Le gouvernement rwandais a menacé de retirer ses forces déployées dans le nord du Mozambique si un financement international durable n’est pas assuré pour soutenir l’opération militaire menée dans la province de Cabo Delgado. Cette mise en garde intervient dans un contexte diplomatique particulièrement délicat pour Kigali, déjà sous pression après des sanctions américaines visant l’armée rwandaise.
S’exprimant sur le réseau social X, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a affirmé que la question n’était pas de savoir si le Rwanda « pourrait » retirer ses troupes, mais bien que Kigali « les retirera » si un financement stable n’est pas garanti.
« Ce n’est pas que le Rwanda pourrait se retirer, c’est que le Rwanda retirera ses troupes du Mozambique si un financement durable n’est pas assuré pour ses opérations de contre-terrorisme à Cabo Delgado », a-t-il écrit.
Cette déclaration faisait suite à des informations relayées par Reuters et Bloomberg indiquant que l’Union européenne pourrait mettre fin à son soutien financier à cette mission militaire. Le financement, accordé à travers la Facilité européenne pour la paix, devrait expirer en mai prochain et rien n’indique pour l’instant qu’il sera renouvelé.
Selon Kigali, l’Union européenne a jusqu’ici versé environ 20 millions d’euros pour soutenir le déploiement des Forces de défense rwandaises (RDF) au Mozambique. La porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, affirme toutefois que le coût réel de l’opération serait au moins dix fois supérieur.
Dans une série de messages publiés sur X, Makolo a défendu l’intervention rwandaise en affirmant que les troupes envoyées en 2021 à la demande du gouvernement mozambicain ont permis de stabiliser certaines zones de Cabo Delgado. Selon elle, les civils ont pu regagner leurs foyers, les écoles ont rouvert et les activités économiques ont repris, notamment autour des gigantesques projets de gaz naturel liquéfié.
Mais derrière cette communication officielle, les critiques se multiplient quant aux véritables motivations de cette présence militaire. Plusieurs observateurs estiment que les forces rwandaises jouent également un rôle central dans la protection d’investissements étrangers majeurs, notamment ceux de TotalEnergies et d’ExxonMobil, dont les projets gaziers dans la région sont estimés à plus de 50 milliards de dollars.
Pour les opposants rwandais en exil et certains analystes, cette stratégie traduit une transformation progressive de l’armée rwandaise en un acteur sécuritaire exporté, utilisé comme instrument diplomatique par le régime de Paul Kagame pour renforcer son influence internationale.
La menace de retrait du Mozambique apparaît ainsi pour certains comme une forme de pression adressée aux partenaires occidentaux afin de maintenir les financements et la coopération militaire.
Cette séquence intervient également dans un climat de tension accru entre Kigali et plusieurs capitales occidentales. Début mars, les États-Unis ont imposé des sanctions visant les Forces de défense rwandaises et quatre généraux accusés de soutenir le mouvement rebelle M23 dans l’est de la République démocratique du Congo.
Des experts des Nations unies, ainsi que plusieurs gouvernements occidentaux, accusent depuis plusieurs années le Rwanda d’apporter un soutien militaire direct à ce groupe armé. Kigali rejette catégoriquement ces accusations et affirme agir uniquement pour défendre sa sécurité nationale.
Le président Paul Kagame a récemment déclaré que le Rwanda ne pouvait ignorer les menaces régionales et qu’il avait le droit de protéger ses frontières et ses citoyens.
Cependant, ces tensions diplomatiques semblent désormais dépasser le seul domaine militaire et commencent à toucher d’autres sphères, y compris le sport.
Cette semaine, la Fédération rwandaise de basketball (FERWABA) a annoncé que l’APR Basketball Club, équipe appartenant à l’armée rwandaise, s’était retirée de la prochaine édition de la Basketball Africa League (BAL), une compétition soutenue par la NBA américaine.
La ligue a confirmé que l’APR serait remplacé par l’équipe RSSB Tigers avant le début de la conférence « Kalahari », prévue en Afrique du Sud à la fin du mois. Ni la BAL, ni la fédération rwandaise, ni le club lui-même n’ont officiellement expliqué les raisons de ce retrait soudain.
Toutefois, plusieurs médias rwandais ont établi un lien entre cette décision et les sanctions américaines récemment imposées contre l’armée rwandaise. Ce retrait est interprété par certains observateurs comme un nouveau signe de crispation entre Kigali et ses partenaires occidentaux.
Dans ce contexte, la menace de retrait des troupes rwandaises du Mozambique, combinée à ces tensions diplomatiques et sportives, illustre les difficultés croissantes auxquelles le gouvernement rwandais est confronté sur la scène internationale.
Alors que Kigali cherche à présenter ses interventions militaires comme indispensables à la stabilité régionale, de plus en plus de voix s’interrogent sur le coût politique et diplomatique de cette stratégie, ainsi que sur l’utilisation de l’armée rwandaise comme levier d’influence dans les relations internationales.


























































