L’administration Trump s’apprête à nommer Massad Boulos, homme d’affaires libanais et beau-père de Tiffany Trump, comme envoyé spécial pour la région des Grands Lacs. Une nomination qui intervient alors que la République démocratique du Congo (RDC) cherche un accord stratégique sur ses minerais avec Washington. Boulos, conseiller de Trump pour les affaires arabes depuis décembre, pourrait se rendre prochainement à Kinshasa et Kigali après l’obtention de ses accréditations diplomatiques et sécuritaires.
La RDC, pays au sous-sol parmi les plus riches du monde, est en proie à une guerre menée par le M23, un groupe rebelle soutenu par Kigali selon les États-Unis et l’ONU. Officiellement, le M23 prétend défendre les droits des Tutsis congolais, mais en réalité, il sert les intérêts du régime rwandais en occupant militairement l’Est congolais et en facilitant l’exploitation illégale des minerais par Kigali. Félix Tshisekedi, affaibli par la perte de plusieurs territoires, voit dans un accord avec Washington une opportunité de renforcer sa position et de pousser le M23 à se retirer.
Le gouvernement congolais espère également que les États-Unis imposeront des sanctions plus lourdes contre le Rwanda et ses relais dans la région. Patrick Muyaya, ministre de la Communication, a récemment rappelé l’importance du rôle américain dans la stabilisation de l’Est de la RDC. Il a également souligné l’impact négatif du démantèlement de l’USAID, qui finançait jusqu’à 70 % de l’aide humanitaire dans cette zone en crise. L’objectif de Kinshasa est aussi de diversifier les investisseurs miniers, aujourd’hui dominés par les entreprises chinoises, et d’attirer des acteurs américains pour équilibrer les rapports de force.
La stratégie de Paul Kagame repose sur un double discours. D’un côté, il prétend que le Rwanda se protège d’une menace venue de la RDC. De l’autre, il profite du chaos dans l’Est congolais pour exproprier les minerais et les vendre sur le marché international. Son régime, souvent présenté comme un miracle économique, dépend en réalité largement de l’aide internationale et de la dette publique. Mais avec la détérioration de l’image du Rwanda sur la scène internationale et la montée des critiques sur son rôle dans la guerre en RDC, Kagame se trouve sous pression. La nomination de Boulos pourrait compliquer encore plus sa position si Washington décidait d’augmenter la pression diplomatique et économique contre Kigali.
Tshisekedi, conscient que les négociations avec les États-Unis sont loin d’être finalisées, doit cependant composer avec une situation de plus en plus critique. Le M23 a récemment pris le contrôle de Goma et Bukavu, aggravant la crise humanitaire. Plus de 8 000 personnes ont été tuées depuis janvier, et des dizaines de milliers d’autres ont été déplacées. Face à cette urgence, plusieurs lobbyistes congolais tentent actuellement de nouer des contacts à Washington pour négocier directement des accords miniers avec les Américains, mais ces initiatives ne font pas encore l’objet d’un consensus au sein du gouvernement de Kinshasa.
Lors de son premier mandat, Trump avait nommé J. Peter Pham comme envoyé spécial pour les Grands Lacs. Aujourd’hui, Pham est pressenti pour devenir le principal responsable de la politique africaine au sein du département d’État. Sa nomination, si elle se confirme, pourrait renforcer l’intérêt américain pour la région et compliquer encore davantage la position du Rwanda. Dans ce contexte, la RDC espère que l’arrivée d’un nouvel interlocuteur à la Maison-Blanche permettra de rééquilibrer le rapport de forces face à Kigali et d’accélérer une solution au conflit qui ravage l’Est du pays.



























































