Dans son analyse percutante intitulée Abandoned and Betrayed: How African Leaders Have Forsaken DRC, publiée le 14 mars 2025, Dr. Theogene Rudasingwa, co-fondateur de la Rwanda Truth Commission et du Rwanda Freedom Movement-ISHAKWE, accuse les dirigeants africains d’avoir trahi la République démocratique du Congo (RDC) en laissant Paul Kagame poursuivre son agression militaire en toute impunité.
Dr. Rudasingwa n’est pas un simple observateur : il connaît intimement Paul Kagame et son régime. Avant de devenir un opposant farouche, il a été un proche collaborateur du président rwandais, occupant notamment le poste de secrétaire général du Front patriotique rwandais (FPR), le parti au pouvoir au Rwanda. Son expérience au sein du cercle restreint de Kagame lui donne une connaissance approfondie des stratégies politiques et militaires de Kigali, ce qui confère un poids particulier à son analyse.
Selon Dr. Rudasingwa, le régime de Kagame a longtemps bénéficié d’un soutien financier et diplomatique des puissances occidentales, ce qui lui a permis de transformer le Rwanda en un État policier répressif tout en poursuivant son expansionnisme militaire en RDC. Mais si certaines nations occidentales commencent timidement à imposer des sanctions à Kigali, ce revirement contraste avec l’attitude des dirigeants africains, qui persistent dans leur silence complice. L’Union africaine (UA), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ont failli à leur devoir en abandonnant le peuple congolais à son sort.
L’un des exemples les plus flagrants de cette trahison est le retrait progressif des troupes de la SADC, qui avaient été déployées pour soutenir le gouvernement congolais contre la rébellion du M23. Pour Dr. Rudasingwa, cette décision est une véritable « reddition honteuse » qui laisse l’est du Congo à la merci des forces pro-rwandaises. Pendant ce temps, l’EAC, qui regroupe à la fois le Rwanda et la RDC, s’est révélée être un instrument manipulé par Kigali, favorisant les intérêts du régime de Kagame au détriment de la paix en RDC. Quant à l’Union africaine, elle n’a ni imposé de sanctions contre Kigali, ni émis de condamnations fermes contre les exactions rwandaises. Pour Dr. Rudasingwa, ce mutisme ne relève pas seulement de la lâcheté politique, mais d’une complicité assumée dans le drame congolais.
Ayant été l’un des plus proches collaborateurs de Kagame avant de rompre avec lui, Dr. Rudasingwa insiste sur un point fondamental : la guerre menée par le Rwanda en RDC ne vise pas uniquement à piller les ressources naturelles congolaises. Elle est avant tout un instrument de survie politique pour Kagame. « Tant que Kagame restera au pouvoir, ni le Rwanda ni la RDC ne connaîtront la paix », avertit Dr. Rudasingwa. Selon lui, le président rwandais utilise la guerre en RDC comme un prétexte pour maintenir son emprise dictatoriale sur le Rwanda. En entretenant un climat de tension régionale, il justifie la militarisation extrême de son régime et l’élimination de toute opposition politique.
Dans cette perspective, la lutte du peuple congolais contre l’occupation rwandaise est indissociable de celle des Rwandais contre la dictature de Kagame. Sans un changement radical à Kigali, la RDC ne pourra jamais restaurer pleinement sa souveraineté et son intégrité territoriale.
Face à l’inaction des dirigeants africains et de la communauté internationale, Dr. Rudasingwa en appelle directement aux Congolais et aux Africains épris de justice. Il exhorte le peuple congolais à ne plus attendre de solutions extérieures, mais à s’organiser pour défendre son pays. Il propose plusieurs formes de résistance : la mobilisation populaire à travers des manifestations, grèves et actes de désobéissance civile pour exiger la fin de l’occupation rwandaise ; l’organisation de groupes d’autodéfense pour protéger les populations civiles face aux attaques du M23 et de l’armée rwandaise ; et la sensibilisation et dénonciation des crimes de Kagame sur les réseaux sociaux, dans les forums internationaux et à travers le journalisme indépendant.
Il appelle également à une solidarité africaine, à l’image de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. Pour lui, il est impératif que la jeunesse africaine, les organisations de la société civile et les intellectuels se mobilisent en faveur du Congo. Dr. Rudasingwa avertit que la chute de la RDC signifierait un coup fatal à la souveraineté de l’ensemble du continent. « Si Kagame est autorisé à poursuivre son entreprise criminelle en toute impunité, aucun pays africain n’est à l’abri », prévient-il. Il en appelle donc aux peuples africains à boycotter les produits et services rwandais, à faire pression sur leurs gouvernements pour qu’ils prennent des sanctions contre Kigali, et à exiger des comptes aux dirigeants complices de cette tragédie.






















































