Par Ben Barugahare
Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo (RDC), est tombée ce dimanche 16 février 2025 sous le contrôle des éléments de l’AFC/M23 et de l’armée rwandaise (RDF). Les forces rwandaises et le M23 venues du nord, épuisées et en petit nombre, ont attendu des renforts arrivés de Cyangugu au Rwanda dans la nuit avant de se déployer dans la ville ce dimanche matin. Dès 10 heures, les soldats du M23 appuyés par le Rwanda contrôlaient la frontière de Rusizi I, suite à la fuite des officiers de l’immigration congolaise qui avaient abandonné leurs postes dès vendredi.
À ce jour, l’AFC/M23 et l’armée rwandaise tiennent plusieurs points stratégiques de l’Est de la RDC: les frontières d’Ishasha , Kitagoma, et Bunagana avec l’Ouganda, celle de Goma avec le Rwanda et désormais celle de Bukavu.
A Bukavu, les rebelles ont également pris le contrôle de la résidence du gouverneur du Sud-Kivu. Ils ont été aperçus dans plusieurs quartiers, notamment à la Place de l’Indépendance, où ils ont tenu un meeting improvisé.
Quelques affrontements ont été signalés surtout au Camp Panzi à la frontière de Rusizi II entre les éléments de l’AFC/M23 soutenus par l’armée rwandaise et les FARDC.
Alors que la présidence congolaise affirmait dans la nuit de samedi à dimanche que Bukavu était sous contrôle des Forces armées de la RDC (FARDC) et des milices Wazalendo, les images et vidéos circulant sur les réseaux sociaux ont confirmé la présence effective du M23 et des troupes rwandaises dans divers quartiers stratégiques de la ville. Plusieurs sources affirment que les FARDC redéployées dans la ville ont battu en retraite dès la nuit, laissant le terrain libre aux assaillants.
Les réactions internationales n’ont pas tardé. Le président français Emmanuel Macron a annoncé avoir échangé avec Félix Tshisekedi et appelé au retrait immédiat du M23 de Bukavu et de l’aéroport de Kavumu. L’Union africaine, par la voix de Bankole Adeoye, commissaire à la paix et à la sécurité, a dénoncé un risque de balkanisation de la RDC et exigé un retrait immédiat des forces d’occupation. Le ministère britannique des Affaires étrangères (FCDO) a qualifié l’entrée du M23 et des RDF à Bukavu de violation de la souveraineté congolaise et d’escalade menaçant la stabilité régionale. L’Union européenne, par la voix de son porte-parole Anouar El Anouni, a exprimé son inquiétude face à la prise de Bukavu par les forces du M23 soutenues par le Rwanda. L’UE a rappelé que la violation de la souveraineté territoriale de la RDC ne resterait pas sans réponse et a appelé à un cessez-le-feu immédiat.
Constant Mutamba, ministre de la Justice et Garde des Sceaux de la RDC, a réagi avec virulence en appelant les Congolais à la résistance contre l’envahisseur. Il a dénoncé l’implication du Rwanda et la complicité de certains traîtres internes. Il a affirmé que « l’armée la plus forte du monde demeure le peuple », insistant sur la nécessité d’une mobilisation nationale contre l’occupation.
Un notable munyamulenge, Moïse Nyarugabo a adressé une lettre ouverte au président burundais, Evariste Ndayishimiye, dénonçant les arrestations massives de ressortissants congolais et rwandais à Bujumbura, affirmant qu’il s’agissait d’une rafle discriminatoire contre sa communauté. Il a demandé que ces personnes soient libérées immédiatement et a appelé à ne pas confondre les populations civiles avec la situation sécuritaire dans l’est de la RDC.
De son côté, le président burundais Evariste Ndayishimiye a affirmé que le Burundi était prêt à toute éventuelle agression extérieure, accusant implicitement le Rwanda de vouloir déstabiliser son pays. Il a mis en garde contre toute tentative d’attaque en déclarant que « les Burundais ne seront pas des victimes comme les Congolais » et que son armée était prête à défendre la souveraineté nationale. Cependant, les autorités burundaises ont précisé que les arrestations concernaient uniquement des étrangers sans papiers en situation irrégulière, rejetant toute accusation de persécution ciblée.
L’archevêque de Kinshasa, le cardinal Fridolin Ambongo, a quant à lui exhorté les Congolais à la prudence et à la prière face à l’incertitude qui règne dans l’est du pays. Dans un message adressé aux fidèles, il a dénoncé les menaces qui pèsent sur les infrastructures religieuses et a appelé au respect de la liberté de culte, tout en insistant sur la nécessité de la paix et de la cohésion nationale. Il a également rappelé que la situation sécuritaire actuelle nécessitait une action urgente de la communauté internationale. Les églises catholique et protestante appellent à la prière et à la vigilance, alors que des menaces ont été proférées contre des édifices religieux.
À Uvira, un officier de police congolais a été assassiné par des miliciens Wazalendo qui le soupçonnaient d’être Tutsi en raison de sa grande taille et de ses traits physiques, bien qu’il ne le fût pas.
Dans la ville de Bukavu, le chaos s’installe. La prison centrale a été vidée de ses détenus, sans que l’on sache s’ils ont été libérés ou s’ils se sont évadés. Des pillages ont été signalés dans les dépôts de Bralima, ainsi que dans les entrepôts du Programme alimentaire mondial (PAM). La présence accrue d’armes parmi les civils exacerbe la situation, plusieurs jeunes de 13 ou 14 ans ayant été aperçus manipulant des armes dans la ville.
Le général Bernard Byamungu, un des figure du M23 sous sanctions françaises, a tenu un meeting à Bukavu où il a accusé la Première Dame Denise Tshisekedi, originaire du Sud-Kivu, de ne pas défendre les intérêts de sa région natale. Il a également justifié la présence du M23 en accusant Kinshasa de recruter des enfants soldats, ce qu’il considère comme un crime contre l’humanité.
Les autorités rwandaises, les médias de Kigali et les influenceurs pro-Kagame se sont activés beaucoup ces derniers temps pour faire la propagande au profit du M23 contre les gouvernements de la RDC, du Burundi et de l’Afrique du Sud. Le ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Olivier Nduhungirehe, s’invite souvent dans les discussions internes congolaises, certains internautes congolais l’ont surnommé « opposant politique congolais ».
Au niveau diplomatique, la Belgique et l’Allemagne ont fermement condamné l’offensive du M23 et appelé à un retrait immédiat des troupes rwandaises. Le général ougandais Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni, a pour sa part menacé d’intervenir militairement à Bunia contre toute force armée qui refuserait de déposer les armes et il a publiquement affiché son soutien au M23 et au Rwanda à travers plusieurs messages sur son compte X.
L’opposition congolaise, par la voix de Martin Fayulu et Franck Diongo, dénonce l’incapacité du président Tshisekedi à protéger le pays.


























































