Lundi 17 mars 2025, Denis Mukwege, prix Nobel de la paix et défenseur des droits humains, a pris la parole pour exprimer son opposition aux négociations directes annoncées entre le gouvernement congolais et le M23. Dans une déclaration ferme, il a dénoncé une approche erronée qui occulte la dimension internationale du conflit à l’Est de la RDC et a plaidé pour la tenue d’une Conférence internationale pour la paix, afin de garantir une solution durable à la crise.
Mukwege a rappelé que la guerre qui ravage l’Est de la RDC ne peut être réduite à un simple conflit interne. Selon lui, l’implication directe du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi, ainsi que celle des pays membres de la SADC et de l’EAC, démontre l’ampleur régionale du problème. Il a également pointé du doigt les intérêts stratégiques de grandes puissances et d’acteurs économiques internationaux attirés par les minerais critiques de la région, essentiels pour l’industrie numérique, énergétique et militaire.
Il a mis en garde contre le fait de négocier sous la menace des armes, estimant que cela reviendrait à institutionnaliser la loi du plus fort et à légitimer une agression ainsi qu’une occupation illégale du territoire congolais. Il a notamment insisté sur la nécessité d’appliquer pleinement la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui exige un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel et appelle le Rwanda à cesser son soutien au M23 et à retirer ses troupes du territoire congolais sans conditions préalables.
Mukwege estime que la seule façon d’éviter une nouvelle compromission aux dépens de la souveraineté congolaise est d’adopter une approche internationale coordonnée. Il appelle ainsi à revitaliser l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba et à réunir les différents acteurs à travers une Conférence internationale pour la paix en RDC. Cette plateforme permettrait d’élaborer une feuille de route concertée et de mobiliser les ressources nécessaires pour rétablir la stabilité.
Selon lui, ce n’est qu’une fois ce cadre international consolidé et les responsabilités bien établies qu’un dialogue inclusif pourra être envisagé. Celui-ci devrait alors impliquer non seulement le M23, mais aussi l’ensemble des groupes armés, la société civile, les partis politiques et le gouvernement congolais, sous l’égide des principes fondamentaux de l’Union Africaine. Il a toutefois salué les efforts diplomatiques du président angolais João Lourenço, tout en insistant sur le fait que la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC doivent être la pierre angulaire de toute négociation.
Mukwege met en garde contre les erreurs du passé et exhorte les décideurs congolais et internationaux à ne pas répéter des compromis hasardeux qui pourraient ouvrir la voie à la balkanisation de la RDC ou à une annexion progressive des provinces du Kivu. Il appelle à une approche réfléchie qui garantisse aux générations futures un pays souverain, où la paix et la justice ne seront plus soumises aux diktats des groupes armés et des puissances étrangères.






















































