Washington sanctionne l’armée rwandaise pour son soutien au M23 et accuse Kigali de violer les Accords de paix

Par Marc Matabaro

Le ton est sans ambiguïté. Le 2 mars 2026, le département du Trésor des États-Unis a annoncé des sanctions contre les Rwanda Defence Force et quatre de ses plus hauts responsables militaires, accusant Kigali de soutenir activement la rébellion du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo.

Cette décision, prise par l’Office of Foreign Assets Control, intervient quelques jours seulement après la signature à Washington d’une déclaration conjointe censée relancer un processus de paix régional. Aux yeux de Washington, Kigali aurait non seulement ignoré l’esprit de ces engagements, mais aggravé la situation sur le terrain.

Un soutien militaire direct et assumé

Selon le Trésor américain, l’armée rwandaise aurait fourni un appui opérationnel direct au M23, en déployant des milliers de soldats dans l’est congolais et en mettant à disposition des équipements militaires sophistiqués. Sont notamment évoqués des systèmes de brouillage GPS, des dispositifs de défense antiaérienne et des drones.

Les autorités américaines affirment également que des centres militaires rwandais auraient servi à former des combattants du M23, et que des efforts de recrutement auraient inclus des réfugiés. Ces accusations vont bien au-delà des démentis répétés de Kigali, qui a toujours présenté son implication comme défensive et destinée à prévenir des menaces sécuritaires à sa frontière.

Washington considère désormais que les offensives du M23, notamment la prise temporaire de la ville stratégique d’Uvira après la signature des accords, n’auraient pas été possibles sans l’appui direct et la complicité de l’armée rwandaise.

Des violations graves et documentées

Le Trésor américain accuse le M23, avec le soutien de Kigali, d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires et d’actes de torture. Les combats ont provoqué de nouveaux déplacements massifs de civils dans une région déjà dévastée par des décennies de conflits armés.

Les États-Unis soulignent également que l’armée rwandaise aurait attaqué des positions des forces armées congolaises, mais aussi des contingents régionaux et des positions de la mission des Nations unies en RDC. Cette escalade militaire est jugée incompatible avec les engagements pris dans le cadre des Accords de Washington.

Au cœur des critiques figure aussi la question des ressources naturelles. Selon Washington, en échange de son soutien au M23, Kigali aurait obtenu un accès à des zones minières riches en coltan et autres minerais stratégiques, contribuant ainsi au financement de la rébellion.

Des responsables nommément désignés

Les sanctions visent directement quatre hauts gradés :

  • Mubarakh Muganga, chef d’état-major des forces de défense ;
  • Vincent Nyakarundi, chef d’état-major de l’armée de terre ;
  • Ruki Karusisi, commandant de la 5e division d’infanterie ;
  • Stanislas Gashugi, responsable des forces spéciales.

Tous sont accusés d’avoir dirigé ou supervisé des opérations soutenant le M23 en territoire congolais.

Concrètement, leurs avoirs éventuels aux États-Unis sont gelés, et toute transaction impliquant des personnes ou entités américaines est désormais interdite. Les sanctions s’étendent également aux entités détenues à 50 % ou plus par les personnes désignées.

Un revers diplomatique pour Kigali

Cette décision constitue un revers majeur pour le gouvernement rwandais. Kigali a longtemps cultivé une image de partenaire sécuritaire fiable pour les puissances occidentales, notamment en matière de maintien de la paix et de stabilité régionale.

Les sanctions américaines viennent fissurer ce narratif. Elles officialisent, au plus haut niveau, l’idée que le Rwanda ne serait pas un acteur neutre cherchant à stabiliser sa frontière, mais un protagoniste central d’une rébellion armée responsable de graves violations des droits humains.

Pour le M23, déjà sous sanctions américaines et onusiennes, ce soutien assumé par une armée nationale renforce l’idée d’une guerre par procuration, où les lignes entre rébellion et intervention étatique deviennent de plus en plus floues.

La pression monte

Le message de Washington est clair : retrait immédiat des troupes, des armes et du matériel rwandais du territoire congolais.

Reste à savoir si ces sanctions entraîneront un changement réel sur le terrain. L’histoire récente montre que les mesures ciblées peuvent isoler des individus, compliquer les transactions financières et accroître le coût politique d’une stratégie militaire. Mais elles ne suffisent pas toujours à inverser une dynamique de guerre déjà installée.

Dans l’est de la RDC, les civils continuent de payer le prix d’un conflit où les ambitions régionales, les rivalités sécuritaires et les intérêts miniers s’entremêlent.

En sanctionnant directement l’armée rwandaise et ses chefs, Washington franchit un seuil. La question est désormais de savoir si Kigali choisira l’escalade, le déni, ou une réelle désescalade conforme aux engagements signés quelques jours plus tôt.