Le Royaume-Uni a officiellement annoncé qu’il ne versera plus aucun paiement supplémentaire au Rwanda après l’effondrement de l’accord migratoire controversé entre les deux pays.
Lundi, la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a accusé Londres d’avoir secrètement demandé à Kigali de renoncer au paiement des 50 millions de livres sterling restants (soit plus de 90 milliards de francs rwandais) prévus dans l’accord. Makolo affirme que le Royaume-Uni a invoqué la “confiance mutuelle” entre les deux gouvernements pour justifier cette demande.
Face à cette situation, le Rwanda exige désormais le paiement intégral de la somme restante, accusant Londres de violer les termes de l’accord et de suspendre une aide au développement déjà engagée. Cependant, un porte-parole du gouvernement britannique a confirmé que plus aucun paiement lié à l’accord ne sera effectué et que le Rwanda a perdu tout droit à recevoir les fonds restants.
Ce litige financier intervient alors que le Royaume-Uni a récemment décidé de couper son aide au Rwanda, à l’exception des financements destinés aux “populations les plus vulnérables”. Londres justifie cette décision en accusant Kigali d’apporter un soutien militaire aux rebelles du M23, qui ont pris le contrôle de vastes territoires dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, y compris les capitales provinciales de Goma et Bukavu.
Le Royaume-Uni s’aligne ainsi sur plusieurs autres pays qui ont déjà sanctionné le Rwanda pour son rôle dans l’instabilité de la région. Les États-Unis, la Belgique, le Canada et l’Allemagne ont tous adopté des mesures punitives contre des responsables rwandais, tandis que l’Union européenne prépare des sanctions visant dix individus impliqués dans l’intervention rwandaise en RDC. Kigali a rejeté ces sanctions, les qualifiant d’infondées et contre-productives, affirmant qu’elles n’aident en rien à résoudre la crise congolaise.
Makolo a vivement critiqué la décision du Royaume-Uni, la qualifiant d’“sans fondement” et de tentative d’exercer une pression sur le Rwanda pour mettre en péril sa propre sécurité nationale. Elle a ajouté que le Rwanda explore désormais des recours légaux pour obtenir le paiement des sommes restantes prévues par l’accord migratoire.
Bien que le Rwanda nie fermement tout soutien au M23, il affirme avoir pris des mesures défensives face à la menace des FDLR, un groupe armé opérant près de ses frontières. Toutefois, des experts de l’ONU ont estimé que 3 000 à 4 000 soldats rwandais étaient présents en RDC pour appuyer le M23, tandis que des analystes évoquent désormais un effectif dépassant 10 000 hommes.
L’accord migratoire entre le Royaume-Uni et le Rwanda, introduit en 2022 sous le gouvernement conservateur précédent, avait déjà conduit au versement de 240 millions de livres sterling à Kigali, avant d’être officiellement annulé par le gouvernement du Premier ministre Sir Keir Starmer.
Le Rwanda accuse le gouvernement Starmer d’avoir mis fin illégalement à l’accord, bien que le Parti travailliste ait toujours été opposé à cette politique avant son arrivée au pouvoir. Après sa victoire aux élections de juillet 2024, Starmer a déclaré que le programme migratoire vers le Rwanda était “mort et enterré”, le qualifiant de gaspillage d’argent public, sachant qu’il aurait concerné moins de 1 % des migrants arrivant au Royaume-Uni par bateau.
Un porte-parole du gouvernement britannique a ensuite confirmé que le ministre de l’Intérieur avait justifié cette décision, estimant que l’accord représentait un usage inutile et excessif des impôts des contribuables et ne devait pas être poursuivi.
Pendant la mise en œuvre de l’accord, une partie des fonds britanniques avait été utilisée pour construire des logements à Gahanga, dans le district de Kicukiro à Kigali, destinés à accueillir les demandeurs d’asile transférés du Royaume-Uni. Cependant, avec l’échec de l’accord et les tensions diplomatiques actuelles, l’avenir de ce projet financé par le Royaume-Uni demeure incertain.



























































