Le M23 et le Rwanda continuent d’avancer sur le territoire congolais malgré d’éventuelles sanctions

Par Marc Matabaro

Le 18 février 2025, le gouvernement rwandais a annoncé la suspension de sa coopération au développement avec la Belgique, invoquant une campagne agressive de cette dernière visant à entraver l’accès du Rwanda au financement international. Cette décision marque un nouveau tournant dans les tensions régionales et internationales autour du conflit en République démocratique du Congo (RDC), où le Rwanda et les rebelles du M23, soutenus par l’armée rwandaise, jouent un rôle central.

En février 2024, le Rwanda et la Belgique avaient signé un accord de coopération de 95 millions d’euros, répartis sur la période 2024-2029, et destiné à financer des secteurs clés comme la santé, l’urbanisation et l’agriculture. Cette aide faisait partie d’un soutien international plus large, le Rwanda recevant environ 1,3 milliard de dollars d’aide internationale chaque année, soit une part significative de son budget annuel avoisinant les 4 milliards de dollars. La suspension de cette coopération par Kigali s’inscrit donc dans un contexte où le Rwanda, sous pression diplomatique, préfère renoncer à une partie de son financement extérieur plutôt que de céder aux injonctions internationales sur son rôle en RDC.

La Belgique a justifié sa position par l’implication avérée du Rwanda dans le soutien aux rebelles du M23, responsables d’atrocités dans l’Est congolais, notamment de massacres et d’exécutions sommaires, y compris d’enfants. Maxime Prévot, ministre belge des Affaires étrangères, a souligné la nécessité de sanctions contre Kigali, dénonçant une implication directe dans la déstabilisation de la RDC. Il a appelé l’Union européenne et la communauté internationale à prendre des mesures fermes, notamment la suspension du traité sur les minerais avec le Rwanda. Pendant ce temps, sur le terrain, le M23, soutenu par l’armée rwandaise, a intensifié ses offensives militaires, capturant Kamanyola. Les Nations Unies ont documenté une série de crimes de guerre, incluant des exécutions d’enfants et des violences sexuelles commises par les forces du M23. La situation s’est encore aggravée avec des informations faisant état du retrait des troupes burundaises, qui soutenaient l’armée congolaise. Toutefois, le porte-parole de l’armée burundaise, le général Gaspard Baratuza, a démenti ces affirmations en déclarant : «Contrairement aux propos véhiculés par Reuters et repris par d’autres réseaux sociaux, les militaires de l’Armée burundaise déployés en RDC continuent à exécuter leurs missions dans leurs secteurs de responsabilité. Que personne ne donne importance aux fakenews véhiculés ici et là. »

Malgré ces déclarations, la réalité sur le terrain montre une armée congolaise affaiblie, permettant au M23 de progresser vers Uvira et Kalemie, deux villes stratégiques de la région.

Les combats se sont intensifiés ces derniers jours dans le territoire de Lubero, au nord de Goma, où l’armée congolaise et les combattants Wazalendo affrontent le M23. Après de violents affrontements, les rebelles ont pris le contrôle des villages de Kanyambi et d’une partie de Ndoluma, forçant de nombreux habitants à fuir vers des zones plus sûres. À Kamanyola au  Sud-Kivu, le M23 et l’Armée Rwandaise ont consolidé leur emprise après des affrontements avec des troupes burundaises. Selon des témoins, la majorité de la population a fui, ne laissant que 20 % des habitants sur place. La ville, située sur la RN5 près de la frontière rwandaise, est tombée seulement trois jours après la prise de Bukavu par les rebelles.

Sur le terrain, la situation humanitaire est dramatique. À Goma, les habitants vivent sous occupation, privés d’accès à leurs comptes bancaires, avec des pénuries de vivres et une mobilité restreinte. Des milliers de personnes ont fui vers le Burundi, mais beaucoup se retrouvent bloquées ou se noient en tentant de traverser la rivière Rusizi. L’ONU alerte sur un désastre humanitaire en cours, alors que les combats se poursuivent dans plusieurs territoires du Nord et du Sud-Kivu. Le recensement digital imposé par le M23 à Goma inquiète la population, qui craint une surveillance accrue et des représailles contre ceux qui sont soupçonnés d’avoir combattu aux côtés des FARDC.

Les tensions diplomatiques ne se limitent pas à la Belgique. Le Royaume-Uni a convoqué l’ambassadeur rwandais pour condamner les incursions militaires de l’armée rwandaise en RDC et exiger le retrait immédiat de ses troupes. L’Angola a également exprimé son inquiétude lors d’une rencontre entre le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue angolais João Lourenço. De son côté, Kigali rejette les accusations, arguant qu’il défend ses intérêts face à la menace des milices hutu des FDLR, alliées des FARDC.

Cette crise expose une fois de plus l’échec des mécanismes de médiation régionaux et internationaux à endiguer le cycle de violence en RDC. Le M23, qui s’est imposé comme la force dominante dans l’Est du pays, bénéficie d’un soutien logistique et militaire rwandais documenté par de multiples rapports onusiens. Malgré les appels à la paix et aux négociations sous l’égide de l’Union africaine, de la SADC et de l’EAC, le Rwanda maintient une posture de défiance, privilégiant la force à la diplomatie.

L’annonce de la suspension de la coopération rwandaise avec la Belgique illustre la volonté de Kigali de refuser toute pression extérieure, même au prix d’un isolement accru. Pourtant, cette décision ne masque pas les réalités du terrain : la RDC est en train de perdre le contrôle de son territoire face à une rébellion soutenue par un État voisin, et la communauté internationale peine à imposer une réponse efficace.

Alors que le M23 étend son emprise sur Kamanyola, Goma et Bukavu, la population civile paie le prix fort. Entre exécutions, déplacements forcés et pillages, l’Est congolais est devenu le théâtre d’un drame humanitaire d’une ampleur alarmante. Les sanctions et pressions diplomatiques contre le Rwanda se multiplient, mais la situation sur le terrain continue de se détériorer, laissant planer le spectre d’un conflit prolongé aux conséquences régionales incalculables.