L’ancien sénateur belge Alain Destexhe, proche du régime de Paul Kagame, qui lui a d’ailleurs accordé la nationalité rwandaise, est plus connu pour ses sorties médiatiques que pour son travail politique. Impliqué dans plusieurs affaires de corruption et de conflits d’intérêts de Kinshasa à Paris, en passant par Baku (Azerbaïdjan), il s’est récemment rendu à Goma, où il a préféré interviewer Sultani Makenga, le chef militaire du M23, plutôt que Corneille Nangaa, le chef officiel de l’AFC/M23, considéré comme un simple figurant dans cette organisation manipulée depuis Kigali.
Dans cette entrevue, Makenga a tenu un discours reprenant la ligne de propagande du régime rwandais, minimisant le rôle du Rwanda dans l’invasion de l’Est de la RDC et présentant le M23 comme une force de “résistance” défensive.
L’entretien s’est déroulé dans une villa transformée en QG, bien gardée par des hommes en armes. À l’entrée, des véhicules marqués du sigle des FARDC—capturés selon Makenga—témoignent du matériel pris aux forces loyalistes congolaises. Alors que la radio militaire crépite en arrière-plan et que les téléphones ne cessent de sonner, le général Makenga joue la carte du chef de guerre organisé et discipliné, dirigeant une armée supposément structurée et efficace.
Lorsqu’on lui demande s’il envisage de marcher sur Kinshasa, Makenga affirme que le M23 n’a pas cet objectif, sauf en cas de “menace”. Il tente ainsi de justifier l’occupation de Goma et Bukavu en expliquant que les FARDC pilonnaient leurs positions et que des opérations étaient menées depuis Bukavu via l’aéroport de Kavumu.
La rhétorique de Makenga repose sur la victimisation et la distorsion des faits, insistant sur une supposée persécution des Tutsis congolais pour légitimer la rébellion. Il évite cependant de mentionner que le M23 est directement soutenu par le Rwanda, qui a utilisé cette milice comme un proxy militaire pour annexer des territoires riches en ressources minières.
Lorsque Destexhe l’interroge sur la victoire militaire fulgurante du M23, Makenga esquive la question en insistant sur la motivation et la discipline de ses hommes, tout en évitant de parler du soutien logistique et militaire rwandais qui a permis ces avancées rapides.
L’entretien prend une tournure plus politique lorsque Destexhe évoque les négociations sous l’égide de l’Angola. Makenga se montre favorable au dialogue, mais il insiste sur le fait que Kinshasa n’a encore rien proposé—une manière subtile de rejeter la faute sur le gouvernement congolais alors que le M23 a toujours refusé de désarmer.
Sur la présence des troupes de la SADC (Afrique du Sud, Malawi, Tanzanie) encore stationnées à Goma, Makenga tente de minimiser leur situation difficile, affirmant qu’elles ne sont pas prisonnières et qu’elles peuvent circuler librement sans armes. En réalité, ces forces sont encerclées et dans l’incapacité de mener des opérations, ce qui a contraint la SADC à négocier leur retrait progressif.
Un passage particulièrement révélateur concerne la présence de mercenaires roumains aux côtés des FARDC. Makenga accuse l’Europe de venir tuer des Congolais qui défendent leurs droits, tout en oubliant de mentionner que le Rwanda a envoyé des centaines de soldats déguisés en combattants du M23 pour assurer la mainmise de Kigali sur l’Est de la RDC.
Lorsque Destexhe évoque les accusations d’exactions du M23 à l’hôpital Heal Africa, Makenga tente de se justifier en affirmant que des ex-FARDC s’y cachaient et possédaient des armes. Il prétend que le personnel de l’hôpital a alerté le M23, une version contradictoire avec les témoignages d’ONG et des habitants dénonçant des enlèvements et exécutions sommaires de blessés.
La conclusion de l’interview prend une tournure ouvertement politique lorsque Destexhe demande à Makenga son opinion sur Félix Tshisekedi. Fidèle à la rhétorique du M23 et de Kigali, Makenga insulte le président congolais, le qualifiant de bandit, affirmant qu’il n’a jamais aimé son pays et qu’il l’a toujours été. Cette déclaration, loin d’être anodine, s’inscrit dans la campagne de déstabilisation menée par Kagame pour discréditer le gouvernement congolais et légitimer l’intervention du M23 comme une alternative politique.
Cet entretien, qui se veut une exclusivité médiatique, ne fait que confirmer la proximité de Destexhe avec Kigali. Plutôt que de poser des questions difficiles ou de remettre en question les mensonges évidents du M23, Destexhe s’inscrit dans la logique de propagande du régime rwandais.
Alors que l’Angola tente de relancer les négociations et que la SADC cherche une stratégie post-retrait, cette interview montre clairement que le M23 et son parrain rwandais ne sont pas prêts à céder du terrain sans obtenir un contrôle effectif sur les territoires conquis






















































