Campagnes d’Influence Pilotées par l’IA et Répression Numérique au Rwanda

Le rapport « Old Despots, New Tricks – An AI-Empowered Pro-Kagame/RPF Coordinated Influence Network on X« , publié le 20 juin 2024 par le Media Forensics Hub de l’Université Clemson, expose une campagne d’influence numérique sophistiquée orchestrée par des acteurs alignés avec le parti au pouvoir au Rwanda, le Front Patriotique Rwandais (FPR), sous la direction du Président Paul Kagame.

Cette étude approfondie identifie un réseau de plus de 464 comptes sur X (anciennement Twitter), générant plus de 650 000 messages depuis janvier 2024. Ces comptes se concentrent principalement sur la promotion des récits pro-Kagame et FPR, attaquent les critiques et manipulent les discussions sur des sujets clés tels que le conflit en République Démocratique du Congo (RDC), les succès du gouvernement et les événements sportifs/touristiques.

La campagne utilise massivement des outils d’IA avancés, y compris des modèles de langage large (LLM) comme ChatGPT et des images générées par IA, pour créer et diffuser du contenu. Cette technologie permet au réseau de produire rapidement un contenu diversifié et volumineux, facilitant ainsi l’inondation des plateformes de médias sociaux avec des messages pro-gouvernementaux et étouffant la dissidence. Des fuites de prompts et de contenus générés, publiés par erreur par les comptes, fournissent des preuves de l’utilisation de cette IA.

Les principales conclusions du rapport incluent :

  • L’implication d’au moins 464 comptes, avec une production croissante dans le temps.
  • L’utilisation massive de l’IA, y compris ChatGPT pour la génération de texte et des outils d’IA pour la création d’images.
  • Une messagerie centralisée et coordonnée avec une opération de comptes décentralisée.
  • Une focalisation sur cinq thèmes principaux : le RDC (52%), Kagame/FPR (20%), critiques de Kagame/FPR (16%), succès du gouvernement (9%) et événements sportifs/touristiques (8%).
  • L’utilisation ciblée de hashtags pour promouvoir et dévaloriser des récits spécifiques, réussissant à submerger les conversations sur des sujets critiques.

Le rapport souligne la capacité sophistiquée de répression numérique du Rwanda, visant à atténuer les critiques et à accroître le contrôle. Cela inclut la propagande d’État, le harcèlement des critiques et les assassinats ciblés. Malgré ces tactiques, le Rwanda maintient une image positive à l’international en promouvant ses réalisations économiques, ses efforts de maintien de la paix régionale et ses initiatives internationales, comme l’accueil de demandeurs d’asile expulsés du Royaume-Uni.

La collaboration du Rwanda avec des entreprises de relations publiques mondiales aide à gérer sa réputation, en promouvant des événements culturels et des partenariats sportifs, tels que ceux avec la Basketball Africa League (BAL) de la NBA, Arsenal FC, Bayern Munich FC et Paris Saint-Germain. Ces partenariats aident à maintenir la crédibilité mondiale du Rwanda, souvent par ignorance stratégique des pratiques autoritaires du régime.

En mai 2024, Forbidden Stories a rapporté l’utilisation par le Rwanda de comptes de médias sociaux coordonnés pour la propagande et le harcèlement. Le rapport de l’Université Clemson détaille les tactiques, techniques et procédures (TTP) employées dans la campagne, illustrant comment les acteurs alignés sur le gouvernement amplifient leur influence grâce aux LLM et à l’intelligence artificielle générative (GAI).

Le réseau pro-Kagame/FPR est actif depuis début 2024, avec certains comptes datant de plus loin. Ces comptes ont poussé des récits favorables à Kagame et au FPR tout en ciblant les ennemis perçus de l’État. La campagne vise à influencer tant les résidents régionaux que les médias internationaux, façonnant le récit des actions du gouvernement rwandais et des critiques.

Le rapport conclut en soulignant l’évolution des opérations d’influence affiliées à l’État, en particulier avec l’intégration d’outils d’IA avancés. Il appelle à une collaboration entre les plateformes numériques et les décideurs politiques pour contrer l’utilisation de l’IA et des médias synthétiques par les régimes autoritaires afin de maintenir les principes démocratiques mondiaux.

Cette analyse complète révèle les efforts sophistiqués du gouvernement rwandais pour contrôler et manipuler la perception publique, tant au niveau national qu’international. Les conclusions soulignent l’importance de la vigilance et des mesures proactives pour relever les défis posés par la propagande et la répression numérique pilotées par l’IA.