Le mensonge a les jambes courtes.

Par Aline Uwamariya

Dr Jean Damascène Bizimana

Depuis septembre 2021, le Dr Jean Damascène Bizimana a été nommé au ministère de l’Unité des Rwandais et de l’Éducation civique. Une décision qui a suscité la méfiance de nombreuses personnes, car il était déjà connu pour son extrémisme. Parmi elles, l’opposante Victoire Ingabire Umuhoza avait immédiatement déclaré que ce ministère était important, mais que sa direction était contestable. Comme le dit le proverbe, les mauvaises habitudes ne disparaissent pas du jour au lendemain. À peine entré en fonction, ce qui devait être l’unité s’est transformé en divisions.  

Le ministre Bizimana s’en est violemment pris aux Rwandais d’origine hutu, les qualifiant tous sans distinction de génocidaires. Si ceux qui ont commis des crimes ont été punis, si certains ont terminé leur peine et d’autres sont encore emprisonnés, alors où se trouvent les faits sur lesquels Bizimana base ses accusations ? Plus inquiétant encore, il va jusqu’aux enfants, qu’il considère eux aussi comme coupables à l’image de leurs parents. En tant que Rwandais, nous constatons qu’il est venu semer la discorde parmi les citoyens, en alimentant les divisions ethniques et en ravivant les blessures du passé, principal obstacle à une véritable unité.  

Le ministre Jean Damascène Bizimana a reçu la confiance du gouvernement rwandais, qui lui a confié cette mission. Comme pour démontrer son zèle dans la propagation des divisions, il a récemment poursuivi ce travail à l’étranger. Lors d’une rencontre de deux jours en France avec des Rwandais vivant en Europe, principalement des jeunes, il les a appelés à se méfier des Hutu qu’il qualifie de génocidaires, affirmant qu’ils ne souhaitent rien de bon au Rwanda. Il a aussi déclaré que les opposants ne font pas de politique, mais sont des terroristes, citant comme exemple l’opposante Victoire Ingabire Umuhoza, détenue depuis bientôt neuf mois.  

Comment cette unité qu’ils proclament pourrait-elle être atteinte, alors que des personnes nées après le génocide sont utilisées pour intimider d’autres citoyens sur base d’une histoire déformée, tandis que ceux qui tentent de dire la vérité se voient inventer des accusations d’idéologie du génocide, sont emprisonnés à vie ou même tués ? Tout cela arrive parce que des responsables de l’ancien mouvement rebel tutsi n’ont jamais été punis, alors que certains ont participé au génocide et à d’autres crimes contre l’humanité.  

Celui qui ment une fois ne peut pas mentir deux fois. Parce que certains crimes sont restés impunis, certains ont fini par se croire intouchables. Cela s’est vu dans la région et même dans les discours officiels.
Aujourd’hui, le gouvernement rwandais, son armée ainsi que certains hauts responsables militaires ont déjà été sanctionnés par les États-Unis pour leur implication dans la guerre menée par le M23 en République démocratique du Congo.  

Le fait que ces personnes sanctionnées soient justement celles qui devraient montrer l’exemple révèle la souffrance quotidienne des Rwandais, ainsi que l’absence de sécurité aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’étranger, car tout Rwandais finit par être considéré comme suspect.  

Pour conclure, je demande au gouvernement rwandais de devenir le premier artisan de la paix entre les Rwandais et dans la région, au lieu de faire croire que tous les problèmes sont causés par les Hutu, les FDLR, ou par ceux qui ne souhaiteraient pas le bien du Rwanda.