L’arrestation de Barafinda Sekikubo Fred, Mazimpaka Patrick et Nkeramihigo Japhet par le Bureau rwandais d’investigation (RIB), annoncée le 29 janvier 2026, illustre une fois de plus la stratégie répressive systématique du gouvernement rwandais contre toute expression publique jugée dérangeante. Officiellement, ces trois personnes sont poursuivies pour avoir “diffusé des informations de rumeurs susceptibles de provoquer des troubles ou des soulèvements”, notamment via YouTube. En réalité, cette affaire s’inscrit dans une longue tradition d’instrumentalisation des lois sur la désinformation pour museler la critique politique.
Dans un communiqué, le RIB a rappelé qu’il “n’hésitera pas à poursuivre quiconque utilise les réseaux sociaux pour commettre des infractions”. Une formulation vague, qui laisse au pouvoir un large pouvoir d’interprétation et confère aux autorités un outil juridique commode pour criminaliser l’expression politique, le journalisme citoyen et même le débat public.
Le cas de Barafinda Sekikubo Fred est particulièrement révélateur des méthodes du régime. Déjà en 2020, après avoir été convoqué par le RIB, il avait été envoyé de force à l’hôpital psychiatrique de Caraes Ndera, où les autorités avaient affirmé qu’il souffrait d’une maladie mentale l’empêchant d’être poursuivi pénalement. Cette stratégie, qui consiste à pathologiser les opposants ou les figures dissidentes, est largement dénoncée par les défenseurs des droits humains comme une forme de stigmatisation politique et de disqualification sociale.
Le RIB avait même demandé aux médias et aux acteurs publics de cesser de lui donner la parole, au motif qu’il souffrait d’une maladie chronique. Cette intrusion dans l’espace médiatique et cette tentative de contrôler qui peut ou ne peut pas s’exprimer rappellent les pratiques des régimes autoritaires cherchant à monopoliser le discours public.
Barafinda, figure atypique de la scène politique rwandaise, s’était déjà fait connaître en déposant une candidature surprise à l’élection présidentielle de 2017, puis en 2024. Ses candidatures avaient été rejetées par la Commission électorale nationale pour “absence de documents requis”, dans un contexte où le processus électoral est largement considéré comme verrouillé et dépourvu de réelle compétition politique. Le rejet systématique des candidatures indépendantes ou dissidentes renforce l’impression d’un système électoral conçu pour légitimer un pouvoir déjà acquis plutôt que pour permettre une alternance réelle.
L’arrestation actuelle de Barafinda, Mazimpaka et Nkeramihigo intervient dans un climat où la criminalisation de la parole en ligne devient un outil central du contrôle politique. Les lois rwandaises sur la cybercriminalité et la diffusion de fausses informations sont formulées de manière suffisamment large pour permettre l’arrestation de journalistes, de militants, de simples internautes ou de figures marginales qui échappent au contrôle du discours officiel.
Sous couvert de maintenir l’ordre public et de prévenir les troubles, le gouvernement rwandais continue de confondre sécurité nationale et sécurité du régime. Toute critique, toute narration alternative ou toute opinion non alignée est rapidement assimilée à une menace contre la stabilité. Cette confusion volontaire entre l’État et le pouvoir en place est l’un des traits caractéristiques d’un système politique qui refuse le pluralisme.
En multipliant les arrestations pour des accusations vagues de “rumeurs” ou de “désinformation”, Kigali renforce un climat de peur et d’autocensure. Les réseaux sociaux, qui constituent l’un des rares espaces d’expression relativement libres pour les Rwandais, sont de plus en plus surveillés, et leurs utilisateurs savent que chaque publication peut être interprétée comme un délit.
Au-delà de cette affaire, la question centrale demeure: jusqu’où le gouvernement rwandais est-il prêt à aller pour maintenir un récit officiel incontesté? En transformant la critique en crime et en médicalisant la dissidence, le régime envoie un message clair: il n’y a pas de place pour un débat politique authentique au Rwanda.
Ces arrestations ne sont donc pas un simple fait divers judiciaire. Elles constituent un nouvel épisode d’une politique délibérée de contrôle de l’information, de marginalisation des voix indépendantes et de consolidation d’un pouvoir qui continue de se présenter comme garant de la stabilité tout en restreignant drastiquement les libertés fondamentales.

























































