Des informations en provenance du Rwanda font état de l’arrestation de plusieurs responsables de haut niveau du Rwanda Mining Board (RMB), ainsi que de puissants exploitants miniers et commerçants de minerais. Selon diverses sources, certains cadres supérieurs au niveau des divisions du RMB ont été arrêtés, tout comme des opérateurs économiques influents, à la suite d’une enquête diligentée par l’Organe rwandais d’Investigation (RIB).
D’après les informations disponibles, parmi les responsables mis en cause figurent John Kanyangira, chef de la division de la Traçabilité des minerais (HOD Mineral Traceability), Richard Niyongabo, chef du Cadastre minier et de l’Information numérique (HOD Mining Cadaster & Digital Information), et Augustin Rwamushana Karemera, chef du Marché et de la Stratégie minière (HOD Mineral Market & Strategy).
Côté secteur privé, les noms de plusieurs grands exploitants sont cités, notamment celui de Philippe Ndagijimana, propriétaire de la société GAMICO qui exploite la mine de Bashama à Kigali, ainsi que Jonas Habinshuti, connu pour détenir de nombreuses licences d’exploitation sous divers noms de sociétés, certaines revendues illégalement selon les accusations. Callixte Kwizera est également mentionné parmi les personnes visées, tout comme un commerçant de minerais non encore identifié.
Les responsabilités de ces individus dans l’appareil minier national laissent présager des accusations graves telles que la contrebande de minerais, la falsification de documents de traçabilité, et la commercialisation illégale de ressources naturelles.
En parallèle, le directeur général du RMB, Francis Kamanzi — déjà placé sous sanctions de l’Union européenne — fait aussi l’objet d’une enquête menée par le RIB, bien qu’il ne soit pas, pour l’instant, détenu.
Confirmant les premières informations, le RIB a publié ce samedi une mise à jour officielle sur son compte X, indiquant que trois hauts responsables du RMB, à savoir Rwamushana Augustin, Kanyangira John et Niyongabo Richard, ont été arrêtés. Ils ont été appréhendés avec quatre entrepreneurs soupçonnés d’être leurs complices dans les délits qui leur sont reprochés. Au total, les sept individus sont détenus dans les stations de Rwezamenyo et de Nyarugenge. Selon le RIB, ils sont poursuivis pour des faits de corruption, d’abus de pouvoir pour des intérêts personnels, d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent. L’agence a rappelé que la corruption est un crime imprescriptible au Rwanda et a exhorté la population à continuer de dénoncer de tels actes.
Si cette vague d’arrestations peut donner l’impression d’une volonté de nettoyer un secteur clé, de nombreux analystes expriment leur scepticisme. Certains y voient plutôt une réaction précipitée du régime rwandais pour tenter de masquer une situation devenue difficilement défendable à l’international. Le manque de professionnalisme dans la traçabilité des minerais aurait en effet empêché de dissimuler correctement l’origine des ressources extraites illégalement en République démocratique du Congo, et entrées clandestinement au Rwanda.
Pour d’autres, plus familiers des arcanes du secteur minier rwandais, ces arrestations relèvent d’une opération politique calculée. Ils rappellent que la stratégie de Kigali, face aux accusations récurrentes de pillage de ressources en RDC, a consisté à construire une vitrine d’exportations officielles prétendument domestiques, en s’appuyant sur une supervision technique renforcée. C’est au fil de ces contrôles que seraient apparues les failles, révélant un secteur miné par la corruption, la mauvaise gouvernance et la prédation.
Ces développements interviennent alors que le Rwanda multiplie les gestes pour convaincre ses partenaires occidentaux de sa bonne foi. Depuis 2024, plusieurs visites d’acteurs politiques étrangers influents ont été organisées sur des sites miniers du pays : Massad Boulos, conseiller principal du président Donald Trump pour l’Afrique, en avril 2025 ; Lord Collins, ministre britannique pour l’Afrique, en septembre 2024 ; ou encore le député américain Ronny Jackson en mars 2025. Ces visites, orchestrées par Kigali, visaient clairement à restaurer une image écornée par les rapports accablants des Nations unies sur la provenance frauduleuse des minerais exportés.
Un expert en diplomatie internationale affirme d’ailleurs que le président Paul Kagame et son gouvernement avaient besoin de « boucs émissaires » pour apparaître aux yeux du monde comme responsables et soucieux de la légalité, sans remettre en cause les structures profondes qui, selon plusieurs rapports, organisent l’exploitation systématique des ressources de l’est de la RDC au profit de Kigali.
En arrière-plan, l’enjeu est de taille : la signature imminente d’accords stratégiques avec les États-Unis sur l’approvisionnement en minerais critiques, dans un contexte de rivalité géoéconomique exacerbée entre Washington et Pékin. Washington exige des garanties sur l’origine des ressources importées et sur leur traçabilité, alors que nombre de minerais en provenance du Rwanda, notamment le coltan, l’étain et le tungstène, pourraient en réalité provenir des zones de conflit de l’est congolais.
Un journaliste rwandais, connaissant bien les réalités internes du pays, estime que le gouvernement tente ainsi de “faire d’une pierre deux coups” : répondre aux exigences américaines et occidentales tout en consolidant son contrôle sur un secteur minier vital, en éliminant au passage certains éléments devenus gênants. Toutefois, l’essentiel du secteur minier rwandais reste dominé par des entreprises étroitement liées au Front Patriotique Rwandais (FPR), parti au pouvoir, et par les proches du cercle présidentiel, ce qui rend illusoire toute véritable réforme structurelle.
Si le Premier ministre Édouard Ngirente se félicite de la hausse spectaculaire des revenus miniers, de 373 millions de dollars en 2017 à 1,7 milliard en 2024, cette performance économique reste entachée par la guerre du M23, mouvement armé pro-rwandais qui contrôle aujourd’hui de vastes territoires riches en minerais dans l’est de la RDC. Les experts de l’ONU continuent de documenter l’exploitation illégale de ces ressources au profit du Rwanda, défiant ainsi les appels répétés à mettre fin à ces pratiques.
Face à ces contradictions profondes, l’opération du RIB, aussi spectaculaire soit-elle, risque bien de n’être perçue que comme un nouvel exercice de communication politique, incapable de cacher durablement la réalité d’un système où exploitation minière, prédation économique et pouvoir politique restent inextricablement liés.

























































