Le Rwanda rompt ses relations avec la Belgique, Bruxelles réplique

Par Marc Matabaro

Ce 17 mars 2025, le gouvernement rwandais a annoncé la rupture immédiate de ses relations diplomatiques avec la Belgique. Dans un communiqué officiel, Kigali accuse Bruxelles de mener une campagne hostile visant à déstabiliser le Rwanda et la région. La décision s’accompagne de l’expulsion des diplomates belges, sommés de quitter le pays dans un délai de 48 heures. En réaction, Maxime Prévot, ministre belge des Affaires étrangères, a dénoncé une décision « disproportionnée » et a annoncé des mesures de réciprocité, incluant l’expulsion des diplomates rwandais et la suspension des accords de coopération.

La tension entre Kigali et Bruxelles s’est intensifiée ces derniers mois, la Belgique jouant un rôle central au sein de l’Union Européenne pour la mise en place de sanctions contre le Rwanda en raison de son soutien au M23 et de son implication dans la guerre à l’Est de la République Démocratique du Congo. Bruxelles a également plaidé pour la suspension des aides au développement et la révision des accords commerciaux avec Kigali. L’Union Européenne, sous l’impulsion de la Belgique, s’apprête à sanctionner neuf responsables rwandais et du M23, accusés d’être impliqués dans le conflit congolais. Ces sanctions, qui incluront des interdictions de voyage et des gels d’avoirs, doivent être officialisées ce lundi.

Dans sa déclaration, le gouvernement rwandais reproche à la Belgique son passé colonial, l’accusant d’avoir divisé le Rwanda et d’avoir favorisé les tensions ethniques ayant conduit au génocide de 1994. Kigali dénonce également le fait que Bruxelles héberge des groupes qu’il accuse de propager le négationnisme et de maintenir une idéologie génocidaire.

Le ministre belge des Affaires étrangères a répondu en affirmant que cette décision montre que Kigali préfère couper le dialogue lorsqu’un désaccord surgit. En représailles, la Belgique a convoqué le chargé d’affaires rwandais, annoncé l’expulsion des diplomates rwandais et dénoncé les accords de coopération bilatérale. Cette rupture marque une détérioration sans précédent des relations entre les deux pays.

Cette crise diplomatique pourrait avoir de lourdes conséquences pour le Rwanda. Si Bruxelles a été qualifiée de « petit pays » par Paul Kagame lors de son discours du 16 mars, elle n’en demeure pas moins influente au sein de l’Union Européenne et pourrait peser davantage en faveur d’un durcissement des sanctions européennes contre Kigali. La rupture des accords de coopération prive également le Rwanda d’un soutien financier et technique important dans plusieurs domaines stratégiques comme l’éducation, la santé et le développement. Cette situation s’ajoute aux sanctions déjà imposées par les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Canada, qui affectent l’économie rwandaise et fragilisent la position diplomatique de Kigali sur la scène internationale.

Paul Kagame a récemment averti les Rwandais que des jours difficiles s’annonçaient, les appelant à se préparer à des mesures d’austérité face aux conséquences des tensions diplomatiques et économiques croissantes. Il a réaffirmé que son pays riposterait aux sanctions occidentales avec les moyens dont il dispose, bien que ces moyens restent limités. Il a également accusé Bruxelles de vouloir imposer son autorité sur Kigali, rappelant que la Belgique avait déjà joué un rôle dans le passé en essayant de maintenir le Rwanda sous sa tutelle.

La rupture des relations entre Kigali et Bruxelles marque un tournant dans les relations internationales du Rwanda. Avec la multiplication des sanctions et l’isolement diplomatique croissant, Kigali devra désormais faire face à un resserrement des pressions internationales. Alors que la situation en RDC continue de se détériorer avec les avancées du M23, cette escalade pourrait également avoir un impact sur les perspectives d’un règlement pacifique du conflit.

La Belgique et le Rwanda entrent dans une phase de confrontation ouverte, avec des mesures de représailles mutuelles et un climat diplomatique extrêmement tendu. Les prochaines semaines seront décisives pour évaluer les conséquences de cette rupture et la capacité du Rwanda à gérer l’isolement grandissant qui lui est imposé.