RDC:La chute de l’Aéroport de Kavumu, l’armée rwandaise et le M23 avancent vers Bukavu

Par Marc Matabaro

Il est 12 h ce vendredi 14 février 2025 lorsque les combattants du M23 et leurs alliés de l’armée rwandaise entrent dans Kavumu sans rencontrer d’obstacle. Selon plusieurs sources croisées, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés auraient préféré se retirer pour éviter un bain de sang parmi la population locale.

Les M23 et leurs alliés rwandais contrôlent désormais l’aéroport de Kavumu, stratégique pour la région du Sud-Kivu, après avoir pris celui de Goma au Nord-Kivu. L’aéroport de Kavumu, situé à environ trente kilomètres de Bukavu, est un point névralgique qui facilite le déploiement des troupes et le ravitaillement. Les populations locales, inquiètes, signalent une absence totale de forces capables de s’opposer à cette avancée.

La circulation entre Kavumu et Bukavu est interrompue, faute de moyens de transport. Des rapports indiquent que les M23 et leurs alliés ont été en mesure de progresser rapidement grâce aux véhicules et équipements récupérés à Goma, ainsi qu’à des infiltrations rwandaises par le lac Kivu. La prise de ces infrastructures stratégiques place les rebelles en position de force et leur permet de renforcer leur emprise sur la région.

Ce matin, les rebelles ont été aperçus à Katana Centre avant d’atteindre Kavumu. Un cessez-le-feu humanitaire avait pourtant été déclaré unilatéralement par le M23, mais il n’a pas empêché la poursuite des opérations militaires. Des sources confirment que des éléments du M23 ont aussi pris la direction du camp militaire Addi Kivu, situé dans le quartier de Businde.

Pendant ce temps, à Goma, la situation s’est détériorée. La ville est en proie à une insécurité grandissante marquée par des vols, viols et cambriolages. La présence de nombreuses armes en circulation et l’évasion de près de 4 000 détenus de la prison de Munzenze ont exacerbé la crise. Plusieurs sources rapportent que certains combattants du M23 participeraient également à ces exactions. Chris, un jeune entrepreneur et vendeur de téléphones, a été tué par balles cette nuit à Goma.

Le président congolais, Félix Tshisekedi, a décidé d’écourter son séjour à Munich, où il assistait à la Conférence sur la Sécurité. Il a annulé sa participation au sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba pour rentrer d’urgence à Kinshasa. Cette décision intervient alors que l’armée congolaise perd du terrain face aux rebelles du M23 soutenus par Kigali.

La République Démocratique du Congo tente également de riposter sur le plan diplomatique. Kinshasa a adressé une lettre à la National Basketball Association (NBA), exigeant la fin des contrats de sponsoring de la Basketball Africa League (BAL) avec des entités rwandaises, telles que Visit Rwanda et RwandAir. Cette demande s’inscrit dans une stratégie visant à mettre la pression sur Kigali par des moyens économiques et internationaux.

Pendant que la guerre se poursuit, la diplomatie congolais semble à bout de souffle. Un analyste de Goma, préférant garder l’anonymat pour des raisons de sécurité, dénonce l’inefficacité des condamnations verbales du gouvernement congolais. Selon lui, le contrôle des aéroports de Goma et Kavumu par les M23 et leurs alliés place ces derniers en position de force et leur permet d’obtenir facilement tout ce dont ils ont besoin.

Dans ce contexte, l’Angola a décidé de se retirer du rôle de médiateur dans ce conflit. Le président João Lourenço, qui prendra la présidence de l’Union africaine le 15 février 2025, a estimé qu’il était incompatible pour lui de poursuivre cette mission. Cette décision survient alors que la tension entre Kinshasa et Kigali s’intensifie, et que le Rwanda préfère désormais les pourparlers directs entre le gouvernement congolais et les rebelles, en écartant toute médiation externe.

Pendant ce temps, une partie de la classe politique congolaise semble davantage préoccupée par ses propres intérêts que par la défense de l’intégrité territoriale du pays. Certains membres de l’opposition, espérant tirer profit de l’affaiblissement du président Tshisekedi, adoptent une posture opportuniste sans mesurer les véritables intentions de Kigali. Comme le souligne un observateur averti, Paul Kagame ne sacrifie pas ses soldats pour instaurer la démocratie en RDC, mais bien pour annexer progressivement le Kivu, à l’image de ce que Vladimir Poutine a fait avec le Donbass en Ukraine.