La lettre posthume d’Hassan Ngeze à son fils Dr. Thomas Ngeze, lue lors de ses funérailles en Belgique.

Repose en paix mon fils bien aimé Dr. Thomas Ngeze. Et que le Tout Puissant t’accueille dans son paradis ! Ainsi va la vie!

Dr. Thomas Ngeze, mon fils bien aimé,

J’aurais souhaité que ton sang soit le dernier d’un enfant rwandais innocent versé en n’étant qu’une victime d’une situation dont il n’a jamais été responsable.

Ceux qui t’ont arraché ta vie ne croient pas au paradis et au jugement dernier, car s’ils le croyaient ils ne t’auraient pas facilité l’entrée dans ce paradis. car c’est après la mort que les portes du paradis s’ouvrent aux innocents.

En étant jeune, innocent et victime d’une situation dont tu n’es pas responsable, et surtout ta croyance en Dieu, cela te suffit pour entrer dans le paradis.

Mon chers fils, je demande à ta famille et à tes amis de ne jamais penser à te venger, ou faire quoi que ce soit qui pourrait nuire à ces tueurs.

Ces tueurs ne savent pas ce qu’ils font, c’est pourquoi je demande de la clémence pour eux. Que le tout Puissant ne leur compte pas ce péché. Ils sont pardonnés !.

1.1. Ceux qui t’ont tué méritent le pardon et la clémence de notre part.

Dès que ce sera possible, il faudra approcher ces tueurs pour leur dire que nous leur avons pardonné, et que nous devrions tous désormais travailler pour orienter nos cœurs, vers un Rwanda nouveau, un Rwanda de paix et d’harmonie, et œuvrer pour la paix durable entre les futures générations des Rwandais.

C’est en leur offrant nos pardons, que nous immortaliserons ton image d’un innocent, victime des crimes dont tu n’as jamais été responsable.

Dr. Thomas Ngeze, mon fils, le jours des funérailles de ma vénérable mère Kankindi Veronique à qui je rends toujours hommage, c’était en décembre 2014, et voilà bientôt quatre ans déjà, tu faisais partis des petits fils qui lui ont adressé les derniers hommages, tes hommages funèbres à l’égard de ta grand mère qui t’a élevé dans un amour inconditionnel, tu as ému tous ceux qui étaient présents ce jour-là, et pourtant personne ne pouvait imaginer que, en moins de quatre ans nous serions réunis ici, en cet endroit pour te rendre hommage.

Dr. Thomas Ngeze mon fils, tu as été tué sauvagement, cruellement, par des personnes qui connaissaient ton innocence, mais ils étaient motivés par une haine qui les a pousser à t’éliminer pour que ton sang soit pour eux une victoire.

Ils ont pensé, planifié, et choisi la façon dont ils allaient te tuer, et ils l’ont fait.

1.2. Pour eux, ils croyaient que ta mort serait leur victoire.

Mon fils bien aimé, au lieu de voir ta mort leur servir de victoire, ces tueurs doivent se rendre compte qu’elle a plutôt été leur échec et leur honte.

Cette victoire insensée devrait servir comme une dernière leçon, pour que les enfants de la nouvelle génération vivent paisiblement en harmonie avec leurs semblables de différente couche sociale partageant le même pays., en évitant qu’ il y ait une autre victime de plus.

Mon inoubliable fils bien aimé, Dr. Thomas Ngeze, je crois dans les pouvoirs suprêmes de notre créateur Dieu, Lui qui fait comprendre aux morts tout ce que disent les vivants.

Notre grand Dieu a placé ses créatures dans les dimensions multiples.

Notre cher pays, le Rwanda, a fait naître des enfants issus des générations alternées, qui ont été victimes des situations liées à l’ histoire dont ils n ont jamais été responsable.

Mon cher fils, je prie que tu sois le dernier enfant rwandais innocent, tué sauvagement pour des raisons liées à l’histoire dont tu n a jamais été responsable.

Ceux qui partagent où vivent dans la même dimension, peuvent se voir, communiquer et se comprendre.

C’est dans cette logique des choses que nous, les vivants, êtres humains, et certains animaux, nous sommes en mesure de communiquer et de nous comprendre.

Certains d’entre nous ont réussi à développer les capacités qui leur permettent de cohabiter en harmonie avec certains animaux, c’est à travers cette dimension que nous parvenons à vivre ainsi avec nos semblables et avec ces autres créatures.

Même si nous parvenons à cohabiter avec ces animaux que nous apprivoisons, nous pensons que nous gardons le dessus sur ces créatures .

Nous leur apprenons à vivre avec nous et rester parmi nous, en leur montrant comment se comporter pour nous plaire. Et pourtant, ces animaux ont été dotés par le créateur, grand Dieu, d’une capacité énorme, loin de celle que nous possédons.

Certains animaux peuvent communiquer à distance à travers leur sens de l’odorat, et de l’ouïe . sur des milliers de kilomètres. Ils peuvent émettre des ultra-sons qui peuvent être reçus par leurs semblables. , et l’odeur de leurs urines et leurs déchets peuvent aussi traverser des milliers de kilomètres. Ces capacités, nous les humains, n’avons pas

Il y’a des animaux que nous gardons dans nos foyers qui peuvent sentir en avance les dangers multiples à venir et commencent à fuir en prenant des dispositions nécessaires à pour eux. Nous les humains, nous sommes loin de- là.

Mon chers fils, si je me suis permis de me perdre dans ces exemples réels, c’est pour montrer à mes semblables qui sont venus t’accompagner à ta dernière demeure, car je sais qu’ à cet instant avec les puissances du grand Dieu, tu es capable de suivre et comprendre tout ce que nous te partageons.

1.3. Nous ne sommes plus dans les mêmes dimensions avec toi, pour que nous puissions nous comprendre.

Tu as été élevé là en haut dans une autre dimension, différente de la nôtre, nous ne te voyons pas, si ce n’est que par nos cœurs, et pourtant, toi, tu nous vois. Nous ne t’entendons pas, et pourtant, toi, tu nous entends.

Le grand Dieu a placé ces créatures dans des diverses dimensions, c’est pourquoi il y’a beaucoup de créatures qui circulent entre nous, et que nous n’avons pas la capacité de voir avec nos yeux, ni de toucher avec nos mains, où échanger quoi que ce soit. Certes, eux, ils nous voient peut être, mais, quant à nous, notre dimension est très limitée à nous même.

C’ est pourquoi, je suis convaincu que toi, mon fils, le grand Dieu t’a placé dans cette dimension suprême à la notre pour nous observer, et nous entendre, sans que nous en ayons conscience

1.4. Mon Fils bien aimé, tu as vécu ton temps et dignement.

Si je peux me permettre de résumer ton histoire brève sur cette terre,

Tu as quitté le Rwanda en 1994, la terre de tes ancêtres à peine âgé de trois ans.

C’était pendant la période dévastatrice que notre cher pays le Rwanda a connue.

Tu a survécu aux guerres du Congo en 1996, tu as fui à travers les forêts du Zayire vers Masisi, et après, par la grâce de Dieu, tu t’es retrouvé à Nairobi au Kenya, avec ton grand frère Philosophe Ngeze dans les mains remplies d’amour de votre grand mère, ma propre mère Kankindi Veronique, à qui je rends hommage pour toujours.

Vous n’avez pas pris beaucoup de temps à Nairobi, car il fallait que ma mère aimable et inoubliable, votre grand-mère, qui vous a pris en charge dès votre naissance, vous accompagne vers la Belgique pour de meilleurs soins là-bas.

En arrivant en Europe, en Belgique, toi, ma mère, et ton grand frère Philosophe vous avez été perçus par votre entourage comme des voisins exemplaires.

Tous vos voisins appréciaient votre comportement, et cela rendait ma mère fière, une mère très agréable, qui sait prendre soin de ses petits enfants.

C’est à travers cet accueil que ma sœur chérie, bien aimée, l’incomparable , Djamila est venue se joindre à vous, et après plus de dix ans, vos sœurs Professeur Zahara et Prophète Elizabeth Ngeze sont venues, et vous avez composé une grande famille.

Mon fils Docteur, tu as été un bon élève dans toutes les écoles que tu as fréquentées, car tu as été toujours, pendant tout ton parcours scolaire, le premiers de la classe.

Je me rappelle les question que tu me posais quand tu avais six ans : Tu voulais savoir , pour quoi tu avais une peau noire. Tu voulais savoir quel produit du corps tu pouvais utiliser pour être semblable aux autres élèves de couleur blanche de ton école.

Je t’ai dis que le grand Dieu t’ a créé noir, et que tu devrais en être fier, c’est à partir de cette conversation que je t’ ai demandé de travailler beaucoup pour être toujours le premier de la classe, pour que tu sois respecté par tes semblables élèves de couleur blanche.

Tu m as écouté et tu as toujours été le premier de ta classe partout où tu as été.

1.5. Mon fils Docteur, je vais maintenant parler de ta visite au Rwanda, en 2014.

Après avoir terminé tes études universitaires, tu m’as notifié ton souhait d’aller au Rwanda, voir ta terre natale. Je t’ai catégoriquement refusé, je me suis opposé à ta décision d’ aller au Rwanda, car je pensais que le régime de mon pays, n’a cessé de me prendre comme son ennemi, malgré que moi, je me prends comme un simple citoyen qui, dans le temps, a peut être été fautif d’une façon ou d’ une autre, mais que malgré ma demande de pardon envers eux , ce régime en place dans mon pays n a cessé de me vouloir le mal le plus élevé, sévère et atroce.

Tu m’as entendu, et tu m’as répondu que ta décision était irréversible et que tu devais y aller pour voir la terre de tes ancêtres.

Je me rappelle de l’argument que tu m’as apposé, tu disais que si le régime en place à Kigali a eu des problèmes avec vous, nos pères, nos parents, ce régime doit comprendre que nous les enfants qui ont grandi après les événements qui ont ravagé notre pays en 1994, nous n’avons rien vu, rien fait, nous n’avons aucune responsabilité dans tous ces maux qui ont ravagé notre pays, le Rwanda.

1.6. Je t’ai dit que si ta compréhension était la leur, les choses iraient mieux.

Tu m’as posé la question de savoir pourquoi ce régime en place au Rwanda te tuerait, je me rappelle que je t’ai dit qu’il t’ôterait la vie, uniquement pour me faire du mal.

Il te tuerait pour que tu sois la victime, et que je sois plus malheureux pour t’avoir perdu. .Après nos discussions, malgré que je m’étais opposé à ta décision, tu es parti, tu as pu visiter partout où tu as voulu, et tu es revenu sans que personne ne te fasse du mal.

Et mon cher fils, c’est à partir de cet instant, de cette visite au Rwanda, que tu as commencé à me faire croire que la jeunesse de la nouvelle génération, toutes et tous devraient travailler ensemble pour construire un Rwanda nouveau dans un monde nouveau.

Pour toi, tu avais marqué un but contre moi, tu m’avais montré que ma façon de voir les choses était diamétralement opposée à la tienne

Je t’ai demandé de ne jamais faire les erreurs semblables aux nôtres, de ne jamais marcher dans nos pas, et surtout de bien évaluer les meilleurs de nos pas, aussi petits soient-ils , mais qui mènent vers la réconciliation et dans le vivre ensemble de tout les Rwandais dans la tolérance et l’ acceptation de l’ autre dans notre diversité Socioculturelle

Dr. Thomas mon fils bien aimé.

Ce qui t’ont arraché ta vie pensaient qu’ils étaient plus intelligents que les autres, plus malins, mais ils ont oublié que la police sud africaine, en collaboration avec la police belge, ont pu déchiffrer les détenteurs des numéros de téléphone avec qui tu as communiqué dans les 48 heurs qui ont précédé ta mort, ainsi que les images des personnes qui ont fréquentée l endroit où tu as été tué.

Toujours en gardant l’espoir que tôt ou tard la justice fera son travail.

Ce que tes tueurs n’ont jamais su, Dr. Thomas, mon fils, c’est que tôt où tard tu allais finalement mourir, car chaque âme goûtera à la mort.

Tout ce qui a été créé, tout ce qui vit, un jour finira par mourir.

Si tes tueurs pouvaient vivre éternellement, leur victoire sur ta mort serait raisonnable selon leur compréhension.

Mais, hélas cela n’est pas le cas, car les écritures saintes nous rappellent que chaque âme finira par goûter à la mort.

Ce qui me fait encore plus mal , c’est que tu n’as jamais eu l’occasion de me rendre visite, ni à Arusha, ni au Mali. La dernière fois que nous nous sommes vus c’est vers le début de l’année 1997, quelques mois avant mon arrestation. Et voilà que tu viens de partir sans que nous nous soyons revus

1.7. Quelles leçons devrions-nous tirer de ta mort ?

La vie est courte et elle peut s’arrêter à chaque instant. N’attendons pas qu’il soit trop tard pour dire « je t’aime », pour prendre dans nos bras ceux que nous aimons, leur tenir la main et les regarder dans les yeux.

Osons reprendre contact avec nos proches dont les années et les malentendus nous ont éloignés.

Osons mettre notre fierté et notre orgueil de côté et dépasser notre rancœur pour pardonner les erreurs du passé. N’attendons pas que les autres fassent le premier pas, car ils/elles attendent peut-être la même chose.

Montrons leur l’exemple. Osons apprendre à aimer au lieu d’apprendre à haïr.

Je dois remercier les voisins et les amis qui ont été toujours présents pendant toute la période de mon absence, plus spécialement Madame Béatrice Bagirintwali, qui t as élevé à coté de ses frères, Révérende Sœur Noëlla, Madame Nadia Terderuwe de la Croix-Rouge, Révérend Père Chris Saelens et beaucoup d autres.

Je remercie tous ceux qui se sont mobilisés pour nous venir en aide pendant cette période si douloureuse,

Je remercie tous ceux qui, de près ou de loin , prié, pensé à nous sans avoir les moyens matériels de venir se joindre à nous, mais qui nous gardent dans leur cœurs.

Et je te demanderais, mon cher fils bien aimé, de là haut, d’aider tous les Rwandais à faire de toi un symbole de dernier sacrifice, et la dernière victime, car trop, c’est trop.

Dr. Thomas Ngeze mon fils, je demande encore à la famille, aux amis, et aux connaissances de pardonner à tous ceux qui ont contribué à ta mort, et d’aller vers eux pour leur dire que leur crime leur est pardonné

Le pardon que nous leur offrons servira comme un symbole fort d’amour de notre part envers nos frères et sœurs rwandais, le symbole de la réconciliation, et de la paix entre les Rwandais.

Repose en paix mon fils bien aimé Dr. Thomas Ngeze. Et que le Tout Puissant t’accueille dans son paradis ! Ainsi va la vie!

Ton Père qui t’aime tant !

Hassan Ngeze.

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