Le Rwanda dénonce des sanctions « unilatérales » tandis que la RDC salue l’action américaine contre les RDF

Par Marc Matabaro

Les États-Unis ont imposé des sanctions contre les Forces de défense rwandaises (RDF) et quatre hauts gradés de l’armée rwandaise, accusant Kigali d’avoir apporté un « soutien opérationnel direct » au mouvement rebelle M23 dans l’est de la République démocratique du Congo. La décision américaine a immédiatement provoqué deux réactions opposées : indignation à Kigali, satisfaction à Kinshasa.

Les officiers visés sont le chef d’état-major général, le général Mubarakh Muganga, le commandant des forces terrestres, le major général Vincent Nyakarundi, le major général Ruki Karusisi, ancien chef des forces spéciales et actuel commandant de la 5e division, ainsi que le brigadier général Stanislas Gashugi, chef des forces spéciales. Tous voient leurs avoirs éventuels aux États-Unis gelés et toute transaction avec des personnes ou entités américaines largement interdite.

Selon le département du Trésor américain, des milliers de soldats rwandais seraient déployés dans l’est de la RDC, combattant aux côtés du M23 et fournissant des équipements militaires avancés, notamment des drones et des systèmes de défense aérienne. Washington affirme que sans ce soutien, les offensives du M23, qui ont permis la prise de villes stratégiques comme Goma et Bukavu, n’auraient pas été possibles. Les autorités américaines soutiennent également que l’appui rwandais facilite l’accès à des zones riches en minerais, contribuant ainsi au financement de la rébellion.

À Kigali, la réaction a été ferme. Dans un communiqué officiel, le gouvernement rwandais a dénoncé des sanctions « unilatérales » qui, selon lui, « déforment la réalité » du conflit et « ciblent une seule partie » au processus de paix. Le Rwanda affirme agir en légitime défense face à des groupes armés hostiles opérant dans l’est du Congo, en particulier les FDLR, qu’il qualifie de mouvement génocidaire.

Cette rhétorique est cependant contestée. Si Kigali présente les FDLR comme une continuité directe du génocide de 1994, le mouvement a été créé au début des années 2000, plusieurs années après les événements de 1994. Nombre de ses membres n’étaient même pas nés au moment du génocide. Les FDLR sont apparues dans le contexte des massacres de réfugiés rwandais en RDC, documentés à l’époque et attribués à l’armée rwandaise et à ses alliés. Pour de nombreux observateurs, l’étiquette de « groupe génocidaire » est devenue un argument politique récurrent permettant de justifier des interventions militaires transfrontalières.

L’invocation constante du génocide confère une dimension morale puissante au discours sécuritaire de Kigali. Mais ses détracteurs estiment qu’elle sert aussi à occulter des objectifs géopolitiques et économiques plus larges. L’est de la RDC constitue l’une des régions les plus riches en minerais stratégiques au monde, essentiels aux chaînes d’approvisionnement mondiales. Washington établit un lien explicite entre le soutien militaire présumé du Rwanda au M23 et l’accès à ces zones minières.

À Kinshasa, en revanche, la décision américaine a été saluée. Le gouvernement congolais a qualifié les sanctions de « signal fort » en faveur du respect de la souveraineté territoriale de la RDC et de la mise en œuvre effective des engagements pris dans le cadre des accords de Washington signés en décembre 2025 par les présidents Paul Kagame et Félix Tshisekedi. Pour les autorités congolaises, ces mesures confirment ce qu’elles dénoncent depuis des années : une implication directe du Rwanda dans la résurgence du M23.

Le contexte rend la situation encore plus sensible. Les sanctions interviennent quelques mois seulement après la signature d’un accord censé stabiliser la région. Pourtant, depuis fin 2021, le conflit dans l’est de la RDC a repris de l’ampleur, entraînant de nouveaux déplacements massifs de populations et aggravant une crise humanitaire déjà chronique.

Les États-Unis affirment que l’objectif des sanctions n’est pas de punir, mais de provoquer un changement de comportement et de garantir le respect des engagements pris. Reste à savoir si cette pression modifiera la posture de Kigali ou renforcera au contraire sa défiance.