L’envoyé de Trump met en garde le Rwanda et négocie un accord minier avec Kinshasa

Par Marc Matabaro

Lors d’un point de presse tenu en ligne le 17 avril, le conseiller principal pour l’Afrique du département d’État américain, Massad Boulos, accompagné de la sous-secrétaire d’État adjointe Corina Sanders, a lancé un message clair à Kigali : retrait immédiat des troupes rwandaises de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et fin du soutien militaire au groupe rebelle M23. Cette déclaration intervient à la suite d’une tournée diplomatique de Boulos en RDC, au Rwanda, en Ouganda et au Kenya du 2 au 9 avril.

« Le M23 doit déposer les armes et les forces rwandaises doivent se retirer du territoire congolais. C’est notre position. Elle est très claire, et nous allons continuer à la défendre », a déclaré Boulos. Il a réitéré l’appel de Washington à un cessez-le-feu et au respect de la souveraineté congolaise, soulignant que ce message avait déjà été transmis par le secrétaire d’État Marco Rubio aux dirigeants régionaux. À propos de la présence des FDLR à l’est de la RDC, Boulos a reconnu l’importance du sujet tout en insistant sur la nécessité d’une solution diplomatique : « Chacun doit se sentir en sécurité, face aux menaces réelles ou perçues. »

Le conseiller américain a évoqué des signes d’apaisement sur le terrain. Les troupes du M23, soutenues par le Rwanda selon plusieurs sources, se sont récemment retirées de Walikale, localité du Nord-Kivu proche d’un site minier exploité par Alphamin, une société à capitaux américains. Cette mine avait dû suspendre ses activités à cause de l’avancée des rebelles, provoquant une envolée des prix de l’étain sur le marché mondial. Sa réouverture a aussitôt fait baisser les cours. Boulos a salué ce retrait comme un « geste de bonne volonté » et un signal encourageant. Il s’est également félicité de la reprise du dialogue direct entre l’administration Tshisekedi et le M23, pour la première fois depuis des années, qualifiant cet échange de « très bon point de départ ».

Au-delà des considérations sécuritaires, la conférence a confirmé l’ambition des États-Unis de renforcer leur ancrage économique sur le continent, et en particulier en RDC. Boulos a confirmé l’existence de négociations autour d’un accord minier visant à accroître les investissements américains dans un secteur largement dominé par les entreprises chinoises. Selon lui, il s’agit de permettre à des sociétés américaines respectueuses des normes sociales, environnementales et fiscales de s’implanter durablement. « Nous parlons d’accords gagnant-gagnant. Ce sont des entreprises responsables, respectueuses des lois locales, qui apportent une vraie valeur ajoutée », a-t-il affirmé.

Les États-Unis entendent aussi accompagner le développement des infrastructures congolaises, notamment via le projet stratégique du corridor de Lobito, et des investissements dans l’énergie ou les transports. La DFC (Development Finance Corporation) et la banque Exim sont mobilisées pour financer ces projets. L’objectif est double : offrir des alternatives aux partenariats existants tout en appuyant les réformes promises par Kinshasa. « Le temps nous dira qui sont les véritables partenaires de la RDC. Nous ne sommes pas là pour chasser qui que ce soit, mais pour proposer quelque chose de mieux », a lancé Boulos.

Toutefois, certaines informations soulèvent des inquiétudes sur les contours sécuritaires de ce rapprochement. Selon Reuters, l’homme d’affaires Erik Prince – proche de Donald Trump et fondateur de l’ex-société militaire privée Blackwater – aurait signé un accord préliminaire avec le gouvernement congolais pour aider à sécuriser les recettes minières et lutter contre la contrebande. Bien que le projet n’implique pas, pour l’instant, de déploiement de mercenaires en zones de conflit, la présence de Prince dans le dossier relance les craintes d’une privatisation croissante de la sécurité dans une région déjà instable. Ni Prince ni le département d’État n’ont souhaité commenter officiellement.

Parallèlement, Kigali aurait accepté de laisser les troupes de la SADC, basées à Goma, quitter la ville via son territoire en direction de la Tanzanie. Cette décision intervient alors que la force régionale SAMIDRC a commencé son retrait progressif, conformément à la demande du Rwanda. Selon des sources diplomatiques, les armes des soldats seront scellées pendant leur passage par le Rwanda. Ce geste, hautement symbolique, pourrait marquer une volonté d’apaisement de la part de Kigali.

Aux Nations Unies, la position américaine reste ferme. Le représentant américain John Kelley a renouvelé l’exigence du retrait total du M23 et des troupes rwandaises, condamnant les violations des droits humains dans la région. Le Royaume-Uni a pour sa part demandé un cessez-le-feu immédiat et sans conditions. Mais certains observateurs s’inquiètent d’un glissement vers une approche plus transactionnelle. Dans un éditorial au vitriol, The Guardian dénonce une logique néocoloniale où la RDC troquerait sa souveraineté contre un semblant de stabilité, dans un jeu d’influences où les matières premières pèsent plus que les principes.

Pour Washington, il s’agit de conjuguer pression diplomatique et incitations économiques pour résoudre un conflit qui a déjà fait des millions de morts. Mais rien ne garantit que cette stratégie mènera à une paix durable. Tout dépendra de ce que Kinshasa acceptera de concéder pour obtenir soutien, sécurité et développement.