Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a récemment déclaré que le Rwanda et le Burundi sont sur la voie du dialogue et de la résolution de leurs différends. Cette annonce intervient après une longue période de tensions entre les deux pays, exacerbée en janvier 2024, lorsque le président burundais Évariste Ndayishimiye a accusé le Rwanda de préparer une attaque contre son pays.
Dans un message publié sur la plateforme X, Olivier Nduhungirehe a indiqué que des discussions sont en cours entre les autorités des deux pays afin de rétablir les relations diplomatiques. Ses déclarations s’inscrivent également dans un effort plus large pour trouver une solution politique à la crise sécuritaire à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où le Rwanda et le Burundi sont indirectement impliqués à travers divers groupes armés et opérations militaires.
Les relations entre les deux pays sont tendues depuis près de dix ans, mais elles se sont encore détériorées lorsque le Burundi a déployé ses troupes en RDC à la demande de Kinshasa pour soutenir les Forces armées congolaises (FARDC) dans la lutte contre les rebelles du M23. Le Rwanda s’est opposé à cette intervention, accusant les FARDC de collaborer avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
De son côté, le Burundi accuse le Rwanda de soutenir le groupe rebelle RED-Tabara, qui mène des attaques contre le gouvernement de Gitega. Selon les Nations unies et Kinshasa, le Rwanda apporterait également son appui à la fois au M23 et à RED-Tabara, ce qui alimente les tensions régionales.
Même si aucun des deux gouvernements n’a officiellement reconnu un état de guerre, les faits sur le terrain suggèrent une guerre par procuration à l’est de la RDC, où chaque pays soutient des camps opposés.
Dans une tentative de rapprochement, plusieurs réunions secrètes auraient eu lieu récemment entre les chefs des renseignements militaires des deux pays. Cependant, ni l’armée rwandaise ni l’armée burundaise n’ont officiellement confirmé ces discussions.
Les tensions entre Kigali et Gitega remontent à 2015, lorsqu’un coup d’État avorté contre le président burundais Pierre Nkurunziza a eu lieu. Le Burundi a accusé le Rwanda d’avoir soutenu les putschistes, une accusation que Kigali a toujours niée.
À la suite de cet épisode, le Burundi a fermé ses frontières terrestres avec le Rwanda entre 2015 et 2022, invoquant des raisons de sécurité. Pendant cette période, les Burundais ne pouvaient entrer au Rwanda qu’avec une autorisation écrite des autorités burundaises, ce qui a eu un impact majeur sur le commerce transfrontalier. Toutefois, les vols de RwandAir vers Bujumbura ont continué, ce qui a conduit certains observateurs à estimer que la fermeture des frontières terrestres pénalisait surtout les citoyens les plus vulnérables, alors que les élites pouvaient toujours voyager en avion.
En 2022, des négociations ont été engagées, et un réchauffement des relations semblait en cours. Cependant, en 2024, le Burundi a de nouveau fermé ses frontières terrestres avec le Rwanda après l’échec des efforts de réconciliation.
En 2023, une série d’attaques à la grenade a eu lieu sur le marché principal de Bujumbura et dans le quartier de Ngagara, faisant 38 blessés. Le gouvernement burundais a attribué ces attaques à des groupes entraînés et financés par le Rwanda.
Kigali a rejeté ces accusations, déclarant que :
“Le Burundi a un problème avec le Rwanda, mais le Rwanda n’a aucun problème avec le Burundi.”
Les tensions ont encore augmenté lorsque les troupes burundaises, déployées dans le cadre de la force régionale de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), ont continué à combattre en RDC aux côtés des FARDC, alors que les autres contingents de l’EAC avaient été retirés par Kinshasa. Ce développement a renforcé l’idée que le Burundi s’alignait contre le Rwanda dans le conflit congolais.
Ces tensions ont eu un impact économique et social majeur sur les populations des deux pays, qui partagent pourtant une culture, une langue, des liens familiaux et des relations commerciales profondes.
Au-delà des différends politiques récents, l’échec du coup d’État de 2015 reste un point de discorde majeur entre les deux États. Le général Godefroid Niyombare, chef des putschistes, vit toujours au Rwanda, et les autorités burundaises réclament son extradition.
Kigali n’a jamais nié avoir accueilli certains des instigateurs de la tentative de putsch, mais les négociations sur une éventuelle extradition n’ont jamais abouti. En 2023, le président Ndayishimiye déclarait à la BBC :
“Tant qu’ils ne nous les auront pas remis, le problème ne sera pas réglé.”
Parallèlement aux efforts diplomatiques en cours, les partisans du régime rwandais ont intensifié leurs attaques en ligne contre le président Ndayishimiye. Cette campagne sur les réseaux sociaux s’est accentuée après l’envoi des troupes burundaises en RDC, et plusieurs observateurs estiment que ces attaques sont coordonnées par les services de renseignement rwandais.
Alors que le ministre Olivier Nduhungirehe affiche son optimisme quant à une résolution des tensions, plusieurs questions restent en suspens, notamment sur l’extradition des putschistes, les alliances militaires en RDC et les accusations de soutien aux groupes rebelles.
Bien que le Rwanda et le Burundi semblent engagés dans un processus diplomatique, les rancœurs historiques, les conflits sécuritaires et l’implication indirecte des deux pays dans la guerre à l’est de la RDC continuent de nourrir la méfiance. Les tentatives de rapprochement ont échoué à plusieurs reprises, et il est encore trop tôt pour dire si cette nouvelle initiative aboutira à une véritable normalisation des relations.


























































