La réaction des FDLR sur la capture du Général Gakwerere

Par Marc Matabaro

Les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) ont réagi à l’arrestation et à l’extradition de Brigadier Général Jean Baptiste Gakwerere, également connu sous les noms d’Ezéchiel Gakwerere, Sibo Stany et Julius Mokoko. Ce haut gradé de leur mouvement a été capturé à Goma, en janvier 2025, après la prise de la ville par les rebelles du M23 et l’Armée rwandaise (RDF). Selon les FDLR, cette arrestation soulève de nombreuses interrogations sur les motivations réelles de Kigali et la mise en scène orchestrée pour justifier ses actions en République Démocratique du Congo (RDC).

Le week-end dernier, le M23, qui contrôle Goma depuis janvier 2025, a remis Gakwerere aux autorités rwandaises en même temps que 13 autres individus que le groupe rebelle présente comme des combattants des FDLR. Cependant, la véritable identité de certains de ces captifs reste floue, et les FDLR dénoncent une manipulation visant à renforcer la propagande rwandaise.

Selon ‘Curé Ngoma’, porte-parole des FDLR, Brigadier Général Gakwerere “faisait partie du haut commandement” du mouvement, bien qu’il ait été inactif depuis plusieurs mois en raison de problèmes de santé. Il affirme que Gakwerere avait trouvé refuge à Goma pour y recevoir des soins médicaux et qu’il vivait dans la clandestinité. Les circonstances de son arrestation restent troubles. Officiellement, il aurait été capturé au moment de la prise de Goma, mais des sources affirment qu’il avait déjà été arrêté et maintenu au secret par le M23 et l’Armée Rwandaise avant d’être remis au Rwanda officiellement. ‘Curé Ngoma’ soutient que son état de santé l’empêchait d’avoir un rôle actif dans le conflit, ce qui remet en question la version rwandaise selon laquelle il aurait été capturé en plein combat.

Lors de sa présentation au public par les autorités rwandaises, Gakwerere était vêtu d’un uniforme neuf des FARDC, un détail qui intrigue les FDLR. ‘Curé Ngoma’ dénonce une mise en scène destinée à faire croire à une collusion entre les FARDC et les FDLR. Il ajoute que plusieurs des prisonniers remis au Rwanda ne sont pas membres de leur mouvement, mais ont été utilisés à des fins de propagande. Parmi les captifs remis au Rwanda figure un certain Caporal Ishimwe Patrick, dont le cas illustre parfaitement les manipulations orchestrées par Kigali. Selon ‘Curé Ngoma’, cet homme est régulièrement utilisé dans des mises en scène médiatiques rwandaises. Déjà en janvier 2025, après la prise de Goma, il avait été montré dans des vidéos de propagande rwandaise affirmant qu’il avait fui les FDLR pour se rendre aux autorités de Kigali. Pourtant, il figure aujourd’hui sur la liste des individus officiellement remis par le M23 comme captif. Cette incohérence met en lumière les montages médiatiques du régime rwandais.

‘Curé Ngoma’ insiste sur le fait que parmi les 13 prisonniers transférés au Rwanda, il est probable que certains soient effectivement des combattants FDLR, mais d’autres ne sont que des figurants utilisés pour justifier la politique expansionniste de Kigali. Il accuse également le M23 d’enlever des civils et de les livrer comme prisonniers afin de nourrir la propagande rwandaise. La remise de Gakwerere à Kigali survient dans un contexte où le régime de Paul Kagame cherche à légitimer son intervention militaire en RDC sous prétexte de lutte contre les FDLR. Depuis des décennies, Kigali utilise l’argument de la menace des FDLR pour justifier ses incursions en territoire congolais. Or, selon plusieurs rapports des Nations Unies, le Rwanda soutient activement le M23, un mouvement rebelle qui lui sert de proxy pour contrôler l’est du Congo et exploiter ses ressources naturelles.

La capture de Gakwerere tombe à point nommé pour Kagame, qui cherche à prouver que les FDLR collaborent avec l’armée congolaise (FARDC). Kigali accuse Kinshasa de soutenir ce groupe armé, tandis que Kinshasa, à son tour, accuse Kigali d’appuyer militairement le M23. Cette guerre de communication s’inscrit dans une stratégie plus large où le Rwanda tente de masquer ses véritables intentions : maintenir l’instabilité dans l’est de la RDC afin d’y asseoir son influence et d’en exploiter les richesses.

Interrogé sur le rôle des FDLR dans les combats en cours, ‘Curé Ngoma’ affirme que leur mouvement ne participe pas aux affrontements entre le M23 et les FARDC. Il explique que les FDLR subissent malgré elles les conséquences de la guerre mais qu’elles n’ont pas pris part aux offensives. « Nous ne sommes pas impliqués dans cette guerre. Elle a lieu dans la zone où nous nous trouvons, mais nous n’attaquons personne. Parfois, lorsque les troupes du M23 et les soldats rwandais s’approchent de nos positions, nous sommes obligés de riposter pour nous défendre, mais nous n’avons aucun rôle actif dans ce conflit. »

Concernant les accusations portées contre Gakwerere, ‘Curé Ngoma’ rappelle le principe fondamental de la justice : « Tout individu est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire. Ce n’est pas parce que Gakwerere a été arrêté et remis au Rwanda qu’il est coupable de quoi que ce soit. Il doit bénéficier d’un procès équitable s’il y a des charges contre lui. » Il dénonce le fait que Kigali se serve de l’histoire personnelle de certains individus pour condamner tout un groupe. « La responsabilité pénale est individuelle. On ne peut pas accuser toute une organisation des actes posés par certains de ses membres présumés. Pourtant, c’est ce que fait le régime Kagame en qualifiant l’ensemble des FDLR de génocidaires. »

Il insiste sur le fait que les accusations de Kigali contre les FDLR ne sont qu’un prétexte pour justifier l’intervention du Rwanda en RDC. Il rappelle également que la justice rwandaise n’a jamais enquêté sur les crimes commis par le FPR, notamment ceux documentés dans le Rapport Mapping de l’ONU, qui évoque des massacres de réfugiés hutus en RDC. « Il y a une justice à double vitesse. Quand il s’agit d’accuser les FDLR, tout va vite. Mais les crimes du FPR, personne ne veut en parler. Kagame instrumentalise la justice pour asseoir son pouvoir et justifier son ingérence en RDC. »

‘Curé Ngoma’ conclut en accusant Kigali d’utiliser la lutte contre les FDLR comme un alibi pour masquer son véritable objectif : le pillage des ressources naturelles congolaises.