Kigali, 19 juin 2025 — La Haute Cour a ordonné ce jeudi l’ouverture d’une enquête à l’encontre de Victoire Ingabire Umuhoza, figure de l’opposition rwandaise, afin qu’elle soit poursuivie dans un dossier lié à une tentative présumée de renversement du gouvernement. Cette décision est intervenue après son audition dans le cadre du procès de neuf personnes, dont le journaliste Théoneste Nsengimana et l’activiste Sylvain Sibomana, incarcérés depuis 2021.
Dans la foulée, de nombreux policiers, en uniforme et en civil, ont encerclé son domicile à Kigali et procédé à une perquisition complète de sa maison. Des sources sur place confirment la présence d’agents de police dans chaque recoin de la résidence.
Devant la cour, Ingabire a rejeté toute implication dans la formation ou l’organisation des séances de formation que le parquet lie à un projet de renversement du régime. « Je connais certains de ces accusés, mais je n’ai jamais participé ni de près ni de loin à la préparation de tels événements », a-t-elle déclaré. Assistée de son avocat, Maître Gatera Gashabana, elle a insisté sur le fait que son parti DALFA-Umurinzi, non reconnu légalement au Rwanda, n’avait ni la capacité juridique ni les moyens logistiques pour organiser de telles activités.
Le juge, dans un ton se voulant apaisant, a introduit l’audition en précisant que Mme Ingabire n’était pas considérée à ce stade comme une accusée, mais comme une personne appelée à fournir des éclaircissements. Néanmoins, après délibération à huis clos, les juges ont estimé que ses déclarations n’étaient pas satisfaisantes et qu’il existait des éléments justifiant son implication dans l’affaire.
Le parquet avait notamment tenté d’établir un lien entre Victoire Ingabire et des sessions de formation clandestines prétendument organisées dans le cadre du « Ingabire Day », un événement annuel célébré par certains membres de la diaspora rwandaise. L’ancienne candidate à la présidentielle a nié tout lien avec cet événement, affirmant qu’elle ne joue aucun rôle dans son organisation, si ce n’est la diffusion d’un message de circonstance, à la demande de ses partisans à l’étranger.
Maître Gashabana a quant à lui dénoncé les difficultés juridiques et administratives rencontrées par sa cliente dans ses démarches pour légaliser son parti politique, évoquant une volonté manifeste des autorités d’entraver toute activité politique indépendante.
Le tribunal a accordé un délai de deux semaines au parquet pour conduire une enquête complémentaire et a ordonné que Victoire Ingabire soit intégrée au dossier en qualité de coaccusée. Le procès doit reprendre le 7 juillet 2025.
Cette évolution marque un tournant dans ce dossier sensible qui, depuis son ouverture, ravive les tensions autour de la répression des voix dissidentes au Rwanda. L’opposante, déjà emprisonnée de 2010 à 2018 pour des accusations similaires, risque désormais de replonger dans un engrenage judiciaire aux implications politiques notables.

























































