RDC-Rwanda: Kagame et le M23 tentent de manipuler l’opinion avec une mise en scène grossière

Par Ben Barugahare

L’armée rwandaise (RDF) a déclaré avoir reçu un groupe de combattants présentés comme appartenant aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), capturés en République démocratique du Congo (RDC) par les rebelles du M23. Parmi eux, figure le Brigadier Général Jean-Baptiste Gakwerere, accusé d’avoir joué un rôle clé dans les massacres de 1994 au Rwanda.

La présentation de ces prisonniers comme étant des FDLR a immédiatement été dénoncée par le gouvernement congolais, qui a qualifié cette déclaration de « montage orchestré par Kigali pour justifier son agression ». En effet, selon plusieurs sources indépendantes, cette capture relève d’une mise en scène élaborée par le Rwanda et le M23 afin de contrer la pression internationale grandissante sur le régime de Paul Kagame.

Les incohérences autour de l’identité du général présumé capturé sont flagrantes. Le communiqué officiel de la RDF mentionne un Brigadier Général Jean-Baptiste Gakwerere, tandis que des médias rwandais favorables au régime, preuves à l’appui, évoquent un Brigadier Général Ezéchiel Gakwerere. Cette confusion s’aggrave avec les divergences sur son lieu de naissance : devant la presse, il a affirmé être né dans l’ancien secteur de Kanyinya, commune de Shyorongi, préfecture de Kigali Rural, alors que son passeport, brandi par les médias pro-Kigali, indique une naissance en 1964 à Rukara, préfecture de Kibungo.

D’autres zones d’ombre subsistent quant aux circonstances de son arrestation. Selon des sources au sein des RDF et des réfugiés rwandais en RDC, Gakwerere a été capturé le 6 février 2025 par le M23 et les RDF alors qu’il se trouvait dans une maison de Goma. Affaibli par trois années de maladie, il n’a opposé aucune résistance et a été transféré dans des « safe houses » contrôlées par les services secrets rwandais (NISS). Depuis, il y serait soumis à des tortures. Ce n’est qu’après plus d’un mois d’interrogatoire que les RDF ont rendu publique son arrestation.

De plus, les 13 autres prisonniers présentés comme des FDLR ne seraient en réalité pas affiliés à ce groupe. Cette incohérence discrédite la version officielle du Rwanda. Par ailleurs, un ancien policier rwandais a affirmé que Gakwerere était, depuis 2001, un informateur des services de renseignement rwandais en RDC. Il passait régulièrement ses week-ends à Gisenyi (Rubavu) sous le pseudonyme de « Bolingo ».

L’implication directe de Kigali et du M23 dans cette mise en scène révèle leur stratégie pour détourner l’attention de la communauté internationale. En exhibant quelques individus vêtus d’uniformes neufs des FARDC et présentés comme des rebelles capturés au combat, Kagame tente de justifier la présence de ses troupes en RDC. Or, ces manipulations ne trompent personne. Les puissances occidentales, qui ont longtemps soutenu Kigali, révisent leur position face à l’évidence de l’implication rwandaise dans le pillage des ressources de l’Est congolais.

Depuis plusieurs mois, la pression diplomatique sur Kagame s’intensifie. Le Royaume-Uni et les États-Unis, qui ont historiquement soutenu Kigali affichent de plus en plus d’impatience. Les déséquilibres budgétaires rwandais, largement financés par l’aide internationale, ainsi que l’endettement massif du pays, rendent la situation précaire. Kigali s’efforce de compenser cette fragilité économique par l’exploitation illégale des ressources naturelles de la RDC, une réalité de plus en plus difficile à cacher.

Cette mise en scène ne saurait justifier l’occupation des territoires congolais par l’armée rwandaise et ses supplétifs du M23, ni les massacres perpétrés contre la population civile. Loin d’affaiblir la contestation internationale, elle renforce la détermination de la communauté internationale à exiger le retrait des troupes rwandaises et de leurs alliés des territoires occupés en RDC.