Les propos de Kagame « mettent en danger immédiat la sécurité » de Victoire Ingabire, selon ses avocats

Victoire Ingabire Umuhoza

Les avocats de Victoire Ingabire, une femme politique rwandaise opposée au régime en place, expriment une vive inquiétude face aux récents propos tenus par le Président Paul Kagame. Lors d’un discours public prononcé le week-end dernier, ces propos, selon eux, s’inscrivent dans une série de déclarations antérieures qu’ils jugent inquiétantes pour la sécurité de leur cliente.

Samedi dernier, le Président Kagame s’exprimait lors de la 17ᵉ édition du forum annuel du Unity Club, une organisation regroupant des officiels actuels et anciens ainsi que leurs conjoints. Dans son discours, diffusé en direct sur la radio et la télévision nationales, Kagame a déclaré : « Il y a ceux-là que vous voyez se promener librement, ceux que nous avons graciés après les avoir sortis de prison… Vous les connaissez. Ils sont même acclamés par des personnes à l’étranger, qui prétendent qu’ils sont des héros de la démocratie ou qu’ils luttent pour je ne sais quoi. »

Kagame a utilisé une métaphore, comparant ces personnes à des horloges murales nécessitant des ajustements pour être mises à l’heure. Il a poursuivi en affirmant : « Mais concernant la vie de notre nation, des Rwandais, notre passé, notre présent et notre avenir, il y a des limites qui ne doivent pas être franchies. Toute tentative de les perturber doit être arrêtée. »

Bien que Kagame n’ait pas mentionné le nom de Victoire Ingabire, les avocats internationaux de cette dernière estiment qu’elle était visée. Ils rappellent que ce discours suit des propos tenus en juillet dernier, où Kagame avait déclaré que le dossier d’Ingabire ne se terminerait pas bien et que le gouvernement trouverait une solution appropriée. Lors de cet événement, il avait également qualifié Ingabire en anglais de « femme née d’un génocidaire ».

Dans un communiqué publié mardi, les avocats dénoncent ces propos qu’ils jugent « diffamatoires et incendiaires », en les mettant en lien avec des rapports documentant des abus subis par des membres du parti d’Ingabire ou leurs proches : arrestations arbitraires, tortures, disparitions forcées et assassinats.

Le gouvernement rwandais n’a pas encore officiellement répondu à ce communiqué, mais il réfute régulièrement les accusations des organisations de défense des droits humains, affirmant qu’elles visent à ternir l’image du Rwanda.

Les avocats d’Ingabire soulignent que de tels discours présidentiels encouragent les acteurs influents à ne pas craindre de proférer ou d’exécuter des menaces contre leur cliente. Selon eux, la sécurité d’Ingabire est d’autant plus préoccupante qu’elle est interdite de quitter le Rwanda et que ses déplacements à l’intérieur du pays sont strictement surveillés.

Ils rappellent également que toutes les demandes de leur cliente pour se rendre en Europe afin de visiter sa famille, notamment son mari gravement malade, ont été ignorées. En conclusion, les avocats mettent en garde le gouvernement rwandais : toute atteinte à l’intégrité d’Ingabire engagerait sa responsabilité. Ils exhortent Kagame à condamner publiquement toute tentative de nuire à leur cliente, à garantir sa sécurité et à répondre favorablement à sa demande de voyage pour retrouver sa famille après 14 ans de séparation.