L’Ouganda redéfinit son rôle dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) en renforçant massivement sa présence militaire. Alors que le M23 et les forces rwandaises avancent dans des zones stratégiques du Nord-Kivu, Kampala déploie des troupes et des moyens logistiques pour s’assurer un contrôle sur la région, officiellement pour contenir la progression du M23.
Le général Muhoozi Kainerugaba, commandant des forces ougandaises (UPDF) et fils du président Yoweri Museveni, a récemment multiplié les déclarations controversées sur X (anciennement Twitter), affirmant que l’Ouganda contrôle toute la frontière congolaise au nord de Lubero et que « rien ne s’y passera sans son autorisation ». Il a également délimité l’influence du Rwanda, affirmant qu’elle s’arrêtait 20 kilomètres au sud de Lubero, une manière implicite de poser une ligne rouge face à Kigali.
Alors que Muhoozi semble revendiquer la suprématie militaire ougandaise sur la frontière avec la RDC, il entretient en parallèle une relation ambivalente avec Kigali. Il a récemment affirmé que l’Ouganda et le Rwanda sont unis pour toujours, annonçant son intention de signer un pacte de défense avec Kagame, qui stipulerait qu’une attaque contre l’un des deux pays serait une déclaration de guerre contre les deux.
Dans le même temps, des sources congolaises signalent un déploiement massif des forces ougandaises au Nord-Kivu, notamment à Butembo et Lubero, avec des renforts en effectifs et en matériel lourd. Selon ces sources, l’UPDF met en place une ligne de défense pour bloquer l’expansion du M23 vers Butembo et Beni, laissant entendre que l’Ouganda pourrait s’opposer militairement à l’avancée du groupe rebelle.
Cependant, l’Ouganda reste étonnamment épargné des accusations de complicité avec le M23, alors que les premiers combattants du groupe rebelle étaient entrés en RDC en 2022 depuis l’Ouganda. Ce paradoxe soulève des doutes sur le véritable jeu de Kampala : s’oppose-t-il réellement au M23 ou cherche-t-il simplement à redéfinir les zones d’influence entre Kigali et lui ?
Le renforcement de la présence militaire ougandaise coïncide avec une décision stratégique de l’Autorité fiscale ougandaise (URA), révélée dans un mémorandum officiel du 3 mars 2025. Ce document, adressé à l’ensemble des services douaniers, réoriente les flux commerciaux destinés à la RDC en interdisant temporairement le transit des marchandises vers Goma et Bukavu. Il justifie cette mesure par la perte de contrôle de ces villes par le gouvernement congolais, ce qui aurait entraîné des pertes financières considérables pour les douanes congolaises et ougandaises.
Selon cette directive, les exportations ougandaises vers la RDC doivent désormais passer par d’autres points frontaliers, notamment Bunagana, Ishasha, Busanza et Kyeshero, empêchant ainsi les flux commerciaux habituels de transiter par Katuna et Cyanika, qui sont les routes les plus utilisées vers le Rwanda.
Cette décision suscite plusieurs interrogations. L’Ouganda cherche-t-il à affaiblir Kigali en détournant le commerce congolais de ses circuits habituels, ou cherche-t-il simplement à préserver ses intérêts économiques dans un contexte d’instabilité ? Cette redirection forcée des échanges commerciaux pourrait réduire l’influence économique du Rwanda sur la région, tout en renforçant la position stratégique de Kampala dans l’Est congolais.
Alors que Muhoozi multiplie les déclarations ambiguës sur X, oscillant entre soutien apparent à Kigali et revendication d’une souveraineté militaire sur la frontière avec la RDC, l’Ouganda semble déterminé à jouer un rôle central dans la recomposition des rapports de force en Ituri et au Nord-Kivu.
Reste à savoir si ce repositionnement militaire et économique est une véritable opposition à l’expansion rwandaise en RDC ou une stratégie visant simplement à garantir à Kampala une place incontournable dans la région des Grands Lacs.






















































