Selon Kagame, Tshisekedi n’a jamais été élu

Le 16 janvier 2025, le président rwandais Paul Kagame s’est adressé à des diplomates accrédités au Rwanda lors d’un discours à Kigali. Kagame a consacré plus de 90 % de son discours d’une heure et demie à la crise en République démocratique du Congo. À travers cette intervention, il a exprimé des critiques virulentes envers le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, en déclarant que ce dernier n’avait pas remporté les élections présidentielles de 2018 et 2024. Toutefois, ces accusations soulèvent des interrogations quant à leur légitimité, surtout lorsqu’elles proviennent d’un dirigeant dont la propre gouvernance est régulièrement critiquée pour ses déficiences démocratiques.

Paul Kagame en parlant de Tshisekedi, il a ajouté: “….. Si vous êtes un leader et un idiot, c’est un désastre, un désastre absolu.” L’homme fort du Rwanda a affirmé que Félix Tshisekedi avait accédé au pouvoir sans obtenir de mandat populaire, évoquant les élections controversées de 2018 et 2024 en RDC. Selon lui, les grandes puissances internationales auraient choisi de fermer les yeux sur ces irrégularités pour des raisons géopolitiques, malgré leur discours en faveur de la démocratie. Kagame a également pointé du doigt ce qu’il a qualifié d’hypocrisie de la communauté internationale, en dénonçant un manque de cohérence dans leur engagement pour des processus électoraux crédibles.

Cependant, ces propos, bien que fondés sur certaines critiques légitimes des processus électoraux en RDC, peuvent difficilement masquer les réalités du régime de Kagame. En effet, le président rwandais est lui-même à la tête d’un système politique régulièrement accusé de réprimer l’opposition, de manipuler les résultats électoraux, et de gouverner d’une main de fer.

Paul Kagame, au pouvoir depuis près de 30 ans, a lui-même été élu lors de scrutins contestés. En 2003, par exemple, des irrégularités massives avaient entaché les élections, où Faustin Twagiramungu, un opposant crédible, avait été privé de sa victoire. De même, en 2010 et 2017, des candidates comme Victoire Ingabire et Diane Rwigara avaient été empêchées de concourir, accusées à tort de diverses infractions et jetées en prison.

L’ironie réside donc dans le fait que Kagame, tout en dénonçant les failles électorales de ses voisins, continue de diriger un régime qui n’accorde pas de véritable espace à une opposition libre et indépendante. Ses élections se terminent invariablement avec des taux de participation et des résultats proches de 100 % en sa faveur, un phénomène qui suscite des doutes sérieux sur leur authenticité.

Lors de cette même intervention, Kagame a également critiqué la passivité de la communauté internationale face aux crises sécuritaires qui secouent la région des Grands Lacs. Il a souligné que ces conflits ont un impact direct sur la sécurité et la vie des Rwandais, insinuant que le Rwanda serait victime d’un désintérêt injustifié de la part des puissances occidentales.

Cependant, ce discours apparaît comme une tentative cynique de détourner l’attention des critiques formulées contre son propre régime. En effet, le Rwanda est fréquemment accusé de jouer un rôle actif dans l’instabilité de la RDC, notamment à travers le soutien présumé aux rebelles du M23, une milice qui sème la terreur dans l’est congolais. Ces accusations, étayées par plusieurs rapports internationaux, dépeignent un Kagame davantage préoccupé par l’expansion de son influence régionale que par une véritable résolution des conflits.

Kagame a également utilisé cette plateforme pour se poser en défenseur des intérêts rwandais face à un monde qu’il dépeint comme hostile ou indifférent. Il a déclaré : « Pour vous, tout cela ressemble à un simple jeu de tennis ou de golf, mais pour moi et mon peuple, c’est une question de vie ou de mort. » Ce passage illustre la rhétorique habituelle de Kagame, qui tend à présenter son régime comme le dernier rempart contre le chaos et l’instabilité.

Cependant, cette posture ne doit pas masquer les réalités de son règne. Le président rwandais dirige un pays où la liberté d’expression est sévèrement limitée, où les opposants politiques sont souvent contraints à l’exil ou emprisonnés, et où la presse indépendante est presque inexistante. Cette centralisation autoritaire du pouvoir contraste avec le discours qu’il tient sur les principes démocratiques lorsqu’il critique ses voisins.

Un autre point soulevé par Kagame concerne le rôle des puissances étrangères dans la gestion des crises de la région. Il a accusé certains pays d’adopter une attitude hypocrite en critiquant certains régimes tout en ignorant les abus commis ailleurs. Bien que cette critique ne soit pas totalement infondée, elle apparaît comme une stratégie visant à délégitimer les critiques internationales à l’encontre de son propre régime.

En réalité, la communauté internationale a souvent fait preuve de complaisance envers Kagame, en raison de sa soi-disant réussite économique et de son rôle présumé dans la stabilisation du Rwanda après le génocide de 1994. Cependant, cette indulgence a un coût : elle renforce un régime qui continue de bafouer les droits humains et d’éteindre toute opposition.

En critiquant Félix Tshisekedi et en dénonçant l’hypocrisie des grandes puissances, Paul Kagame tente de détourner l’attention des carences démocratiques de son propre régime. Si ses accusations contre la RDC et la communauté internationale peuvent contenir des éléments de vérité, elles sont affaiblies par son incapacité à appliquer à son pays les mêmes standards qu’il exige de ses voisins.

Dans ce contexte, il est crucial que les observateurs et les diplomates internationaux ne se laissent pas distraire par ces discours et continuent d’exiger des réformes démocratiques au Rwanda, tout comme dans le reste de la région des Grands Lacs. Le soi-disant développement économique et la stabilité ne devraient pas être utilisés comme prétextes pour justifier un autoritarisme croissant et un mépris flagrant des droits fondamentaux.