L’Union européenne et la France ont-elles indirectement financé l’invasion de l’Est de la République Démocratique du Congo ? Cette question se pose de plus en plus alors que des liens troublants émergent entre le soutien occidental aux opérations militaires rwandaises au Mozambique et la guerre menée par le M23 et les Forces de Défense du Rwanda (RDF) en RDC.
Avant leur déploiement en RDC, les généraux Eugène Nkubito et Pascal Muhizi, aujourd’hui sanctionnés par l’UE pour leur rôle dans le conflit, dirigeaient les forces spéciales rwandaises au Cabo Delgado, au nord du Mozambique. Ces opérations, officiellement destinées à lutter contre les groupes terroristes islamistes, ont bénéficié d’un financement conséquent de l’Union européenne et de la France, notamment à travers des programmes de formation et d’équipement des troupes rwandaises.
L’implication de ces généraux dans les exactions en RDC soulève une question légitime sur l’usage de ces financements. Une partie des ressources allouées à l’opération mozambicaine a-t-elle servi à entraîner, armer et financer les forces rwandaises qui ont ensuite été redéployées en RDC ? Le fait que les mêmes unités ayant protégé les investissements français au Mozambique soient désormais impliquées dans les violences en RDC place Paris dans une position délicate.
Cette ambiguïté expliquerait la réticence française à soutenir ouvertement les sanctions contre Kigali. Alors que la Belgique a mené une offensive diplomatique au sein de l’UE pour sanctionner le Rwanda, la France est restée prudente. Paris a été à l’origine de la résolution 2773 du Conseil de Sécurité de l’ONU en février 2025, qui condamnait officiellement le Rwanda et le M23, mais ne prévoyait aucune sanction. Une posture en décalage avec les décisions prises par plusieurs pays occidentaux, qui ont imposé des sanctions économiques et diplomatiques contre le régime de Kagame.
À ce jour, la France n’a pris aucune sanction contre le Rwanda, malgré les preuves accablantes de son implication dans l’instabilité en RDC. Cette inaction alimente les interrogations sur une possible complicité indirecte ou, à tout le moins, sur un conflit d’intérêts diplomatique et économique.
Alors que l’UE a désormais sanctionné plusieurs hauts responsables rwandais et du M23, dont les généraux Nkubito et Muhizi, la position de la France demeure un mystère. Cette situation suscite une frustration croissante en RDC et auprès de certains partenaires européens qui estiment que Paris protège, volontairement ou non, un régime accusé de crimes de guerre en RDC.






















































