rendait avec sa m\u00e8re et sa jeune soeur vers leur champ, un combattant du M23 s&rsquo;est approch\u00e9 et leur a demand\u00e9 de l&rsquo;argent. Elles lui ont donn\u00e9 l&rsquo;argent qu&rsquo;elles avaient sur elles et qu&rsquo;elles \u00e9conomisaient pour payer des frais de scolarit\u00e9, et l&rsquo;homme leur a ordonn\u00e9 de se coucher sur le sol. \u00ab<em> D&rsquo;abord, il a laiss\u00e9 partir ma m\u00e8re et ma petite soeur en leur disant de courir vite. Je suis rest\u00e9e seule avec lui. Il m&rsquo;a emmen\u00e9e \u00e0 500 m\u00e8tres du champ et m&rsquo;a\u00a0viol\u00e9e.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Le 24 ao\u00fbt, deux combattants du M23 ont viol\u00e9 une fillette de 12 ans. Ils ont fait irruption chez elle, ont menac\u00e9 sa m\u00e8re et sa tante et ont ordonn\u00e9 \u00e0 la fillette de sortir. Ils l&rsquo;ont viol\u00e9e collectivement \u00e0 quelques m\u00e8tres de la maison, pr\u00e8s des latrines de la famille. \u00ab<em> [Elle] souffrait beaucoup, elle criait tr\u00e8s fort mais ces criminels n&rsquo;ont eu ni coeur ni piti\u00e9 pour qui que ce soit, \u00bb <\/em>a d\u00e9clar\u00e9 un t\u00e9moin \u00e0 Human Rights Watch.<em> \u00ab Ils ont continu\u00e9 \u00e0 la violer jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils soient satisfaits.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>En plus des 15 civils tu\u00e9s froidement par le M23, au moins 25 autres ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s en juillet pendant des combats entre le M23 et ses partisans d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et les militaires de l&rsquo;arm\u00e9e congolaise et les Casques bleus de l&rsquo;ONU de l&rsquo;autre. Au moins 36 autres civils ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s. Dans de nombreux cas, ni les M23 ni l&rsquo;arm\u00e9e congolaise n&rsquo;ont fait suffisamment d&rsquo;efforts pour \u00e9viter des morts de civils ou pour permettre aux civils de fuir de mani\u00e8re s\u00fbre la zone des combats.<\/p>\n<p><strong>Soutien rwandais au M23<\/strong><\/p>\n<p>En juillet, plusieurs centaines de militaires de l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise, et peut-\u00eatre encore plus, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s dans l&rsquo;est de la RD Congo pour aider le M23 \u00e0 s&#8217;emparer de la ville frontali\u00e8re strat\u00e9gique de Bunagana, de la base militaire de Rumangabo, des villes de Rutshuru, Kiwanja, et Rugari, et des zones environnantes. Des r\u00e9sidents de la r\u00e9gion et d&rsquo;ex-soldats du M23 qui ont fait d\u00e9fection ont fait \u00e9tat de d\u00e9ploiements pr\u00e9alables d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise, lors desquels les militaires rwandais p\u00e9n\u00e9traient en RD Congo pour de br\u00e8ves p\u00e9riodes pour soutenir le M23 dans des batailles importantes, se retiraient, puis revenaient si n\u00e9cessaire. Un officier des forces de maintien de la paix de l&rsquo;ONU dans le Nord-Kivu a confirm\u00e9 ces brusques mont\u00e9es de soutien pour le M23. Il a dit \u00e0 Human Rights Watch:<br \/>\n\u00ab <em>Chaque fois que [le M23] entreprend une grosse offensive, il dispose de forces d&rsquo;appoint.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Des r\u00e9sidents locaux et des combattants du M23 qui se sont \u00e9chapp\u00e9s ont indiqu\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que les 5 et 6 juillet, lors d&rsquo;une attaque contre Bunagana, plusieurs centaines de militaires de l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise appartenant \u00e0 la division du g\u00e9n\u00e9ral Emmanuel Ruvusha stationn\u00e9e \u00e0 Gisenyi (nord-ouest du Rwanda), ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9s dans la r\u00e9gion pour renforcer le M23. Des transfuges ont affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;ils avaient reconnu les officiers de la division. Les rebelles du M23 ont coordonn\u00e9 avec les forces rwandaises leur offensive contre l&rsquo;arm\u00e9e congolaise qui \u00e9tait appuy\u00e9e par les Casques bleus de l&rsquo;ONU.<\/p>\n<p>Des soldats du maintien de la paix de l&rsquo;ONU, qui \u00e9taient pr\u00e9sents pendant cette offensive, ont racont\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que les forces ayant attaqu\u00e9 Bunagana \u00e9taient bien \u00e9quip\u00e9es et parlaient anglais, et que leur comportement \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui des militaires congolais, ce qui les portait \u00e0 croire que des militaires rwandais se trouvaient parmi les assaillants.<\/p>\n<p>De nombreux militaires de l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise d\u00e9ploy\u00e9s en appui du M23 passaient directement du Rwanda en RD Congo, empruntant divers sentiers, notamment pr\u00e8s de Njerima et de Kanyanje. D&rsquo;autres seraient pass\u00e9s par le territoire de l&rsquo;Ouganda pour p\u00e9n\u00e9trer en RD Congo, notamment par un sentier situ\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 ougandais du volcan Sabyinyo. Des soldats du M23 ayant fait d\u00e9fection et des r\u00e9sidents de la r\u00e9gion ont affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que des militaires rwandais avaient fait des incursions en territoire ougandais et utilis\u00e9 des v\u00e9hicules ougandais pour entrer en RD Congo.<\/p>\n<p>Des Congolais et des Rwandais, y compris des autorit\u00e9s locales vivant pr\u00e8s de la fronti\u00e8re rwando-congolaise, ont \u00e9galement indiqu\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;ils avaient vu des militaires rwandais en grand nombre traverser la fronti\u00e8re du Rwanda vers la RD Congo en juin, juillet, et ao\u00fbt. Plus tard, ils avaient aussi vu des militaires rwandais repasser la fronti\u00e8re en sens inverse.<\/p>\n<p>D\u00e9but juillet, juste avant que les rebelles du M23 attaquent Bunagana avec l&rsquo;appui de troupes rwandaises, un agriculteur congolais du mont Hehu, pr\u00e8s de Kibumba, rendait visite \u00e0 un ami \u00e0 Kasizi, au Rwanda, quand il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9quisitionn\u00e9 par des militaires rwandais et oblig\u00e9 de porter des caisses de munitions.<\/p>\n<p>Il a dit \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;il avait compt\u00e9 sept camions de l&rsquo;arm\u00e9e pleins de militaires rwandais, d&rsquo;armes, et de munitions. \u00ab<em> Les militaires nous ont emmen\u00e9s, moi, mon ami et d&rsquo;autres civils\u2026et nous ont forc\u00e9s \u00e0 transporter des caisses de munitions \u00e0 Njerima [pr\u00e8s de la fronti\u00e8re du Congo]. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de faire trois voyages, puis j&rsquo;ai r\u00e9ussi \u00e0 m&rsquo;\u00e9chapper. Les soldats \u00e9taient bien arm\u00e9s et en uniforme militaire. \u2026J&rsquo;ai demand\u00e9 o\u00f9 nous allions \u00e0 un soldat qui marchait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Il m&rsquo;a r\u00e9pondu qu&rsquo;ils allaient combattre au Congo<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>Fin juillet, des Congolais vivant pr\u00e8s de Kasizi ont \u00e0 leur tour racont\u00e9 avoir vu de nombreux militaires de l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise entrer en RD Congo en provenance du Rwanda. Le 3 ao\u00fbt, deux Rwandais, dont un chef de village de la r\u00e9gion, ont indiqu\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;ils avaient vu un important groupe de militaires de l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise passer du Rwanda en RD Congo, sur un sentier situ\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 du volcan Karisimbi.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres personnes ont vu des militaires rwandais sortir de la RD Congo. Un journaliste qui se rendait d\u00e9but ao\u00fbt de Ruhengeri \u00e0 Kinigi, a confi\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;il avait vu deux groupes d&rsquo;au moins 100 militaires chacun qui marchaient sur un sentier en provenance de la fronti\u00e8re congolaise et en direction de la route principale reliant Ruhengeri \u00e0 Kinigi au Rwanda. Il a d\u00e9crit les militaires comme \u00e9tant \u00ab <em>sales et visiblement fatigu\u00e9s<\/em> \u00bb, pr\u00e9cisant que <em>\u00ab certains boitaient, leurs chaussures \u00e9taient boueuses et il \u00e9tait clair qu&rsquo;ils \u00e9taient tr\u00e8s fatigu\u00e9s.<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Il semble que les forces rwandaises en RD Congo ont coordonn\u00e9 leurs op\u00e9rations avec le M23, assumant souvent un r\u00f4le de commandement, selon des t\u00e9moignages recueillis par Human Rights Watch aupr\u00e8s de r\u00e9sidents de la r\u00e9gion et d&rsquo;ex-combattants du M23 qui ont fait d\u00e9fection. L&rsquo;un de ces anciens combattants a dit \u00e0 Human Rights Watch avoir vu, lors des combats \u00e0 Bunagana, un g\u00e9n\u00e9ral rwandais, Emmanuel Ruvusha, sur le mont Tshanzu, si\u00e8ge d&rsquo;une des principales bases du M23, d&rsquo;o\u00f9 il semblait commander et superviser les op\u00e9rations militaires.<\/p>\n<p>Un autre transfuge qui avait command\u00e9 une unit\u00e9 de combattants du M23 a affirm\u00e9 qu&rsquo;il recevait ses ordres directement d&rsquo;officiers de l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise pendant l&rsquo;attaque de Bunagana. D&rsquo;autres transfuges du M23 ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement en mesure de nommer des officiers rwandais qui avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sents sur des positions du M23 en RD Congo. Ils ont affirm\u00e9 que ces officiers avaient dirig\u00e9 ou aid\u00e9 \u00e0 diriger des op\u00e9rations militaires, fourni des armes ou supervis\u00e9 la formation de nouvelles recrues.<\/p>\n<p>Bon nombre des transfuges du M23 et des recrues qui s&rsquo;\u00e9taient \u00e9chapp\u00e9s, congolais ou rwandais, interrog\u00e9s par Human Rights Watch, ont affirm\u00e9 que leur formation avait \u00e9t\u00e9 assur\u00e9e par des militaires de l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise dans des camps d&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 Bukima, \u00e0 Tshanzu, et \u00e0 Rumangabo, dans le territoire de Rutshuru, en RD Congo.<\/p>\n<p>Un transfuge rwandais du M23, ancien officier du CNDP, a indiqu\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch avoir reconnu les officiers rwandais qui entra\u00eenaient les nouvelles recrues du M23 car il avait lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 form\u00e9 par eux au Rwanda lorsqu&rsquo;il \u00e9tait au CNDP. \u00ab<em> Je les connaissais bien car j&rsquo;avais suivi leur cours de formation au Rwanda<\/em> \u00bb, a-t-il dit. \u00ab <em>Je les ai reconnus.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Human Rights Watch a tent\u00e9 en vain de contacter le porte-parole de l\u2019arm\u00e9e rwandaise pour recueillir une r\u00e9ponse \u00e0 ces all\u00e9gations.<\/p>\n<p>Dans un entretien publi\u00e9 par le quotidien belge Le Soir le 29 ao\u00fbt, le ministre de la d\u00e9fense du Rwanda, James Kabarebe, a d\u00e9menti que l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise soutienne le M23. \u00ab <em>Tout le monde sait que le Rwanda n&rsquo;a pas un seul soldat au sein du M23, ne lui donne aucun\u00a0soutien<\/em>\u00bb, a-t-il dit. A la question de savoir si des soldats rwandais incontr\u00f4l\u00e9s pourraient \u00eatre engag\u00e9s dans des op\u00e9rations d&rsquo;appui du M23, il a r\u00e9pondu que l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise \u00e9tait<\/p>\n<p>\u00ab<em> solide, bien organis\u00e9e, bien command\u00e9e, bien disciplin\u00e9e<\/em> \u00bb et qu&rsquo;il ne pouvait y avoir aucun \u00ab <em>\u00e9l\u00e9ment incontr\u00f4l\u00e9<\/em> \u00bb dans ses rangs.<\/p>\n<p><strong>Recrutements forc\u00e9s en RD Congo par le M23<\/strong><\/p>\n<p>Depuis d\u00e9but juillet, les rebelles du M23 ont accru leurs activit\u00e9s de recrutement dans le territoire de Rutshuru, dans l&rsquo;est de la RD Congo, apr\u00e8s avoir pris le contr\u00f4le des r\u00e9gions de Bunagana et, plus tard, de Rutshuru, Kiwanja, Rumangabo, et Rugari. Des commandants du M23 ont tenu des r\u00e9unions dans les villes et les villages tomb\u00e9s sous leur contr\u00f4le, pour convaincre la population de soutenir leurs activit\u00e9s en fournissant des recrues et de la nourriture. Constatant que les recrues volontaires \u00e9taient rares, les combattants du M23 ont rapidement commenc\u00e9 \u00e0 emmener de force de jeunes hommes et des gar\u00e7ons.<\/p>\n<p>Les recherches effectu\u00e9es par Human Rights Watch ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;au moins 137 jeunes hommes et gar\u00e7ons ont \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9s de force dans le territoire de Rutshuru entre d\u00e9but juillet et fin ao\u00fbt, dont au moins 20 enfants de moins de 18 ans, sept d&rsquo;entre eux ayant m\u00eame moins de 15 ans.<\/p>\n<p>Ces chiffres sont \u00e0 ajouter aux <a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2012\/05\/15\/rd-congo-bosco-ntaganda-continue-d-enr-ler-des-enfants-de-force\">149 jeunes hommes et gar\u00e7ons recrut\u00e9s<\/a> dans le territoire de Masisi en avril, comme l&rsquo;a rapport\u00e9 Human Rights Watch le 16 mai. Le nombre total des jeunes hommes et gar\u00e7ons recrut\u00e9s de force par le M23 en RD Congo, \u00e0 la connaissance de Human Rights Watch, se monte \u00e0 286, dont au moins 68 enfants de moins de 18 ans, 24 d&rsquo;entre eux ayant moins de 15 ans.<\/p>\n<p>Les nouvelles recrues ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9es dans des centres d&rsquo;entra\u00eenement militaire cr\u00e9\u00e9s par le M23 \u00e0 Bukima, \u00e0 Tshanzu, \u00e0 Runyoni, et \u00e0 Rumangabo. Des recrues qui ont r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper ont racont\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;on leur avait donn\u00e9 des uniformes militaires et appris le maniement d&rsquo;un fusil et d&rsquo;autres techniques militaires de base. Les recrues ont \u00e9galement dit \u00e0 Human Rights Watch que ces entra\u00eenements \u00e9taient souvent dirig\u00e9s par des officiers de l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise.<\/p>\n<p>Les recrutements forc\u00e9s ont cr\u00e9\u00e9 un climat de peur, poussant de nombreux jeunes hommes et gar\u00e7ons \u00e0 fuir vers les zones contr\u00f4l\u00e9es par le gouvernement ou \u00e0 chercher refuge au-del\u00e0 de la fronti\u00e8re, en Ouganda ou au Rwanda.<\/p>\n<p>Les 16 et 17 juillet, des combattants du M23 ont recrut\u00e9 de force au moins 60 jeunes hommes et gar\u00e7ons originaires des groupements de Rugari et Kisigari. Ils leur ont dit qu&rsquo;ils avaient besoin d&rsquo;aide pour transporter leurs affaires, ramasser du bois pour le feu et recueillir de l&rsquo;eau et qu&rsquo;ils seraient ensuite lib\u00e9r\u00e9s. En fait, les jeunes hommes et gar\u00e7ons ont \u00e9t\u00e9 conduits dans des centres d&rsquo;entra\u00eenement militaires \u00e0 Bukima et \u00e0 Tshanzu, o\u00f9 ils ont re\u00e7u une br\u00e8ve formation militaire.<\/p>\n<p>Un homme de 20 ans recrut\u00e9 de force avec trois autres jeunes hommes dans le groupement de Kisigari le 21 juillet, est parvenu \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper plus tard. Il a dit \u00e0 Human Rights Watch que lui et les autres avaient \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s dans un camp d&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 Bukima. \u00ab L\u00e0-bas, nous avons pass\u00e9 toute une nuit dans un trou plein d&rsquo;eau jusqu&rsquo;\u00e0 la taille, comme une mare, \u00bb a-t-il dit. \u00ab <em>Les soldats du M23 nous ont dit que c&rsquo;\u00e9tait le d\u00e9but de notre formation militaire, pour nous apprendre \u00e0 nous habituer au froid.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Un jeune Congolais de 19 ans a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 le 23 juillet \u00e0 Bugina alors qu&rsquo;il revenait des champs. Des t\u00e9moins ont indiqu\u00e9 que des combattants du M23 l&rsquo;avaient forc\u00e9 \u00e0 porter leurs affaires, puis l&rsquo;avaient intronis\u00e9 dans leur groupe. Des membres de sa famille l&rsquo;ont vu \u00e0 Rutshuru le 25 juillet en uniforme militaire avec un fusil, combattant avec le M23 contre l&rsquo;arm\u00e9e congolaise.<\/p>\n<p>Un homme qui \u00e9tait all\u00e9 rendre visite \u00e0 un parent \u00e0 Tshanzu qui avait rejoint le M23, a affirm\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que durant cette visite, il avait vu un groupe de 70 \u00e0 80 nouvelles recrues \u00e0 l&rsquo;entra\u00eenement. L&rsquo;homme a reconnu quatre des recrues, des enfants de son village qui \u00e9taient encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole primaire et avaient 13 ou 14 ans. Il a pr\u00e9cis\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que beaucoup d&rsquo;autres enfants d&rsquo;\u00e2ge similaire se trouvaient parmi les recrues.<\/p>\n<p>Le recrutement par des groupes arm\u00e9s d&rsquo;enfants de moins de 18 ans est interdit par le Protocole optionnel de la Convention sur les droits de l&rsquo;enfant concernant l&rsquo;engagement d&rsquo;enfants dans des conflits arm\u00e9s, ratifi\u00e9 par la RD Congo et le Rwanda. Selon le trait\u00e9 fondateur de la CPI, le recrutement d&rsquo;enfants de moins de 15 ans est un crime de guerre.<\/p>\n<p><strong>Recrutements au Rwanda pour le M23<\/strong><\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s militaires rwandaises ont continu\u00e9 \u00e0 effectuer des recrutements pour le M23 au Rwanda entre juin et ao\u00fbt, comme lors des mois pr\u00e9c\u00e9dents, soit par la force soit sous des pr\u00e9textes fallacieux. Selon des informations recueillies par Human Rights Watch, environ 600 personnes ont \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9es dans ces conditions au Rwanda. Ces recrues sont sup\u00e9rieures en nombre \u00e0 celles qui ont \u00e9t\u00e9 enr\u00f4l\u00e9es par le M23 en RD Congo. Elles incluent de jeunes Rwandais sans formation militaire pr\u00e9c\u00e9dente et des r\u00e9fugi\u00e9s tutsis congolais qui vivaient dans des camps de r\u00e9fugi\u00e9s ou de transit au Rwanda. Parmi les autres groupes cibl\u00e9s pour les recrutements, figurent les militaires d\u00e9mobilis\u00e9s de l&rsquo;arm\u00e9e rwandaise ou du CNDP et les anciens combattants d\u00e9mobilis\u00e9s des FDLR qui \u00e9taient rentr\u00e9s au Rwanda. Les FDLR (Forces d\u00e9mocratiques de lib\u00e9ration du Rwanda) sont une milice arm\u00e9e compos\u00e9e essentiellement de Rwandais hutus, qui op\u00e8re en RD Congo et dont certains membres ont particip\u00e9 au g\u00e9nocide de 1994 au Rwanda.<\/p>\n<p>Selon des recrues qui ont r\u00e9ussi \u00e0 s&rsquo;\u00e9chapper et ont \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9es par Human Rights Watch et selon des informations provenant d&rsquo;autres sources, les autorit\u00e9s rwandaises ont recrut\u00e9 des dizaines de jeunes hommes et gar\u00e7ons dans des camps de r\u00e9fugi\u00e9s congolais \u00e0 Kibuye et Byumba, ainsi qu&rsquo;au Centre de transit de Nkamira. Beaucoup ont \u00e9t\u00e9 saisis de force dans les camps pendant la nuit par des hommes en civil, qui les ont emmen\u00e9s au camp militaire rwandais de Kinigi. L\u00e0, on leur a donn\u00e9 des uniformes, des armes, des munitions et d&rsquo;autres \u00e9quipements \u00e0 transporter, et ils ont \u00e9t\u00e9 escort\u00e9s jusqu&rsquo;en RD Congo par des militaires rwandais. D&rsquo;autres ont rejoint le mouvement volontairement, apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre entendu dire que s&rsquo;ils soutenaient le M23, cela faciliterait le retour de leurs familles en RD Congo.<\/p>\n<p>Un \u00e9tudiant tutsi de 22 ans, qui faisait ses \u00e9tudes pr\u00e8s de Kitchanga, en RD Congo, a racont\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;il avait fui en mai vers le Centre de transit de Nkamira au Rwanda pour \u00e9chapper au recrutement forc\u00e9 en RD Congo. Deux semaines plus tard, il a \u00e9t\u00e9 saisi de force au camp de transit en m\u00eame temps que 13 autres jeunes hommes. Il a affirm\u00e9 que des hommes en civil les avaient rassembl\u00e9s et fait monter de force dans des v\u00e9hicules aux vitres opaques. Ils ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s \u00e0 Ruhengeri, charg\u00e9s de transporter du sel et forc\u00e9s de marcher vers la fronti\u00e8re congolaise, sous escorte de militaires rwandais.<\/p>\n<p>\u00c0 la fronti\u00e8re, le groupe a fait sa jonction avec des combattants du M23, qui les ont accompagn\u00e9s \u00e0 Runyoni, o\u00f9 on leur a donn\u00e9 une formation militaire dans les jours suivant leur arriv\u00e9e. \u00ab <em>Ils [les M23] nous frappaient<\/em> \u00bb, a racont\u00e9 l&rsquo;\u00e9tudiant. \u00ab<em> Ils nous disaient que nous devions nous d\u00e9barrasser de notre \u2018conscience de civils.\u2019 Ils disaient que nous allions conqu\u00e9rir le Nord-Kivu.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Un autre exemple des recrutements au Centre de transit de Nkamira est celui d&rsquo;un jeune Rwandais de 18 ans qui \u00e9tait venu rendre visite \u00e0 sa soeur le 6 juin. Il a affirm\u00e9 que cette nuit-l\u00e0, il avait \u00e9t\u00e9 rafl\u00e9 par des hommes habill\u00e9s en civil qui ont rassembl\u00e9 28 jeunes hommes du camp et les ont emmen\u00e9s \u00e0 bord de trois v\u00e9hicules au camp militaire rwandais de Kinigi. Les jeunes hommes ont \u00e9t\u00e9 charg\u00e9s de transporter des bidons de carburant et ont \u00e9t\u00e9 escort\u00e9s \u00e0 pied par des militaires rwandais jusqu&rsquo;aux positions militaires du M23 \u00e0 Runyoni, en RD Congo.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s militaires rwandaises ont \u00e9galement mobilis\u00e9 des autorit\u00e9s locales pour qu&rsquo;elles participent aux op\u00e9rations de recrutement. A Rwerere, au Rwanda, pr\u00e8s du village de Kasizi situ\u00e9 \u00e0 la fronti\u00e8re avec la RD Congo, des autorit\u00e9s militaires rwandaises ont convoqu\u00e9 les autorit\u00e9s locales \u00e0 une r\u00e9union le 27 juin, lors de laquelle ils leur ont dit que chaque autorit\u00e9 responsable de 10 maisons (appel\u00e9es nyumbakumi) devait trouver cinq recrues \u00e0 envoyer en RD Congo pour soutenir le M23. Deux personnes qui ont particip\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9union et ont \u00e9t\u00e9 par la suite interrog\u00e9es par Human Rights Watch, ont indiqu\u00e9 avoir re\u00e7u pour instruction de\u00a0\u00ab <em>donner la priorit\u00e9 aux jeunes soldats d\u00e9mobilis\u00e9s<\/em> \u00bb et de dire \u00e0 ces jeunes qu&rsquo;ils devaient aller en RD Congo \u00ab <em>pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 du Rwanda car le gouvernement congolais soutenait les FDLR<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Selon ces m\u00eames personnes, plus de 300 nouvelles recrues mobilis\u00e9es par les autorit\u00e9s locales ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9es le 4 juillet \u00e0 Kabumba, pr\u00e8s de la fronti\u00e8re congolaise. Puis ils ont \u00e9t\u00e9 escort\u00e9s par des militaires rwandais de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, jusqu&rsquo;\u00e0 Runyoni o\u00f9 ils ont rejoint le M23.<\/p>\n<p>Un autre nyumbakumi de la r\u00e9gion du Rwanda frontali\u00e8re de la RD Congo pr\u00e8s de Kasizi a indiqu\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que lors d&rsquo;une autre r\u00e9union le 24 ao\u00fbt, les autorit\u00e9s civiles et militaires rwandaises ont de nouveau appel\u00e9 les autorit\u00e9s locales \u00e0 recruter des jeunes pour rejoindre le M23. Ils leur ont d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab <em>la totalit\u00e9 des Kivus devrait revenir au Rwanda parce qu&rsquo;ils lui appartiennent<\/em> \u00bb et qu&rsquo;ils devraient collecter de l&rsquo;argent aupr\u00e8s des populations sous leur contr\u00f4le afin de payer les jeunes et les encourager \u00e0 rejoindre le M23.<\/p>\n<p>Un combattant du M23 qui s&rsquo;est confi\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch a \u00e9t\u00e9 franc au sujet des recrutements au Rwanda. \u00ab <em>Nous n&rsquo;avons pas beaucoup de soldats et le Rwanda en a beaucoup,<\/em> \u00bb a-t-il dit. \u00ab <em>Nous recrutons partout au Rwanda. Nous recherchons particuli\u00e8rement ceux qui ont de la famille au Congo, les anciens combattants du CNDP ou les soldats d\u00e9mobilis\u00e9s. Les enfants des rues sont aussi tr\u00e8s susceptibles d&rsquo;\u00eatre recrut\u00e9s.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s militaires et civiles rwandaises qui recrutent des enfants de moins de 15 ans pour renforcer le M23 se rendent coupables de crimes de guerre. Le recrutement d&rsquo;enfants de moins de 18 ans \u00e0 des fins militaires est \u00e9galement interdit par la loi rwandaise.<\/p>\n<p><strong>Ex\u00e9cutions sommaires et mauvais traitement des recrues<\/strong><\/p>\n<p>Le M23 a trait\u00e9 ses nouvelles recrues tr\u00e8s durement. Les passages \u00e0 tabac et les traitements cruels ou d\u00e9gradants \u00e9taient monnaie courante. Les recherches de Human Rights Watch ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;au moins 33 rebelles et recrues du M23, qui avaient tent\u00e9 de s&rsquo;\u00e9chapper et avaient \u00e9t\u00e9 repris, ont \u00e9t\u00e9 sommairement ex\u00e9cut\u00e9s.<\/p>\n<p>Un Rwandais de 18 ans, qui s&rsquo;est \u00e9chapp\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9 de force au Rwanda, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;il avait assist\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un gar\u00e7on de 16 ans appartenant \u00e0 son unit\u00e9 du M23 et qui avait essay\u00e9 de s&rsquo;enfuir en juin. Le gar\u00e7on a \u00e9t\u00e9 captur\u00e9 et battu \u00e0 mort par les combattants du M23 devant les autres recrues. Un commandant du M23 qui a ordonn\u00e9 son ex\u00e9cution aurait dit aux autres recrues: \u00ab<em> Il voulait nous <\/em><em>abandonner<\/em> \u00bb, \u00a0en guise d&rsquo;explication de sa mise \u00e0 mort.<\/p>\n<p>Un Congolais hutu de 28 ans, recrut\u00e9 de force d\u00e9but mai \u00e0 Karuba, dans le secteur de Masisi, a dit \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;en raison de sa r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de devenir un combattant, le M23 l&rsquo;avait d\u00e9tenu dans une prison de fortune constitu\u00e9e d&rsquo;un trou dans le sol au camp militaire du M23 \u00e0 Runyoni, avec 25 autres recrues d&rsquo;ethnie hutue qui \u00e9taient punis pour d\u00e9sob\u00e9issance. Une recrue rwandaise a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch: \u00ab <em>Nous \u00e9tions maltrait\u00e9s au camp [de Runyoni]\u2026 Souvent, ils battaient les gens si durement qu&rsquo;ils ne s&rsquo;en remettaient pas et tombaient malades\u2026 Je voulais m&rsquo;enfuir.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Quelques jours apr\u00e8s leur recrutement, de nombreux jeunes hommes et gar\u00e7ons ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s au combat. N&rsquo;ayant que peu ou pas du tout de formation militaire ou d&rsquo;exp\u00e9rience, les nouvelles recrues sont souvent parmi les premiers \u00e0 \u00eatre tu\u00e9s. Un gar\u00e7on rwandais de 17 ans recrut\u00e9 en juin \u00e0 Ruhengeri, au Rwanda, a dit \u00e0 Human Rights Watch: \u00ab <em>Il y a beaucoup d&rsquo;enfants avec [le g\u00e9n\u00e9ral] Ntaganda maintenant et ils nous envoient sur les lignes de front, donc nous sommes les premiers \u00e0 mourir. On dirait qu&rsquo;ils nous prennent juste pour nous faire tuer.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Un homme originaire de Rugari, en RD Congo, a dit \u00e0 Human Rights Watch que son neveu, \u00e2g\u00e9 de 15 ans, avait \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9 de force \u00e0 la mi-juillet par le M23 alors qu&rsquo;il se rendait aux champs. Quelques jours plus tard, il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 dans dans un combat sur une colline pr\u00e8s de Rugari. Apr\u00e8s la bataille, les rebelles du M23 ont oblig\u00e9 un groupe de civils, dont faisait partie l&rsquo;oncle du gar\u00e7on, \u00e0 enterrer les morts. \u00ab<em> J&rsquo;ai vu mon [neveu] l\u00e0, mort, une balle dans la poitrine,<\/em> \u00bb a d\u00e9clar\u00e9 l&rsquo;oncle. Il a particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;enterrement d&rsquo;au moins 60 corps ce jour-l\u00e0. Beaucoup semblaient \u00eatre des enfants.<\/p>\n<p><strong>Intimidations et menaces \u00e0 l&rsquo;encontre des d\u00e9fenseurs des droits humains, des journalistes et des autorit\u00e9s locales<\/strong><\/p>\n<p>Des autorit\u00e9s locales, des chefs coutumiers, des journalistes, des d\u00e9fenseurs des droits humains et d\u2019autres personnes qui se sont exprim\u00e9es contre les violations commises par le M23 ou qui sont connues pour avoir d\u00e9nonc\u00e9 les abus perp\u00e9tr\u00e9s auparavant par les commandants rebelles, ont \u00e9t\u00e9 pris pour cible. Beaucoup ont re\u00e7u des menaces de mort et se sont enfuis vers les zones contr\u00f4l\u00e9es par le gouvernement congolais.<\/p>\n<p>Le M23 s&rsquo;est empar\u00e9 de stations de radio locales dans le territoire de Rutshuru peu apr\u00e8s avoir pris le contr\u00f4le des villes et villages de la r\u00e9gion en juillet, mena\u00e7ant les techniciens et les journalistes et les obligeant \u00e0 leur remettre leur \u00e9quipement. Un technicien de radio interrog\u00e9 par Human Rights Watch a d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 menac\u00e9 par un haut responsable du M23, qui l&rsquo;a averti que s&rsquo;il refusait de laisser le groupe utiliser sa radio, ils le tueraient.<\/p>\n<p>Fin juillet, le M23 a mis sur pied des comit\u00e9s de s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 Kiwanja, Rutshuru, et Rubare. Les dirigeants du M23 affirment que ces comit\u00e9s doivent servir d&rsquo;unit\u00e9s de liaison avec les communaut\u00e9s locales sur les questions de s\u00e9curit\u00e9. Cependant, un membre d&rsquo;un de ces comit\u00e9s a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 un activiste de la soci\u00e9t\u00e9 civile de la r\u00e9gion que ces comit\u00e9s ont pour t\u00e2ches principales de recruter des jeunes pour grossir les rangs du M23 et de d\u00e9noncer \u00e0 la hi\u00e9rarchie du mouvement les opposants au M23.<\/p>\n<p>Les chefs coutumiers locaux qui n&rsquo;ont pas fait preuve de leur all\u00e9geance au M23 ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 pris pour cible et certains ont fui vers les zones tenues par le gouvernement.<\/p>\n<p>Le chef coutumier de la localit\u00e9 de Rumangabo, Manishimwe Rwahinage, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu par le M23 le 17 juillet. Des dirigeants du M23 ont d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 en d\u00e9tention pour avoir collabor\u00e9 avec les FDLR et qu&rsquo;ils \u00e9taient en train \u00ab d&rsquo;essayer de le changer \u00bb. Il a \u00e9t\u00e9 rel\u00e2ch\u00e9 le 11 ao\u00fbt, apr\u00e8s que des civils de sa localit\u00e9 eurent vers\u00e9 150 dollars US. Le 5 septembre, Rwahinage a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par balles \u00e0 Rumangabo, non loin d&rsquo;un poste militaire du M23. Les dirigeants du M23 ont affirm\u00e9 que les FDLR etaient responsables, mais les proches de la victime sont convaincus qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par les combattants du M23. Une enqu\u00eate est n\u00e9cessaire pour d\u00e9terminer qui est responsable de ce dec\u00e8s.<\/p>\n<p>Des militants des droits humains \u00e0 Goma ont affirm\u00e9 avoir re\u00e7u des appels et des messages t\u00e9l\u00e9phoniques mena\u00e7ants de la part de personnes soup\u00e7onn\u00e9es d&rsquo;\u00eatre membres du M23. Le 26 juillet, un activiste a re\u00e7u le message suivant: \u00ab<em> Nous sommes maintenant \u00e0 la porte de Goma, Parle une fois de plus [et] nous allons couper ta bouche. Annonce ce message \u00e0 tes autres coll\u00e8gues, fils de chiens. Nous allons mettre fin \u00e0 votre vie<\/em>.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Travaux forc\u00e9s, pillages et extorsions par le M23<\/strong><\/p>\n<p>Les combattants du M23 ont forc\u00e9 des civils \u00e0 travailler pour eux, parfois en les mena\u00e7ant de mort.<\/p>\n<p>Le 26 juillet, les combattants du M23 ont forc\u00e9 un enseignant d&rsquo;\u00e9cole primaire, \u00e2g\u00e9 de 32 ans, originaire de la localit\u00e9 de Gisiza, \u00e0 transporter des caisses de munitions de Kabaya au camp militaire de Rumangabo. Quand l&rsquo;instituteur a essay\u00e9 de rentrer chez lui, il a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 par balles dans le dos par les combattants du M23.<\/p>\n<p>Un chef coutumier local du village de Kigarama, pr\u00e8s de Rugari, qui s&rsquo;\u00e9tait enfui \u00e0 Kanyaruchinya, a racont\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que le 3 ao\u00fbt, il \u00e9tait retourn\u00e9 \u00e0 son champ pour chercher de la nourriture. Le lendemain, des combattants du M23 sont arriv\u00e9s et l&rsquo;ont oblig\u00e9 \u00e0 amener son cochon dans leur camp, o\u00f9 l&rsquo;animal a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 pour nourrir les combattants. Pendant les six jours suivants, cet homme a \u00e9t\u00e9 contraint de creuser des tranch\u00e9es, traire des vaches et r\u00e9colter des haricots. Il a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de trouver de jeunes femmes qu&rsquo;il devait amener au camp du M23; il en a amen\u00e9 trois, \u00e2g\u00e9es de 15 ans, 20 ans et 25 ans. Leur sort n&rsquo;est pas connu.<\/p>\n<p>De nombreux autres civils ont indiqu\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;ils avaient \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de c\u00e9der leurs r\u00e9coltes, de l&rsquo;argent et d&rsquo;autres biens aux combattants du M23. Un homme de Rugari a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que des commandants du M23 ont tenu une r\u00e9union \u00e0 la mi-juillet, lors de laquelle chaque famille a re\u00e7u l&rsquo;ordre de fournir au M23 cinq kilos de haricots dans les sept jours. Le M23 s&rsquo;est \u00e9galement livr\u00e9 \u00e0 des pillages en faisant du porte-\u00e0-porte, attaquant ceux qui lui r\u00e9sistaient. Le 24 ao\u00fbt, des combattants du M23 se sont rendus aux domiciles de cinq commer\u00e7ants de Rugari, les ont attaqu\u00e9s \u00e0 la machette et au couteau et leur ont extorqu\u00e9 de l&rsquo;argent.<\/p>\n<p>D\u00e9but septembre, le M23 contr\u00f4lait trois axes d&rsquo;approvisionnement importants traversant Rutshuru vers Rwindi, Bunagana, et Goma, et imposait de lourdes \u00ab<em> taxes<\/em> \u00bb \u00e0 tous les v\u00e9hicules passant sur leur territoire.<\/p>\n<p><strong>Pressions exerc\u00e9es sur les anciens membres du CNDP par les autorit\u00e9s militaires rwandaises<\/strong><\/p>\n<p>De hautes autorit\u00e9s militaires rwandaises ont cherch\u00e9 \u00e0 influencer d&rsquo;anciens membres du CNDP et leurs familles, en RD Congo et au Rwanda, pour qu&rsquo;ils soutiennent ou rejoignent le M23. Plusieurs anciens officiers et chefs politiques du CNDP ont d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch qu&rsquo;ils \u00e9taient soumis \u00e0 de fortes pressions de la part d&rsquo;autorit\u00e9s rwandaises pour qu&rsquo;ils rejoignent le M23. Les moyens de pression incluaient menaces de mort et intimidations.<\/p>\n<p>Le s\u00e9nateur Edouard Mwangachuchu, pr\u00e9sident de la branche politique du CNDP, qui avait d\u00e9nonc\u00e9 publiquement la mutinerie du M23, a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que d\u00e9but mai, il avait re\u00e7u un coup de t\u00e9l\u00e9phone du ministre rwandais de la d\u00e9fense, le g\u00e9n\u00e9ral James Kabarebe, lui donnant pour instruction de soutenir le M23 et exigeant que le CNDP, en tant que parti, mette fin \u00e0 son alliance politique avec la coalition du pr\u00e9sident Joseph Kabila au pouvoir en RD Congo. Le s\u00e9nateur a affirm\u00e9 que lorsqu&rsquo;il a refus\u00e9, le ministre lui a dit de \u00ab <em>se taire<\/em> \u00bb et l&rsquo;a averti qu&rsquo;il allait \u00ab <em>\u00eatre frapp\u00e9 par la foudre.<\/em> \u00bb Quelques jours plus tard, d&rsquo;autres membres du CNDP ont d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9vinc\u00e9 le s\u00e9nateur Mwangachuchu de la pr\u00e9sidence du parti et retir\u00e9 leur formation de la coalition de M. Kabila.<\/p>\n<p>Dans sa r\u00e9ponse officielle au Groupe d&rsquo;experts de l&rsquo;ONU, le gouvernement rwandais a affirm\u00e9 que les appels t\u00e9l\u00e9phoniques entre les autorit\u00e9s rwandaises et des citoyens congolais avaient \u00e9t\u00e9 \u00ab <em>d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sortis de leur contexte<\/em> \u00bb et que ceux de James Kabarebe \u00ab<em> visaient \u00e0 \u00e9viter un retour de la violence et [\u00e0] promouvoir le dialogue politique<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>Des civils congolais tutsis, dont des hommes d&rsquo;affaires et des autorit\u00e9s civiles, ont \u00e9galement affirm\u00e9 \u00eatre soumis \u00e0 de fortes pressions pour qu&rsquo;ils soutiennent le M23. Certains l&rsquo;ont fait volontairement mais d&rsquo;autres ont refus\u00e9 et sont l&rsquo;objet de menaces et d&rsquo;actes d&rsquo;intimidation.<br \/>\n\u00ab <em>C&rsquo;est comme s&rsquo;ils [les Rwandais] nous tenaient un couteau sous la gorge,<\/em> \u00bb a d\u00e9clar\u00e9 un homme d&rsquo;affaires tutsi congolais.<\/p>\n<p><strong>Exactions commises par d&rsquo;autres groupes arm\u00e9s dans l&rsquo;est de la RD Congo<\/strong><\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but de la r\u00e9bellion du M23, les FDLR et d&rsquo;autres groupes arm\u00e9s congolais, dont la milice Raia Mutomboki, ont \u00e9galement accru leurs activit\u00e9s militaires, \u00e9largissant les zones sous leur contr\u00f4le et tuant des centaines de civils dans d&rsquo;autres zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, selon l&rsquo;ONU et des d\u00e9fenseurs locaux des droits humains. Ces milices semblent avoir profit\u00e9 des tensions ethniques croissantes et du vide s\u00e9curitaire qui s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9 du fait que l&rsquo;attention de l&rsquo;arm\u00e9e congolaise est accapar\u00e9e par les rebelles du M23.<\/p>\n<p>Certaines des milices, telles que les Mai Mai Sheka \u2013 dont le chef, Ntabo Ntaberi Sheka, est l&rsquo;objet d&rsquo;un mandat d&rsquo;arr\u00eat congolais pour crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9 sous l&rsquo;accusation d&rsquo;\u00eatre responsable de viols \u00e0 grande \u00e9chelle \u2013 ont \u00e9galement re\u00e7u un soutien des autorit\u00e9s militaires rwandaises ou des chefs du M23 pour mener des op\u00e9rations militaires contre l&rsquo;arm\u00e9e congolaise et les FDLR, selon des responsables de l&rsquo;ONU et le Groupe d&rsquo;experts de l&rsquo;ONU.<\/p>\n<p>Certains des combats les plus acharn\u00e9s se sont d\u00e9roul\u00e9s entre le groupe arm\u00e9 congolais Raia Mutomboki (\u00ab Peuple en col\u00e8re \u00bb en swahili) et les FDLR. Des r\u00e9sidents et des activistes locaux des droits humains des territoires de Masisi, Walikale, Kalehe et Shabunda dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, affirment que des centaines de civils ont \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9s pendant les combats de cette ann\u00e9e, chaque camp accusant la population locale de soutenir ses ennemis.<\/p>\n<p>Le 29 ao\u00fbt, Navi Pillay, la Haut-Commissaire aux droits de l&rsquo;homme de l&rsquo;ONU, a condamn\u00e9 les meurtres et les massacres perp\u00e9tr\u00e9s par les deux groupes. \u00ab<em> La pure cruaut\u00e9 avec laquelle ces meurtres ont \u00e9t\u00e9 commis d\u00e9passe l&rsquo;entendement<\/em> \u00bb, a-t-elle d\u00e9clar\u00e9. \u00ab <em>Dans certains cas, ces attaques contre des civils pourraient constituer des crimes contre l&rsquo;humanit\u00e9.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Le M23 a cherch\u00e9 \u00e0 s&rsquo;allier avec certains des groupes arm\u00e9s qui sont actifs dans l&rsquo;est de la RD Congo, leur fournissant un soutien soit occasionnel, soit continu, y compris des armes et des munitions, et organisant parfois des attaques coordonn\u00e9es contre les positions de l&rsquo;arm\u00e9e congolaise.<\/p>\n<p>Par exemple, d\u00e9but septembre, des combattants de Mai Mai Sheka ont attaqu\u00e9 et pris le contr\u00f4le de Pinga, une ville proche des territoires de Masisi et Walikale, avec le soutien du M23, selon des responsables de l&rsquo;ONU.<\/p>\n<p>Les dirigeants du M23 et les autorit\u00e9s rwandaises qui ont fourni des armes, des munitions et de l&rsquo;aide sous d&rsquo;autres formes aux groupes arm\u00e9s congolais, soit directement, soit indirectement, pourraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme complices des violations des lois de la guerre commises par ces groupes.<\/p>\n<p><strong>Exactions commises par les forces arm\u00e9es congolaises<\/strong><\/p>\n<p>Lors d&rsquo;op\u00e9rations contre les rebelles du M23, les forces arm\u00e9es congolaises ont elles aussi commis des exactions contre les civils dans le territoire de Rutshuru et \u00e0 Goma, dont l&rsquo;arrestation arbitraire de Tutsis consid\u00e9r\u00e9s comme partisans du M23, en plus du mauvais traitement des d\u00e9tenus, dont au moins un a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9.<\/p>\n<p>Certaines des personnes arr\u00eat\u00e9es par les soldats congolais n&rsquo;avaient pas de liens apparents avec le M23, mais pourraient avoir \u00e9t\u00e9 vis\u00e9es parce qu&rsquo;elles \u00e9taient de nationalit\u00e9 rwandaise ou d&rsquo;ethnie tutsie.<\/p>\n<p>Entre fin mai et d\u00e9but juillet, par exemple, les militaires congolais ont arr\u00eat\u00e9 cinq enfants rwandais, \u00e2g\u00e9s de 12 \u00e0 17 ans, lors d&rsquo;incidents distincts \u00e0 Kibumba et \u00e0 Goma, \u00e0 la fronti\u00e8re rwandaise. Les enfants ont \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9s \u00e0 la prison militaire du quartier g\u00e9n\u00e9ral du 802\u00e8me r\u00e9giment au Camp Katindo, \u00e0 Goma. Les gardiens ont ordonn\u00e9 aux autres d\u00e9tenus, qui \u00e9taient principalement des soldats, de battre les enfants. Un gar\u00e7on de 17 ans a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 Human Rights Watch que les autres prisonniers leur avaient dit: \u00ab Puisque vous \u00eates rwandais, nous allons vous battre \u00e0 mort. \u00bb La nuit, les enfants \u00e9taient battus et suspendus au plafond pendant des heures \u00ab<em> comme des singes<\/em> \u00bb. Ils ont \u00e9t\u00e9 priv\u00e9s de nourriture, personne ne leur a dit de quoi ils \u00e9taient accus\u00e9s et ils n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9s par des magistrats.<\/p>\n<p>Vers la mi-juillet, l&rsquo;un des enfants, Daniel Masengesho, \u00e2g\u00e9 d&rsquo;environ 16 ans, est tomb\u00e9 gravement malade. \u00ab <em>Nous avons dit au gardien de la prison qu&rsquo;il \u00e9tait tr\u00e8s malade et qu&rsquo;il risquait de mourir l\u00e0<\/em> \u00bb, a dit l&rsquo;un des gar\u00e7ons \u00e0 Human Rights Watch. \u00ab<em> Le gardien a r\u00e9pondu: \u2018Taisez-vous. C&rsquo;est un Rwandais. Laissez-le mourir lentement.\u2019<\/em> \u00bb Les gar\u00e7ons ont demand\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises aux gardiens de l&#8217;emmener \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital mais ils ont refus\u00e9. Le 23 juillet, Masengesho est mort. Le lendemain, l&rsquo;arm\u00e9e a emmen\u00e9 les quatre autres gar\u00e7ons \u00e0 moto \u00e0 la fronti\u00e8re rwandaise. Les autorit\u00e9s congolaises de l&rsquo;immigration les ont interrog\u00e9s apr\u00e8s avoir constat\u00e9 leur \u00e9tat de faiblesse, leur ont donn\u00e9 \u00e0 manger et les ont emmen\u00e9s \u00e0 h\u00f4pital \u00e0 Goma pour qu&rsquo;ils soient soign\u00e9s.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s congolaises ont r\u00e9agi rapidement et quelques jours plus tard, elles ont arr\u00eat\u00e9 le commandant Tharcisse Banuesize Chiragaga, l&rsquo;officier congolais responsable de la d\u00e9tention des cinq enfants. Le 17 ao\u00fbt, un tribunal militaire l&rsquo;a condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans de prison pour arrestation arbitraire, torture, falsification de documents et d\u00e9tention ill\u00e9gale ayant caus\u00e9 la mort d&rsquo;un d\u00e9tenu.<\/p>\n<p>Bien que les autorit\u00e9s congolaises aient tent\u00e9 de renvoyer les gar\u00e7ons au Rwanda, les autorit\u00e9s gouvernementales rwandaises ont refus\u00e9 de les admettre, affirmant n&rsquo;\u00eatre pas en mesure de confirmer qu&rsquo;ils avaient bien la nationalit\u00e9 rwandaise. Ils ont eu la m\u00eame attitude vis-\u00e0-vis de transfuges rwandais du M23, qui sont toujours d\u00e9tenus dans des prisons militaires congolaises ou sous la garde des soldats de maintien de la paix de l&rsquo;ONU.<\/p>\n<p>Alors que l&rsquo;arm\u00e9e congolaise battait en retraite vers le nord en abandonnant ses positions \u00e0 Kiwanja, dans le territoire de Rutshuru, le 25 juillet \u00e0 la suite d&rsquo;une offensive du M23, les militaires ont emmen\u00e9 avec eux un certain nombre de d\u00e9tenus. Human Rights Watch a recueilli plusieurs informations selon lesquelles quatre de ces personnes auraient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9es par des soldats pr\u00e8s d&rsquo;une position militaire congolaise au \u00ab<em> Pont Mabenga<\/em> \u00bb. La justice congolaise devrait enqu\u00eater d&rsquo;urgence sur cet incident, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch.<\/p>\n<p>Les militaires congolais sont \u00e9galement responsables de pillages \u00e0 grande \u00e9chelle. \u00c0 Rutshuru et \u00e0 Kiwanja les 8 et 25 juillet, des militaires congolais ont pill\u00e9 des maisons et forc\u00e9 des dizaines de civils \u00e0 transporter leurs affaires alors qu&rsquo;ils battaient en retraite devant des offensives des rebelles du M23.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.hrw.org\/fr\/news\/2012\/09\/10\/rd-congo-les-rebelles-du-m23-commettent-des-crimes-de-guerre\">Human Rights Watch<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(Goma, le 11 septembre 2012) \u2013 Les rebelles du M23 qui s\u00e9vissent dans l\u2019est de la R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo (RDC) sont responsables de crimes de guerre commis \u00e0 grande \u00e9chelle, y compris des ex\u00e9cutions sommaires, des viols et des recrutements de force, a d\u00e9clar\u00e9 Human Rights Watch aujourd\u2019hui. 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